M comme Majorelle

2019-11-02 (39)

Des journaux de 2015 et 2016 nous apprennent qu’au moment des travaux prévus aux Galeries Lafayette du boulevard Haussman, on envisageait une renaissance complète de sa beauté art déco.

On voulait sans doute rebondir sur la vogue actuelle de l’art de la Belle Epoque.

Malheureusement, quand après l’expo Banksy il me restait juste le temps d’une petite visite impromptue à la belle coupole qu’on commençait à préparer pour les décors de Noël, on avait beau chercher: il n’y avait dans tout le magasin, juste à côté des boutiques chic aux mannequins squelettes, que ce bout d’escalier tronqué, ne donnant que sur du vide.

Alors l’Adrienne a pris des escaliers tout banals pour monter sur le toit et admirer Paris dans la grisaille de novembre.

Vous remarquerez ci-dessous l’arc vert anis et le drapeau tricolore du Grand Palais… ainsi que quelques personnes qui viennent juste se placer devant votre objectif au moment où vous déclenchez 🙂

2019-11-02 (41)

Ecrit pour Olivia Billington – que je remercie – avec les mots imposés suivants: impromptu – anis – squelette – rebondir – renaissance – vide

L comme Laure

2019-10-29 (5)

Cette jolie dame s’appelle Laure Sallambier et elle est la mère d’Honoré (de) Balzac.

Sur ce site on peut lire un bout de biographie assez éclairante:

Le 20 mai 1799, à Tours, naît Honoré de Balzac. Son père, Bernard-François Balssa (ayant transformé son patronyme en Balzac) né en 1746 à la ferme de La Nougayrié dans le Tarn, était fils de laboureurs. Après être monté à Paris et avoir rempli diverses fonctions dans l’administration royale, il avait sous la Révolution adhéré aux idées nouvelles et fini par être nommé directeur des vivres de la 22ème division militaire à Tours. Sa jeune mère, Anne-Charlotte-Laure Sallambier, née en 1778, était issue d’une famille de petits bourgeois parisiens faisant commerce de draperie et autres articles de mercerie. Balzac en garda le souvenir en faisant de M. Guillaume, dans La Maison du Chat-qui-pelote, un maître drapier de la rue Saint-Denis et de la cousine Bette, l’héroïne de l’un de ses derniers romans, une ouvrière en passementerie.

L’enfant fut mis en nourrice à Saint-Cyr-sur-Loire comme sa sœur Laure née le 20 septembre 1800 avec qui il noua des relations de confidence et de complicité qui ne se démentirent pas au fil des ans. Il y resta à peu près quatre années, ne regagnant le domicile de ses parents qu’au début de 1803. Devenu adulte, Balzac a interprété cet éloignement de manière sévère, prétendant n’avoir été que « l’enfant du devoir » et avoir été mal aimé voire haï par sa mère (Lettre à Mme Hanska du 17 octobre 1842). De ce fait, les mauvaises mères abondent dès les romans de jeunesse puis dans La Comédie humaine.

Pour ceux que ça intéresse, la suite ici.

Dans cette fameuse lettre du 17 octobre 1842 à Ève Hanska, il écrit ceci:

Madame de B… (1) a été ma mère, et Dieu, en me la retirant, m’a bien frappé, car si vous saviez ce qu’est ma mère!… C’est à la fois un monstre et une monstruosité ! Dans ce moment, elle est en train de tuer ma sœur, après avoir tué ma pauvre Laurence et ma grand’mère. Elle me hait pour bien des raisons; elle me haïssait avant que je fusse né. Mais, pour vous la peindre d’un seul trait, voici le dernier mot qu’elle a dit. Elle sait tout ce qu’est Gavault (2) pour moi, et elle a dit : « Oh! si j’allais voir M. Gavault, en deux heures je le mettrais contre mon fils! » Aussi, ne vous étonnez jamais si, quelque jour, vous me voyez dire à mon Ève de ne la voir qu’en cérémonie, une fois par mois, pour cinq minutes. Ma mère a un masque qui est effrayant. Je viens de voir ma sœur, qui est dans le plus fâcheux état, avec une de ces inflammations de femme qui obligent à se mettre entre les mains de Lisfranc (3) et qui sont causées par des peines morales chez les âmes tendres. Or, ma mère abreuve ma sœur de scènes cruelles pour le cœur, depuis un an. Moi, j’ai failli rompre avec ma mère; ce serait une nécessité. J’aime mieux continuer à souffrir. C’est une plaie que rien ne peut guérir. Nous l’avons crue folle. Nous avons consulté le médecin qui est son ami depuis trente-trois ans, et il nous a répondu : « Hélas! elle n’est pas folle, elle est méchante! » En 1822, mon père me dit que je n’aurais pas dans la vie de plus cruelle ennemie que ma mère; madame de B… m’avait dit de ne jamais la voir. Mais ma mère s’est ruinée sans avoir jamais voulu prendre mes conseils; je lui dois du pain, et tant que je ne le lui aurai pas assuré, je ne puis pas secouer les lois sociales et naturelles, quoiqu’elle ait tout rompu. Voilà, dans tous mes malheurs, le plus grand Elle ne nous pardonne pas ses fautes. Il faut vous bien aimer pour vous verser au cœur ces terribles confidences!… Ma mère est l’auteur de tous mes maux, et aujourd’hui encore elle me calomnie, elle me donne des intrigues fausses, elle me marie tous les quinze jours ! Non, ne parlons plus de cela.

(1) Laure de Berny
(2) Maître Gavault, l’avoué de Balzac, qui le traite plus en ami qu’en client
(3) Jacques Lisfranc de Saint-Martin, médecin, chirurgien

Dans une autre lettre à Ève Hanska (1846) il parle de son enfance :

« Je n’ai jamais eu de mère ; aujourd’hui, l’ennemi s’est déclaré. Je ne t’ai jamais dévoilé cette plaie ; elle était trop horrible, et il le faut le voir pour le croire. Aussitôt que j’ai été mis au monde, j’ai été envoyé chez un gendarme, et j’y suis resté jusqu’à l’âge de quatre ans. De quatre à six ans, j’étais en demi-pension et à six ans et demi, j’ai été envoyé à Vendôme, j’y suis resté jusqu’à quatorze ans, en 1813, n’ayant vu que deux fois ma mère. De quatre à six ans, je la voyais les dimanches. Enfin, un jour, une bonne nous a perdus, ma sœur Laure et moi ! Quand elle m’ a prise chez elle, elle m’a rendu la vie si dure qu’à dix-huit ans, en 1817, je quittais la maison paternelle et j’étais installé dans un grenier, rue Lesdiguières, y menant la vie que j’ai décrite dans La Peau de Chagrin. J’ai donc été, moi et Laurence, l’objet de sa haine. Elle a tué Laurence, mais moi je vis, et elle a vu mon adoration pour elle se changer en crainte, la crainte en indifférence ; et aujourd’hui elle en est arrivée à me calomnier… »

***

photo prise à la maison de Balzac, rue Raynouard – pastel oeuvre anonyme (vers 1798, donc elle a vingt ans – Honoré naît en 1799)

On peut lire ici les lettres de Balzac à Madame Hanska, publiées de manière posthume sous le titre ‘Lettres à l’étrangère

K comme Karé… quoi?

sakare

L’Adrienne marchait d’un pas vif dans la rue des Francs-Bourgeois quand tout à coup une main a saisi la sienne. Une charmante vendeuse en tablier clair voulait observer ses ongles 😉

– Que faites-vous, pour vos ongles? demande-t-elle avec un accent tout à fait exotique.
– Ben… rien, comme vous voyez. Je les coupe juste, rit l’Adrienne.
– Vous connaissez la marque Sakaré?
– Pas encore…

Ce qui était une demi-vérité, puisqu’elle pouvait bien voir ce nom marqué sur l’uniforme de la vendeuse. De plus, c’était trompeur: ça pouvait laisser supposer qu’elle avait envie de la connaître. Mais ce genre de vendeuse ne s’arrête pas à ces détails et parle juste pour parler.

– J’ai quelque chose pour vous, dit-elle en tenant toujours la main de l’Adrienne, venez je vais vous montrer.

Et voilà qu’elle l’attire – qu’elle la tire – à l’intérieur d’une boutique tout en noir et or. Où elle entreprend le polissage d’un des ongles de la main qu’elle tenait toujours. Dans un flot de paroles pour expliquer la supériorité du machin qu’elle utilisait – il y avait même « poudre de diamants », c’est dire la qualité 😉

– Que faites-vous pour vos cuticules? demande-t-elle du ton d’un médecin à un patient légèrement attardé.
– Ben rien, répond l’Adrienne, c’est grave (docteur)?
– Non, non, c’est très bien, il ne faut surtout pas les couper!

Les couper, voilà une idée qui n’était encore jamais venue à l’Adrienne, qui après le polissage a dû admirer le brillant de son ongle avant qu’il ne reçoive encore d’autres « soins » avec des huiles « spéciales ».

Par bonheur les ongles d’à côté n’étaient pas jaloux 😉

– Voilà! dit la jeune femme très satisfaite de son travail, ça va rester comme ça pendant au moins une semaine. Même si vous faites des vaisselles, des lessives ou du jardinage.
– Formidable! dit l’Adrienne, qui s’est dépêchée de sortir de la boutique pour rire à son aise, munie de deux échantillons « parce que c’est vous » 😉 et d’un ongle brillant mais unique.

***

petites conclusions de cette histoire: d’abord qu’il faut plaindre des vendeuses obligées de faire ce genre de racolage et ensuite qu’il ne faut rien croire de ce qu’elles disent. Par exemple, ça n’a pas tenu une semaine, comme c’était promis 🙂

La photo vient du site de Sakaré et ceux qui veulent lire quelques avis peuvent aller voir et .

J comme jarre

2019-11-01 (71)

Amis tintinophiles, vous aussi vous l’avez reconnu, ce beau dragon bleu – dynastie Ming, règne de Jiajing (1522-1566) pour ceux qui veulent tout savoir 😉

Mais oui, mais oui, c’est celui-là même!

Je ne sais pas si Hergé, en plus de l’info fournie par son ami Tchang sur la situation en Chine dans les années 30, est allé voir les porcelaines du musée Guimet, mais en passant devant cette grande jarre on ne peut que se rappeler celle-ci:

tintin lotus bleu

source de l’illustration ici.

et un fou de Tintin découvert ici.

I comme intimité

Degas_toilette_Met.jpg

« Avec la sédentarisation accrue de la classe ouvrière et l’aggravation des conditions d’habitat, doléances et désirs se précisent. Lors de l’enquête parlementaire de 1884, les ouvriers interrogés – c’est une première – se répandent en récriminations contre la malpropreté des garnis, « chambres à punaises », et des immeubles de rapport: murs crasseux, latrines toujours engorgées, odeurs nauséabondes… Plus positivement, ils expriment des vœux: un peu plus d’espace, au moins deux pièces […] Dès qu’ils le peuvent, les ouvriers séparent désormais le coucher des parents de celui des enfants. Avoir un bois de lit au lieu d’une paillasse est synonyme d’installation […] Par contre, lorsque le compagnon Maréchal ébauche un projet de constructions ouvrières, il ne prévoit pas des w.c. particuliers: « Le peuple ne demande pas à avoir des cabinets chez lui. »

Michelle Perrot, La vie de famille au XIXe siècle, éd. Points, Le Seuil, 2015, pages 169-170

***

Changeons de sujet… dit le Goût, qui avait d’abord proposé une autre sorte de viande, plus animale et plus morte.

« Dites-moi ce que vous inspire cette « Femme essuyant son pied », un des nombreux nus de « femme à sa toilette » de Degas, à croire qu’il passait sa vie dans une salle de bains qui n’était pas la sienne. »

H comme heureux!

Vous allez rire: selon l’enquête réalisée par Eurostat pour l’année 2018, ce sont les Belges qui sortent premiers à la question « Vous êtes-vous senti heureux ces quatre dernières semaines? » Ils ont été 76% à répondre affirmativement.  Il y avait quatre possibilités de réponse: heureux tout le temps, la plupart du temps, parfois ou jamais. 

Comme vous pouvez le voir sur le schéma ci-dessous, les Européens les plus heureux sont donc en Finlande, en Autriche, aux Pays-Bas et en Belgique. La moyenne européenne est représentée par la colonne en bleu: 62 % L’enquête nous apprend aussi que notre niveau de bonheur (ressenti!) a augmenté de 2 % depuis 2013. Vous remarquerez que la Grande-Bretagne n’a pas participé 😉

Il y avait aussi une question concernant la satisfaction: où vous situez-vous, sur une échelle de zéro à dix, en ce qui concerne la satisfaction sur la vie que vous menez? Pour cette question, la moyenne européenne est de 7.3 et les gagnants sont encore une fois les Finlandais (8/10). Comprenne qui pourra 😉 Pour cette question les Belges ont 7.6.

EN Satisfaction EU new.jpg

Fait remarquable: les jeunes se déclarent plus satisfaits que leurs aînés. Par contre, personne ne sera surpris de constater que la situation familiale, le niveau des études et les revenus jouent un rôle dans cette sensation toute subjective de bonheur.

Pour la situation financière, la moyenne européenne est à un niveau de satisfaction de 6,5/10 (ce qui est mieux que le 6/10 de 2013, faut croire qu’on s’en est fait une idée de vivre avec moins ;-))

G comme grand nettoyage

2019-11-02 (25)

Depuis qu’on avait enlevé tous les tapis, Brenda était obligée de trouver une autre solution…

***

Ecrit pour le Défi du samedi n°584: Wassingue – merci, Walrus!

« Oui, je sais, vous n’êtes pas de Lille !
Eh bien, moi non plus !
C’est par pur esprit de vengeance que je propose ce mot.
Vengeance à l’encontre d’un tas de Français qui continuent de penser que ce mot serait utilisé par nous, les Belges.
Personne dans mon pays n’utilise ce mot (en dehors bien sûr de quelques immigrés fiscaux français qui se gardent bien d’utiliser la chose eux-même et préfèrent la laisser
au petit personnel de maison).
La preuve dans cette passionnante étude !
Donc, si wassingue ne vous dit rien, racontez-nous donc une histoire de serpillière,
torchon, loque (à reloqueter), patte, panosse, pièce, cinse, toile, ou tout autre vocable en usage dans votre région.
Pour ma part, j’estime en avoir fait assez, considérez ceci comme ma propre participation. »

Photo prise à l’expo Banksy, espace Lafayette.