D comme doute

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– Tu ne peux pas savoir, dit-elle, comme je suis soulagée! Incroyablement soulagée! Et je peux enfin en parler!

Parler de quoi, se demande l’Adrienne mais elle se tait et écoute.

– Tu sais que j’ai cru que je n’étais pas la fille de mes parents?
– Ah bon? Et pourquoi donc?

Alors voilà l’histoire: c’est une affaire de groupe sanguin.
Ses parents ont un groupe sanguin différent du sien.
Elle s’est imaginé que ça n’était pas normal.

Comme elle est fille unique, elle ne pouvait pas comparer et vérifier pour un frère, une sœur, si ça se confirmait ou s’infirmait, et chaque fois qu’un médecin lui posait la question de ses « antécédents familiaux » elle se demandait si ça valait la peine de s’inquiéter de l’hérédité.

– Tu comprends, dit-elle, j’ai gardé ça pour moi pendant des années, je ne savais pas à qui le demander, n’importe quel médecin aurait tout de suite deviné qu’il s’agissait de moi, de mes parents, je ne pouvais pas leur faire ça, ici tout le monde se connaît… et personne n’aurait cru à l’histoire du bébé échangé à la clinique, ça, c’est bon pour un film, mais dans la vraie vie?

Bref, elle a enfin une réponse qui lui a permis de lever le doute sur la fidélité de sa mère ou sur toute autre hypothèse: elle est bien la fille de ses deux parents 🙂

Stupeur et tremblements

Il y a quelques années, l’Adrienne a vu un reportage sur les femmes des Émirats arabes et une des choses qui l’ont frappée, c’était le manque crucial de vitamine D chez la plupart d’entre elles, sinon toutes, alors qu’elles vivent dans un pays qui ne manque pas de soleil.

Mais voilà, celles que montrait le reportage passent de leur intérieur climatisé à la voiture climatisée au shopping mall climatisé et sont si bien enveloppées de tissus que le soleil n’atteint jamais leur peau.

– C’est tout de même incroyable! s’était exclamée l’Adrienne.

Puis ces jours derniers elle y a repensé: elle fuit le soleil, cache sa peau d’ultra-blanche, reste à l’intérieur dès que le thermomètre grimpe…

Ce n’est évidemment pas comme ça qu’elle va atteindre le bon niveau de vitamine D!

Et elle n’a même pas eu la présence d’esprit d’investir dans une chambre hôtel climatisée 😉

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Mais que lit-elle ce matin?

En plus d’être énergivores, les systèmes de climatisation réchauffent davantage la planète qu’ils ne refroidissent nos intérieurs.

Allons, on remballe ses envies de fraîcheur factice, on va vers l’automne 😉

U comme une déclaration

Un couple sort de la gare d’Ostende.

Elle devant.
Lui derrière, qui traîne deux énormes valises, plus un gros sac en bandoulière.

Gaat het schat? ça va mon trésor? demande-t-elle en se retournant à peine vers l’homme suant derrière elle.

Le vrai trésor, elle le porte dans un petit sac rose à franges, garni de quelques clous dorés.

Il est assorti au collier – rose et clouté d’or – du petit chien dont seule la tête pomponnée dépasse.

Dernier train

Bien sûr, chacun aurait pu tranquillement rester chez lui et suivre toute l’affaire « en streaming », comme c’est la mode depuis l’époque covid.

Ou simplement lire le programme, vu que la brochure de la nouvelle saison était arrivée dans les boîtes aux lettres deux jours avant.

Mais c’était compter sans la fan-attitude de tous ceux qui avaient tenu à être là, à s’asseoir dans les fauteuils de velours rouge et à respirer l’air désormais extrêmement bien ventilé à l’intérieur de la grande salle de la Monnaie.

– Je viens exprès de Gand par le train, dit un monsieur à l’Adrienne.
– Oh moi je viens d’encore plus loin, fait-elle, j’ai dû prendre DEUX trains pour arriver ici 🙂

Bref, ça rigolait dur en attendant l’ouverture des portes.

– Je m’en voudrais de vous faire attendre une minute de plus, dit Peter de Caluwe, étant donné que tout le monde est arrivé si bien à l’heure.

Et c’est vrai que ça avait quelque chose de touchant de voir tous ces gens pressés d’entendre ce qu’ils auraient pu lire ou écouter chez eux.
Mais comme chacun sait, c’est quand on a eu très soif qu’on apprécie le verre d’eau.

Vu que ça commençait à six heures et demie et que le dernier train pour la ville de l’Adrienne repartait moins d’une heure plus tard, elle avait même été obligée de réserver une nuit d’hôtel.

Quand on aime on ne compte pas…

Mais au fait si, elle avait compté et pris une chambre minable où ni l’internet ni la télé ne marchaient.
Par bonheur l’eau chaude ne coulait pas froide (merci Daninos!) et l'(unique) café du petit déjeuner n’était pas mauvais.

De toute façon, rien ne pouvait altérer son bonheur d’être là 🙂

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photo prise à la Monnaie le 24 mars dernier

Question existentielle

Il y a de ces choses que l’Adrienne ne comprendra jamais.

Une des principales est celle-ci: comment peut-on continuer à agir en faveur de la vente (très) libre d’armes à feu dans la plupart des États des Etats-Unis quand on voit des chiffres comme ceux-ci: chaque jour plus de 110 Américains sont tués par balle – chaque année il y a environ 350 morts accidentelles avec une arme à feu trouvée par un enfant, qui s’en sert comme d’un jouet – chaque année plus de 18 000 enfants et adolescents sont tués ou blessés par balle.

Les armes à feu sont la première cause de mortalité pour la tranche d’âge de 1 à 19 ans.

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Et à part ça? Nowruz mubarak!
!نو روز مبارک
A l’arrivée du printemps, la communauté perse fête le Nouvel An, comme l’explique le très américain petit Iranien de la vidéo 🙂
Dans la ville de l’Adrienne aussi, ça se fête avec un repas, de la musique et de la poésie.

P comme patrimoine

L’église romane Saint-Bertin (1147) à Poperinge, détruite en 1436 dans la guerre qui opposait les Anglais à Philippe le Bon (la Flandre était bourguignonne) a été réédifiée en style gothique et agrandie: elle a la forme typique des églises halles.

Fortement endommagée en 14-18 et en 40-45, sa dernière rénovation date de 1970.

L’Adrienne ces dernières semaines ne peut pas voir un bâtiment, une peinture, un arbre, une maison… sans penser à la possibilité qu’une bombe vienne l’anéantir.

On se souvient de ce qu’on a ressenti – presque planétairement – quand Notre-Dame-de-Paris avait le toit en feu.

Comment imaginer le malheur de l’Ukraine face à l’exode, les morts, la destruction totale?

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photo prise à Poperinge le 9 mars dernier.

Lviv a une cathédrale-halle datant de 1360-1493.
Patrimoine mondial.


Alles van waarde is weerloos écrivait le poète néerlandais Lucebert, « tout ce qui a de la valeur est sans défense ».

T comme traduction

D’un geste il arrête l’Adrienne dès qu’il l’aperçoit:

– Mon frère! il l’a eu!

Et même s’il n’y a pas de quoi rire, l’hilarité la gagne.

« Hij heeft het gehad! » a-t-il dit, c’est une expression qu’on emploie normalement pour signifier qu’on en a marre, qu’on y a assez mis du sien et qu’on arrête les frais.

Mais dans le cas de « ce mal qui répand la terreur« , le sens figuré peut aussi bien s’appliquer que le sens littéral « il l’a eu », évidemment.

Question existentielle

Une blogamie lui ayant récemment offert ce livre, l’Adrienne s’est reposé une question largement débattue autrefois avec différentes personnes – directement ou indirectement concernées – sur la question du mariage mixte.

– Moi, lui avait dit S*** un jour – et ça l’avait beaucoup choquée – moi je ne veux absolument pas qu’une de mes filles épouse « un Belge ».

Elle disait « un Belge » alors qu’elle-même et tous les siens le sont, mais pour elle prime toujours leur origine tunisienne.

Selon S***, un mariage mixte, ça ne marche pas, parce que « c’est déjà bien assez difficile » entre gens de même culture.

Dans son livre, Cécile Oumhani semble lui donner raison: l’étudiante blonde épousée par Ridha, le Tunisien, se retrouve complètement déboussolée et isolée dans le pays de son mari, où elle doit rester entre les murs de sa maison, alors qu’elle a des diplômes universitaires et un grand appétit de se « rendre utile » en travaillant.

Même vécu, même échec, chez Riad Sattouf dans son excellente série autobiographique en bande dessinée, L’Arabe du futur, où on voit peu à peu le père qui se radicalise, comme on dit aujourd’hui.

D’où la question existentielle du jour: y aurait-il en littérature des exemples de mariages mixtes réussis?
Ou sont-ils tellement sans histoires qu’il est inintéressant d’en faire un livre 😉

https://ennalit.wordpress.com/2021/12/01/challenge-petit-bac-2022-qui-veut-jouer/

Z comme zèle

L’Adrienne le savait depuis longtemps, depuis 2017, l’année d’avant les travaux à la rue (voir photo): les travaux préliminaires à (faire) réaliser soi-même – la récolte séparée des eaux de pluie et des eaux usées – seraient contrôlés un jour.

Monsieur l’Entrepreneur a fait ces ouvrages ainsi qu’un petit plan qui les résume, tout ça a été fort compliqué et fort coûteux, plus de 5000 euros. Il a par exemple fallu creuser une tranchée sur toute la longueur du jardin à cause de la situation en coin de rue.

Ce mois-ci était venu le moment du contrôle par les instances officielles, c’est-à-dire un jeune homme fort zélé délégué par la société de distribution d’eau potable.

Alors que chez tous les voisins la chose avait eu lieu depuis longtemps – l’Adrienne s’était même inquiétée : les contrôleurs l’avaient-ils oubliée ? Un courrier avait-il été perdu ? – bref chez tous les autres ça avait été une petite formalité de cinq à dix minutes, OK, on a vu, c’est bon, signez ici, au revoir !

Mais, vous l’avez deviné, chez elle rien de tout cela : pendant deux heures et demie, il a cherché, cherché la faille, cherché la faute, cherché l’erreur.

L’Adrienne a dû faire couler des litres d’eau de chaque robinet, tirer les chasses d’eau en haut, en bas. Zélé contrôleur a même voulu aller sur le toit plat – donc passer par la chambre de l’Adrienne, par-dessus son lit, par la fenêtre… – pour voir si cette conduite d’eau allait bien là où on lui disait qu’elle allait, dans la petite citerne d’eau de pluie, sous la cuisine.

Imaginez ce tableau d’un matin d’hiver : portes ouvertes devant et derrière, fenêtres ouvertes, robinets qui coulent, machine bruyante qui fait de la fumée… et l’Adrienne, qu’il fait courir en haut, en bas, dehors à la rue pour vérifier si la fumée qu’il envoie par les tuyauteries sort d’un côté ou de l’autre sur le trottoir.

Bref, la voilà de plus en plus démoralisée.

Et bien sûr, il l’a trouvée, « l’erreur » : dehors sur la mini-terrasse il y a un « putje » d’autrefois, un petit trou d’évacuation qui ne sert plus parce que Monsieur l’Entrepreneur l’a remplacé par un autre, en dénivelé, de sorte que maintenant s’il pleut fort la cuisine ne se transforme pas en piscine. Mais ce « putje », explique le zélé contrôleur, soit il fallait le fermer, soit le raccorder à la conduite d’eau de pluie.

Résultat : rapport négatif et nouveau contrôle dans les 60 jours.

X c’est l’inconnu

Vous savez quoi?

L’Adrienne n’a toujours pas écrit ses cartes de vœux.

Bonne année, bonne santé?

Elle ne sait pas quoi y mettre qui ait un peu plus de sens qu’abracadabra.

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« Tout n’est pas encore perdu » dit l’inscription de la photo prise à Bruxelles le 7 août 2021 – oui, elle a déjà servi ici précédemment pour une krapoverie – mais il est douteux que la formule convienne à des cartes de nouvel an 😉