X c’est l’inconnu

DSCI6755

Ce ‘parler vrai’ qu’il y a eu lors de la rencontre de l’Adrienne avec ses anciennes copines de classe, c’est une fort belle chose.

Elle avait craint qu’il n’y ait que des rappels de vieux souvenirs, ou des blancs dans la conversation, à cause de toutes ces années à combler et des chemins si différents que chacune a pris. Par bonheur, ces dangers n’ont jamais existé et le ton a été donné dès le début: pas de jolis emballages, pas de gros camouflages, pas de good news show.

Ce qui permet de conclure que sur dix anciennes élèves, une seule a réussi le tiercé gagnant: elle est toujours mariée avec le même homme, elle a trois merveilleux enfants sans aucun problème, ni de santé, ni de scolarité, ni sur le plan personnel et elle habite une belle maison de maître dans un chef-lieu de province où son mari et elle ont le même travail depuis des années.

La totale, quoi 🙂

Les autres, toutes les autres, ont connu ou connaissent des aléas d’ordres divers.

Alors l’Adrienne repense à Monsieur Filleul, qui s’est marié en août dernier,  et qui, elle l’espère, sera ce un sur dix 🙂

U comme Uzanne

lali578

« Il est sage de brûler les lettres d’amour, mais il est doux de les conserver, de les classer, de les reprendre et de les relire souvent dans la niche de soie parfumée où l’on s’est plu à les encercueiller. La sensation qu’elles nous donnent à leur arrivée ne saurait être perpétuée ; toutefois, il est bon de songer à la curiosité rétrospective qu’il nous viendra avec les frimas de la vie, et nous nous décidons tous plutôt malaisément et à contre-cœur à anéantir les chères expressions vivantes qui souvent survivent aux ardents sentiments qui les ont dictées. »

Octave Uzanne, La Correspondance d’amour : ses subtilités et ses maléfices, texte complet ici et photo chez Lali ici.

L’Adrienne a donc trouvé une raison de plus de ne pas brûler les siennes: en vue des frimas de sa vie 😉

Peut-être même faudrait-il leur trouver une « niche de soie parfumée », au lieu du vulgaire sac plastique dans lequel elles ont été déménagées 😉

Merci Octave!

T comme Thaï

thai

En Thaïlande, les autorités encouragent les personnes âgées de plus de 65 ans à retourner sur les bancs de l’école. Non pas pour acquérir des diplômes mais pour lutter contre l’isolement croissant et les problèmes liés à la solitude.

C’est ainsi qu’on peut voir de facétieuses vieilles dames en jupette rouge, la couleur de l’uniforme, ayant poussé le jeu jusqu’à se faire des couettes comme quand elles avaient dix ans. Rouge aussi, bien sûr, le chouchou à pompon pour les attacher!

Le but est que pendant les douze semaines où ils iront à l’école, ces messieurs et ces dames retrouvent une vie sociale. Se fassent des copains, donc.

L’article ne dit pas quels profs le gouvernement a trouvés pour leur faire la classe, ni ce qu’il y a au programme des études. On sait juste que la journée commence par le salut au drapeau et l’hymne national. En uniforme rouge et blanc. Exactement comme pour les petits écoliers.

On n’est pas près d’organiser ce genre d’occupation pour nos propres personnes âgées, ce mois-ci de nouveaux chiffres ont paru dans la presse concernant le manque toujours croissant de profs. Rien qu’en Flandre et uniquement pour le secondaire, il en faudra 4000 à la rentrée. Personne ne sait où on les trouvera.

source de la photo et article ici

V comme vie

WhatsApp Image 2018-04-13 at 18.06.52 (2)

Grâce à une amie devenue grand-mère, l’Adrienne a pu tenir un bébé dans ses bras. Peu de choses – y en a-t-il d’autres, d’ailleurs? – sont aussi merveilleuses que cette sensation-là. 

DSCI6182 (2)

De jeunes vies aussi dans l’étang du parc, où maman cane veille avec vigilance sur ses dix remuants canetons. Bonheur de voir, une semaine plus tard, qu’ils sont toujours dix. 

DSCI6180 (2)

Enfin, intense activité coassante dans le ruisseau à côté de l’académie de musique, où les amours grenouillères sont aussi bruyantes que productives. 

C’est un beau cadeau, la vie, se dit l’Adrienne, le cœur lourd pour une amie morte. 

 

O comme Odette

lakévio66.jpg

Odette riait. On ne savait pas toujours pourquoi. Elle semblait heureuse alors on l’était aussi. Elle riait, et même elle minaudait. Elle prenait ses airs de petite fille candide, clignait des paupières, souriait. 

Elle jouait avec son écharpe rose. Son chapeau rose, sa robe rose, elle ne voulait plus porter que du rose. Elle avait dû porter du noir trop longtemps, trop souvent. Elle avait bien le droit, maintenant, de porter ce qui lui plaisait. Pourquoi pas du rose, comme ses petites-filles de dix et douze ans. 

Odette pleurait aussi, parfois. Un chagrin tout à coup l’accablait. Elle était incapable d’expliquer pourquoi. On se sentait si impuissants et malheureux pour elle. Que pouvait-on faire pour chasser les idées noires? Pour lui rendre son sourire? 

On regardait de vieux albums. Elle tournait les pages, sans rien dire. Parfois elle regardait ailleurs. Les choses l’ennuyaient vite. Alors on allait se promener au jardin. Avec son chapeau rose et son écharpe rose. Elle marchait à petits pas.  

Puis tout à coup elle disait: il faut vous en aller maintenant. 

Ou d’autres fois, c’est elle qui voulait partir. Il faut que je rentre, disait-elle. Elle devenait nerveuse, fébrile. 

Et elle répétait: Il faut que je rentre! mon papa va s’inquiéter. 

*** 

tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

U comme une vie

Elle était assise dans la rangée du milieu, du côté gauche. A seize ans, elle végétait: une présence physique mais pas vraiment mentale. Je suis nulle en français, disait-elle. Elle ne croyait pas qu’elle pouvait s’améliorer et n’en voyait pas l’utilité. 

Ses parents avaient divorcé et ni le père, ni la mère, ne voulaient payer pour elle ni ne la désiraient dans leur nouvelle relation: elle se faisait accepter en étant leur servante. Grâce à des petits boulots, elle subvenait elle-même à tous ses besoins, scolarité, vêtements, même la nourriture. Pour ne pas avoir à leur demander des sous. 

A l’oral de juin, elle a déclaré qu’elle misait sur son anglais, parce qu’elle en avait besoin pour correspondre avec un jeune africain. Vous ne connaîtrez peut-être pas, disait-elle, il est du Ghana. 

Voyez comme le hasard fait bien les choses: Madame connaît très bien le Ghana, non pour y être allée, mais pour avoir hébergé des réfugiés ghanéens. C’est à partir de ce moment-là, sans doute, que tout a changé. Elle a accepté que Madame fasse venir son père pour un entretien. 

L’année d’après, elle a fait des progrès fulgurants en français. Comme elle projetait de rejoindre l’ami africain l’été suivant, Madame lui a fait faire connaissance avec une représentante de la communauté africaine de sa ville, pensant qu’il valait mieux que ce soit une femme africaine qui mette la jeune fille en garde. Ce n’était pas inutile. 

Elle a réussi son année scolaire, avait assez économisé pour se payer le voyage, a découvert le Ghana et ses habitants. Elle avait trouvé un but pour lequel se dévouer et avait décidé de devenir institutrice. Des soucis d’argent ont fait qu’elle n’a suivi qu’une courte formation d’aide-soignante: ainsi elle pouvait rapidement trouver un travail et un salaire. 

Quand elle passait à vélo, elle s’arrêtait pour faire une causette. Maintenant que vous habitez en ville, disait-elle, je viendrai vous voir. 

Depuis mercredi soir, son grand cœur généreux s’est arrêté de battre. 

F comme Fon (et fer)

Quand son fils unique est mort électrocuté à vingt ans, Fonne a reporté tout son amour sur le petit dernier de ses patrons. C’est lui qui l’a appelée Fonne, sans doute que pour ses premiers babils de bébé « Yvonne » était trop difficile. 

C’est elle qui l’a élevé, sa mère étant occupée à la boucherie du matin tôt au soir tard, surtout de Pâques à septembre. La pauvre Fonne, tout en faisant le ménage et la cuisine, devait continuellement le prendre sur le bras. 

En grandissant, il est resté son préféré, celui à qui on passe tous ses caprices, qu’on défend contre les taquineries des aînés, qu’on excuse de tout, même les rares fois où sa mère veut intervenir de son autorité. 

Puis un jour le gamin se marie. Et Fonne, qui toute sa vie a repassé des montagnes de torchons et de serviettes, de nappes et de chemises, de draps et de taies, de robes et de jupes, d’uniformes scolaires et de grands tabliers blancs de boucher, décide d’offrir en cadeau de mariage un fer à repasser. 

Quand la future mariée le déballe, belle-maman déclare: 

– Et bien! je suis déçue! elle aurait au moins pu acheter un fer à vapeur! 

DSCI5010.JPG

c’est pourtant ce fer-là, déjà vieillot il y a 30 ans, qui est toujours vaillant aujourd’hui!