Stupeur et tremblements

Comme chaque mois, ça se bouscule aux portillons pour la rubrique ‘stupeur et tremblements’ et cette fois le gagnant est dans un message reçu avant-hier.

On y proposait une ‘place’ gratuite à un concert en streaming en échange d’un petit service: allumer sa caméra et participer à un test de reconnaissance faciale qui permettrait d’améliorer la reconnaissance d’émotions.

Afin, y expliquait-on, de mesurer l’émotion suscitée chez le public et de la ‘renvoyer’ au chef d’orchestre, à ses musiciens et au public.

Vous qui connaissez l’Adrienne, vous aurez deviné qu’elle a poliment décliné l’offre.

D’ailleurs moi aussi je la connais et je sais que pendant ce concert, là devant son ordi, il lui aurait été impossible de rester tranquillement à fixer sa caméra: elle aurait joué à des jeux de patience en ligne, serait allée se faire un petit café, aurait été commenter quelques blogamis… bref sûrement pas le genre d' »émotions » qui font plaisir à voir au chef d’orchestre 😉

22 rencontres (4.2)

Le week-end dernier, un tas d’activités « nature » étaient organisées et bien sûr l’Adrienne s’était inscrite pour une promenade guidée par les « trage wegen« , comme on les appelle ici, ces chemins de traverse et autres sentiers qui ont souvent disparu et qu’on essaie de remettre à l’honneur.

– Tiens, se dit-elle en voyant l’homme qui devait les guider, sa tête me dit quelque chose…

Ce n’est que deux ou trois kilomètres plus tard qu’elle s’est souvenue: le papa de Hannelore!

Madame vous a déjà parlé d’elle à l’occasion d’un devoir de lakévio du Goût: à seize ans, Hannelore était complètement gothic et très mal dans sa peau. Aujourd’hui elle va bien et vit sa vie rêvée, au Cap-Vert.

Après la promenade, en allant remercier le guide, elle s’est tout de même décidée à se faire connaître et a conclu d’un:

– Je vais tout de suite lui envoyer un petit message pour lui raconter que j’ai passé l’après-midi avec son papa 🙂
– Ah! fait-il, on est un peu en froid en ce moment, elle et moi…
– Oui je sais, fait Madame (elle ne les a jamais connus autrement qu' »en froid » ;-))
– Elle est tellement extrême, ajoute-t-il, comme pour s’excuser.
– Oui je sais, répète Madame.

Le soir elle a eu une longue conversation avec Hannelore, aucune des deux n’a parlé de tensions avec le papa.

Par contre il a beaucoup été question du Cap-Vert et de son nouveau projet: y ouvrir un petit hôtel!

R comme répertoire

C’est demain que les voisins de l’Adrienne organisent chez eux leur fête de mariage et comme ils l’en avaient prévenue, « de temps en temps » la musique allait « un peu fort » ces dernières semaines, parce qu’ils préparaient le programme des festivités.

Ce qui fait que l’Adrienne en connaît déjà tout le répertoire et qu’elle a pu constater qu’aujourd’hui encore, un mariage de Flandre se doit de comporter UNE chanson en français, l’indéboulonnable Connemara.

Personne n’en comprend les paroles et tout le monde s’en f…, il s’agit de faire lalala en agitant sa serviette de table 🙂

Bref, demain l’Adrienne va à Ostende.

La mer y est moins mythique mais ses oreilles s’y porteront mieux 🙂

Questions existentielles

– Je vous ai manqué, Mme de B***? claironne Cindy en ouvrant la porte du palier.

– Bien sûr, ma petite Cindy, répond-elle, même si ce n’était pas vraiment une question. Ni la vérité.

– Et vous avez fait quoi pendant que je n’étais pas là?

Cindy semble imaginer que cette demi-journée passée à faire la causette et le ménage peuvent occuper toute la semaine de Mme de B***… Mais il est vrai aussi que Mme de B*** préfère le lui laisser croire.

– Oh! vous savez bien, comme d’habitude…

Du menton, Cindy fait sa mimique habituelle en direction de la pile de livres à côté du fauteuil:

– Vous avez bouquiné, c’est ça? Vous avez lu tout ça?
– Jusqu’au marque-page, sourit Mme de B*** en voyant les sourcils froncés de Cindy qui a pris en mains un gros volume – plus il est gros, plus elle se demande quel intérêt on peut y trouver – et le repose d’un air dégoûté.

– Et votre poignet, ma petite Cindy, c’est réparé?

Parce que si Cindy n’est pas venue, ces derniers quinze jours, c’est qu’elle était en congé de maladie: son poignet droit ne lui permet plus de tordre une serpillière ni de frotter les taches.
Or, elle est droitière.

– Non! fait-elle. je devrais me faire opérer, mais même alors, ma force ne reviendra plus.

Disant cela, elle a sorti son téléphone, le tripote de deux doigts habiles et le met sous le nez de Mme de B***:

– Vous voyez? Je l’ai!
– Vous avez quoi, exactement? Je ne vois pas bien…
– Et bien! le diplôme! Attendez, je vais l’agrandir…

Mme de B*** ne distingue toujours rien d’autre sur cette surface miroir que les petits nuages qui passent derrière elle mais elle fait « Ah… ah bon… »

– On s’est bien entraînés, continue Cindy, la mine réjouie, et on l’a eu, finalement. Vous vous souvenez que la responsable avait recalé ma Choupette, la dernière fois? Sans raison valable! Alors j’ai protesté, évidemment! Et là, on l’a! Notre premier diplôme!

***

réponse à la question 22 de l’atelier d’Annick SB: Vous l’avez lu entièrement?

P comme panique à bord!

101ème devoir de Lakevio du Goût.

devoir de Lakevio du Goût_101.jpg

Ce fut un chagrin désordonné mêlé d’un fort sentiment d’impuissance qui la poussa à se rendre chez la mère de l’enfant.

Comment pouvait-elle croire qu’un gamin levé chaque jour à cinq heures pour faire une heure de bus et ne rentrer que vers dix-huit heures trouvait encore le temps et l’énergie nécessaires pour faire ses devoirs, étudier ses leçons?

Son cœur se brisait lorsqu’elle y pensait, ce qui était souvent, et même tout le temps.

– Vous êtes fière de moi, Madame? avait-il demandé la veille en levant ses yeux bleus sur elle.

Il faisait tant d’efforts! Il menait un combat quotidien et risquait de perdre espoir et aussi le peu de confiance en lui qu’elle avait réussi à lui insuffler.

C’était cela, peut-être, qui l’avait déterminée à aller dire deux mots aux parents: il y avait cette confiance et cet espoir à préserver.

Alors son combat changea d’âme.

Parce que, comme le disait Victor Hugo, « le centre du combat », ce n’était pas ce bilan de maths qu’il avait le lendemain, et pour lequel il n’était pas prêt, non!
Ce « point obscur où tressaille la mêlée », c’était là qu’il se trouvait, derrière cette porte où elle avait enfin sonné, une « effroyable et vivante broussaille » d’où jamais, jamais ne pourrait sortir un gagnant.

***

Merci à Monsieur Le Goût pour sa 101e consigne, même si sur ce coup-ci il s’est montré un brin sadique 😉

Je pense que vous en avez assez des œuvres de John Salminen mais que voulez-vous, elles me posent toutes des questions auxquelles j’essaie de répondre. Si vous m’aidiez, vous aussi à y répondre, ce serait gentil. Mais ce serait trop simple. Il faut d’abord trouver quelles questions posent l’œuvre, et je sais qu’elle ne pose pas les mêmes à chaque observateur. Puis, quand vous avez enfin une question qui vient, il reste à y répondre… J’aimerais que vous commenciez votre devoir par « Ce fut un chagrin désordonné », comme écrit Maupassant dans « Un cœur simple ». Ce serait chouette aussi que vous le terminassiez sur « Le centre du combat, point obscur où tressaille la mêlée, effroyable et vivante broussaille, » comme disait Victor Hugo dans « L’expiation » J’eusse aimé que vous y casassiez aussi le célèbre « L’espoir changea de camp, le combat changea d’âme. » (Je ricane car Adrienne va devoir éviter la trop grande concision qui est sa marque de fabrique… Hi hi hi…)

O comme ogre

Photo de suntorn somtong sur Pexels.com

– Tu me racontes une histoire? fit la petite.

Avec ses boucles blondes éparses sur l’oreiller et son nounours contre sa joue, il la trouva une fois de plus terriblement attendrissante.

Il ne cessait de s’étonner comment lui, un grand échalas tout pâle, tout maigre, avait réussi ce prodige: de bonnes joues roses, des petits bras dodus, tout ce petit corps adorablement potelé.
Une merveille, oui.

– Mais pas une histoire de cave, précisa-t-elle. ça me fait trop peur, la cave.
– D’accord, d’accord, fit-il, je chercherai autre chose pour ce soir.

Il prit le livre magique, celui qui répond quand on lui parle et auquel il manque toujours la fin des histoires. Comme tous les soirs, il se prit la tête dans la montgolfière qui servait de mobile au-dessus du lit de l’enfant.

Elle rit:
– Tu oublies toujours comme tu es grand.
– Une histoire avec une grenouille, ça te va? demanda-t-il.
– Il y a un ogre dans cette histoire?
– Je ne crois pas…
– La maîtresse a dit que ça n’existe pas les ogres.
– Ah! ben… si la maîtresse le dit!

La petite endormie et le livre refermé, il se rendit à la cave, ouvrit le congélateur et en sortit la blondinette précédente pour son repas du lendemain.

***

Merci à Joe Krapov pour ses consignes – le jet des dés a donné le 10 (échalas), le 8 (cave), le 7 (livre), le 5 (montgolfière) et le 4 (grenouille)

M comme maison

– Vous avez vraiment tout ce qui vous faut, fait petit Léon en sortant des toilettes.

Et il le répète encore une fois ou deux, l’air sérieux:

– Elle est bien votre maison. Il y a tout ce qu’il faut.

Des toilettes qu’il a trouvées très belles.
L’ami qui y a contribué se reconnaîtra 🙂

L’Adrienne bien sûr a souri.
Sa maison est fort modeste mais il est vrai que les toilettes sont neuves.

Puis elle s’est souvenue que le grand frère avait raconté une anecdote similaire, au printemps dernier.

Comme stagiaire avec son maître de stage, ils avaient lors d’un travail dans le jardin d’une dame été invités par celle-ci à se joindre à elle pour le repas de midi.

Grand frère avait été fort impressionné par le riche décor et les proportions de la maison, et par la table bien mise, « comme pour une fête », avec nappe et serviettes…

Tellement impressionné qu’il avait été très mal à l’aise et avait à peine osé bouger de peur de commettre un impair.

L comme Le duBus du jour

Peut être un dessin animé
source ici

Il semblerait qu’on soit nombreux à se poser des questions du même genre, ces temps-ci.

Pour l’Adrienne hier c’était: « Qu’est-ce qui coûterait le plus cher en énergie, le petit radiateur électrique dans la salle de bains, soir et matin, ou carrément faire marcher le chauffage? »

Le bricolage imaginé par le caricaturiste duBus apporterait une réponse 🙂