M comme m… alors!

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– Pour l’examen, dit la prof de piano, je propose qu’on joue un quatre mains de Diabelli.

L’Adrienne est tout de suite d’accord. La présence de la prof, se dit-elle, ne peut que lui donner confiance en elle pour affronter à la fois le clavier, la partition et le public.

Mais l’un mercredi après l’autre, à l’heure du cours, la prof cherche en vain sa partition.

– Ce n’est pas grave, dit-elle, on s’entraînera mercredi prochain.

Le 5 décembre, elle retourne ses deux cartables, la partition est là, dit-elle, j’en suis sûre!

Peine perdue, elle passe la moitié du cours à chercher sans trouver.

– Il ne nous reste plus qu’un seul mercredi, dit l’Adrienne, de plus en plus inquiète.

– Ça suffira amplement! répond la prof, tu connais ta partition, non?

– Oui bien sûr, mais on ne l’a jamais joué ensemble, ce morceau…

– On le jouera mercredi, pas de problème! Et je te ferai faire une copie, comme ça tu l’auras aussi.

Que pensez-vous qu’il s’est passé le mercredi suivant, le dernier avant l’examen?

Et bien, la veille l’Adrienne a reçu un message lui disant que le cours n’aurait pas lieu pour cause de réunion pédagogique.

L’examen est après-demain…

Photo d’une partie du grand escalier de notre académie de musique, qui présente une certaine ressemblance avec les touches d’un piano 🙂

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L comme Louise et Xavier

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L’Ostendais Xavier Tricot peut se vanter d’avoir été très ami avec Louise Bourgeois, jusqu’à la mort de celle-ci.

En 2006 il lui a consacré une expo pour son 95e anniversaire, Un salon pour Louise Bourgeois. Il y confrontait des oeuvres de l’artiste franco-américaine à d’autres qu’elle avait choisies, pour ses affinités ou son admiration envers leur auteur.

Au fil de ces longues années d’amitié, Xavier Tricot a ainsi pu collectionner un nombre d’oeuvres de Louise Bourgeois, comme celles avec des messages d’amitié, des questions ‘existentielles’ et autres clins d’œil qu’elle lui envoyait pour ses anniversaires ou avec ses vœux de nouvel an. 

Toutes ces oeuvres ainsi que le reste de sa vaste collection, Xavier Tricot les a léguées au musée de sa ville qui en expose une partie en ce moment aux Venetiaanse Gaanderijen.

L’expo est ouverte jusqu’au 20 janvier 2019 et gratuite mais les photos sont interdites. On m’a permis de prendre celle-ci, où on voit Xavier Tricot dans la maison de James Ensor à Ostende. Elle se trouve en ouverture de l’expo et est l’oeuvre du photographe Henri Cartier-Bresson, comme on peut le voir dans sa dédicace.

K comme Knokke

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Il faudra que l’Adrienne se rende à Knokke-Heist, un de ces soirs, pour aller admirer son héros favori, le si pertinent Petit Prince 🙂

Sur un parcours de trois kilomètres dans la cité balnéaire, huit installations lumineuses retracent son voyage et ses rencontres sur les diverses planètes qu’il visite. D’autres belles photos (et explications) ici (oeuvre de Tom et Lien Dekyvere, un duo d’artistes de Flandre Occidentale) et ici (oeuvre du studio de design multimédia ENESS, de Melbourne)

 » J’ai sélectionné à chaque fois un bout de l’histoire, puis j’ai cherché une œuvre qui y correspondait ou demandé à un artiste d’en créer une « , explique le curateur, Jean-Pierre Deschepper, dans son interview.

Je crois bien que le 22 décembre, l’Adrienne sera dans le tram d’Ostende à Knokke 🙂

source de la photo et infos ici.

J comme Jérôme Ferrari

Deux minutes trente-trois pour écouter l’auteur parler de ce livre.

Et ci-dessous, l’incipit:

La dernière fois qu’elle l’avait vu, dix ans plus tôt, il rentrait chez lui et elle l’accompagnait. Depuis que le car de Belgrade les avait déposés à la gare routière, il n’avait pas dit un mot. Et puis il s’était arrêté, toujours en silence, pour s’accouder à la balustrade d’un pont sur le Danube dont les bombardements de l’Otan de 1999 ne laisseraient bientôt subsister que les piliers. Antonia se tenait en retrait, l’appareil photo à la main, et elle le regardait. Il portait un treillis déchiré sur lequel il avait cousu ses galons de sergent et, sous l’insigne de la JNA* dissoute, un écusson serbe à l’aigle bicéphale flanqué des quatre sigma lunaires. A ses pieds était posé un grand sac militaire ne contenant rien d’autre qu’une édition hongroise du Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas d’Imre Kertész, le premier volume d’une traduction serbo-croate des oeuvres complètes de Bukowski et quelques cassettes, de R.E.M. et Nirvana, dont il ne se rappelait même plus la dernière fois qu’il les avait écoutées.  Il se tenait la tête dans les mains. Il ne regardait pas les eaux noires du fleuve, le ciel chargé de pluie. En passant près de lui, un groupe de très jeunes gens qui s’avançait sur le pont avait ralenti et éclaté d’un rire incompréhensible en le toisant ostensiblement. Antonia avait pris la photo, la dernière du reportage qu’elle lui avait consacré et qui ne serait jamais publié. Il avait d’abord semblé ne pas réagir. Et puis il avait relevé la tête et Antonia avait vu qu’il pleurait. 

Jérôme Ferrari, A son image, Actes Sud 2018, p.11-12

* Armée populaire yougoslave

Extrait d’une quinzaine de minutes avec l’auteur chez François Busnel à la Grande Librairie.

Enfin, texte explicatif de l’auteur, sur le site de son éditeur Actes Sud:

« DANS LES ANNÉES 1990, j’ai découvert la photo de Ron Haviv sur laquelle un paramilitaire des tigres d’Arkan prend son élan pour frapper les cadavres de trois civils qu’il vient d’abattre, quelque part en Bosnie. Il porte des lunettes de soleil à monture blanche et, entre les doigts de sa main gauche, il tient une cigarette dans un geste d’une absolue désinvolture. Ce garçon était manifestement mon contemporain, il était à peine plus âgé que moi et notre évidente proximité avait quelque chose d’intolérable. La guerre sortait des livres d’histoire.
C’est alors, je crois, que j’ai pour la première fois fait l’expérience de la puissance des photographies et de la façon dont elles bouleversent notre rapport au temps : ce qu’elles nous montrent est à chaque fois figé pour toujours dans la permanence du présent et a pourtant, dès le déclenchement de l’obturateur, déjà disparu. Personne n’a énoncé ce paradoxe plus clairement que Mathieu Riboulet  : « La mort est passée. La photo arrive après qui, contrairement à la peinture, ne suspend pas le temps mais le fixe. »
Parce que la mort est passée, le roman s’ouvre sur celle d’Antonia et passe par toutes les étapes de la messe de ses funérailles. Au cours d’une vie consacrée aux photographies, les plus insoutenables et les plus futiles, des portraits de famille, des conférences de presse clandestines, des attentats, des mariages, la guerre en Yougoslavie, elle s’est constamment sentie renvoyée de l’insignifiance à l’obscénité.
Le roman est donc l’histoire de son échec. Le prêtre qui célèbre la messe est l’oncle d’Antonia. C’est aussi lui qui l’a portée sur les fonts baptismaux et qui lui a offert, pour son quatorzième anniversaire, son premier appareil photo. J’imagine qu’il ne se le pardonne pas. »

J. F.

Un livre sur l’importance (relative) de la photo, sur la Corse, sur l’actualité, sur de nombreuses questions… et que j’ai adoré 🙂

I comme inspiration chez Lali

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Je ne suis pas dupe. Elle fait semblant de lire. Elle ne tourne pas les pages. Elle a ce sourire niais comme chaque fois que cet autre est là. Je l’ai à l’œil, celui-là.

Je ne l’aime pas. Je n’aime pas ce machin qu’il installe au milieu de la pièce, à gauche de la fenêtre. Ma place préférée, quand il y a du soleil.

Je n’aime pas tous ces trucs qu’il sort de son sac, ces tubes, ces pinceaux. Ça pue.

Je n’aime pas qu’il reste là des heures à la regarder faire semblant de lire avec ce sourire bête vissé sur son visage. Ça va mal finir, cette histoire.

Je darde sur lui le feu jaune de mon œil unique. Je sais qu’il a peur de moi.

***

tableau et consignes chez Lali, que je remercie.

H comme horreur du vide

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Dans le silence très relatif de la nuit chilienne, elle a senti avec terreur la terre gronder et trembler pendant de longues minutes, ne parvenant à se décider s’il valait mieux sortir de la chambre ou attendre tranquillement que ça passe.

Dans le silence très relatif de la nature finlandaise, en fond sonore parmi d’autres bruits et cris divers, le ‘zonzon’ de milliers de moustiques l’a finalement décidée à retourner se coucher à l’abri d’une maison et de sa moustiquaire.

Et là, devant le spectacle grandiose de l’infinité de l’océan, elle se demande quel idiot a été effrayé par « le silence éternel des espaces infinis ».

Le fracas assourdissant des vagues sur les rochers, les grondements de l’orage, voilà ce qui l’effraie et l’attire en même temps.

Bien campée sur ses deux jambes, les mains dans les poches de sa grosse vareuse au col relevé, elle admire le spectacle et se dit qu’il n’y a pas de meilleur endroit que cette bonne vieille terre.

Pour le silence éternel des espaces infinis, elle préfère passer son tour…

***

Tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie. Il fallait utiliser cette citation de Blaise Pascal: « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie »

Pour ceux qui veulent tout savoir sur Pascal et sur la nature qui n’a pas du tout horreur du vide…

Et pour ce qui est du silence sur Mars, voir ici 🙂

//fave.api.cnn.io/v1/fav/?video=us/2018/12/08/mars-sounds-win-orig-st.cnn&customer=cnn&edition=international&env=prod

 

G comme gagnants, gagnante

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Au fil des corrections, Madame envoie des petits messages du genre « Bravo, tu es le gagnant/la gagnante du test d’écoute! ».

Ou de la compréhension écrite. Ou de la question sur la phrase interrogative. Et cetera.

Mais en lisant certaines phrases, elle se demande si la plus grande gagnante, ce n’est pas elle 🙂

Jugez donc de la sagesse de cette moisson de décembre 2018 et décidez du gagnant:

Est-ce Leo: « Il faut savoir pardonner »,

Casper: « Je n’ai pas besoin d’avoir un portable »,

Lara: « Il n’est pas nécessaire de connaître l’avenir »

ou ceux qui inconsciemment consolent Madame d’avoir dû quitter son vert paradis et sa belle demeure: « Pour être heureux, on n’a pas du tout besoin d’une grande maison » ou de devoir vivre sans ses chats: « On peut très bien se passer d’animaux domestiques ».