M comme Modiano

Modiano-souvenirs-dormants

Est-ce juste moi ou d’autres ont-ils la même expérience: on lit un nouveau Modiano et on a l’impression d’être plongé dans la suite (ou le début) d’un même et unique livre, quel que soit le titre qu’on a en main. C’est en tout cas ce que je me suis dit dès les premières pages de Souvenirs dormants, dès l’incipit en fait: 

Un jour, sur les quais, le titre d’un livre a retenu mon attention, Le Temps des rencontres. Pour moi aussi, il y a eu un temps des rencontres, dans un passé lointain. A cette époque, j’avais souvent peur du vide. Je n’éprouvais pas ce vertige quand j’étais seul, mais avec certaines personnes dont justement je venais de faire la rencontre. Je me disais pour me rassurer: il se présentera bien une occasion de leur fausser compagnie. Quelques-unes de ces personnes, vous ne saviez pas jusqu’où elles risquaient de vous entraîner. La pente était glissante.

Patrick Modiano, Souvenirs dormants, Gallimard 2017, p.9 (incipit)

Vertiges, peurs, rencontres de hasards, déambulations dans les rues de Paris, qu’on s’imagine forcément en noir et blanc, en hiver et la nuit, personnages inquiétants, ou pour le moins très bizarres, appartements miteux, hôtels interlopes, et toujours des noms, des numéros de téléphone, des agendas, des rendez-vous manqués… Ça doit être sa marque de fabrique 😉

Le narrateur est-il l’auteur? Il donne de nombreux indices autobiographiques qui le font croire, mais cette question, finalement, est sans intérêt. Comme quand Woody Allen se met en scène dans ses propres films, et joue toujours le même genre de personnage.

Une dernière remarque: à la fin du livre il retrouve un roman qu’il a lu « vers la fin des années soixante » (page 102): il s’agit de Tempo di Roma

Je trouve qu’il aurait pu y ajouter le nom de l’auteur, Alexis Curvers. Ne serait-ce que par simple politesse envers un confrère.

***

la phrase la plus hilarante est celle-ci: « Bien que je ne sois pas très doué pour l’introspection… » (page 73)

photo ci-dessus et interview de l’auteur chez son éditeur Gallimard

27 commentaires sur « M comme Modiano »

  1. Il est de ces auteurs dont les livres n’ont jamais dépassé le stade de la PAL avant de glisser dans la pile « à rendre  » à la bibliothèque.

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  2. J’ai vérifié dans sa bibliographie : soulagement intense suite à ton billet, en dehors de la chanson « Comment te dire adieu » écrite pour Françoise Hardy, je ne connais rien de ce Monsieur 🙂

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    1. ce n’est pas vraiment de l’introspection, mais des évocations de souvenirs, liés à des lieux, des gens… et des doutes sur ces souvenirs, ces lieux, ces gens, leurs noms, les dates…

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  3. J’aime.
    Lui et moi parcourons le même Paris et y voyons souvent les mêmes choses.
    Il vit et revit une vie de Parisien, de flâneur au regard attentif.
    En fait, je ne lis pas Modiano, je traîne avec lui le long de rues que nous connaissons tous deux.
    Nos souvenirs conversent.
    Bon, en plus il sait dire les siens, lui…

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    1. ça, je peux le comprendre, en le lisant j’ai toujours tendance à prendre un plan de Paris, à googler les noms de lieux, de personnes… (et même à voir si les numéros de téléphone peuvent encore être appelés ;-))

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  4. Nobel, quand même ! c’est sur que Guillaume Musso est plus connu, et Bob Dylan aussi. Le Nobel de littérature est un incongruité : autant une découverte médicale ou de physique peut avoir un effet sur l’humanité entière, autant des haikus écrits en suédois ou n’importe quelle oeuvre littéraire d’ailleurs n’ont d’impact que dans une certaine culture élitiste (essentiellement occidentale en ce qui concerne les gouts des jurés Nobel) – quant à écrire toujours le même livre, ils sont nombreux dans ce cas, l’humain a une certaine propension à labourer toujours le même sillon

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    1. Mon billet ne parle ni de Nobel, ni de Musso, ni de Dylan, aucun de mes billets depuis dix ans n’en a parlé, d’ailleurs 😉
      S’ils sont nombreux à écrire toujours le même livre, c’est bien dommage, je trouve: pour moi ce n’est pas une qualité…

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  5. Un auteur n’est que lui même de romans en romans…et nous même, à notre petit niveau, écrivons-nous autre chose que de l’Adrienne ou du Célestine ?
    Lui, c’est un grand. Un très grand. Et j’adore
    ¸¸.•*¨*• ☆

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    1. ce n’est pas que je ne le recommande pas, il est pareil aux autres 😉 et ce n’est pas le moins bon, en tout cas il ne m’est pas tombé des mains et se lit vite 😉
      (seulement une centaine de pages)

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    1. et il ne parle que de lui 😉
      « Vers quatorze ans, je m’étais habitué à marcher seul dans les rues, les jours de congé (…) mes parents étaient absents, mon père occupé à ses affaires, tandis que ma mère jouait une pièce dans un théâtre de Pigalle. J’ai découvert cette année-là – 1959 – ce quartier de Pigalle, le samedi soir, pendant que ma mère était sur scène, et j’y suis retourné les dix années suivantes. » (page 10)

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  6. Eh bien bizarrement il ne m’a jamais attirée, sans aucune aversion d’ailleurs mais je me méfie terriblement des gens dont on parle trop. J’ai si souvent été déçue de céder au « mais enfin tout le monde l’adore, tu dois au moins en essayer un et tu comprendras »… ça ne marche pas pour moi. Par contre l’auteur moins connu ou qui émerge ou en tout cas, finalement… dont je n’attendais rien car personne ne m’a dit qu’il était un « must », je suis souvent charmée…

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    1. Il y a très très longtemps, j’ai lu « Les boulevards de ceinture », puis j’ai lu « Rue des boutiques obscures », et un autre dont j’ai oublié le titre, peut-être jusqu’à présent n’étaient-ce pas les bons 😉

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    1. n’est-ce pas que c’est affreux! je m’étais interdit de parler de foot et voilà que l’ami G***, avec son histoire de drapeau russe, me fait préférer un O comme oriflamme plutôt que le O comme onomatopées, la krapoverie qui était en préparation 😉

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