Le bilan du 20

michael carson 06

Lui, c’est André. Sous la tignasse sombre, les sourcils froncés et l’air buté, se cache un regard bleu qu’on est toujours surpris de découvrir.

Il a vingt ans tout juste en juillet 1945 et des tonnes d’ambition. Il est celui qui transgresse. Celui qui fait fi des frayeurs du père. C’est pourtant grâce au père qu’il est encore en vie.

L’été de 1944 ses amis résistants ont tous étés tués dans un guet-apens à la ferme Miclotte. Trop jeunes, trop fous, trop inexpérimentés et se croyant invincibles, à l’approche des libérateurs et voulant tellement faire leur coup d’éclat, eux aussi. Mais pour l’empêcher d’aller à ce rendez-vous fatal, le père l’a enfermé. Il ne lui en est même pas reconnaissant. Il veut en découdre.

Alors en septembre, quand passent les libérateurs dans sa petite ville, il s’engage dans la brigade Piron. Le père a beau tempêter, cette fois il est mis devant le fait accompli. Il ne revoit son fils qu’un an plus tard. Il a enfin pu en découdre. Il a suivi la brigade jusqu’au bout, jusqu’à Arnhem. Huit mois de combats. Puis le 18 avril 1945, fin de partie.

André a vingt ans tout juste en juillet 1945 et des tonnes d’ambition. Prêt à en découdre avec la vie.

arnhem Piron hollande45_carte

carte en provenance du site de la brigade Piron où on voit les mouvements du 3e bataillon entre le 4 et le 18 avril 45.

***

tableau et consigne chez Lakévio, que je remercie: parce que c’est l’anniversaire du Fils, je vous propose d’écrire à propos d’un des jeunes hommes peints par Michael Carson.

30 commentaires sur « Le bilan du 20 »

  1. Mon père se prénommait aussi André. Lui, il s »est fait prendre et s’est retrouvé prisonnier politique en Allemagne avant d’avoir vingt ans.

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    1. ça doit fameusement changer une vie, ce genre d’expérience… les cousins de ma mère, qui bien que Flamands sont restés en captivité jusqu’à la libération, n’étaient plus non plus les jeunes gars de 1940, l’un des deux en a gardé une haine féroce de tout ce qui était Allemand

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  2. C’est comme ça que mon oncle Jean est mort. Après avoir dû se cacher pour combattre avec les résistants, il est sorti de son refuge pour saluer l’arrivée des Américains. Il est tombé sur les derniers Allemands…

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    1. ah oui, être au mauvais moment au mauvais endroit…
      dans ma ville aussi il y a eu de ces victimes civiles parce qu’elles agitaient déjà le petit drapeau belge au moment où passaient les derniers Allemands… c’est d’un triste, tout ça

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    1. la maman de nos voisins – les voisins que nous avions quand j’étais enfant – a aussi été libérée par les Russes mais remise aux soins d’un pays nordique (la Suède? je ne me souviens plus) avant d’être rapatriée en Belgique… elle racontait que les ex-détenues avaient vivement protesté contre le régime alimentaire auquel les Suédois les avaient astreints, or par après elle s’est rendu compte que c’est ce régime strict qui leur a sauvé la vie, ceux qui se sont jetés sur la nourriture en sont morts

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      1. Exact, elles étaient (entre autres – des déportées de Ravensbruck – à Mälmo, en Suède, on les surnommait, paraît il, les « wilde frauen » … La préfète fondatrice de mon ancien lycée raconte tout ça dans ses mémoires. Mon père, lui, (engagé dans l’armée heu, je dois réfléchir laquelle … Française en tout cas, en janvier 45, – de Lattre de Tassigny s’est retrouvé en Allemagne, aux environs de Dachau. Il paraît que les militaires qui en revenaient étaient malades de ce qu’ils avaient vu).

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  3. Une génération de France qui reste encore marquée par les atrocités du XXème siècle…de quoi se servir de ses méninges au XXIème… Pour les suivantes…?
    Note positive: belle harmonie entre votre texte et le portrait proposé;

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  4. Voilà une très belle évocation de ces temps que l’on souhaite ne plus jamais revoir…
    j’ai parcouru le site en question avec beaucoup d’intérêt et non sans une certaine émotion pour tous ces disparus à la fleur de l’âge…
    comme beaucoup il y eut dans ma famille des disparus lors de ces temps terribles. Des oncles notamment.

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    1. oui, et des grands-oncles sur les monuments de 14-18…
      je ne sais pas si on peut continuer à espérer un « plus jamais ça / nooit meer oorlog », il n’y a pas eu un seul jour sans conflits sur cette planète…

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    1. on dirait, oui 🙂
      par bonheur, la maison avait de hauts plafonds et il lui était impossible de s’échapper par la fenêtre de sa chambre, surtout qu’elle ne donnait pas sur la rue mais sur une cour fermée par d’autres maisons tout aussi hautes 😉

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  5. Oui c’est émouvant ce devoir rendu
    Ce jeune homme nous renvoie à une époque …
    Bonne soirée Adrienne
    Quant à moi je suis partie vers un tout autre registre , plus actuel !

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  6. Bref, quelles auraient été les conséquences s’il était parti rejoindre ses copains ? Peut-être que cette note n’aurait pas été écrite et certainement pas de la même manière ………
    A 60 ans, j’ai appris que mon grand-père a été résistant. pas chez les communistes o;) dans l’armée secrète. Mon frère et moi devons toujours faire des recherches au ministère de la guerre pour savoir ce qu’il a été exactement.
    Mon père lui, comme dit plus haut, n’a pas résisté il était bien jeune, et s’est engagé – dans l’armée de Lattre de Tassigny, donc, en janvier 1945.
    En effet, on peut dire que ça a marqué les Européens.
    J’ai vu une partie du documentaire sur Audrey Hepburn, hier, même elle, cela l’a marquée. Violemment…
    J’ai beaucoup aimé ton texte.

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    1. s’il avait rejoint ses amis, il n’aurait pas survécu, comme je le dis dans le texte, son père lui a sauvé la vie en l’enfermant, il ne la « sentait » pas, cette histoire… il en connaissait les protagonistes (mal armés, pas préparés, pas guidés, ils ont tous été tués en action ou fusillés…)
      si j’ai appris ces histoires sur lui, c’est incidemment, et pas par lui-même, qui ne parlait jamais de la guerre ni de sa jeunesse
      Merci Pivoine!

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