Le Défi du 20

@ Nsey Benajah

Nous deux nous tenant par les pieds
Nous nous savons partout chez nous
Sur la rampe, sur l’ascenseur
Dans notre jean et nos baskets
Dans notre centre commercial
Dans les yeux vagues de la foule
Les petits et grands magasins
Toi en Ad*d*s et moi N*ke
L’amour n’a rien de mystérieux
Nous sommes l’évidence même
Les amoureux se voient en nous.

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la photo vient du jeu de Leiloona, la consigne du défi du 20 vient de chez Catichou, qui demandait de combiner le jeu et le janotisme, et le poème est un pastiche de Nous deux, de Paul Eluard.

Merci à tous les organisateurs!

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Pour le défi du 20 décembre, c’est la lettre K et je propose kot et karma 🙂

V comme vaches

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Moi, ça fait longtemps que je le sais.
Et que je le fais.
Une caresse.
Quelques mots prononcés d’une voix douce.
Bien sûr que ça les détend.
Bien sûr qu’elles aiment ça.
Je n’ai pas eu besoin des scientifiques pour l’apprendre.
Je le fais depuis toujours.
Et mes vaches s’en portent très bien!

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photo et consignes du 54e devoir de Lakévio chez Le Goût, que je remercie:

Cette photo de Walker Evans semble nous dire quelque chose. Elle me rappelle quelque chose. Mais quoi ? Peut-être un film… Ou autre chose.
Si vous avez une idée, dites-le lundi.

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Selon une étude publiée dans Frontiers in Psychology, la voix humaine et les caresses ont un effet positif sur l’animal, lui permettant de surmonter son stress et de se sentir mieux. Elle a démontré aussi que la voix humaine passée à travers un micro n’avait pas tout à fait ce même effet: il faut la présence et la voix en direct.

D comme déjà

devoir de Lakevio du Goût_51.jpg

Déjà grand-père Plonk-et-Replonk avait montré la voie.

« Que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite », disait-il quand le fil de sa canne à pêche s’était une fois de plus emmêlé.

On dit de lui qu’on pouvait le voir au bord de l’eau avec une canne au fil trop court, au bout duquel pendait un hameçon rectiligne ; certains prétendent même qu’il tournait le dos au fleuve, dont il était éloigné de trois mètres.

La légende familiale raconte que cet emplacement était strictement délimité par un cercle de métal qu’il posait sur le sol après avoir scrupuleusement pris les mesures.

Tout ça lui évitait d’avoir à trimbaler un gros sac pour y mettre le produit de sa pêche.

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Photo de Doisneau proposée par Monsieur le Goût – merci à lui – pour son 51e Devoir de lakevio, avec la consigne suivante:

Comme disait une chanson de la première moitié du XXème siècle à propos des baisers : Méfiez-vous des pêcheurs mesdemoiselles car il y a pêcheur et pécheur… Je suis sûr que vous avez beaucoup de souvenirs des uns. Ou des autres… Je pense que nous aurons tous quelque chose à dire et à lire lundi…

X c’est l’inconnu

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Être un petit enfant, c’est avoir une vie pleine d’injonctions.

Va chercher le pain. Ne mets pas tes coudes sur la table. Tiens-toi droite. Ne cours pas comme ça, tu vas tomber. Mange ta soupe. Ne perds pas la monnaie. On ne chante pas à table. Tais-toi quand les grandes personnes parlent. Finis ton assiette. Occupe-toi de ton petit frère. Dis bonjour à la dame.

Être un petit enfant, c’est avoir une vie pleine d’injonctions.

Et rire quand même.

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« Mais qu’a donc vu ce gamin qui le fait courir si joyeux ? » demande Monsieur le Goût pour son 50e devoir de Lakevio du Goût. « J’ai bien une idée… Mais vous ? Que vous inspire ou vous rappelle cette photo de Willy Ronis ? »

Le défi du 20

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– Je ne suis pas un de ces amoureux à la gomme, moi, grommelle Léon en marchant d’un bon pas vers le parterre de roses.

En deux coups d’ailes et un seul coup de bec, il a cueilli la première rose Ingrid Bergman.

L’atterrissage est le moment le plus périlleux, mais que ne ferait-on pas pour montrer aux poulettes ce qu’est la vieille galanterie française?

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Ce mois-ci pour le Défi du 20 c’était au tour de Lydia et elle demandait d’utiliser ‘gomme’ et ‘galanterie’.

Merci aux organisateurs et à la prochaine 🙂

P comme petite pomme

Le testament français

Encore enfant, je devinais que ce sourire très singulier représentait pour chaque femme une étrange petite victoire. Oui, une éphémère revanche sur les espoirs déçus, sur la grossièreté des hommes, sur la rareté des choses belles et vraies dans ce monde. Si j’avais su le dire, à l’époque, j’aurais appelé cette façon de sourire « féminité »… Mais ma langue était alors trop concrète. Je me contentais d’examiner, dans nos albums de photos, les visages féminins et de retrouver ce reflet de beauté sur certains d’entre eux.

Car ces femmes savaient que pour être belles, il fallait, quelques secondes avant que le flash ne les aveugle, prononcer ces mystérieuses syllabes françaises dont peu connaissaient le sens: » pe-tite-pomme… » Comme par enchantement, la bouche, au lieu de s’étirer dans une béatitude enjouée ou de se crisper dans un rictus anxieux, formait ce gracieux arrondi. Le visage tout entier en demeurait transfiguré. Les sourcils s’arquaient légèrement, l’ovale des joues s’allongeait. On disait  » petite pomme », et l’ombre d’une douceur lointaine et rêveuse voilait le regard, affinait les traits, laissait planer sur le cliché la lumière tamisée des jours anciens.

Andreï Makine, Le testament français, Mercure de France, 1995, p.13 (incipit)

Mesdames, vous savez ce qui vous reste à faire pour vos prochaines photos 😉

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source de l’illustration et info sur le site de l’éditeur ici et premières pages à lire ici.

F comme fillettes, fillettes…

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L’Adrienne ces jours-ci remet de l’ordre dans ses archives familiales, classe et reclasse, trie et re-trie.

Elle finit toujours par se retrouver avec quelques inconnues, comme ces communiantes des années 1920, sans doute des nièces, cousines ou petites-cousines de grand-mère Adrienne, une Jeanne ou une Madeleine, une Clarisse ou une Elvire.

Il n’y a rien de plus nostalgique que ce récolement d’archives, quand on en vient à rêvasser sur le destin de toutes ces personnes, avec leur lot de petits bonheurs et de grands malheurs.

Et qui ont, un beau jour de mai, posé fièrement dans le studio d’un photographe, avec leur voile, leur couronne, leur missel, leur aumônière, toutes vêtues de blanc des pieds à la tête.

Le plus souvent avec la main qui s’appuie sur le même guéridon où elles ont posé bébé et à côté duquel elles souriront gravement le jour de leur mariage 🙂

 

Le défi du 20

Fromage aux artisous du Velay.JPG

De son échoppe émanait une odeur féroce de cave, de moisissure et de paille.

– Vous voulez goûter? dit-elle en tendant de la pointe du couteau un bout de fromage à la croûte d’un gris noirâtre.

Pouvait-on refuser?
Ça n’en avait pas l’air.
On dégusta donc le fromage avec sa croûte, ses moisissures et ses artisons.

– Alors, qu’est-ce que vous en dites? Il est pas bon, peut-être?

– Délicieux! Excellent! répondit-on en essayant de ne pas penser aux petites bêtes qui grouillaient.

Parce qu’il était clair qu’une autre réponse n’aurait pas été tolérée.

– Je vous en emballe un?

C’est là qu’on a espéré que les petites bêtes supporteraient bien le voyage en voiture et qu’on pourrait faire revivre cette merveilleuse expérience à d’autres innocents 🙂 

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Pour le Défi du 20 avec les mots imposés par Lisamax: fromage et féroce.

Source de l’image ici.

K comme krapoveries

Au moment où le photographe déclenche, elle est encore en train d’appeler ses deux autres fils pour que la fratrie soit au complet. La fille des voisins tient fermement le plus petit, qui braille et veut s’échapper pour retourner jouer au revolver. C’était bien la peine que les cloches de Pâques lui aient apporté un si beau jouet s’il ne peut même pas le garder sur la photo! Et la mère qui a passé l’hiver à leur tricoter un joli pull rayé à tous les quatre… Ce sont de bons garçons, pourtant, et ils l’aiment bien, leur maman. Mais en ce moment ils aiment mieux les œufs en chocolat.

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Moi qui suis fille unique, j’adore aider ma voisine à s’occuper de ses enfants. Elle a quatre fils et je peux vous dire qu’ils lui en font voir! Surtout le plus petit! Faut tout le temps qu’il braille et trépigne, il a un sacré caractère! Mais il me fait bien rigoler. Avec le plus grand aussi je rigole bien, c’est le plus gentil des quatre. La seule chose qu’il dit tout le temps c’est « Quand est-ce qu’on mange? » C’est pour ça qu’il n’est pas sur la photo. William est en train de le tirer par la manche, leur mère l’appelle tant qu’elle peut… « Souriez! » a dit le photographe. Alors Jack et moi on a souri, Joe a continué à brailler, William et Averell sont arrivés juste trop tard.

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Merci à Joe Krapov pour cette consigne: Les Inconnu·e·s sur la photo

Que faire des photos ratées ? Des photos sur lesquelles vous ne reconnaissez personne ? Deux solutions : soit les mettre à la poubelle, soit les donner à un atelier d’écriture avec la consigne suivante.

Vous choisissez une personne sur une des photos ci-dessous. Vous parlez d’elle « de l’extérieur » en utilisant le pronom « il » ou « elle » pour parler d’elle et raconter où elle se trouve, à quelle époque, et pourquoi elle figure sur la photo.

Puis vous reprenez votre texte et vous le réécrivez une seconde fois « de l’intérieur », à la place de la personne, en disant « je ».

X c’est l’inconnu

Le jour de la photo, comme souvent, il manquait quelqu’un pour faire le onzième.

Le plus embêtant, c’est quand Tardy est absent, le gardien de but. Non pas qu’il soit si bon, ce n’est pas lui qui se fera recruter par le Racing Club de Lens, mais il est le plus grand et le plus patient.

Chaque fois qu’il doit aider son père au lieu de jouer au foot, personne n’a envie de le remplacer. Ce n’est pas chouette de rester entre les poteaux et de regarder les autres gambader et faire des passes et des shoots.

Tardy, c’est le seul qui ne se fasse jamais chahuter. Par personne.

C’est sûrement pour ça que l’entraîneur l’a mis en bonne place devant lui, au milieu de la photo.

***

Ce samedi-là, l’entraîneur avait demandé à un photographe de faire la photo de groupe.

Si je l’avais su, je me serais coiffé avant de venir! Evidemment, le seul qui était au courant, c’était son fils, qui avait mis de la brillantine et fait une belle raie. Même ses ongles étaient propres! Mais ça, c’est inutile, ça ne se voit pas sur la photo.

L’entraîneur nous a mis sur deux rangs, cinq debout derrière, cinq accroupis devant, il a râlé parce qu’une fois de plus il manquait quelqu’un – mais qu’est-ce qu’on y peut si nos pères ont besoin de nous à la ferme ou au magasin – puis il a dit souriez et regardez bien l’objectif!

Nous on a fait comme on a pu, surtout moi qui ne supporte pas d’avoir le soleil dans les yeux… Mais sourire? ah ça non! on était bien trop impatients de commencer à jouer!

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merci à Joe Krapov pour ses consignes:

Les Inconnus sur la photo

Que faire des photos ratées ? Des photos sur lesquelles vous ne reconnaissez personne ? Deux solutions : soit les mettre à la poubelle, soit les donner à un atelier d’écriture avec la consigne suivante :

Vous choisissez une personne sur une des photos ci-dessous. Vous parlez d’elle « de l’extérieur » en utilisant le pronom « il » ou « elle » pour parler d’elle et raconter où elle se trouve, à quelle époque, et pourquoi elle figure sur la photo.

Puis vous reprenez votre texte et vous le réécrivez une seconde fois « de l’intérieur », à la place de la personne, en disant « je ».

Facultatif : Vous pouvez, si ça vous aide, insérer dans votre texte les mots ou noms de personnes ou de lieux suivants :

brillantine, château, champignon, pont, harmonie, concorde, pleurs, masque, policier, dérogatoire, girafe ;

– Boutilliez, Moneyron, Tardy, Carpentier, Caron, Masqueliez, Hauchard, Félix, Laure Manaudou ;

Lens, Hongrie, Pologne, Carvin, Auvergne.