X c’est l’inconnu

Elle a envoyé une photo par google photos et l’Adrienne n’a pas réussi à l’ouvrir, malgré toutes les étapes effectuées pour se faire admettre puis reconnaître par l’engin qui finit par lui envoyer un message tout fiérot annonçant qu’il a bloqué quelqu’un qui essayait de se faire passer pour elle.

Bref.

Le seul message accompagnant la photo était « Noi și nepotelul« , nous et notre petit-fils, donc on devine ce qu’on n’a pas pu voir, une heureuse grand-mère, un heureux grand-père, et un petit garçon blond âgé de quatre ans qu’ils ne voient que deux ou trois semaines par an.

Et bien tout ça est beau et triste à la fois, comme d’avoir une amie à deux mille kilomètres dont on ne sait pas si on la reverra un jour.

N comme Natacha

Une jeune photographe belge, Natacha de Mahieu, démontre par une série de photos à quel point certains lieux sont devenus les victimes d’un « surtourisme » dû principalement à la mode de « l’instagrammable« 

Le but de sa série de photos est de rendre visible cette surconsommation des lieux et c’est assez réussi, comme on peut le voir dans la vidéo ici.

La photo d’illustration de ce billet, prise en Cappadoce, est de Natacha de Mahieu et vient du site de France Culture.

Pour ceux que les manipulations instagram par les influenceurs/-euses intéressent, voir ici.

Z comme zèbres

Voilà! Y a plus qu’à l’envoyer!

Avec cette photo-là, je suis sûr de le gagner, ce concours!

Tout y est, pile poil dans le thème: c’est graphique, c’est famille, c’est vacances…
Franchement, je suis assez content de moi.
Difficile de faire mieux!

Et qui, dans le jury, pourrait se douter que ça a été mis en scène, hein?
On ne va pas leur demander leur livret de famille, à ces zèbres!

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Texte écrit pour le jeu de septembre chez Filigranes – merci à elle! – avec une photo de René Maltête et le titre « Livret de famille ».

P comme Pawtucket

C’est normal, si on y pense, que l’oncle Jozef se soit précisément installé à Pawtucket: la ville avait la même spécialité que celle d’où il venait, l’industrie textile.

Une ou deux fois par an, l’oncle Jozef envoyait une photo de lui à une de ses sœurs ou à un de ses frères et chaque fois on y voyait des choses incroyables!

C’est bien pour ça qu’il était le préféré de sa douzaine de neveux et de nièces, même s’ils ne l’avaient vu qu’une fois encore, juste avant la guerre.

Celle de 14, bien sûr.

Tous ils avaient dû attendre l’autre guerre, la suivante, et attendre d’être largement adultes, avant de voir de leurs propres yeux ce qu’ils avaient vu, enfants, sur une de ces photos: une moto à laquelle était attachée une sorte de barquette en métal brillant.

Et bien sûr, dans la barquette de la photo trônait l’oncle Jozef, en cravate, fumant le cigare, royal.

On ne comprenait pas tout, on ne savait même pas comment ça s’appelait, mais on comprenait l’essentiel: l’oncle avait si bien réussi ses affaires qu’il se faisait transporter au lieu de se fatiguer à marcher.

Et puis est arrivée cette photo-là.

Stupéfaction chez sa sœur Céleste.
Oserait-elle montrer ça à quelqu’un?
Jozef était-il devenu fou?
Avait-il vraiment ouvert une baraque de foire?
Et quelle sorte de baraque?

Personne dans la famille ne parlait ni ne comprenait un mot d’anglais. Mais aucun doute n’était possible: c’était bien lui, là, avec un chapeau et un nœud papillon, vendant des tickets à 10 centimes pour Dieu sait quelle sorte de spectacle!

– On ne va pas montrer ça aux enfants, a décidé Céleste après avoir consulté sa sœur aînée.

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écrit pour l’Agenda ironique d’août – merci à l’Ornithorynque pour la photo et la consigne!

La part de vérité est ici et le reste est fiction 😉

E comme Épinglé

Martha et Millie étaient venues assez tôt pour occuper le banc.
Pour rien au monde elles n’auraient voulu rater la parade mais ces longues stations debout n’étaient plus de leur âge.

Elles gardaient une place entre elles deux pour Priscilla qui était en retard, comme d’habitude.

Martha avait jeté sa veste bleu marine sur ses épaules: on avait beau être le 4 juillet, le vent pouvait être traître aux coins de rues, et Martha ne craignait rien de plus qu’un mauvais rhume.
Comme elle avait coutume de le dire, « c’est ce qui a eu raison de ma pauvre mère » et certes elle avait l’intention de vivre encore longtemps.
Elle n’avait évidemment pas négligé de mettre ses gants blancs.
Millie pour sa part portait son chapeau assorti à son tailleur bleu d’avant-guerre, qu’elle portait chaque année à cette occasion et dont la jupe ample était d’une longueur bien comme il faut.
Elle avait pris un coussin, son dos fatiguait vite sur un banc aussi dur.

L’avenue était déjà bien remplie de monde – il ne manquait plus que Priscilla, en fait, elle en prenait vraiment à son aise, Priscilla, et profitait de leur bonté! – chacun vêtu comme il se doit des trois couleurs nationales, quand cette dévergondée d’Angie est arrivée sur ses talons de douze centimètres, dans une robe toute noire comme si la parade était un enterrement.

– Elle n’en fera jamais d’autres, celle-là, a émis Millie entre ses dents. Mais où ai-je rangé mes clés?

Et c’est ainsi qu’elle a raté le plus beau dos nu qu’il lui serait donné de voir de toute sa vie et qu’elle n’a pas compris la réponse de Martha:

– Elle a encore manqué de tissu pour se faire une robe convenable…

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Merci à La Licorne pour la photo et les consignes d’août:

Ce mois-ci, je vous invite à faire courir votre imagination à partir de cette image et de ce livre, Épinglé comme une pin-up dans un placard de G.I. de Tonino Benacquista

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Z comme Zand

Quand un bus ou un tram n’est pas en service, avant de le quitter son conducteur met l’affichage adéquat, « hors service », par exemple, « en pause », « en route vers le dépôt », ou des variantes comme « mijn collega pikt je op« , mon collègue vous emmènera.

Ce tram ostendais a fait dans l’humour et l’originalité, « zand gevuld » peut se comprendre de diverses façons, mais zand=sable, le rapport avec les lieux est évident.

Bref, ça a bien fait rire l’Adrienne et ceci clôturera la série ostendaise de juillet 2022 🙂

B comme besoin

Que voit-on sur cette photo des frères Antony prise à Ostende le 27 septembre 1925?

On est sur la digue, le bâtiment circulaire est le Kursaal, splendide construction Belle Époque de 1878 que les Allemands ont détruite en 1940 pour installer un bunker à sa place.

Au loin, à la limite entre Ostende et Mariakerke, on voit les deux chalets royaux qui n’ont pas non plus survécu à la guerre de 40-45.

Entre le Kursaal et les chalets, des hôtels qui ont beaucoup souffert des bombardements, en totalité ou en partie, de sorte que dans les années 1950-1960, Ostende a été un grand chantier de construction.

Sur la digue, sous un intéressant ciel nuageux avec éclaircies 😉 des promeneurs et des promeneuses: deux femmes, deux couples, un contemplateur solitaire, une nounou avec des enfants et un landau.

Et à l’avant-plan, un chien qui s’installe fort à propos pour déposer son petit besoin.

Et pas encore de sachets-caca à l’époque 😉

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Expo photos de Maurice et Robert Antony à Ostende

Première fois

La première fois que l’Adrienne a entendu parler de chiens tirant des charrettes, dans sa Flandre jusqu’aux années de l’entre-deux-guerres, c’était dans un article sur le Japon.

Pourquoi les touristes japonais sont-ils pris d’une si grande émotion devant le tableau de Rubens exposé à la cathédrale d’Anvers, La Descente de croix?
Pourquoi, quand ils savent que tu es Flamand(e), commencent-ils à te parler d’un chien qui s’appelle Patrasche?
Et pourquoi s’étonnent-ils que tu ne le connaisses pas?

Et bien, parce qu’il s’agit du personnage d’une histoire écrite au 19e siècle, en anglais, qui a apparemment un succès énorme auprès des écoliers japonais et américains mais qui n’a été traduite en néerlandais qu’en 1987.
Même les nombreuses versions filmées n’étaient pas parvenues jusqu’ici.
Une histoire larmoyante d’un petit orphelin et son chien dans une Flandre anversoise imaginaire.

En 2007, deux réalisateurs de documentaires se posaient encore la question: comment se fait-il qu’une histoire si connue dans de nombreux pays n’intéresse personne chez nous?

Bref, en visitant l’expo consacrée aux photographes ostendais, Maurice et Robert Antony, l’Adrienne n’a pas manqué de remarquer les charrettes tirées par des chiens, comme sur l’illustration ci-dessus, une photo du 4 juillet 1924.

Généralement un ou deux chiens, toujours avec muselière, tirant la charrette du laitier, du charbonnier, du poissonnier, du chiffonnier…

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Expo photos de Maurice et Robert Antony à Ostende jusqu’au 5 novembre 2022, info ici.

U comme uncanny

Il y avait un mot qui revenait plusieurs fois dans l’exposé, un mot que l’Adrienne ne connaissait pas: uncanny.

Bien sûr, dans le contexte on pouvait deviner que ça signifiait quelque chose comme ‘étrange’, ‘bizarre’, ‘inattendu’, un brin mystérieux.

C’était à Tate Modern où il y a en ce moment une expo sur le surréalisme, Surrealism beyond borders, et en effet, l’intérêt de l’expo consiste principalement en cet ‘au-delà des frontières’ puisqu’on y découvre des artistes d’un peu partout dans le monde et même d’endroits où on ne croyait pas – dans notre profonde ignorance – que le surréalisme y avait fait des émules.

Donc au lieu d’être déçue de n’y avoir vu qu’un seul Magritte – très ‘uncanny‘, ce train à vapeur qui sort de la cheminée du salon 😉 – l’Adrienne a été contente de pouvoir noter des tas de noms inconnus, du Mozambique, de Haïti, du Japon…

D’accord, on ratisse large, la dame qui a vu une tête étrange dans ce rocher de Ploumanac’h n’y a vu que ce que tout le monde y voit et tout le monde photographie, que ce soit en 1936 ou en 2022: une tête étrange 😉

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photo prise à l’expo au Tate Modern: Eileen Agar, Rockface, 1936 (Ploumanac’h)

W comme Wavrin

C’est comme « tintinophile » et comme visiteuse de la Cinematek de Bruxelles que l’Adrienne a rencontré deux fois au moins le nom du marquis de Wavrin (1888-1971), et plus elle se renseigne sur ce monsieur, plus elle le trouve exceptionnel et fascinant.

Bref, si vous avez deux minutes, lisez sa bio sur wikisaitout 🙂

Un peu plus d’explications sur le film ici: