Dernière fois

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Avec sa classe de cinquième (la Première, en France), Madame termine le programme de littérature, ces quelques poèmes choisis parce qu’ils sont beaux et représentatifs, en un mot: incontournables.

Vendredi dernier, elle leur a donc servi Demain, dès l’aube… et mardi Le dormeur du val.

– Est-ce que vous voyez des liens, des points communs avec d’autres textes que nous avons lus? demande Madame.

– Ça parle de la mort, répond Yorrick.

Alors Madame pense à François, comme chaque année au moment de lire Le dormeur du val.

Et dans ce silence si spécial d’une classe qui écoute un témoignage personnel, Madame raconte François, son cancer fulgurant, et ses doutes à elle, concernant son programme de littérature et la présence du thème de la mort.

– Je suis allée trouver mon directeur de l’époque, explique Madame, pour lui demander conseil. Il avait été mon propre prof de français. Qu’est-ce que je dois faire, lui ai-je dit, Demain dès l’aube, Le dormeur du val, tout ça parle de la mort d’un jeune. Et le directeur a répondu: c’est normal, oui c’est ainsi, toute la littérature, tout l’art parle de la mort, de notre finitude.

– Vous comprenez, poursuit Madame, que ça ne m’a pas trop aidée. C’est vrai que tout, finalement, parle de la mort, même l’Ode à Cassandre que nous avons lue: même le Carpe diem veut en fait dire « vis aujourd’hui parce que demain tu n’y seras peut-être plus ».

– Alors, termine Madame, c’est à François lui-même que j’ai exposé mon problème…
Et il m’a dit: « Ne vous inquiétez pas pour ça ».

T comme Tyler

Il paraît que tous les livres d’Anne Tyler se déroulent au sein de familles au sens large – de celles où il y a une pièce rapportée ou comme dans celui-ci, trois enfants d’un précédent mariage du mari.

Au centre se trouve une femme, bien évidemment, ici elle s’appelle Rebecca, a cinquante-trois ans et n’est subitement pas trop contente de ce qu’elle est devenue.

Elle a abandonné ses études pour épouser un homme qui avait déjà trois petites filles et six ans plus tard elle était veuve avec quatre enfants. Maintenant que les quatre filles sont mariées et qu’elle est plusieurs fois grand-mère, elle se demande si elle a fait les bons choix.

Que serait-elle devenue si elle avait épousé son amoureux, Will, qu’elle a laissé tomber du jour au lendemain sans explications, pour épouser en quinze jours un divorcé avec trois enfants?

Elle qui aimait le calme, la lecture, les études, n’a plus ouvert un livre ni même lu un article un peu sérieux et vit entourée de gens, sans avoir une minute à elle.

Rebecca décide donc de se donner une seconde chance de « faire le bon choix » et recontacte Will, l’amoureux éconduit trente-cinq ans plus tôt…

Le livre a fait l’objet du téléfilm visible ci-dessus (2004) avec Blythe Danner, Peter Fonda, Faye Dunaway, Jack Palance… Il est extrêmement fidèle au texte, sauf sur un point: Rebecca, dans le livre, est une femme qui a un grave problème de surpoids. Mais l’actrice est mince comme un fil.

anne tylerLire le premier chapitre ici.

 

X c’est l’inconnu

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Ce ‘parler vrai’ qu’il y a eu lors de la rencontre de l’Adrienne avec ses anciennes copines de classe, c’est une fort belle chose.

Elle avait craint qu’il n’y ait que des rappels de vieux souvenirs, ou des blancs dans la conversation, à cause de toutes ces années à combler et des chemins si différents que chacune a pris. Par bonheur, ces dangers n’ont jamais existé et le ton a été donné dès le début: pas de jolis emballages, pas de gros camouflages, pas de good news show.

Ce qui permet de conclure que sur dix anciennes élèves, une seule a réussi le tiercé gagnant: elle est toujours mariée avec le même homme, elle a trois merveilleux enfants sans aucun problème, ni de santé, ni de scolarité, ni sur le plan personnel et elle habite une belle maison de maître dans un chef-lieu de province où son mari et elle ont le même travail depuis des années.

La totale, quoi 🙂

Les autres, toutes les autres, ont connu ou connaissent des aléas d’ordres divers.

Alors l’Adrienne repense à Monsieur Filleul, qui s’est marié en août dernier,  et qui, elle l’espère, sera ce un sur dix 🙂

U comme Uzanne

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« Il est sage de brûler les lettres d’amour, mais il est doux de les conserver, de les classer, de les reprendre et de les relire souvent dans la niche de soie parfumée où l’on s’est plu à les encercueiller. La sensation qu’elles nous donnent à leur arrivée ne saurait être perpétuée ; toutefois, il est bon de songer à la curiosité rétrospective qu’il nous viendra avec les frimas de la vie, et nous nous décidons tous plutôt malaisément et à contre-cœur à anéantir les chères expressions vivantes qui souvent survivent aux ardents sentiments qui les ont dictées. »

Octave Uzanne, La Correspondance d’amour : ses subtilités et ses maléfices, texte complet ici et photo chez Lali ici.

L’Adrienne a donc trouvé une raison de plus de ne pas brûler les siennes: en vue des frimas de sa vie 😉

Peut-être même faudrait-il leur trouver une « niche de soie parfumée », au lieu du vulgaire sac plastique dans lequel elles ont été déménagées 😉

Merci Octave!

T comme Thaï

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En Thaïlande, les autorités encouragent les personnes âgées de plus de 65 ans à retourner sur les bancs de l’école. Non pas pour acquérir des diplômes mais pour lutter contre l’isolement croissant et les problèmes liés à la solitude.

C’est ainsi qu’on peut voir de facétieuses vieilles dames en jupette rouge, la couleur de l’uniforme, ayant poussé le jeu jusqu’à se faire des couettes comme quand elles avaient dix ans. Rouge aussi, bien sûr, le chouchou à pompon pour les attacher!

Le but est que pendant les douze semaines où ils iront à l’école, ces messieurs et ces dames retrouvent une vie sociale. Se fassent des copains, donc.

L’article ne dit pas quels profs le gouvernement a trouvés pour leur faire la classe, ni ce qu’il y a au programme des études. On sait juste que la journée commence par le salut au drapeau et l’hymne national. En uniforme rouge et blanc. Exactement comme pour les petits écoliers.

On n’est pas près d’organiser ce genre d’occupation pour nos propres personnes âgées, ce mois-ci de nouveaux chiffres ont paru dans la presse concernant le manque toujours croissant de profs. Rien qu’en Flandre et uniquement pour le secondaire, il en faudra 4000 à la rentrée. Personne ne sait où on les trouvera.

source de la photo et article ici

V comme vie

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Grâce à une amie devenue grand-mère, l’Adrienne a pu tenir un bébé dans ses bras. Peu de choses – y en a-t-il d’autres, d’ailleurs? – sont aussi merveilleuses que cette sensation-là. 

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De jeunes vies aussi dans l’étang du parc, où maman cane veille avec vigilance sur ses dix remuants canetons. Bonheur de voir, une semaine plus tard, qu’ils sont toujours dix. 

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Enfin, intense activité coassante dans le ruisseau à côté de l’académie de musique, où les amours grenouillères sont aussi bruyantes que productives. 

C’est un beau cadeau, la vie, se dit l’Adrienne, le cœur lourd pour une amie morte. 

 

O comme Odette

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Odette riait. On ne savait pas toujours pourquoi. Elle semblait heureuse alors on l’était aussi. Elle riait, et même elle minaudait. Elle prenait ses airs de petite fille candide, clignait des paupières, souriait. 

Elle jouait avec son écharpe rose. Son chapeau rose, sa robe rose, elle ne voulait plus porter que du rose. Elle avait dû porter du noir trop longtemps, trop souvent. Elle avait bien le droit, maintenant, de porter ce qui lui plaisait. Pourquoi pas du rose, comme ses petites-filles de dix et douze ans. 

Odette pleurait aussi, parfois. Un chagrin tout à coup l’accablait. Elle était incapable d’expliquer pourquoi. On se sentait si impuissants et malheureux pour elle. Que pouvait-on faire pour chasser les idées noires? Pour lui rendre son sourire? 

On regardait de vieux albums. Elle tournait les pages, sans rien dire. Parfois elle regardait ailleurs. Les choses l’ennuyaient vite. Alors on allait se promener au jardin. Avec son chapeau rose et son écharpe rose. Elle marchait à petits pas.  

Puis tout à coup elle disait: il faut vous en aller maintenant. 

Ou d’autres fois, c’est elle qui voulait partir. Il faut que je rentre, disait-elle. Elle devenait nerveuse, fébrile. 

Et elle répétait: Il faut que je rentre! mon papa va s’inquiéter. 

*** 

tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!