V comme vacarme

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C’est quand le vacarme a cessé depuis trop longtemps que Romane s’inquiète.

Pourquoi n’entend-on plus rien, derrière la porte? Devrait-elle ouvrir et aller voir?

Elle reste là un long moment, la main sur la hanche, à essayer d’entendre ce qui se passe de l’autre côté.

Va-t-elle prendre la clé? Attendre encore? Appeler?

Elle colle son oreille à la porte. Rien. Absolument rien. C’est tout à fait étrange. Tout à fait inhabituel.

Que s’est-il passé, cette fois?

D’habitude, la petite crie et pleure un peu, puis se résigne et mange sa soupe.

***

source du tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie.

Le mot ‘vacarme’ a une étymologie assez surprenante, il vient du moyen néerlandais – « wacharme », correspondant à l' »ocharme » encore employé en Flandre aujourd’hui – qui exprime apitoiement et compassion.

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T comme trajet

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L’école est à un peu plus de deux kilomètres de la maison. La petite ne commence à respirer librement que dans la dernière moitié du trajet. Alors seulement elle ose lâcher la main du petit frère et enfin changer son cartable de main. Il est lourd, le cartable, et capricieux, le petit frère. Il sait qu’il peut lui faire bondir le cœur en essayant de lâcher sa main et de faire mine d’aller sur la chaussée. Il n’aime pas marcher. Il faut le traîner. La route grimpe. Il n’a que trois ans.

Trois ans plus tard, la petite rentre seule. Pour le petit frère, la mère a trouvé une gentille voisine et sa 4L. Alors, en chemin, elle peut changer le cartable de main autant qu’elle veut. Heureusement, parce qu’il est encore plus lourd. Il lui arrive de le poser à terre, pour cueillir des primevères, observer des fourmis ou ramasser des faines. Il y a mille choses intéressantes dans la deuxième partie du trajet. Puis passe la voisine avec sa 4L qui klaxonne joyeusement. La petite sourit, agite la main et reprend son cartable. 

consigne d’écriture: s’inspirer de l’extrait ci-dessous d’Isabelle Desesquelles, Je voudrais que la nuit me prenne, Belfond, 2018

L’école est à trois kilomètres de notre maison, on y va par un chemin que nous étions les seuls à prendre ; nos marches tous les deux, matin et soir, parfois l’un derrière l’autre dans les sentes les plus étroites, elles sont au-delà de la mémoire, parce que c’est arrivé, un père et sa fille, chacun avec son cartable et nos mains qui se cherchaient, se retenaient, la pression de la sienne enserrant la mienne, comme nous y puisions une douceur. Que se passe-t-il dans la tête d’un enfant quand il soupçonne que le meilleur ne va pas durer, qu’il n’est pas garanti, le bonheur ? Grâce à ses parents, à leur offrande d’amour, l’enfant ne voudra pas le croire, il balaiera son soupçon dans un câlin de sa mère, un rire de son père, et l’enchantement permanent de l’enfance, il le croira résolument. La protection de ses parents lui donnera le sentiment de l’invincible bonheur. Et on s’y arrime.

L comme [elle]

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C’est la dernière photo que j’ai prise d’elle. Un peu traficotée façon Joe Krapov amateur 😉

Je la connais depuis que je suis née. Façon de parler. C’est plutôt elle qui me connaît depuis que je suis née.

Meilleure amie de ma mère. Ces dernières années, leur amitié s’est effilochée. Mais pas la mienne. Je ne suis pas ma mère 😉

J’admire comme dans sa chambre de malade, elle continuait à s’intéresser à tout. J’admirais sa mémoire prodigieuse, que je n’ai pas. Et ses belles mains aux ongles soigneusement laqués.

J’apprécie que jamais, jamais elle ne disait du mal des autres. Pas même de ma mère, de ses humeurs, de sa défection.

De ta maman, dis-je à son fils le jour de son décès, dimanche dernier, je n’ai que de bons souvenirs.

De ta maman, ai-je dit à son fils hier soir, je peux faire une longue liste de « je me souviens… »: il n’y aura que de jolies choses.

T comme trouille

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[…] Sarah avait pris les billets, avion direct pour Bandar Abbas par une nouvelle compagnie au nom chantant d’Aria Air, dans un magnifique Iliouchine de trente ans d’âge réformé par Aeroflot où tout était encore écrit en russe – je lui en ai voulu, quelle idée, des économies de bouts de chandelles, tes économies, tu me la copieras, tu me copieras cent fois « Je ne voyagerai plus jamais dans des compagnies loufoques utilisant de la technologie soviétique », elle riait, mes sueurs froides la faisaient rire, j’ai eu une trouille bleue au décollage, l’engin vibrait tout ce qu’il pouvait comme s’il allait se disloquer sur place. Mais non. Pendant les heures de vol j’ai été très attentif aux bruits ambiants. J’ai eu de nouveau une belle suée quand ce fer à repasser a fini par se poser, aussi légèrement qu’une dinde sur sa paille.

Mathias Enard, Boussole, éd. Babel 2017, p.263.

J’ai beaucoup ri en lisant ce passage, parce que j’ai eu exactement la même « trouille bleue » en décembre 1991, avec le même genre de vieil avion russe qui circulait pour une compagnie roumaine entre Bruxelles et Bucarest.

Oui, « l’engin vibrait » et pas seulement au décollage…

Je n’ai cessé de garder l’œil fixé sur l’aile visible à ma gauche et où, me semblait-il, il manquait quelques vis. Je m’attendais à ce que des plaques de métal en tombent en plein vol 😉 

J’ai été moi aussi « très attentive aux bruits ambiants », avec « de belles suées » jusqu’à l’arrêt complet sur le tarmac dans la nuit de l’hiver roumain. Me demandant si le même miracle allait vouloir s’accomplir pour le voyage du retour vers Bruxelles.

L’amie Violeta, à qui je confiais mes craintes, m’a rassurée en me vantant la qualité inégalable des pilotes roumains 🙂 

Je ne sais pourquoi ça me faisait penser à cet ami de mon grand-père qui, dans un camp de concentration nazi, a été opéré d’urgence par un autre prisonnier, qui était médecin. A l’aide d’une boite à sardines.

source de la photo et info sur le site de l’éditeur.

G comme géographie domestique

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Où se retire-t-on pour avoir un moment à soi? la chambre, le bureau, le fauteuil, la terrasse, le jardin?

La réponse se trouve dans une enquête très sérieuse réalisée en Grande-Bretagne: selon celle-ci, un tiers des hommes se réfugient dans la salle de bains, contre seulement un cinquième des femmes.

Pour ceux que ça intéresse, c’est ic: The Independent

Ça m’a bien fait rire parce que ça m’a rappelé mon grand-père, qu’on avait interdiction absolue de déranger, le matin après le petit déjeuner, quand il se retirait aux toilettes avec son journal.

Chose que lui seul avait le droit de faire, parce que – disait ma mère – c’est très mauvais de rester assis longtemps sur les toilettes.

Lui seul et aussi le petit frère, qui avait des intestins se mettant en branle dès qu’il était question d’aider à la vaisselle. Il revenait toujours au moment exact où tout était propre et rangé.

Jusqu’à aujourd’hui, j’ai encore des doutes sur le bien-fondé de l’argument maternel 🙂

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photo prise à l’Hôpital Notre-Dame à la Rose

W comme Web pédagogique

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Chaque matin, Madame va faire un tour chez les collègues du Web pédagogique où justement hier un de ses chroniqueurs préférés parlait du look des profs.

Madame y a reçu confirmation de ce qu’elle savait déjà, par exemple en ce qui concerne son choix de sandales plates en simili-plastique, « qui sont si pratiques sur les sentiers rupestres transalpins », dit l’article, mais qui n’auront droit qu’à des regards de commisération ou de dédain.

C’est vrai, Madame le sait depuis le premier jour où elle s’est trouvée face à une classe – et pourtant à l’époque il s’agissait d’une vingtaine de garçons pour seulement trois filles – le look est évalué et commenté. Définitivement. Pas de session de rattrapage.

D’ailleurs Madame elle-même et ses copines n’étaient pas différentes des ados d’aujourd’hui: le jeune prof venu faire un remplacement de latin et de grec a vite été surnommé « Floerie » à cause de son costume en velours côtelé et le prof d’allemand était « den Bruinen » parce qu’il ne portait que du brun. Celle au look terne et triste était jugée terne et triste. Celle qui portait chaque jour des tenues achetées bien cher en boutique de luxe était jugée superficielle et dépensière.

Voilà 🙂

Alors Madame met ce qui lui plaît, ce qui fait conclure à ses élèves que sa couleur, c’est le rouge 🙂

source de la photo et article ici

 

V comme vieilles pierres

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C’était l’époque bénie où mini-Adrienne avait quatre ans et ses quatre grands-parents. Cet été-là était le dernier où toute la famille partait ensemble en vacances en France, parents et grands-parents et la Tantine de 18 ans.

Touristes d’autrefois, de ceux qui ne se promènent pas en short, sandales et linge de corps sous prétexte qu’il fait beau et qu’on est loin de chez soi.

Touristes qui aiment « les vieilles pierres » – c’est une expression qu’ils utilisent souvent – et qui font une tentative d’épuisement des ressources historiques d’une région, en une quinzaine de jours.

Ce qui fait conclure à mini-Adrienne que la France est un pays de ruines. A l’énième site visité, elle soupire et déclare:

– Encore un château cassé!

Elle n’a pas compris pourquoi ça a fait rire tout le monde.

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photo et consignes chez les Impromptus littéraires