G comme géographie domestique

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Où se retire-t-on pour avoir un moment à soi? la chambre, le bureau, le fauteuil, la terrasse, le jardin?

La réponse se trouve dans une enquête très sérieuse réalisée en Grande-Bretagne: selon celle-ci, un tiers des hommes se réfugient dans la salle de bains, contre seulement un cinquième des femmes.

Pour ceux que ça intéresse, c’est ic: The Independent

Ça m’a bien fait rire parce que ça m’a rappelé mon grand-père, qu’on avait interdiction absolue de déranger, le matin après le petit déjeuner, quand il se retirait aux toilettes avec son journal.

Chose que lui seul avait le droit de faire, parce que – disait ma mère – c’est très mauvais de rester assis longtemps sur les toilettes.

Lui seul et aussi le petit frère, qui avait des intestins se mettant en branle dès qu’il était question d’aider à la vaisselle. Il revenait toujours au moment exact où tout était propre et rangé.

Jusqu’à aujourd’hui, j’ai encore des doutes sur le bien-fondé de l’argument maternel 🙂

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photo prise à l’Hôpital Notre-Dame à la Rose

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W comme Web pédagogique

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Chaque matin, Madame va faire un tour chez les collègues du Web pédagogique où justement hier un de ses chroniqueurs préférés parlait du look des profs.

Madame y a reçu confirmation de ce qu’elle savait déjà, par exemple en ce qui concerne son choix de sandales plates en simili-plastique, « qui sont si pratiques sur les sentiers rupestres transalpins », dit l’article, mais qui n’auront droit qu’à des regards de commisération ou de dédain.

C’est vrai, Madame le sait depuis le premier jour où elle s’est trouvée face à une classe – et pourtant à l’époque il s’agissait d’une vingtaine de garçons pour seulement trois filles – le look est évalué et commenté. Définitivement. Pas de session de rattrapage.

D’ailleurs Madame elle-même et ses copines n’étaient pas différentes des ados d’aujourd’hui: le jeune prof venu faire un remplacement de latin et de grec a vite été surnommé « Floerie » à cause de son costume en velours côtelé et le prof d’allemand était « den Bruinen » parce qu’il ne portait que du brun. Celle au look terne et triste était jugée terne et triste. Celle qui portait chaque jour des tenues achetées bien cher en boutique de luxe était jugée superficielle et dépensière.

Voilà 🙂

Alors Madame met ce qui lui plaît, ce qui fait conclure à ses élèves que sa couleur, c’est le rouge 🙂

source de la photo et article ici

 

V comme vieilles pierres

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C’était l’époque bénie où mini-Adrienne avait quatre ans et ses quatre grands-parents. Cet été-là était le dernier où toute la famille partait ensemble en vacances en France, parents et grands-parents et la Tantine de 18 ans.

Touristes d’autrefois, de ceux qui ne se promènent pas en short, sandales et linge de corps sous prétexte qu’il fait beau et qu’on est loin de chez soi.

Touristes qui aiment « les vieilles pierres » – c’est une expression qu’ils utilisent souvent – et qui font une tentative d’épuisement des ressources historiques d’une région, en une quinzaine de jours.

Ce qui fait conclure à mini-Adrienne que la France est un pays de ruines. A l’énième site visité, elle soupire et déclare:

– Encore un château cassé!

Elle n’a pas compris pourquoi ça a fait rire tout le monde.

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photo et consignes chez les Impromptus littéraires

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Il a tourné le coin de la rue et a marché vers Madame. Il avait ce même sourire qu’autrefois, la même coupe de cheveux qu’à ses 16 ans, courtes bouclettes blondes, allure sportive, bien dans ses baskets.

Il tenait à la main une jeune fille aux longs cheveux bruns. Une de celles dont Madame a eu en classe le père, une tante, un oncle et qu’elle a en classe cette année.

Ils avaient l’air si heureux, tous les deux.

C’est là que Madame s’est réveillée, d’un seul coup, le cœur battant. Et qu’elle a tout de suite décidé de prendre sa plus jolie plume:

Chère Madame B

Cette nuit j’ai rêvé de François…

Je l’ai vu, parfaitement vu dans mon rêve, à l’âge qu’il avait quand il est devenu mon élève. 

Peut-être que ce rêve est dû à l’approche du 18 septembre.
Peut-être est-ce parce qu’au bout de seulement deux semaines de classe, j’ai déjà parlé de lui à deux élèves.
Peut-être est-ce parce que l’agencement du local 215 est de nouveau comme « en son temps ».

Quoi qu’il en soit, il est dans ma tête et dans mon cœur pour toujours, comme vous tous.

Je vous embrasse et j’espère que vous allez bien.

François, 19 ans depuis douze ans…

L comme lettre 6

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Mademoiselle S 

Votre réputation vous précédait: nous avions peur de vous des mois à l’avance. On nous disait que vous étiez sévère, exigeante, difficile. 

Et c’était vrai. Non seulement pour les dictées, les analyses de la phrase, les problèmes de robinets qui coulent dans des baignoires qui se vident, de trains qui se croisent, de prix de revient et de bénéfices réalisés sur la vente de pommes de terre. 

Justement, dans la classe il y avait deux filles d’agriculteurs. L’une n’avait plus de maman et était élevée par sa grand-mère. L’autre avait une très nombreuse fratrie et un frère aîné prénommé Emile qui était le véritable chef de la famille: c’est lui qui décidait que la petite sœur n’avait pas le temps de faire ses devoirs. Elle devait aider à trier les pommes de terre. A rentrer le foin. A soigner les vaches. A nourrir les cochons. Il y avait toujours des choses plus urgentes que les leçons. 

Mais ce n’était pas de sa faute: ce n’est pas cette pauvre petite qu’il fallait sermonner, elle était la première victime. 

Et cette autre petite malheureuse sans maman, qu’y pouvait-elle si elle avait les ongles noirs et si ses vêtements usés sentaient la ferme? 

Je vous ai détestée pour ces choses-là: c’étaient des injustices flagrantes. 

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écrit pour le Marathon d’écriture 2018

L comme lettre 5

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Chère Madame VDM 

Vous étiez fatiguée et ça se sentait. Vous aviez repris le métier après avoir mis au monde cinq enfants et vous aviez sûrement mieux à faire que vous occuper de nous. Mais votre mari se croyait artiste peintre, il avait un petit commerce d’articles de dessin, ça ne suffisait pas à faire bouillir la marmite. 

Vous étiez fatiguée, mais compétente. Vous ne bougiez pas de derrière votre bureau. Vous profitiez des récréations pour rester tranquillement en classe, peut-être à faire déjà quelques corrections. La cinquième année a été un long fleuve tranquille. Jamais un mot plus haut que l’autre. 

Un jour je vous ai vue pleurer. Jusqu’à aujourd’hui, je me demande pourquoi. 

*** 

écrit pour le Marathon d’écriture 2018

H comme hypomnemata

Tu sais qu’aujourd’hui c’est mon anniversaire de mariage, dit la mère de l’Adrienne hier soir au téléphone. Non, répond l’Adrienne, aujourd’hui on est le neuf, vous vous êtes mariés le sept.

S’en suit une réponse véhémente à laquelle l’Adrienne ne réagit plus – à quoi bon? si sa mère est persuadée qu’elle s’est mariée le neuf juillet, il ne sert à rien d’essayer de lui montrer qu’elle a tort, comme samedi dernier, quand en guise de bonjour elle lui a asséné un: « Et le jour de la fête des Mères, tu n’es même pas venue me voir! » alors que ce jour-là (déjà lointain, c’était le 13 mai en Belgique) on lui avait apporté un gros gâteau au chocolat. On le lui a rappelé, ça n’a servi à rien: non, tu n’es pas venue et tu ne m’as même pas téléphoné non plus.

Bref, la mère de l’Adrienne n’aime pas ce silence à l’autre bout du fil: « Tu ne dis plus rien? » fait-elle quand elle est arrivée au bout de sa tirade. – « Qu’est-ce que tu veux que je te dise? Moi j’ai toujours su que c’était un sept juillet mais si tu penses que c’est le neuf… »

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ὑπόμνημα, hypomnema, pluriel hypomnemata, de ὑπό, sous et μνημα, mémoire – les hypnomnemata sont des ‘supports de mémoire’  (une référence aussi dans le Gaffiot)

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Bien sûr il y a des choses pires dans l’actualité du jour…

grotte thailande

photo copiée d’une vidéo sur le site du Figaro