20 ans

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Bien des fois déjà l’Adrienne a dû vous parler de cette histoire de soupe qui a terni toute sa petite enfance.

Une anecdote qui pourrait servir de symbole à la faillite de ce genre d’éducation: obligée de finir l’assiette, même froide, enfermée dans le kot aux murs bleu turquoise – grand-mère Adrienne avait badigeonné les toilettes, la cave et le kot avec la même peinture à la chaux – mini-Adrienne s’est juré que quand elle serait grande…

Et elle a tenu parole.

Pendant vingt ans, à contrecœur et avec dégoût, elle a avalé sa soupe, l’ornement obligatoire de la gastronomie domestique flamande: jamais ne s’en est servie comme projectile, jamais n’a froissé l’amour-propre de la cuisinière.

Mais sur son ardoise mentale, elle traçait une barre, une par jour, qui la rapprochait de la venue de son prince sur son cheval blanc, celui qui la délivrerait.

Qui lui permettrait de jeter aux orties de l’histoire ce triste fleuron de l’art culinaire.

***

Ecrit sur mon canapé le vendredi 13 à quatre heures pour 13 à la douzaine avec les mots imposés: soupe – ternir – faillite – ortie – ornement – projectile – froisser – turquoise – ardoise – prince – canapé – et le thème était: vingt.

Photo d’une famille flamande – celle du grand-père maternel – élevée à la soupe quotidienne. 

O comme obsédé

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« Obsédé sexuel » disait le petit frère, qui avait le chic de rapporter de la cour de l’école – ou des réunions de louveteaux, dans ce cas-ci – les termes les plus choisis.

Parfois le père essayait mollement un « Tu sais au moins ce que ça veut dire? »

Parfois la mère s’insurgeait: « Arrête avec ça! C’est vulgaire! »

Peine perdue: il allait falloir d’autres tactiques.

Par exemple, s’attaquer au nerf de la guerre:

« Dorénavant, tu mettras un franc dans cette tirelire chaque fois que tu diras un vilain mot », dit la mère, qui avait dû trouver ce conseil dans son magazine féminin.

Mais au bout de quelques jours, quand il disait une grossièreté, la mère faisait la sourde oreille et le père continuait de lire son journal.

Peut-être que si on ne réagit plus, ça s’arrêtera tout seul? ont-ils dû penser.

***

écrit pour le Défi du samedi avec le thème imposé: obsédé!

Merci Walrus 🙂

M comme Monsieur Météo

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Le week-end dernier, Belle-Maman d’Ostende aurait encore eu raison: il a fait un temps magnifique à la côte belge (1), alors que les météorologies nationale et webinesques ne parlaient que de pluie pour tout le pays.

– Les nuages de pluie, disait belle-maman, le vent de la mer les souffle jusqu’à Bruges. C’est là-bas qu’il pleut. Pas à Ostende. (2)

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(1) comme le montre cette photo prise dimanche dans le kiosque à musique, dans le parc Léopold.

(2) où on aime tant les Brugeois qu’on dit « zie je van Brugge? zet je vanachter » (tu es de Bruges? va t’asseoir dans le fond)armand pien 1

Nous qui étions de « l’intérieur du pays » (3), nous avions plutôt l’impression contraire. Nous soupçonnions Armand Pien (4) d’avoir des accointances avec le secteur Horeca côtier chaque fois qu’il annonçait qu’il ferait beau à la mer.

Luigeniere! (Menteur!) criait mon grand-père, que ça n’empêchait pas d’écouter chaque jour fidèlement le bulletin météo d’Armand Pien et d’exiger un silence religieux pour ne pas en perdre une miette. 

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(3) pour Belle-Maman, il y avait deux sortes de gens: ceux de la côte (van de kust) et ceux de l’intérieur du pays (van het binnenland), qui ne savent pas ce que c’est du poisson frais ni ce que c’est du vent.

(4) notre Monsieur Météo de la télévision flamande de 1953 à 1990, voir la photo ci-dessus en noir et blanc. Célèbre en Flandre pour y avoir introduit le mot ‘straalstroom‘, (jet-stream en bon franglais) et pour ses bulletins météo toujours présentés avec humour et pédagogie.

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J comme Jocrisse

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La première fois que l’Adrienne a rencontré ce mot, c’était dans une de ses lectures de la Bibliothèque verte et ça l’a fort marquée.

Elle n’avait pas l’habitude d’être confrontée à un mot inconnu, voilà pourquoi elle se souvient de ces rencontres, jocrisse, dans un des Langelot, ou panacée, dans la chanson du sirop typhon.

Quant à savoir pourquoi ce mot – jocrisse! – ressurgit tout à coup dans sa mémoire alors qu’elle est plongée dans Orient-Express, de Graham Greene sur les conseils de Walrus… mystère!

***

La photo d’illustration vient d’ici (où vous trouverez toute l’info sur les 40 volumes des aventures de Langelot, agent secret :-))

V comme vive la famille!

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La toute première fois que l’Adrienne a reçu des fleurs, c’était pour ses 18 ans.

Un magnifique bouquet de lilas blancs d’une adorable voisine dont elle a déjà parlé ici et ici.

Une gentille dame. Vraiment. L’Adrienne aurait bien épousé son plus jeune fils, rien que pour entrer dans cette famille et avoir une si adorable belle-maman 🙂

Par hasard, l’Adrienne la rencontre et a avec elle une conversation bizarre, à propos de lilas blancs qu’elle devrait avoir reçus mais qu’elle n’a pas vus.

La voilà triplement touchée, d’abord parce que quelqu’un a pensé à son anniversaire, ensuite pour ce bouquet, le tout premier de sa vie, et justement elle adore le lilas, son parfum, tout ça, la gentille dame le savait…

L’Adrienne a peur de comprendre ce qui s’est passé avec « son » bouquet:

– Oh! dit sa mère, ces lilas blancs? je les ai donnés à Gisèle.

***

Merci au Goût-des-autres pour son devoir du Goût N°5: J’aime le lilas. Et vous ? Qu’avez-vous à raconter sur le lilas ?

Question existentielle

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La première fois que mini-Adrienne a été punie, elle avait quatre ou cinq ans et jouait à ‘tikkertje‘ (1).

Une partie de la cour était mouillée parce que les femmes de ménage y avaient déversé leurs seaux et tout ne s’était pas écoulé.

Par conséquent, sœur Josiane avait interdit de poser le pied sur la partie humide.

Mais comment voulez-vous jouer à ‘tikkertje‘ et faire attention à la flaque tout en courant pour échapper à votre poursuivant?

Mini-Adrienne a vu trop tard qu’elle approchait de la zone interdite, a fait le plus grand bond dont elle soit capable, au-dessus de la flaque… mais hélas, sœur Josiane surveillait l’endroit. Mini-Adrienne a dû finir la longue récréation debout au milieu de la cour, sans bouger.

La honte.

Depuis ce jour-là, elle s’interroge beaucoup sur les punitions. Leur utilité. Leur bien-fondé. Sur le pouvoir et l’abus de pouvoir de celui qui les donne. Sur la honte et le sentiment d’injustice ou de révolte de celui qui les reçoit.

C’est sans doute pour ça que pendant toute sa carrière de prof, elle a toujours cherché à s’en passer.

***

(1) je crois qu’en français ça se dit ‘jouer à chat’, corrigez-moi si je me trompe.

Racontez-nous une histoire de pas sage, demandait le Goût-des-autres, qui a courageusement repris les devoirs de Lakévio. Merci à lui!

F comme Fallen Astronaut

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Si vous demandez à la mère de l’Adrienne ce qu’évoque pour elle le 21 juillet 1969, elle vous dira que c’est la Fête Nationale belge et que ce jour-là, Eddy Merckx a remporté le maillot jaune… puis le Tour de France. La meilleure fête nationale du siècle 😉

Si vous le demandez à l’Adrienne, elle se souvient que cette année-là, à cause de la maison que les parents étaient en train de faire construire, la famille n’est pas partie en vacances en France.

Mais que le 21 juillet 1969, parents, enfants, oncle, tante et cousin étaient réunis dans l’appartement à la mer pour regarder la télé, où sur un petit écran en noir et blanc on entrevoyait plus ou moins un astronaute marcher sur la lune.

C’est à l’occasion de ce cinquantenaire que l’Adrienne a incidemment appris qu’il y avait sur la lune une œuvre d’art unique, due à un Belge: Fallen Astronaut, en hommage aux astronautes décédés, comme on peut le lire ci-dessous sans un article Wikipédia: 

Fallen Astronaut (littéralement l’« Astronaute tombé ») est une petite sculpture en aluminium représentant de façon stylisée un astronaute dans sa combinaison spatiale. Cette statuette, qui mesure environ 8,5 cm de haut, est l’unique œuvre d’art se trouvant sur la Lune, où elle a été déposée par Apollo 15 en 1971.

La sculpture a été réalisée par l’artiste belge Paul Van Hoeydonck à la suite de sa rencontre avec l’équipage d’Apollo 15 (dont David Scott) au début du mois de juin 1971. Cette statuette a trouvé une fonction trois semaines plus tard lorsque l’équipage, marqué par la mort de trois cosmonautes russes, a proposé à la NASA de s’en servir pour commémorer nominativement les astronautes et cosmonautes morts pour et pendant l’exploration de l’espace. Un certain nombre de consignes avaient été données à l’artiste : la sculpture devait être légère, solide, capable de supporter les variations de températures extrêmes à la surface lunaire ; elle ne devait pas permettre d’identifier en elle un homme ou une femme, ni même aucun groupe ethnique. De plus, en accord avec le souhait de Scott d’éviter une commercialisation de l’espace, le nom de Van Hoeydonck ne serait pas dévoilé au public.

source du texte en bleu (et suite) sur Wikipédia et source de l’image wikimedia commons