W comme weesgedichten

Les « poèmes orphelins » (weesgedichten) offerts à l’adoption, c’est l’initiative de plusieurs villes flamandes à l’occasion de la semaine de la poésie.

On choisit le poème qui nous plaît et on offre une fenêtre sur rue pour l’y installer.

L’initiative a très vite plu, tous les poèmes ont rapidement trouvé acquéreur.

Celui de l’illustration est de Bart Moeyaert et doit se trouver quelque part dans une rue d’Ostende 🙂

En traduction ça donne à peu près ceci:

Tu veux bien faire encore ça pour moi,
avant de t’en aller et d’oublier la rue:
jurer que quand tu étais avec moi
tu ne m’as menti que pour mon bien
et que les chagrins que j’ai aidés
à soulager étaient aussi vrais que ce que nous
partagions et dis-moi en passant
que le temps guérit les blessures et
ce que je te demande veux-tu aussi le jurer
sur la tête de quelqu’un que tu aimes,
par exemple moi?

V comme Villejean

Image

« Fontaine, je ne boirai pas de ton eau »
dit l’oiseau qui faisait son nid, petit à petit.
Et l’homme qui mesurait les nuages
profita d’une éclaircie
pour descendre de son échelle
et rentrer au musée.

« J’aurais mieux fait de choisir un autre métier » bougonnait-il. C’est vrai qu’il aurait pu
cultiver des fraisiers
partir à l’étranger
se faire chercheur d’épaves
ou planteur de forêts.

Mais il était amoureux d’une étoile
et sa latte était le seul itinéraire
vers le cosmos vivant.

***

Merci à Joe Krapov et à l’atelier de Villejean de partager les consignes avec ceux qui habitent loin 🙂

Pour chacun des mots, écrivez une phrase d’allure poétique dans laquelle ce mot est obligatoirement utilisé. N’ayez aucun souci de continuité. 

fontaineéclaircieétrangeramoureux
oiseaumuséeépaveitinéraire
nuagesfraisiersforêtvivant

***

Illustration: sculpture qui orne le toit du SMAK à Gand, Jan Fabre, De man die de wolken meet/l’homme qui mesure les nuages

U comme urgence

Annoncer sa « bonne résolution » à quelques personnes choisies de son entourage, c’est une tactique éprouvée: ça aide à la tenir dans la durée.

Aussi, l’Adrienne s’est-elle empressée de communiquer à l’ami de toujours – celui qui prétend qu’il l’a vue naître – cette belle intention de marcher une heure chaque jour.

– Excellent! fait-il, enthousiaste. On devrait le faire ensemble.
– Avec plaisir, dit l’Adrienne, bien qu’elle connaisse déjà la suite 😉

En effet, l’ami est jeune retraité – depuis le premier octobre – et il a en principe tout le temps qu’il faut.
Mais c’est sans compter sur ceux qui comptent sur lui, ses enfants, qu’il a pourtant « établis » – comme on dit dans les romans du tournant du 20e siècle – en leur transmettant à chacun des affaires qui marchent.

Premier jour, premier message:
– Ce ne sera pas pour aujourd’hui, F* a besoin de moi au bureau.

Deuxième jour:
– Désolé, vraiment, je dois aller faire un constat.

Troisième jour:
– On organise une réunion de travail avec le comptable.

Etc.

Même le samedi et le dimanche, vu que dans ce petit empire qu’il a construit pour ses enfants, il y a aussi un (grand) magasin.

Bref, ce n’est que le 23 janvier que le message était positif:
– Je suis libre entre deux heures et quart et quatre heures, cet après-midi, ça te va?

Or l’urgence, ce n’est pas d’aider ses enfants, mais de penser un peu à lui.
En 2021, il a eu un gros avertissement cardiaque.
Et deux ordres: se reposer et faire de la marche.

Vous comprenez, maintenant, que l’Adrienne s’inquiète?

***

la photo a été prise .

T comme ténèbres

112ème devoir de Lakevio du Goût.

Devoir de Lakevio du Goût_112.jpg

Depuis qu’il avait fait installer l’électricité, Octave restait longtemps en admiration devant son étalage, dès la tombée du jour.

– Il va nous ruiner, avec ses idées « modernes », se lamentait sa femme.
– Il faut le faire enfermer chez les fous, disait son commis.

***

Merci à Monsieur le Goût pour le tableau et la consigne:

Encore une toile de Marc Chalmé. Est-ce un énième épisode de « L’assommoir », simplement le lever du jour devant un bistrot ou autre chose ? J’espère que vous aurez une explication à nous donner lundi.

Stupeur et tremblements

Fallait-il vraiment, vous demandez-vous, y consacrer une étude scientifique étalée sur douze ans – de 2008 à 2020 – pour arriver à une conclusion que tout le monde connaît à l’avance?

Et bien oui, si on veut faire bouger quelque chose, on a apparemment besoin de beaucoup de chiffres, de statistiques et de graphiques.

« Il existe un lien évident entre les environnements alimentaires malsains autour des écoles et le statut pondéral des enfants.« 

Voilà.
Vous aussi vous le saviez.
Des études là-dessus existent depuis longtemps.

Ce que démontre celle-ci, c’est l’évolution – dans le mauvais sens – des douze dernières années: de plus en plus de fast-food ou de junk food dans un périmètre d’un kilomètre autour des écoles primaires a une influence directe sur l’évolution de la courbe du (sur)poids chez les enfants de moins de 12 ans.

Mais comme le disent – fort intelligemment – des enfants interviewés par la télé flamande, en plus de cela ils sont bombardés par des publicités pour des produits malsains. C’est aussi le message de la petite vidéo ci-dessus, pour demander des règlementations plus strictes à l’échelle européenne.

On pourra encore dire que « c’est la faute à Bruxelles » 😉

« Les bonbons ne coûtent pas assez cher » dit un petit garçon. « On passe devant et il y en a tellement et on a envie de les goûter », dit-il. Une petite fille ajoute: « Quand je passe devant la friterie, ça sent tellement bon, ça donne envie! ».

***

L’étude de sciensano (en néerlandais uniquement) est consultable ici.
Un graphique et deux vidéos sur le site de la VRT (en néerlandais).
Des études californiennes de 2009 citées par un journal québécois avaient démontré le même lien pour des ados.
L’article concluait sur ce constat: « Selon l’Institut de la statistique du Québec, 44 % des ados âgés de 15 et 16 ans consomment chips, bonbons ou boissons gazeuses… quotidiennement! »

22 rencontres (4.5)

Madame revenait du cimetière quand elle a croisé Lise qui s’y rendait.

C’était un beau dimanche froid de début janvier et toutes deux avaient apparemment eu cette même envie, d’aller dire bonjour à une Tantine bien-aimée.

Mortes trop tôt, comme tous ceux auxquels on tient, mais dans le cas de Lise, c’était vraiment beaucoup trop tôt. A-t-on idée d’envoyer un mal incurable à une maman de trois jeunes enfants?

Bref, Lise et Madame ne s’étaient pas vues depuis l’avant-covid et avaient deux ou trois choses à se raconter.

Et c’était bien.

Madame est contente d’avoir pris la bonne résolution de marcher au moins une heure par jour en 2022: elle pourra faire encore plus de belles rencontres 🙂

R comme refrains

En quittant Ostende dans le brouillard, mercredi dernier, on aperçoit une inscription qu’on n’avait pas remarquée avant. Elle est en patois ostendais, « zeg nie toet ziens« , ne dis pas au revoir.

– Kèskecèksa? se demande l’Adrienne en route vers la gare.

Un premier indice de réponse se trouve dans sa situation, entre l’Oosteroever, le quartier des pêcheurs, du port de pêche et de la criée aux poissons, et le « vistrap » où les épouses vendent la pêche de la nuit précédente.

Ostende a eu au siècle dernier deux dames, femmes, filles, sœurs de pêcheurs qui ont joui d’une belle notoriété locale comme chanteuses de « Oostendse levensliederen« , la chanson réaliste aux thèmes liés à la mer et à Ostende.

D’où cette petite phrase extraite de l’une d’elles.

Juste derrière, si vous agrandissez la photo, vous pouvez voir les notes des premières mesures du Plat pays de Jacques Brel, qui commence par les mots « Avec la mer du Nord pour dernier terrain vague… »

Si quelqu’un veut une traduction, il n’a qu’à demander 😉

C’est une déclaration d’amour à son homme qu’elle appelle « son capitaine de la marine » même s’il n’en a ni les galons, ni le képi à dorures.

Le plat pays dans la version de Pierre Rapsat:

Défi du 20

source ici

Paris, Londres, Vienne, Prague, Budapest, Stockholm…

L’Adrienne fait l’inventaire des villes européennes où elle devrait se rendre pour aller y admirer un tableau ou des gravures de Pieter Bruegel l’Ancien.

Et Washington? lui demanderez-vous. Et New York? Et… et… et…

C’est vrai, « il fut un temps » où elle rêvait d’aller dans quelques grands musées nord-américains.
Mais elle a abandonné l’idée.

D’ailleurs, elle devrait commencer par aller à Anvers 😉

***

écrit pour le défi du 20:

Le défi du 20 est chez Passiflore, merci à elle!

Tout savoir sur l’œuvre en photo ci-dessus? Plaustrum belgicum (Le chariot belge) c’est .

Question existentielle

Pieter Bruegel - Huet Leen - (ISBN: 9789463100816) | De Slegte

Du 3 août au 8 septembre 1561 a eu lieu à Anvers la plus grande fête littéraire de son histoire, nous raconte Leen Huet dans sa biographie de Bruegel.

La plus grande, malgré l’absence d’une trentaine de villes ou chambres de rhétorique à cause de l’interdiction d’évoquer tout sujet religieux ou politique dans leurs œuvres poétiques et théâtrales.

Il y avait deux thèmes imposés dont le premier était la question suivante: « Wat stimuleert een mens het meest tot beoefening van de kunsten? » (p.48), qu’est-ce qui nous incite le plus à l’exercice de l’art?

La question reste excellente et mille réponses possibles.

Les trente abstentions de l’époque y ont donné une réponse à leur façon 🙂

P comme paon

Debout sur la clôture, un paon rêvassait.
Pesait le pour et le contre.
J’y vais? j’y vais pas?

Dans l’enclos, des poules blanches picoraient.
Le coq surveillait.

Et le paon? que faisait le paon?
Il rêvassait.
J’y vais? j’y vais pas?

Il finit par se décider à ne rien décider:

– J’irai demain. Aujourd’hui, il y a trop de brouillard.

C’est très surfait, la liberté 😉

***

photo prise dans le brouillard épais du 13 janvier dernier