L comme loque

Knack Weekend KW 2018 36

Le thème du magazine, ce sont les hommes, « mannen« , mais la photo de couverture montre un garçon de 15 ans qui a soigneusement assorti toutes les couleurs de sa tenue. Le gris, le jaune, le bleu et le noir se retrouvent dans le pull, la chemise piquée dans l’armoire de papa (elle est griffée Martin Margiela), le pantalon, le sac (piqué à maman, c’est un Jack Wolfskin), les chaussettes et les baskets.

L’article qui lui est consacré, « tienerjongen en stijlicoon » (teenager et icône de la mode) est illustré de façon à nous le montrer l’air boudeur, le regard méfiant sous sa frange, les épaules affaissées, les bras ballants, trop fatigué pour se tenir debout sur ses deux jambes et garder le dos droit.

C’est en effet ce qu’on constate chez l’élève lambda, à partir du moment où on le sort de sa zone de confort pour l’emmener en visite d’une ville, d’un musée, d’un coin de nature. Il s’écroule sur le premier support venu.

Pourtant, cette photo énerve Madame. C’est un cliché dans les deux sens du terme. C’est réducteur.

Tiens, au prochain cours, elle va demander à ses élèves ce qu’ils en pensent. Elle a justement une classe constituée d’une majorité de « mannen« , reste à savoir s’ils se sentent « tienerjongen en stijlicoon » 🙂

L’article est ici et la photo vient du site du photographe Jef Boes.

loque: du moyen néerlandais lok (boucle, mèche). Morceau d’étoffe usé, déchiré. Vêtements qui tombent en loques. Fig. être effondré, sans énergie. (Petit Robert p.1007)

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07-39

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La première photo que Maurice Antony a prise le matin du 5 juillet 1939 est celle de cet atelier où des femmes et des jeunes filles, assises sur de longues banquettes de bois, passent des heures à peler les crevettes rapportées de la pêche nocturne.

Natif d’Ypres, Maurice Antony a photographié sa ville jusqu’à sa destruction complète à la guerre de 14-18. Après la guerre, ses photos ont représenté une documentation de grande valeur pour la reconstruction, vu que les habitants avaient fait le choix de la rebâtir en gardant le plus possible ce caractère moyenâgeux qu’elle avait su conserver jusque-là.

Après la guerre de 14-18, il s’installe à Ostende et à partir de ce moment-là, il fixe son regard de photographe sur la vie de sa nouvelle cité: la mer, les familles de pêcheurs, les bateaux… ce qui donne aujourd’hui une riche collection de documents très éclairants sur la vie des (petites) gens d’Ostende pendant les années 20 et 30.

Comme ces éplucheuses de crevettes à la veille de la seconde guerre mondiale et de nouvelles destructions.

A voir encore (gratuitement) sur la digue d’Ostende jusqu’au 21 août, Nieuwe Koninklijke Gaanderijen.

 

C comme carrousel

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Gertrude est persuadée que c’est la faute de Vera, avec ce chapeau qui lui tombe sur les yeux et sa robe à six sous, qu’elles se sont fait repérer. 

– Nous sommes d’honnêtes citoyennes! a-t-elle clamé dès qu’elle a reconnu le fameux chief Bill MacKay. 

– Nous avons rendez-vous avec nos fiancés, a déclaré Bernice en souriant modestement, très élégante dans sa robe de soie et ses chaussures aux fines brides laquées. 

Gertrude a eu tort de le prendre de haut et de se croire à l’abri sous son chapeau neuf et derrière ce gros camée qui lui vient soi-disant de sa grand-mère. 

– Nous avons bien le droit, je pense, d’aller faire un tour de manège? 

– J’adore les chevaux de bois, a minaudé Bernice en battant des paupières. 

C’était mal connaître chief William John MacKay. Quarante-deux ans, un mètre quatre-vingt-trois et presque cent kilos d’impassibilité. Un roc. 

– C’est dans nos locaux que je vous invite à fêter la kermesse, a-t-il déclaré sans rire. 

C’est alors que cette idiote de Vera, qui n’en finissait pas de triturer son sac à main, l’a laissé tomber par terre, répandant sur le sol un contenu dont elle pouvait difficilement prétendre que c’étaient ses économies. 

*** 

source de la photo des trois dames ici 

écrit pour le défi du samedi 

C comme carrousel

Y comme Yvonne

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Il y en a plus d’une, à Ostende, des « villa Yvonne » construites à la fin du 19e siècle, mais celle-ci, fraîchement restaurée et remise à neuf, est particulièrement pimpante. 

Et moi particulièrement heureuse d’avoir cette belle occasion de penser à la petite Yvonne… 

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ici elle est enceinte de mon père et l’Oncle a juste deux ans 

photo du dessus prise à Ostende le 3 novembre, aux Venetiaanse gaanderijen, expo de photos de villas d’époque qui ont été restaurées par des particuliers et qui sont aujourd’hui de merveilleuses habitations

7 photos

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Dans la vieille ville d’Hébron, des filets protègent les passants des ordures lancées par les colons. Les militaires israéliens y patrouillent plusieurs fois par jour. 

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En 1994, craignant la mise en cause du processus d’Oslo, la communauté internationale a appelé Israël à renoncer à l’implantation de la colonie d’Har Homa sur la forêt palestinienne d’Abu Gnaim. Depuis, cette colonie proche de Bethléem ne cesse de s’agrandir. Photo d’avril 2017. 

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Naplouse, le 5 avril 2005. La dernière maison détruite par l’armée israélienne comme un symbole. De jeunes hommes y viennent et mesurent les pierres récupérées pour arranger le terrain de football. 

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Ramallah, décembre 2002. Un des bâtiments de l’Autorité palestinienne.

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Rafah, le 9 décembre 2002. Chez lui, il y avait une cuisine rose et une salle de bains verte. La maison a été détruite parce qu’elle se trouvait trop près du nouveau mur. 

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Gaza, décembre 2002. Sur tous les murs du camp de Rafah, on a collé le portrait de cette écolière de 10 ans tuée le mois d’avant par l’armée israélienne. 

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Enfin, la photo qui a servi de point de départ pour un texte de fiction le 26 octobre:  
La fouille au check-point donnant l’accès au Caveau des Patriarches à Hébron, 2007. 

Toutes les photos sont de Véronique Vercheval  ainsi que les légendes qui les accompagnent. 

D’autres photos et des extraits de son livre ici.

V comme Véronique

Elle marche vite en longeant le mur. Dans les deux mains serrées sur sa poitrine, elle tient un mouchoir roulé en boule et un objet de forme allongée, protégé par un sachet plastique de récupération. 

Un des soldats l’arrête. C’est une jeune femme. Elle paraît déguisée, cet affreux casque contraste avec ses sourcils épilés, ses yeux soigneusement maquillés. A sa ceinture est accrochée une arme lourde qu’on a du mal à imaginer dans ses mains aux ongles longs et manucurés. 

Mais ce n’est pas un déguisement et l’arme n’est pas un jouet. 

Elle arrête la petite. C’est la routine. 

– Et ça, c’est quoi? demande-t-elle en désignant l’objet. 

Elle le prend. Le sort de son plastique fripé. L’examine sans états d’âme. 

La petite garde la tête baissée. Ne jamais croiser le regard de ces gens-là. Sous le bord de son foulard, on aperçoit de longs cils de femme et un petit nez enfantin. Elle n’a pas douze ans. 

– C’est un cadeau pour ma grand-mère, dit-elle sans regarder la femme soldat. 

Et dans un souffle elle ajoute: 

– C’est un cadre pour y mettre une photo. C’est moi qui l’ai fait à l’école. 

La femme déchiffre la phrase calligraphiée qui entoure l’espace réservé à la photo: « Mon cœur est en mille morceaux » 

– C’est ce que je devrais faire aussi avec ton cadre, dit-elle d’un air dégoûté. 

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photo prise d’une photo de Véronique Vercheval

voir son travail

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texte écrit à l’atelier d’écriture – la photo était au choix, seuls étaient imposés le thème du mur et la phrase « Mon cœur est en mille morceaux«