X c’est l’inconnu

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Être un petit enfant, c’est avoir une vie pleine d’injonctions.

Va chercher le pain. Ne mets pas tes coudes sur la table. Tiens-toi droite. Ne cours pas comme ça, tu vas tomber. Mange ta soupe. Ne perds pas la monnaie. On ne chante pas à table. Tais-toi quand les grandes personnes parlent. Finis ton assiette. Occupe-toi de ton petit frère. Dis bonjour à la dame.

Être un petit enfant, c’est avoir une vie pleine d’injonctions.

Et rire quand même.

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« Mais qu’a donc vu ce gamin qui le fait courir si joyeux ? » demande Monsieur le Goût pour son 50e devoir de Lakevio du Goût. « J’ai bien une idée… Mais vous ? Que vous inspire ou vous rappelle cette photo de Willy Ronis ? »

Le défi du 20

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– Je ne suis pas un de ces amoureux à la gomme, moi, grommelle Léon en marchant d’un bon pas vers le parterre de roses.

En deux coups d’ailes et un seul coup de bec, il a cueilli la première rose Ingrid Bergman.

L’atterrissage est le moment le plus périlleux, mais que ne ferait-on pas pour montrer aux poulettes ce qu’est la vieille galanterie française?

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Ce mois-ci pour le Défi du 20 c’était au tour de Lydia et elle demandait d’utiliser ‘gomme’ et ‘galanterie’.

Merci aux organisateurs et à la prochaine 🙂

P comme petite pomme

Le testament français

Encore enfant, je devinais que ce sourire très singulier représentait pour chaque femme une étrange petite victoire. Oui, une éphémère revanche sur les espoirs déçus, sur la grossièreté des hommes, sur la rareté des choses belles et vraies dans ce monde. Si j’avais su le dire, à l’époque, j’aurais appelé cette façon de sourire « féminité »… Mais ma langue était alors trop concrète. Je me contentais d’examiner, dans nos albums de photos, les visages féminins et de retrouver ce reflet de beauté sur certains d’entre eux.

Car ces femmes savaient que pour être belles, il fallait, quelques secondes avant que le flash ne les aveugle, prononcer ces mystérieuses syllabes françaises dont peu connaissaient le sens: » pe-tite-pomme… » Comme par enchantement, la bouche, au lieu de s’étirer dans une béatitude enjouée ou de se crisper dans un rictus anxieux, formait ce gracieux arrondi. Le visage tout entier en demeurait transfiguré. Les sourcils s’arquaient légèrement, l’ovale des joues s’allongeait. On disait  » petite pomme », et l’ombre d’une douceur lointaine et rêveuse voilait le regard, affinait les traits, laissait planer sur le cliché la lumière tamisée des jours anciens.

Andreï Makine, Le testament français, Mercure de France, 1995, p.13 (incipit)

Mesdames, vous savez ce qui vous reste à faire pour vos prochaines photos 😉

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source de l’illustration et info sur le site de l’éditeur ici et premières pages à lire ici.

F comme fillettes, fillettes…

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L’Adrienne ces jours-ci remet de l’ordre dans ses archives familiales, classe et reclasse, trie et re-trie.

Elle finit toujours par se retrouver avec quelques inconnues, comme ces communiantes des années 1920, sans doute des nièces, cousines ou petites-cousines de grand-mère Adrienne, une Jeanne ou une Madeleine, une Clarisse ou une Elvire.

Il n’y a rien de plus nostalgique que ce récolement d’archives, quand on en vient à rêvasser sur le destin de toutes ces personnes, avec leur lot de petits bonheurs et de grands malheurs.

Et qui ont, un beau jour de mai, posé fièrement dans le studio d’un photographe, avec leur voile, leur couronne, leur missel, leur aumônière, toutes vêtues de blanc des pieds à la tête.

Le plus souvent avec la main qui s’appuie sur le même guéridon où elles ont posé bébé et à côté duquel elles souriront gravement le jour de leur mariage 🙂

 

Le défi du 20

Fromage aux artisous du Velay.JPG

De son échoppe émanait une odeur féroce de cave, de moisissure et de paille.

– Vous voulez goûter? dit-elle en tendant de la pointe du couteau un bout de fromage à la croûte d’un gris noirâtre.

Pouvait-on refuser?
Ça n’en avait pas l’air.
On dégusta donc le fromage avec sa croûte, ses moisissures et ses artisons.

– Alors, qu’est-ce que vous en dites? Il est pas bon, peut-être?

– Délicieux! Excellent! répondit-on en essayant de ne pas penser aux petites bêtes qui grouillaient.

Parce qu’il était clair qu’une autre réponse n’aurait pas été tolérée.

– Je vous en emballe un?

C’est là qu’on a espéré que les petites bêtes supporteraient bien le voyage en voiture et qu’on pourrait faire revivre cette merveilleuse expérience à d’autres innocents 🙂 

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Pour le Défi du 20 avec les mots imposés par Lisamax: fromage et féroce.

Source de l’image ici.

K comme krapoveries

Au moment où le photographe déclenche, elle est encore en train d’appeler ses deux autres fils pour que la fratrie soit au complet. La fille des voisins tient fermement le plus petit, qui braille et veut s’échapper pour retourner jouer au revolver. C’était bien la peine que les cloches de Pâques lui aient apporté un si beau jouet s’il ne peut même pas le garder sur la photo! Et la mère qui a passé l’hiver à leur tricoter un joli pull rayé à tous les quatre… Ce sont de bons garçons, pourtant, et ils l’aiment bien, leur maman. Mais en ce moment ils aiment mieux les œufs en chocolat.

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Moi qui suis fille unique, j’adore aider ma voisine à s’occuper de ses enfants. Elle a quatre fils et je peux vous dire qu’ils lui en font voir! Surtout le plus petit! Faut tout le temps qu’il braille et trépigne, il a un sacré caractère! Mais il me fait bien rigoler. Avec le plus grand aussi je rigole bien, c’est le plus gentil des quatre. La seule chose qu’il dit tout le temps c’est « Quand est-ce qu’on mange? » C’est pour ça qu’il n’est pas sur la photo. William est en train de le tirer par la manche, leur mère l’appelle tant qu’elle peut… « Souriez! » a dit le photographe. Alors Jack et moi on a souri, Joe a continué à brailler, William et Averell sont arrivés juste trop tard.

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Merci à Joe Krapov pour cette consigne: Les Inconnu·e·s sur la photo

Que faire des photos ratées ? Des photos sur lesquelles vous ne reconnaissez personne ? Deux solutions : soit les mettre à la poubelle, soit les donner à un atelier d’écriture avec la consigne suivante.

Vous choisissez une personne sur une des photos ci-dessous. Vous parlez d’elle « de l’extérieur » en utilisant le pronom « il » ou « elle » pour parler d’elle et raconter où elle se trouve, à quelle époque, et pourquoi elle figure sur la photo.

Puis vous reprenez votre texte et vous le réécrivez une seconde fois « de l’intérieur », à la place de la personne, en disant « je ».

X c’est l’inconnu

Le jour de la photo, comme souvent, il manquait quelqu’un pour faire le onzième.

Le plus embêtant, c’est quand Tardy est absent, le gardien de but. Non pas qu’il soit si bon, ce n’est pas lui qui se fera recruter par le Racing Club de Lens, mais il est le plus grand et le plus patient.

Chaque fois qu’il doit aider son père au lieu de jouer au foot, personne n’a envie de le remplacer. Ce n’est pas chouette de rester entre les poteaux et de regarder les autres gambader et faire des passes et des shoots.

Tardy, c’est le seul qui ne se fasse jamais chahuter. Par personne.

C’est sûrement pour ça que l’entraîneur l’a mis en bonne place devant lui, au milieu de la photo.

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Ce samedi-là, l’entraîneur avait demandé à un photographe de faire la photo de groupe.

Si je l’avais su, je me serais coiffé avant de venir! Evidemment, le seul qui était au courant, c’était son fils, qui avait mis de la brillantine et fait une belle raie. Même ses ongles étaient propres! Mais ça, c’est inutile, ça ne se voit pas sur la photo.

L’entraîneur nous a mis sur deux rangs, cinq debout derrière, cinq accroupis devant, il a râlé parce qu’une fois de plus il manquait quelqu’un – mais qu’est-ce qu’on y peut si nos pères ont besoin de nous à la ferme ou au magasin – puis il a dit souriez et regardez bien l’objectif!

Nous on a fait comme on a pu, surtout moi qui ne supporte pas d’avoir le soleil dans les yeux… Mais sourire? ah ça non! on était bien trop impatients de commencer à jouer!

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merci à Joe Krapov pour ses consignes:

Les Inconnus sur la photo

Que faire des photos ratées ? Des photos sur lesquelles vous ne reconnaissez personne ? Deux solutions : soit les mettre à la poubelle, soit les donner à un atelier d’écriture avec la consigne suivante :

Vous choisissez une personne sur une des photos ci-dessous. Vous parlez d’elle « de l’extérieur » en utilisant le pronom « il » ou « elle » pour parler d’elle et raconter où elle se trouve, à quelle époque, et pourquoi elle figure sur la photo.

Puis vous reprenez votre texte et vous le réécrivez une seconde fois « de l’intérieur », à la place de la personne, en disant « je ».

Facultatif : Vous pouvez, si ça vous aide, insérer dans votre texte les mots ou noms de personnes ou de lieux suivants :

brillantine, château, champignon, pont, harmonie, concorde, pleurs, masque, policier, dérogatoire, girafe ;

– Boutilliez, Moneyron, Tardy, Carpentier, Caron, Masqueliez, Hauchard, Félix, Laure Manaudou ;

Lens, Hongrie, Pologne, Carvin, Auvergne.

U comme Une vie

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Quand Clara a emménagé dans cet appartement parisien, elle n’a pas mesuré les conséquences de ce changement.

L’ouverture de la cave – encore cadenassée par la locataire précédente – lui a révélé les trésors de toute une vie: des photos, du courrier.

Toute une vie que Clara a décidé de reconstituer, de reconquérir étape par étape, à l’aide d’un réseau d’entraide de plus en plus vaste, d’internautes des quatre points cardinaux.

Cette enquête, menée en parallèle avec son métier de journaliste, a fait voyager Clara dans divers lieux, en France et aux Pays-Bas, et a suscité de nombreux projets très positifs, comme celui d’une institutrice d’Aubervilliers.

Bref, à l’issue de plusieurs années d’enquêtes minutieuses, Clara est convaincue que son sort est lié à celui de cette dame, qu’elle est en quelque sorte sa bonne étoile, et elle espère que celle-ci lui pardonne la liberté qu’elle a prise d’exposer au grand jour toute sa vie, à la fois minuscule et passionnante.

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Texte écrit pour les Plumes d’Emilie – merci Emilie! – avec les 13 mots imposés suivants: CHANGEMENT – VOYAGER – ETOILE – MESURER – EQUATEUR – POSITIF – VASTE – PARALLÈLE – LIBERTÉ – TRÉSOR – CARDINAL – COURRIER – CONQUÉRIR

On pouvait en laisser un de côté.

source de l’image sur le site du projet ici.

R comme Rang

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Discerner la beauté d’une chose est le plus grand raffinement que l’on puisse atteindre. En tout cas dans mon métier, c’est primordial. Comme je n’ai pas le temps de me perdre dans les détails, il me faut aller tout de suite à l’essentiel. Sans me tromper. Sinon je risque de passer à côté d’une merveille et de rapporter de la pacotille. Ce serait trop bête.

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Tante Alicia a quelques bijoux qu’elle porte peu parce qu’elle les estime démodés ou de peu de valeur. Ils quittent rarement leur coffret du troisième tiroir de la commode. Mais elle a un rang de perles, un joli tour de cou, qui fait toute sa fierté. Elle saisit chaque occasion d’expliquer que les vraies perles sont une matière vivante et que c’est pour cette raison qu’elle ne les enferme pas dans un coffret: il faut qu’elles respirent! Le rang de perles est donc précieusement disposé dans une coupelle tapissée de velours sombre, posée sur la commode.

***

Après le passage de l’expert en « discernement de la beauté d’une chose », tante Alicia a constaté que le coffret du troisième tiroir de la commode avait disparu. Mais que le précieux rang de perles se trouvait toujours bien en évidence, dans sa coupelle.

***

Des années plus tard, elle s’était remise du vol de ses bijoux, mais pas d’avoir été si vilainement trompée par celui qui lui avait offert les perles.

Mon cœur est donc contraire à tous les autres cœurs,
Mon penser est bizarre et mon âme insensée
Qui fait présente encor’ une chose passée,
Crevant de désespoir le fiel de mes douleurs.

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Photo et consignes n° 35 chez Monsieur Le Goût, que je remercie:
De « confinement » à « enchaîné » il n’y a qu’un songe. Cette photographie du Russe Gueorgui Pinkhassov vous inspire-t-elle ? Ce serait gentil de commencer ce qu’elle vous a inspiré par cette remarque d’Oscar Wilde: « Discerner la beauté d’une chose est le plus grand raffinement que l’on puisse atteindre » Et si vous le terminiez par ces deux vers d’Agrippa d’Aubigné:
« Mon penser est bizarre et mon âme insensée
Qui fait présente encor’ une chose passée. »
Entre les deux, libre à vous.

L comme lettre

Elle s’est installée dans la pièce qui lui est réservée pour ses travaux de couture.
Là, personne ne vient la déranger.

Sur ses genoux, elle a posé la souple mallette en tissu à carreaux, une sorte de grande sacoche avec une longue lanière. C’est là-dedans qu’elle conserve ses lettres. 

Chaque lettre est encore dans son enveloppe d’origine. Certaines sont de ce léger papier bleuté avec les bords tricolores: elles ont voyagé en avion.

Elle non. Jamais elle n’a pris l’avion.

Elle aurait bien aimé, pourtant. Voyager.

Mais pour Félix, son mari, il n’est pas question de quitter la maison.
Félix et son jardin potager.
Félix et son pigeonnier avec ses bêtes à concours.
Félix et ses amis qui attendent fébrilement le lâcher de pigeons à Lens.

Alors quand l’envie d’ailleurs devient trop forte, elle se retire dans cette pièce.
Avec ses travaux de couture.
Et la sacoche aux lettres.

Elle a toujours ce doux sourire en les relisant.

***

Je suis prête.

J’ai fait ma mise en plis. J’ai mis mon joli collier. Ma montre en or. Ma robe en soie. Mon rouge à lèvres.

Je suis prête.

Je rassemble les lettres, les photos qu’il m’a envoyées de là-bas.

Il est toujours aussi grand et mince, aussi beau dans son long tablier blanc, les bras fièrement croisés, devant l’entrée de sa boucherie.

Il m’attend et moi je n’attends plus.

J’y vais.

Félix a eu un bel enterrement.

Personne ne s’est douté de rien.

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merci à Joe Krapov pour ses consignes:

Les Inconnus sur la photo

Que faire des photos ratées ? Des photos sur lesquelles vous ne reconnaissez personne ? Deux solutions : soit les mettre à la poubelle, soit les donner à un atelier d’écriture avec la consigne suivante :

Vous choisissez une personne sur une des photos ci-dessous. Vous parlez d’elle « de l’extérieur » en utilisant le pronom « il » ou « elle » pour parler d’elle et raconter où elle se trouve, à quelle époque, et pourquoi elle figure sur la photo.

Puis vous reprenez votre texte et vous le réécrivez une seconde fois « de l’intérieur », à la place de la personne, en disant « je ».