G comme gratitude

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– Vous la reconnaissez? demande Madame à ses élèves de l’an dernier.

– Oui, bien sûr! répondent-ils, les pauvrets, comme s’il n’y avait qu’une seule orchidée rose au monde.

Madame oserait même parier que beaucoup d’entre eux ne se souvenaient plus qu’elle était rose 🙂

– Vous voyez, ajoute Madame, elle refleurit, comme promis!

Parce qu’elle avait osé faire ce genre de promesse, dans l’émotion du moment, de leur dire qu’elle en prendrait bien soin.

Et eux qui terminent l’école secondaire cette année, auront eu une « fin de carrière » bien particulière, sans tous ces rites de passage que sont les proclamations et autres festivités de fin d’études.

Comme ceux qui terminent cet été leur cursus universitaire et ont protesté fermement parce que l’université a l’intention de faire une cérémonie purement virtuelle de la remise des diplômes.

 

Dernière fois!

Boutique Plonk & Replonk Suisse

Panneau indiquant le léger virage à effectuer vers la gauche pour porter la cuillère dans l’assiette de soupe. 

Pour cela il faut évidemment tenir la cuillère à soupe dans la main droite.

D’où l’utilité d’un policeman.

CQFD 

***

Consigne 1920-32 de Joe Krapov, que je remercie: Carnet de route avec Plonk et Replonk

Consigne empruntée à Faly Stachak (« Ecrire, un plaisir à la portée de tous » p.210-214 – Editions Eyrolles, 2004) Chacun des quarante mots énumérés ci-dessous est une proposition, évocatrice de moments généralement forts, liés à votre enfance. C’est votre carnet de route, là où vous notez votre découverte du monde. Ecrivez un ou plusieurs textes, le thème choisi servant de titre, et, si possible, illustrez chacun d’eux avec une image-collage de Plonk et Replonk. Ou prenez la consigne à l’envers : choisissez une carte de Plonk et Replonk et essayez de la tirer (histoire ou description) vers le thème proposé par Faly Stachak https://www.google.com/search?q=plonk+et+replonk&rlz=1C1AVSA_enFR440FR440&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=2ahUKEwjO2sKWndLpAhVMyxoKHTHNCXAQ_AUoAXoECBMQAw&cshid=1590520254261851&biw=1280&bih=543#imgrc=wYx3pXj0NHn7pM
La soupe – Dans le noir – Le retard – La maison vide – Le monstre – Nu·e – Du sang – Les gros mots – Mon frère (ou ma sœur) – L’ennui – La cachette – La triche – La cour de récréation – Le voisin (ou la voisine) – La honte – Ma poupée – L’école – Insectes – La punition – Ma maîtresse (mon maître) – Mon prof – Les hauts talons – Le revolver – Dieu – Le loup – La mer – Mon animal – Injustice – Jeux interdits – Un cadeau – La combine – La cave – Mon ami – Voyage – Ma collection – Odeurs – Le mensonge – La mort – L’Univers, Les étoiles – Mon héros

Stupeur et tremblements

Ce n’est que tout récemment que l’Adrienne a reçu le choc de cette info: à l’époque où elle était petite fille, on opérait les bébés et les jeunes enfants sans anesthésie.

Oui, rétrospectivement elle en a éprouvé un réel choc.

Il lui a même fallu quelques jours pour s’en remettre 😉

Après avoir vérifié l’info, bien sûr, qui semble être une chose connue et révélée au grand public depuis plusieurs années, comme en attestent ce reportage sur Arte et cet article de Sciences et avenir. Ainsi que beaucoup d’autres.

Depuis, l’Adrienne a bien réfléchi.

Et elle croit mieux comprendre ce que voulait dire le chirurgien, quand juste avant de lui taillader le ventre, alors qu’elle n’était âgée que de trois semaines, il s’est tourné vers sa mère et lui a déclaré: « J’aimerais mieux couper dans votre ventre à vous! »

G comme Grand-Père

ça se passe comme ça,vie quotidienne

Le jardin de grand-mère Adrienne, c’était un bout d’herbe qu’on appelait « den bliek » parce que c’est là qu’autrefois – bien avant la naissance de mini-Adrienne – on faisait sécher le linge.

Tout autour il y avait des fleurs et des arbustes qui mettaient de la couleur en toute saison. C’est dans une des vasques de sa grand-mère que mini-Adrienne mettait ses pépins de pomme ou ses noyaux de cerise à germer. La culture des pépins de pommes était la plus gratifiante.

Dans un coin, près du kot où étaient rangés les outils de bricolage et de la ferraille rouillée – qu’on utilisait pour bleuir l’hortensia – il y avait l’objet de toute la ferveur de grand-père: la gloriette où il faisait pousser une clématite violet foncé.

Chaque printemps les jeunes pousses étaient précieusement attachées par un petit fil aux tubes de métal, et mini-Adrienne passait le travail en revue, pour voir si rien n’avait été oublié. C’est comme ça qu’à six ans, on se croit utile.

C’est toujours au moment où les pépins de pomme avaient donné des plantules de dix à trente centimètres que grand-mère les arrachait sans état d’âme et pour mini-Adrienne il était fort dur d’admettre qu’effectivement, ces petites vasques n’étaient pas l’endroit idéal pour y faire pousser des arbres fruitiers.

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Ecrit pour 13 à la douzaine avec les mots imposés suivants: 1 fil 2 admettre 3 ferveur 4 revue 5 gloriette 6 herbe 7 cerise 8 trente 9 ferraille 10 penaud 11 vasque 12 reconstruire et le 13e pour le thème : naissance
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photo de ma clématite, toute pareille à celle de mon grand-père, et qui fleurit mon jardinet depuis juin 2014

Première expérience

photo of teepee on a starry sky

– Il y a juste un truc qui me turlupine, fit-il en regardant la canadienne, comment je vais réussir à dormir dans ce genre de tipi.

Le pauvre n’était pas tranquille du tout à l’idée de faire du camping pour la première fois…

Par bonheur, sa première expérience a été une véritable révélation – oui, on peut caser un mètre quatre-vingt-dix dans un sac de couchage, non les voisins ne viennent pas regarder dans l’assiette, oui les sanitaires sont propres… etc.

Mais heureusement qu’ils n’étaient que deux – plus le chien – parce que la bagnole, pourtant d’un grand modèle, était pleine à craquer pour assurer à Monsieur le même confort au camping qu’à l’hôtel 🙂

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écrit pour la récolte 47 d’Olivia Billington – merci, Olivia! – avec les mots imposés suivants: tipi – révélation – turlupiner – tranquille – dormir.

Photo de Chait Goli sur Pexels.com

R comme Rang

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Discerner la beauté d’une chose est le plus grand raffinement que l’on puisse atteindre. En tout cas dans mon métier, c’est primordial. Comme je n’ai pas le temps de me perdre dans les détails, il me faut aller tout de suite à l’essentiel. Sans me tromper. Sinon je risque de passer à côté d’une merveille et de rapporter de la pacotille. Ce serait trop bête.

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Tante Alicia a quelques bijoux qu’elle porte peu parce qu’elle les estime démodés ou de peu de valeur. Ils quittent rarement leur coffret du troisième tiroir de la commode. Mais elle a un rang de perles, un joli tour de cou, qui fait toute sa fierté. Elle saisit chaque occasion d’expliquer que les vraies perles sont une matière vivante et que c’est pour cette raison qu’elle ne les enferme pas dans un coffret: il faut qu’elles respirent! Le rang de perles est donc précieusement disposé dans une coupelle tapissée de velours sombre, posée sur la commode.

***

Après le passage de l’expert en « discernement de la beauté d’une chose », tante Alicia a constaté que le coffret du troisième tiroir de la commode avait disparu. Mais que le précieux rang de perles se trouvait toujours bien en évidence, dans sa coupelle.

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Des années plus tard, elle s’était remise du vol de ses bijoux, mais pas d’avoir été si vilainement trompée par celui qui lui avait offert les perles.

Mon cœur est donc contraire à tous les autres cœurs,
Mon penser est bizarre et mon âme insensée
Qui fait présente encor’ une chose passée,
Crevant de désespoir le fiel de mes douleurs.

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Photo et consignes n° 35 chez Monsieur Le Goût, que je remercie:
De « confinement » à « enchaîné » il n’y a qu’un songe. Cette photographie du Russe Gueorgui Pinkhassov vous inspire-t-elle ? Ce serait gentil de commencer ce qu’elle vous a inspiré par cette remarque d’Oscar Wilde: « Discerner la beauté d’une chose est le plus grand raffinement que l’on puisse atteindre » Et si vous le terminiez par ces deux vers d’Agrippa d’Aubigné:
« Mon penser est bizarre et mon âme insensée
Qui fait présente encor’ une chose passée. »
Entre les deux, libre à vous.

I comme inconnu

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Ces dernières semaines, au Défi du samedi, Walrus s’amuse à proposer des mots comme lemniscate, quidditch, rastaquouère… qui ne font pas du tout partie du vocabulaire de l’Adrienne et pour lesquels elle a bien du mal à écrire un texte.

En voyant que pour aujourd’hui il s’agissait de sofa, elle a cru être tirée d’affaire. Pourtant, à y bien réfléchir, ce mot-là non plus elle ne l’a jamais employé.

Tout d’abord, parce que dans son enfance, il n’y avait ce meuble dans aucune des maisons où elle a été élevée.

Nul divan chez grand-mère Adrienne, mais quatre fauteuils bien rêches au salon, réservés aux jours fastes. Et avec la télé sont apparus deux fauteuils « relax » en skaï bleu.

Pas de canapé non plus chez l’autre grand-mère.

Pas de lit de repos, de méridienne, de causeuse ou d’ottomane chez les parents de l’Adrienne jusque dans les années 70 où un imposant machin de velours vert est arrivé au salon, assorti de deux autres plus petits, bref de quoi asseoir confortablement au moins six postérieurs dans une famille qui n’en comptait que quatre.

Ce qui l’a amenée à réfléchir à ce manque, à cette absence: est-ce que cela aurait une raison profonde? 

Alors elle s’est souvenue des anecdotes de l’ami G*, et de ce livre de Stijn Streuvels, avec l’histoire du fauteuil, que vous pourrez (re)lire ici.

W comme wafel

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Dans la grande famille du grand-père maternel, celle où grand-mère Adrienne est entrée par son mariage – elle qui était fille unique – il n’y avait qu’une seule bonne recette de gaufres, détenue par une seule personne: la Mater Familias, Marie-Angélie.

Seules deux de ses belles-filles ont réussi à devenir les dépositaires de la fameuse recette – et vous imaginez avec quelles papilles critiques leurs gaufres étaient goûtées et évaluées à l’échelle de celles de la Mamma, jamais égalées, évidemment, toujours approchant, toujours manquant ce petit je ne sais quoi…

Gaufre, en néerlandais wafel, dans le dialecte de grand-mère Adrienne, woefo.

Mais quand elle disait « kgoe a ne woefo geiven! » (« je vais te donner une gaufre », c’est-à-dire une baffe) il fallait se tenir à carreaux.

Même si elle ne mettait jamais sa menace à exécution – elle était bonne comme le bon pain – le menacé savait qu’il ne devait pas lui courir sur le haricot, que la coupe était pleine.

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Inspiré par la consigne de Joe Krapov – un grand merci! – Recette (24 mars 2020)
Que faire quand on est confiné chez soi, avec interdiction de sortir faire du sport, pour continuer à rester en forme ? Deux solutions : soit jeûner, soit bien manger !
Vous avez certainement par-devers vous une recette (de cuisine, de santé, de zénitude, etc.). Partagez-la avec nous et surtout dites-nous de qui vous la tenez et quels sont les souvenirs qui y sont attachés.
Plus quelques expressions « culinaires » 🙂 

Photo de famille de l’Adrienne et photo de gaufres d’Anastasia Zhenina sur Pexels.com

 

V comme voyage

L’Adrienne aussi reçoit ses cours et ses tâches par internet, en ce moment, de la part de ses profs de musique.
Avec des liens vers des morceaux choisis 🙂

Mais vous savez ce que c’est, vous qui connaissez le WWILFING, on clique sur un lien, on regarde, on reçoit d’autres suggestions dans la colonne de droite… et c’est parti.

C’est ainsi que l’Adrienne est arrivée quelque part où elle ne serait jamais allée: à la Costa Brava, avec les Compagnons de la chanson.

Chose qu’elle a écoutée pieusement jusqu’au bout, en souvenir de son père, qui était un grand fan du groupe en général et de Fred Mella en particulier.

Olé!

L comme limbes

Réflexion faite, se dit l’Adrienne en relisant son billet d’hier, je souffrais déjà d’insomnies quand j’étais petite, envahie par une foule de peurs diverses.

Comme celle, très claustrophobe, de se retrouver coincée dans un étroit tunnel sous la terre.

D’être convaincue de la présence de Peitie Baboe dans la chambre, grâce à son don d’invisibilité.

D’être oubliée dans un endroit inconnu, quand emportée par sa curiosité insatiable – ou sa grande distraction – elle se serait trop éloignée de ses parents.

Puis somnoler et se réveiller brutalement, une boule dans la gorge, avec la sensation d’être devenue invalide, incapable de bouger les jambes, de faire un seul pas pour échapper à ses poursuivants.

Et pleurer doucement sous son drap, parce qu’un fois de plus elle a attendu en vain un baiser du soir.

***

texte écrit pour les Plumes d’Emilie – merci à elle! – avec les mots imposés suivants: INSOMNIE – INVISIBILITÉ – PEUR – INVALIDE – RÉFLEXION – FOULE – ÉQUATION – OUBLIER – CURIOSITÉ – BOULE – TRAIN – TUNNEL – ATTENDRE

Sur les photos, les deux Adrienne, la version mini et la vraie, ma grand-mère, dans son jardin plein de fleurs.

Merci Emilie et tous les autres gentils organisateurs de jeux verbaux sur nos blogs, au train où vont les choses ce sera bientôt le seul plaisir encore permis – et non, je n’utilise pas le mot équation 🙂