T comme tatoué

Je me demande, se disait l’Adrienne l’autre jour, si je reconnaîtrais mon voisin, au cas où je le rencontrerais en ville…

En effet, elle connaît surtout le son de sa voix.
Et elle ne l’a jamais vu que torse nu, les bras et le dos couverts de tatouages divers.
En short. Les mollets tatoués.

Elle se demandait donc dans quelle tenue il était allé à son mariage… et si elle l’aurait reconnu, « habillé » 🙂

L comme lundi

85ème tentative de soumettre le 85ème devoir de Lakevio du Goût

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– Pourquoi, demande petit Léon, tout n’est pas gratuit? Ce serait quand même beaucoup mieux!

Madame et lui étaient supposés réviser les sciences, jeudi soir, mais une chose le tracassait: le coût de la vie en général et le coût d’un week-end à la mer en particulier. En caravane louée.

– La dame elle demande 100 € rien que pour l’eau et l’électricité, vous vous rendez compte! C’est vraiment pour les gens riches! Alors ma maman a dit ‘ça va pas être possible’ mais je vois bien que ça la rend triste.

Dans son livre de sciences il y avait quelques pages consacrées à l’apparition de la vie sur la terre, donc Madame lui a fait remarquer à quel point l’homme était récent, finalement, et qu’en effet, à l’époque des chasseurs-cueilleurs de la préhistoire, on devait encore inventer l’argent.

Il soupire un peu à la façon du renard-rien-n’est-parfait et conclut que c’était peut-être mieux de vivre sans avoir besoin d’argent mais qu’il préfère quand même vivre aujourd’hui.

***

« Cette photo illustre le souci qui m’occupe ces temps-ci », écrit Monsieur le Goût, qui a des problèmes de PC et nous a donc donné un devoir un peu différent 😉 Mais ça tombe bien: justement les parents de petit Léon veulent faire de lui un informaticien 🙂

H comme hyménée

ça t’embêterait si je partais une semaine en vacances à la fin du mois?

Moi toute seule, précise-t-elle.

Il émet un grommellement.

– Je te laisserais de quoi manger au frigo.

Là, par bonheur, les chiens se sont mis à aboyer et il a pu se défouler en leur criant de se taire.

Deux jours, s’est dit l’Adrienne en éclatant de rire!

Deux jours exactement qu’ils ont gravé leurs noms au bas d’un parchemin, devant l’échevin de l’état-civil et leurs témoins 🙂

***

Toute la soirée l’Adrienne a remercié mentalement ses voisins de lui procurer tant de raisons de rigoler.

Les entendre vivre, c’est du sketch de six heures du matin à dix heures du soir 🙂

Dernièrement

83ème devoir de Lakevio du Goût.

Devoir de Lakevio du Goût_83.jpg

Samedi dernier, le miracle a finalement eu lieu.

D’abord il y avait eu la maladie.
Grave.
Le diagnostic.
Les hospitalisations.
Les chimio.
Les complications diverses.

Puis s’y était imbriquée la pandémie.
L’interdiction de se voir dans un lieu clos.
La fermeture des lieux publics.
Ni cafés, ni restaurants.

Deux années entières où il y avait toujours un obstacle.

Jusqu’à samedi dernier.

L’Adrienne et sa tantine ont enfin pu s’asseoir ensemble sur une terrasse, à l’ombre d’un parasol, prendre un café et bavarder.

La tantine a toujours mille choses à raconter… et une petite envie de vin blanc 🙂

***

Cette toile d’Aldo Balding m’a interpellé, curieux que je suis. Mais que se racontent ces deux femmes ? Attentive est l’une, certes. Mais que dit l’autre ? À lundi.

Question existentielle

Photo de Pixabay sur Pexels.com

vivre ensemble

Il y a sûrement un monde des objets perdus
où un gant, oublié dans la précipitation,
s’acoquine avec un vieux journal,
une écharpe, un mouchoir ou un peigne.

La main ne manque plus au gant,
le mouchoir n’a pas besoin de tristesse,
et même l’écharpe ne désire pas la chaleur
de nounous ou de mamans.

Tout ce qui est perdu est relié.
Mais que faire de la tendresse devenue superflue,
de la chair de poule qui voulait rester,
du premier rêve érotique, de l’amoureuse nunuche,

du jouet d’un enfant mort?
Et faire comme si on pouvait tout oublier,
alors que, complètement perdu comme être humain,
on se retrouve seul dans l’univers.

(traduction de l’Adrienne)

***

saamhorig

Er moet een wereld van verloren dingen zijn
waarin een handschoen, inderhaast vergeten,
het aanlegt met een oude krant,
een sjaal, een zakdoek of een kam.

De handschoen mist de hand niet meer,
de zakdoek hoeft geen jammernis,
en zelfs de sjaal taalt niet naar warmte
van kindermeiden en van moeders.

Al het verlorene is saamhorig.
Maar wat met tederheid die overbodig werd,
met kippenvel dat blijven wou,
de eerste natte droom, het domste lief,

het speelgoed van een kind dat stierf?
En doen alsof men alles kan vergeten,
hoewel men, plompverloren als een mens,
alleen in het heelal moet zijn.

Luuk Gruwez

N comme nom de fleur

Elle porte un nom de fleur et a été envoyée chez Madame par ce discret bouche-à-oreille des quelques-uns qui savent qu’elle a le syndrome de Topaze 😉

Dans un mois à peu près Fleur aura son dernier examen de FLE et ce serait bien qu’elle le réussisse, vu qu’elle ambitionne d’entamer des études universitaires à la rentrée prochaine.
De celles où il n’y a pas l’ombre d’une heure de français au programme, ça va sans dire 😉

– Tu as parfaitement le droit de ne pas aimer le français, lui dit Madame, à qui elle vient de confier qu’elle traîne ce boulet depuis des années, mais plus lourdement encore ces deux dernières, avec plus de ‘distanciel’ que de ‘présentiel’ et des profs malades qui n’ont souvent pas été remplacés.

« Weyts wil honderden extra leerkrachten aanwerven« , le ministre flamand de l’éducation veut engager des centaines de profs supplémentaires, titrait le journal mardi dernier.

Et ça a bien fait rire Madame (mieux vaut rire que pleurer, la grimace est plus belle, disait son père) vu que depuis des années on ne réussit même plus à trouver des remplaçants pour certaines matières et qu’il y a de moins en moins de jeunes qui s’inscrivent dans les formations de prof.

Mais apparemment le journaliste n’est pas au courant de ce problème et ne lui a pas demandé de quel chapeau de prestidigitateur il sortira ses 2540 nouveaux profs.

Au parc, tout va bien, une maman cane ‘promène’ ses dix canetons, comme on peut le voir sur la photo en haut du billet, prise le premier mai.

G comme glitter

Photo de cottonbro sur Pexels.com

Un mot dans le texte sur le surréalisme et René Magritte le fait tout à coup penser à autre chose:

– Pour la fête des mères, on a fait un cadre et moi j’ai mis beaucoup de petites choses qui brillent, tout autour!

Un cadre avec une photo de lui.
Il a vraiment de bonnes idées, le maître 😉

– Et tu as réussi à le mettre discrètement quelque part, jusqu’à dimanche?

Il secoue vigoureusement la tête:

– Non! je le lui ai donné tout de suite.
Je la connais, elle est trop impatiente.

Fait-il avec tout le sérieux de ses onze ans.

***

Bonne fête à toutes les mamans qui passent!

X c’est l’inconnu

Photo de Expect Best sur Pexels.com

Avez-vous déjà pensé à émigrer? demande le journaliste à l’auteur Stefan Hertmans.

Ce à quoi il répond: « Zeer geregeld. Wat rest er van onze vriendelijkheid en onze social skills? In Nederland en Frankrijk maakt men grapjes in de wachtrij bij de bakker. In Vlaanderen staart ieder voor zich uit. » Très souvent. Que reste-t-il de notre amabilité et de nos compétences sociales? Aux Pays-Bas et en France, on raconte des blagues en faisant la queue chez le boulanger. En Flandre, chacun regarde devant soi.

C’est même pas vrai! s’insurge l’Adrienne.

Qui jouit de la conversation amicale chaque fois qu’elle fait la queue quelque part dans sa petite ville.

Ou qui est la première à lancer une blague, comme l’autre jour chez le libraire-marchand de journaux.

Il faut dire qu’il y avait un début d’énervement dans la longue queue quand elle est arrivée: une vieille dame était venue échanger un bon-cadeau contre un livre dont elle ne connaissait ni le titre ni le nom de l’auteur 😉

– J’aurais peut-être le temps de faire un aller-retour jusque chez moi pour tondre ma pelouse, a réagi l’homme devant l’Adrienne après qu’elle avait lancé la première vanne.

Bref, ça a bien rigolé.

***

Non mais hé ho, Stefan!
Viens donc migrer dans ma Flandre à moi, ici c’est déjà un peu le Suuuud 🙂

Stupeur et tremblements

Puisque tu ne veux plus vivre
brisée broyée brassée par les cailloux
que tu as fini le livre
puisque nous vivons

puisque tu ne veux plus te battre
contre les démons les fantômes
les masques cramoisis la vie grisâtre
puisque nous nous battons

puisque tu vois les vautours qui s’envolent
assassinant le ciel de leur cou décharné
ceux qui donnent des gnons et des torgnoles
puisque nous ne les voyons pas

puisque tu n’approuves pas les enfants que l’on arrache
le carcan qui sertit le cou du prisonnier
les coups de pied au cul et les coups de cravache
puisque nous approuvons

puisque tu n’admets pas le pauvre et le riche
et le mal et le bien et l’aumône et le poing
le fort sur son trône et le faible dans sa niche
puisque nous admettons

puisque tu n’acclames pas les meilleurs et les pires
les singes chamarrés les chiens qui font le beau
les hyènes les chacals les chameaux et les sbires
puisque nous acclamons

puisque tu ne tolères pas le bon dans la mélasse
l’enfer le feu la guerre la prison
les malheurs éternels l’imbécillité crasse
puisque nous tolérons

puisque tu dis non aux misères des hommes
tu as fermé le livre
un beau samedi d’avril

***

merci à Joe Krapov pour ses consignes – une photo de Gilbert Garcin, un poème de Raymond Queneau – ce qui a enfin permis à Madame d’exprimer un peu de son désarroi face à la mort d’une jeune fille de 22 ans.

E comme encre verte

Photo de Pixabay sur Pexels.com

Petit Léon avait été absent de la classe pendant toute une semaine, alors le maître lui a donné un tas de devoirs à faire pendant les vacances.

« Joins les deux phrases simples à l’aide de la coordination » disait la consigne, qui aurait tout aussi bien pu être rédigée en chinois: ni lui ni sa maman ne savaient quoi faire.

C’est dans ces cas-là que Madame n’est que trop heureuse qu’ils viennent sonner à sa porte.
Trop heureuse de pouvoir expliquer, schématiser, illustrer: phrase simple, phrase complexe, conjonctions de coordination…

Puis elle se dit qu’une petite touche de couleur autour des deux mots principaux de son exposé serait du plus bel effet… et en décapuchonnant son stylo à encre verte, elle s’en met plein les doigts.
PLEIN LES DOIGTS.

Bref, ça rigole bien, et petit Léon raconte qu’à l’école, ils ont fait de la peinture « avec une sorte qui ne s’en va pas au lavage. »

– Ooohhh! fait Madame, s’imaginant comment certains ont dû être reçus chez eux, ce soir-là.

– Et même, ajoute-t-il, il y en a que c’était si grave qu’ils ont dû jeter leurs vêtements et en acheter d’autres!
– Si grave que ça! fait Madame. Vous n’aviez pas de tablier en plastique?
– Non, on devait juste relever nos manches.

Il le dit avec tant de sérieux que Madame n’ose pas s’esclaffer aussi fort qu’elle en a envie.

Et petit Léon? vous demandez-vous.

Et bien petit Léon s’est débrouillé pour ne pas se tacher.

Il sait que pour sa maman il reste parfois un bout de mois mais pas de sous.

Il sait.