C comme colline

source ici

Voilà bientôt une semaine que la question turlupine l’Adrienne: faut-il avoir la peau noire pour bien traduire un texte écrit par quelqu’un qui a la peau noire?

Jusqu’ici, elle pensait qu’il fallait surtout bien connaître la langue de départ ainsi que la langue cible.
Et s’il s’agit de poésie, avoir en plus cette sensibilité pour la musicalité d’une langue et d’un auteur.

Mais voilà, il semblerait qu’elle se trompait.

Aux Pays-Bas, une polémique violente a éclaté suite à l’annonce que la jeune femme de la photo ci-dessus traduirait le recueil de poésie – encore à paraître – de la désormais célèbre Amanda Gorman.

Vous aussi, probablement, avez admiré la façon magistrale dont cette jeune femme a lu son texte lors de l’inauguration du président des Etats-Unis.
On pourrait même dire que c’est la lecture qu’elle en a faite qui constitue la force majeure de ce texte.

Bref.

Les maisons d’édition se sont battues pour avoir les droits de traduction.
Pour les néerlandophones, c’est Meulenhoff (Pays-Bas) qui l’a remporté et en accord avec Amanda Gorman, la traductrice choisie est une jeune Hollandaise qui a fait ses preuves (elle est la première et la seule néerlandophone à avoir obtenu, par exemple, l’International Booker Prize).

Maar dan gingen de poppen aan het dansen

Campagne sur les réseaux sociaux, tollé général, génuflexions de la maison d’édition: la traductrice choisie rend son tablier.

Pourtant, se dit l’Adrienne, le message n’était-il pas « We are striving to forge a union with purpose, to compose a country committed to all cultures, colors, characters and conditions of man. And so we lift our gazes not to what stands between us, but what stands before us. We close the divide because we know, to put our future first, we must first put our differences aside. » ?

Et si ce message ne peut être que bien compris et traduit par une traductrice à la peau noire, n’est-ce pas peine perdue de vouloir le traduire?

L’Adrienne est sûrement trop pâle pour le comprendre… et la colline à gravir est bien haute.

***

« Nous luttons pour former une union avec un but, pour former un pays qui s’engage pour toutes les cultures, couleurs, individualités et conditions humaines. C’est pourquoi nous portons le regard non vers ce qui nous sépare mais vers ce qui se trouve devant nous. Nous cessons nos divisions parce que nous savons, que pour mettre notre avenir en avant, nous devons d’abord mettre nos différences de côté. » (traduction de l’Adrienne)

T comme traduire

L’équilibriste

Une enfance entière
à jouer l’équilibriste
Le long des trottoirs
sans se douter
que la vie restant
consisterait à avancer
au beau milieu
des larges allées
qui longent le vide

Thomas Vinau, sur son blog, le 16 février

Vous qui passez régulièrement, vous savez qu’il a déjà été question quelques fois de Thomas Vinau et des envies qui prennent l’Adrienne de traduire ses poèmes.

Cette fois elle s’y est prise bien à temps pour demander et recevoir l’autorisation de le faire.

Et pour être tout à fait honnête, ce n’était pas une question de temps.

C’est une question d’audace 😉

Bref, elle a enfin osé demander et voici ce que ça donne en néerlandais:

De koorddanser

Een volle kindertijd
Koorddanser spelen
Langs de voetpaden
Zonder te vermoeden
Dat de rest van het leven
Eruit zou bestaan
Voort te gaan
Te midden van brede paden
Langs de afgrond.

D comme dédale

Vous connaissez Jean-Pierre Duprey?

Ce nom ne disait rien à l’Adrienne quand elle a été happée par une citation d’un de ses poèmes, trouvée dans un livre de Hubert Haddad:

« Moi, je me mystère, je me mystère…
M’expliquant à la forêt, aux arbres en creux, aux oiseaux vides, hurlant avec la peau du loup dont je rêve les dents…
 »

C’est le genre de petites phrases qui donne très envie à l’Adrienne de se mettre à les traduire.

Hélas, comment traduit-on le surréalisme?

« Ik, ik mysterie mezelf, mysterie mezelf…
Leg me uit aan het woud, aan de holle bomen, aan de lege vogels, huilend met de wolvenhuid wiens tanden ik droom…« 

Quelqu’un s’y est essayé en anglais, et on peut se demander pourquoi – délibérément – le traducteur a enlevé tous les doubles fonds, les jeux de mots et autres connotations:

« I mystify, I mystify myself…
Explaining the situation to the forest, to the dugout trees, to the stuffed birds, howling, wearing wolf skin, that skin whose teeth have come to me in a dream…
 » (source ici)

***

Dans la vidéo ci-dessus, l’intéressant témoignage du frère de l’auteur. Et beaucoup d’autres.
Quelques poèmes à lire ici.

P comme prunier

En lisant L’Histoire d’Espagne vue par Pérez-Reverte, l’Adrienne est assez rapidement tombée sur des expressions du genre ‘tontos del ciruelo‘, qui l’ont laissée assez perplexe.

D’accord, un ‘tonto‘ est un imbécile et un ‘ciruelo‘ est un prunier. Mais les deux mots mis ensemble?

Heureusement, il y a Colo pour éclairer sa lanterne 🙂

– Je comprends, lui écrit l’Adrienne, qu’il traite les gens de cons, mais quel est le rapport avec le prunier?

– Hola, répond Colo. Tu ne peux évidemment pas savoir que dans cette expression le prunier est le membre masculin.

C’est un mot que Pérez-Reverte semble affectionner et qui lui a déjà valu des démêlés avec un autre membre de la Real Academia Española en 2016 (Pérez-Reverte est contre la féminisation forcée des mots, comme elle est aussi devenue obligatoire en français, d’ailleurs) et avec des indépendantistes catalans en 2018.

Tous des ‘tontos del ciruelo‘, donc.

C’est ainsi que vous pourrez ajouter un mot ordurier à votre vocabulaire, sans en avoir l’air et en toute innocence…

Car vous aussi l’aurez sûrement déjà ressenti, dans une langue étrangère le mot ordurier a perdu beaucoup de sa vulgarité.

Non?

🙂

O comme Ostende fait son cinéma

Regardez ce passage du filmAanrijding in Moscou(2008) – une collision, un accrochage à Moscou, un quartier populaire de Gand, Flandre Orientale – où on voit l’événement déclencheur de l’histoire. La traduction du dialogue se trouve sous le billet.

Matty, la quarantaine et presque autant de problèmes (en instance de divorce, trois enfants à élever, un boulot de m…, une bagnole qui tombe en ruine etc) heurte le camion de Johnny en quittant le parking du supermarché.

L’échange verbal entre les deux est, disons-le proprement, assez vif. Et en patois gantois.

A Ostende, où devait normal avoir lieu cet été le festival annuel dédié au cinéma, on a refait la même scène.

Mais avec des enfants dans les rôles de Matty et Johnny.

Et en patois ostendais.

Traduction de ce dialogue: 

– Godverdomme! (nom de dieu!)
– Maman, mais qu’est-ce que tu fais?
(à Johnny, descendu de son camion) Désolée, je faisais marche arrière… désolée!
– Désolée!?
– Oui…
– Désolée mon cul. Faudra payer, hein, Madame!
– Comment ça?
– Quoi ‘comment ça’? Une bosse dans mon camion… ça va vous coûter cher… il est assuré, au moins, votre landau? (‘kindervoiture’, jeu de mot sur voiture et landau, vu qu’elle a ses trois enfants sur la banquette arrière)
– Eh là! un peu de respect! et qui dit que c’est de ma faute?
– Eh là Madame! c’est vous qui sortez du parking, c’est vous qui faites une manœuvre! Vous n’avez pas regardé dans votre rétroviseur…
– Oui et vous, qu’est-ce que vous faites avec ce mastodonte sur le parking?
– Non, non, désolé, je le connais, ce truc-là.
– Ce truc!
– Oui, Madame, ce truc. Ce n’est pas vous qui allez me couillonner. Allez, prenez votre formulaire pour le constat.
– Oui? et où elle est, cette bosse? 
– Mais Madame! vous êtes en train de la regarder!
– Ça, ici? mais c’est une petite bosse de rien du tout! Par contre mon coffre…
– Commencez pas comme ça, hein! Je vous connais, les femmes de votre sorte! vous êtes toutes les mêmes!
(intervient un troisième personnage) Excusez-moi, madame, monsieur, je pense qu’il vaut mieux rester calme…
– Calme? Mais je suis calme! c’est monsieur le viking ici, avec son dix tonnes, qui n’est pas calme!
– Vous avez vos règles, sans doute?
– Et vous? vous vivez encore chez votre mère, je parie?
(nouvelle intervention du troisième) Madame… Monsieur…
– Maintenant je le sais!
– Quoi?
– Et bien, ce qu’on dit des types avec un camion!
Plus le camion est grand, plus la bougie est petite!

(traduction de l’Adrienne, qui s’est bien amusée :-))

C comme canon

Dans un des livres empruntés à la bibliothèque la semaine dernière, Madame trouve le billet avec le nom de l’emprunteur précédent (une ancienne élève, ’emprunteuse’, ça se dit?) qu’elle contacte aussitôt pour un joyeux petit échange d’impressions de lecture.

Il s’agit d’un des titres de Dimitri Verhulst (qui a eu l’honneur de deux ou trois traductions françaises pour d’autres de ses œuvres) et que Madame découvre ces derniers mois, maintenant qu’elle n’est plus Madame et prend le temps de lire aussi en néerlandais.

Justement ces jours-ci il est beaucoup question des 50 titres faisant partie du « canon littéraire » néerlandophone, donc les œuvres qu’il « faut avoir lues ».

Il en est surtout question à cause d’un auteur qui vient de se voir éjecté de ladite liste en raison de racisme. Madame ne peut s’empêcher d’y voir surtout un effet de mode…

Bref.

Parce qu’en principe les seuls critères pour qu’une oeuvre soit admise dans ce panthéon – qui recouvre huit siècles – c’est qu’elle doit avoir été écrite en néerlandais, publiée il y a au moins 25 ans et que son auteur doit être mort.

Il semblerait qu’il y ait aussi des critères implicites 😉

Huit siècles, ce qui fait qu’en numéro un se retrouve Hendrik van Veldeke, un poète courtois du 12e siècle dont il n’est pas très clair s’il écrivait en « néerlandais » ou en « allemand ».

Soit.

Mettons que c’était du limbourgeois 😉  

***

source de l’illustration, info et tous les 50 titres ici.

*** 

Ez sint guotiu niuwe maere,
daz die vogel offenbaere
singent, dâ man bluomen siht.
zén zîten in dem jâre
stüende wol, daz man vrô waere,
leider des enbin ich niht:
Mîn tumbez herze mich verriet,
daz muoz unsanfte unde swaere
tragen daz leit, das mir beschiht. (version d’origine)
Het zijn goede nieuwe tijden
nu de vogels vreugd verspreiden,
zingend, waar men bloemen ziet.
Dit zijn de jaargetijden
die ons graag verblijden,
ik daarentegen ben het niet:
mijn domme hart smoorde mijn lied,
zodat ik hard en zwaar moet lijden
aan het lot dat mij geschiedt.

(traduction en néerlandais et en rimes d’Elvis Peeters)

Ce sont de bonnes nouvelles,
que les oiseaux répandent
en chantant, qu’on voit des fleurs.
C’est l’époque de l’année
qui nous incite à être heureux.
Hélas, je ne le suis pas:
mon cœur insensé m’a trahi,
et doit porter la peine
la plus dure et lourde.
(traduction de l’Adrienne de la première strophe d’un poème de Hendrik van Veldeke)

V comme vite! vlug!

Le Trésor de la guerre d’Espagne

Les voisins pensaient que ma mère était folle. Comment comprendre qu’elle étendait parfois le linge sur l’étendoir ou dans le champ, à même l’herbe, ou encore sur les branches des arbres ? Comment concevoir qu’elle le posait souvent à l’ombre ou en plein vent, maintenu par de gros cailloux, comme les points de ponctuation d’une phrase secrète?

Serge Pey, Le linge et l’étendoir, in Le trésor de la guerre d’Espagne, Récits d’enfance et de guerre, éd. Zulma, 2011, incipit.

De buren dachten dat mijn moeder gek was. Hoe moest je anders begrijpen dat ze soms haar was aan de waslijn hing, of op de akker legde, op het gras, of aan de takken van de bomen hing? Hoe kon je bevatten dat ze hem vaak in de schaduw legde of in volle wind, vastgelegd met dikke stenen, zoals leestekens van een geheime zin?

traduction de l’Adrienne – allez voir chez Colo pour une version en espagnol 🙂

—Vite, enlève ta chemise et va l’étendre sur l’étendoir, ramène le linge qui reste. Vite… Dépêche-toi…
Je compris sa précipitation quand je vis, depuis notre jardin qui surplombait la route, une longue file de camions bleus de la gendarmerie.
Ainsi ma chemise faisait partie, elle aussi, d’une longue phrase. Elle était une lettre, peut-être un mot. J’étais fier. J’étais devenu une conjugaison, presque un verbe. J’existais dans le langage secret de ma mère, comme un mot important qu’elle n’avait encore jamais employé, puisque c’était la première fois qu’elle voulait laisser ma chemise seule sur l’étendoir.

Serge Pey, Le linge et l’étendoir, in Le trésor de la guerre d’Espagne, Récits d’enfance et de guerre, éd. Zulma, 2011, p.19-20.

– Vlug, doe je hemd uit en hang het aan de waslijn, breng de rest van de was terug. Vlug… haast je…

Ik begreep de hoogdringendheid als ik vanuit onze tuin, die hoger lag dan de straat, een lange rij blauwe vrachtwagens van de rijkswacht zag.

Zodus, ook mijn hemd maakte deel uit van een lange zin. Het was een letter, een woord misschien. Ik was trots. Ik was een vervoeging geworden, een werkwoord bijna. Ik bestond in de geheime taal van mijn moeder, als een belangrijk woord dat ze nog nooit gebruikt had, aangezien het de eerste keer was dat ze mijn hemd alleen wou laten aan de waslijn.

traduction de l’Adrienne – merci à Colo d’avoir suggéré cet exercice en duo 🙂

source de l’illustration et toute l’info ici.

Et merci aux éditions Zulma qui permettent de lire tout le chapitre du linge et de l’étendoir ici.

 

D comme défini

DSCI7278 (3)
Temps défini
Il est bon que parfois la vie
nous dépouille de tout.
Dans l’obscurité les yeux apprennent
à y voir plus clair.
Quand la solitude est le vide intense
du corps et des mains,
il y a des chemins ouverts sur le plus profond
et sur le plus distant.
Dans le silence les voix aimées
renouvellent doucement leurs mots
et les murs veillent sur le bruit infini
des pas absents.
Les lèvres qui avant furent
lieu d’amour, apprennent, par ces après-midi silencieux,
la grandeur
de la chanson rebelle et angoissée.
Sur le haut des arbres, un vent en suspens,
un son de pluie. (…)
(Trad: Colo)

Tiempo definido, Maruja Vieira

Está bien que la vida de vez en cuando
nos despoje de todo.
En la oscuridad los ojos aprenden
a ver más claramente.
Cuando la soledad es el vacío intenso
del cuerpo y de las manos,
hay caminos abiertos hacia lo más profundo
y hacia lo más distante.
En el silencio las amadas voces
renuevan dulcemente sus palabras
y los muros custodian el rumor infinito
de los ausentes pasos.
Los labios que antes fueran
sitio de amor en las calladas tardes
aprenden la grandeza
de la canción rebelde y angustiada.
Hay un viento en suspenso sobre los altos árboles,
un repique de lluvia (…)

Bepaalde tijd – Maruja Vieira
Het is goed dat het leven af en toe
Ons van alles ontdoet.
In het donker leren de ogen
klaarder te zien.
Als de eenzaamheid de grote leegte is
van lichaam en handen,
zijn er open wegen naar meer diepgang
en naar de verte.
In de stilte hernieuwen zachtjes
de geliefde stemmen hun woorden
en de muren bewaren het eindeloze geluid
van de afwezige stappen.
De lippen die vroeger plek van liefde waren
in de stille avonden
leren de grootsheid
van het rebelse en angstig lied.
Er hangt een wind boven de hoge bomen,
en de regen tokkelt (…)
traduction de l’Adrienne – merci Colo!
photo prise à l’école année 2018-2019

Z comme zwemmen

2019-01-01 (3)

Ne demandez pas à l’Adrienne comment il se fait qu’elle n’aille plus jamais nager, alors qu’elle aime tant ça. Elle ne le sait pas elle-même.

Oui, elle aime énormément l’eau et l’autre jour, en lisant ce poème, elle a tout à fait reconnu la plupart des sentiments évoqués: 

Een zwemmer is een ruiter

Zwemmen is losbandig slapen in spartelend water,
is liefhebben met elke nog bruikbare porie,
is eindeloos vrij zijn en inwendig zegevieren.

En zwemmen is de eenzaamheid betasten met vingers,
is met armen en benen aloude geheimen vertellen
aan het altijd allesbegrijpende water.

Ik moet bekennen dat ik gek ben van water.
Want in het water adem ik water
word ik een schepper die zijn schepping omhelst,
en in het water kan men nooit geheel alleen zijn
en toch nog eenzaam blijven.

Zwemmen is een beetje bijna heilig zijn.

Paul Snoek, Hercules. Gedichten, Brussel, Manteau (1960)

Le nageur est un cavalier

La natation est un sommeil libertin dans l’eau qui barbote,
c’est aimer par chaque pore encore actif,
c’est être infiniment libre et triompher à l’intérieur de soi.

Nager c’est tâter la solitude avec les doigts,
c’est raconter avec les bras et les jambes des secrets d’autrefois
à l’eau qui comprend toujours tout.

Je dois avouer que j’adore l’eau.
Dans l’eau je respire eau
je deviens un créateur qui embrasse sa création,
dans l’eau on n’est jamais tout à fait seul
tout en étant solitaire.

Nager a presque une petite odeur de sainteté.

Paul Snoek (traduction de l’Adrienne)

***

photo prise en Islande, hiver 18-19, au Blue Lagoon, fermé aussi en ce moment pour les raisons que l’on sait 😉

T comme traduttore…

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Aux pages 270-271 de l’épais volume relatant la biographie du petit Marcel – et en même temps c’est la fresque de toute une époque, de tout un milieu, avec autant de personnages que dans la Recherche elle-même – on peut lire ceci, concernant les efforts dudit Marcel pour traduire Ruskin:

Rien n’est meilleur, pour connaître un écrivain et se pénétrer de sa pensée, que de le traduire. Le simple effleurement de la page par l’œil, comme c’est le cas lorsqu’on lit un texte dans sa langue, est remplacé par l’application nécessaire au déchiffrage de phrases obscures, à la quête de certains mots dans le dictionnaire, et l’hésitation devant plusieurs termes entre lesquels il faut choisir, impose une lenteur favorable à la réflexion, à l’approfondissement de la signification de la phrase. En compensation de ces peines, il y a le plaisir d’avoir vaincu l’obstacle et de voir les mots s’ordonner suivant une logique, la pensée de l’auteur jaillir soudain, comme un rayon de soleil perçant les nuées. De là, d’ailleurs, à se sentir un peu l’auteur de ce qu’on vient de traduire, il n’y a qu’un pas que le disciple franchit parfois dans l’ivresse de sa trouvaille […]

C’est tellement vrai 🙂

A quoi j’ajouterais: plus le texte est bon, plus il y a de plaisir à le traduire!

(et inversement, bien sûr ;-))