Adrienne rêve de voyage

« Le premier hôtel de l’espace ouvrira en 2025 », lit l’Adrienne éberluée, vendredi dernier.

Pour elle, ces choses-là en sont restées au stade « On a marché sur la lune » avec Tintin (en couleurs) puis avec Armstrong (en noir et blanc) et à part ça elle aimerait bien qu’on laisse la lune tranquille.

Elle ne veut pas savoir ce que ça va coûter – en dollars et en énergie – ni quelle sorte de gens se sont mis sur la liste pour ce tourisme spatial.

Elle ne veut pas savoir à quoi ils s’y occuperont pour passer le temps – lire des Tintin? regarder A space odyssey? – s’il y aura une piscine, un jacuzzi, un restaurant gastronomique…

Elle veut continuer à rêver aux étoiles et se dire que le petit Prince est là, quelque part 🙂

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Merci à Joe Krapov pour l’image et la consigne!

Adrienne est nareuse!

Photo de cottonbro sur Pexels.com

Que de fois n’a-t-on reproché à Mini-Adrienne de « manger avec les yeux »!

– Keskesèksa? Moi n’aime pas ça! singeaient les parents, encore vingt ans après qu’elle avait osé un jour employer cette expression devant une assiette de champignons malodorants qui baignaient tout noircis dans un jus aqueux et brunâtre.

Il suffisait qu’elle mette le nez dans une assiette au lieu de l’attaquer tout de suite avec couteau et fourchette pour qu’ils la lui ressortent, cette petite phrase.

Mais ils se trompaient!

Bien sûr, « het oog wilt ook wat » (1), c’est agréable et appétissant qu’un plat soit joli, mais le plus important, c’est le nez.

Et le nez de la petite fille de cinq ans se trouve beaucoup plus près de l’assiette que le nez d’un corps adulte 😉

Alors imaginez le bonheur de l’ex-petite fille quand grâce à Walrus et à sa consigne pour demain elle peut enfin mettre un mot sur ce qu’elle est: nareuse!

Même si la définition du Robert lui semble un peu trop unilatérale: « (Nord-Est, Belgique) (Personne) qui se montre difficile quant à la propreté de la nourriture et des couverts ; qui éprouve facilement du dégoût. »

Étant donné que l’étymologie remonte au mot ‘nez’ (2), le sens et la définition devraient plutôt être « (Personne) qui se montre difficile quant à l’odeur de la nourriture et qui éprouve facilement du dégoût si l’odeur lui déplaît. » 🙂

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(1) littéralement, ça peut se traduire par « l’œil aussi veut quelque chose », on l’utilise pour souligner l’importance de l’aspect esthétique d’une réalisation, et pas seulement sa fonctionnalité.

(2) nez en latin se dit ‘nasus’ et narine est ‘naris’ en latin classique, ‘narina’ en latin populaire.

Adrienne dans l’immobilier

Le couple planté devant la maison à vendre était parfait pour illustrer ce qu’on peut lire depuis plus de trente ans: il y a un effet réel et mesurable du statut socio-économique sur la santé et la longévité.

L’Adrienne revenait du marché et voyait de loin qu’ils allaient l’aborder:

– Vous êtes d’ici? lui a demandé la dame, et comme si le panier de la ménagère n’était pas une preuve suffisante en plus de la première réponse positive, il a fallu le répéter deux fois, oui, d’ici même, née ici, grandi ici, travaillé ici, habitant ici.

La réponse mettait visiblement la dame en joie:

– Oh! c’est parfait! Alors vous allez pouvoir répondre à nos questions!

Ils venaient d’une autre province flamande, où ils avaient une grande villa avec jardin, mais où des travaux d’entretien et de rénovation devenaient nécessaires, alors ils s’étaient dit: plutôt que de nous mettre dans des travaux, vendons et achetons quelque chose qui soit aux normes actuelles.

Et c’est ainsi qu’ils avaient fait plus de 70 km – au niveau de la Belgique, c’est énorme, pour un déménagement – dans l’espoir de pouvoir visiter cette villa près du parc, en centre ville, avec piscine, sauna, terrasse et jardin bien cachés derrière une triple haie.

Mais voilà, la charmante ville natale de l’Adrienne traîne une triste réputation auprès de ceux qui ne la connaissent pas, et tous les clichés y sont passés, à commencer, bien sûr, par le pourcentage « d’étrangers ».

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Après les avoir quittés, une demi-heure plus tard, elle s’est demandé quel tour aurait pris la conversation s’ils étaient tombés sur quelqu’un d’autre.

Hajar, Nabila, Othmane, Youssef et tous les autres méritent qu’on rectifie immédiatement le propos 🙂

Adrienne se souvient

Sans doute que ceux qui n’ont pas connu cette chose devront aller jusqu’à la huitième ligne de l’incipit, là où il y a les mots ‘maman’ et ‘me laisser sortir’, mais c’est à la première déjà que l’Adrienne a compris.
Et ressenti, comme à cinq ans.
Un flot d’émotions, très, très fortes.

« Ze zeggen dat je ogen wennen aan het donker, maar hier, in dit kleine kamertje in de hoek van de kelder is de lucht pikzwart. Vorige keer heb ik hardop geteld en toen was ik al in de zoveel-honderd en mocht ik er nog altijd niet uit, dus dat doe ik nu niet meer.
‘Ik ben bang.’ Ik zeg het hardop, en ik schrik van dat geluid. ‘Ik ben niet bang, want ik ben al negen jaar en dat is groot en grote meisjes hebben geen schrik.’ Het zal nu niet lang meer duren. Mama zal zo wel naar beneden komen en mij er weer uit laten. Ik zal sorry zeggen en beloven om het nooit meer te doen.
« 

Griet Op de Beeck, Kom hier dat ik u kus, Prometheus Amsterdam, 2020

« Ils disent que les yeux s’habituent dans le noir, mais ici, dans ce petit réduit dans le coin de la cave, le noir est total. La fois passée j’ai compté à voix haute et j’étais déjà dans des tas de centaines et je ne pouvais toujours pas sortir, alors maintenant je ne compte plus.

‘J’ai peur’. Je le dis à voix haute et ce bruit me fait saisir. ‘Je n’ai pas peur, parce que j’ai déjà neuf ans et je suis grande et les grandes filles n’ont pas peur.’ Maintenant ça ne va plus durer longtemps. Maman va bientôt descendre et me laisser sortir. Je demanderai pardon et je promettrai de ne plus jamais le faire. »
(traduction de l’Adrienne)

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Comme vous pouvez le voir à l’illustration ci-dessus, le livre a été traduit en français par Isabelle Rosselin et a paru aux éditions Héloïse d’Ormesson en 2018.

Adrienne se réjouit

De nombreuses découvertes archéologiques récentes ont réjoui l’Adrienne, qui lit ces articles-là en priorité 🙂

D’abord un article du 28 mai à propos d’un site maya avec palais et pyramides – plus de détails ici – puis un autre, le 31 mai, sur la découverte en Égypte, à Sakkara, de nombreux sarcophages et statues de bronze.

Parmi les découvertes les plus importantes, il y a celle de la tombe d’Imhotep, l’architecte déifié.
Les contributeurs de wikisaitout vont avoir du boulot, au moment d’écrire ce billet on peut encore y lire « sa tombe n’a pas été retrouvée » 😉

Maintenant il reste juste à espérer que l’un ou l’autre pays voisin n’ait pas l’idée d’envoyer des tanks et des bombes pour ratiboiser toutes ces merveilles, comme l’a récemment suggéré le ministre russe Lavrov, qui suppose que si on « interdisait le français en Belgique », c’est exactement ce que feraient les Français: venir zigouiller du Belge.

Mais vous l’aurez sûrement entendu vous aussi, amis français, il paraît que ça a passé au JT sur vos chaînes télé.

Et non, un tel raisonnement édifiant ne pouvait pas attendre jusqu’au 23 et la rubrique Stupeur et tremblements

A comme anecdotes

Si vous entendez un Grec dire et répéter « Nê! nê! nê! » sachez que ça veut dire oui.
Même si dans toutes les autres langues indo-européennes que nous connaissez, le mot pour dire non est une syllabe qui commence par un n, en grec ce mot est un oui.

Une autre chose bizarre – bizarre en ce sens que l’Adrienne ne l’a jamais rencontrée ailleurs et qu’elle n’en saisit pas la raison – c’est que partout on insiste beaucoup de ne pas jeter le papier toilette dans la cuvette après utilisation: il faut le jeter dans la poubelle qui se trouve à côté.
Même si elle n’a pas de couvercle.

Et comme chacun sait, il est difficile de se défaire de ses automatismes.

Une troisième chose, c’est qu’après deux jours l’Adrienne a conclu que ce qu’il y avait de meilleur à manger, c’était le yaourt.
Si épais que si on veut s’en servir une cuillerée, il faut une deuxième cuiller pour le « décoller » et le faire tomber dans le bol du petit déjeuner.

– Le Grec ne prend pas de petit déjeuner, dit le guide. Il boit un café et prend une collation vers onze heures. Et le soir – le soir, ça veut dire vers vingt-deux heures – on soupe.

Finalement, l’Adrienne est contente de ne pas être Grecque 😉

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photo prise jeudi dernier à Nafplio: une rue, une porte… et une énigme.
Non, ce n’est pas de la neige 😉

Adrienne et Georges

Je suis la première épouse.
Nous étions bien jeunes quand nous nous sommes rencontrés. Vingt ans!
Nous avions vingt ans et un petit boulot de rien du tout…

Quand l’aventure du Petit Vingtième a commencé, j’ai assisté à tout, depuis la naissance des personnages jusqu’aux terribles crises d’anxiété de leur créateur.

Oui, c’était un grand angoissé qu’il fallait rassurer, épauler, aider…
Il avait raison de ne pas vouloir d’enfant, il était mon enfant.

J’ai tout fait pour l’aider, les retouches, l’encrage, le lettrage…
Je n’aurais pas eu le temps de m’occuper de mes enfants, c’est vrai.

Mais toutes les nuits je me vois petite fille au milieu de la foule qu’il a créée et j’ai de grandes conversations avec les enfants. Uniquement avec les enfants.
Ceux qui ont reçu un nom et ceux qui n’en ont pas.

Je discute avec Coco, le petit boy et Zorrino, l’enfant quechua. Avec Lobsang, le jeune moine tibétain. Avec la petite gitane Miarka. Il m’arrive même de rire et de plaisanter avec ces deux vauriens de Laszlo Carreidas et Abdallah.

Mais le plus souvent je reste aux côtés du petit garçon à casquette. Il tient la main de sa grande sœur et me regarde si intensément.

Il m’en a fallu du temps pour comprendre que c’est moi, la grande sœur.

Merci à Joe Krapov pour ses consignes – les œuvres choisies sont d’Hergé, photos prises à l’expo Hergé à Paris le 4 janvier 2017 – en savoir plus sur la première épouse ici.

Racontez le personnage du premier tableau : qui il est, ses petites habitudes, ses jeux préférés, son caractère, s’il vit tout seul ou non, etc. Le second tableau représente le rêve ou le cauchemar que le personnage du premier tableau fait toutes les nuits. Racontez ce rêve et ce qui va se passer pour le rêveur, comment son rêve agit sur lui et l’incite à dire ou faire des choses et quelles choses.

Adrienne lit les annales

Aje van z’n leven in de Westhoek passeert
Si jamais tu passes par le Westhoek

Deur regen en noorderwinden
Un jour de pluie et de vent du Nord

Keert omme den tied aj’alhier passeert
Tu remonteras dans le temps

Den oorlog ga j’hier were vinden
Ici tu reverras la guerre

Ja ’t is den oorlog daj’hier were vindt
Oui c’est la guerre que tu vois ici

En ’t graf van duzend soldaten
Et la tombe de milliers de soldats

Altijd iemands vader altijd iemands kind
Toujours le père ou l’enfant de quelqu’un

Nu doodstille godverlaten
Abandonnés dans ce silence de mort

Laat de bomen nu mor zwiegen
Fais taire les arbres

En da ’t gras niets vertelt
Et que l’herbe ne raconte rien

En de wind moet ook mor ni’ zingen
Le vent non plus ne peut pas chanter

Da julderen dood tot niets hee’ geteld
Que leur mort a été pour rien

Dat waren al te schrikkelijke dingen
C’étaient des choses trop terribles

Seg, ’t gaat al goed der is welvaart in ’t land
D’ailleurs tout va bien, le pays est prospère

En de vrede ligt vast in de wetten
Et la paix est réglée par des lois

We maken wel wapens mor me’ veel mere verstand
Oui on fait des armes mais avec beaucoup d’intelligence

Mor zjust om den oorlog te beletten
Et uniquement pour empêcher la guerre

En grote raketten atoom in den top
Et des missiles avec une tête nucléaire

We meugen toch experimenteren
On a bien le droit d’expérimenter

We mikken wel ne keer na mekaar z’ne kop
Oui on vise l’autre parfois

Mor zjust om ons t’amuseren
Mais juste pour rigoler

Aje van ze leven in de westhoek passeert
(etc. reprise du début)
duzend en duzend soldaten
Des milliers et des milliers de soldats

Chanson de Willem Vermandere, qu’il a écrite en 1976; il chante en patois du Westhoek (Flandre occidentale) – traduction de l’Adrienne

La semaine dernière, quelle drôle de coïncidence, l’Adrienne était plongée dans le journal tenu par le directeur de l’école des garçons de sa ville, en 14-18, et la semaine d’avant, dans le journal tenu en 14-18 par une des religieuses de l' »hospice » de la ville.

Non, rien n’a changé.

Adrienne n’ira pas au paradis

– Mange, c’est bon pour toi! l’encourage sa grand-mère, qui croit aux vertus de la pomme de terre.
– Mange surtout ton bifteck! ajoute grand-père. Ceux qui travaillent ont besoin de viande!

Être écolière, dit-il, c’est aussi un travail.
Et ça rend la petite toute fière.

Après, il y aura encore un fruit de saison (Mange, c’est bon pour toi!) ou une crème pâtissière, les jours où grand-mère aura une envie de sucre ou le prétexte d’un demi-litre de lait qui va « tourner ».

Mais la mère! oh! la mère désapprouve ces modestes agapes. « La gourmandise est un vilain défaut ».
La petite sait que c’est un de ces péchés qui l’empêcheront d’aller au paradis.
Mais qu’irait-elle faire au paradis, si grand-père et grand-mère n’y sont pas?

– Vous croyez que c’est possible, demande-t-elle à sa « mademoiselle de religion », d’aller au paradis si on a commis de gros péchés mais qu’on les confesse avant de mourir?

Elle est toujours déçue par les réponses de ses institutrices, qui préfèrent ne pas se mouiller, et elles font ça plutôt bien, aidées en cela par les voies du seigneur, qui sont impénétrables, non?

Mais le jour où elle a décidé que le paradis n’était vraiment pas un lieu fréquentable, c’est quand on lui a dit – Mince, alors! elle en frémit encore! – que les animaux ne pouvaient pas y entrer.

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Merci à Joe Krapov pour ses consignes qui ont permis de refaire un choix – difficile! – parmi les nombreuses photos des chats et du chien bien-aimés:

Choisissez parmi les formules ci-dessous celle qui sera le titre de votre texte :

La colère comme bonne conseillère
Un psychopathe en liberté
A quoi rêvent les pions ?
Espoir, désespoir et volupté
Croire en Dieu ou au diable
Placer la beauté avant la victoire
Y a-t-il une chatière à la porte du paradis ?
La fin de l’humanité
Le voyeur et le couple royal

Insérez dans ce que vous allez écrire au moins trois des formules suivantes :

Mange, c’est bon pour toi !
Lui jouer un tango est irrésistible.
Mais tout n’est pas dit.
L’instinct du chasseur.
Une délicate et discrète décapitation dont je me délecte d’avance.
J’arrive alors au bord du gouffre.
La gourmandise est un vilain défaut.
On ne réfléchit pas quand on charge des tanks à la baïonnette.
Voir un mort-vivant sortir de sa tombe.
Je la savoure avec luxe, calme et volupté.
N’importe quoi, même « Pan ! Pan ! » avec la bouche.
Je commence à respirer même si ce n’est que d’une narine.
Si vous voulez des explications détaillées, désolé, ce n’est pas l’objet de ce livret.
Un troisième cavalier !
Il y avait comme un soleil qui brillait dans mon cœur.
Que pensez-vous qu’un imbécile ferait ?
Et elles font ça plutôt bien, non ?
Un bonbon de sortie d’école, ce n’est pas de la grande confiserie mais c’est très plaisant parce qu’instantané.
Rien de ce que fait le couple royal ne lui échappe.
Mince alors !
Vous croyez que c’est possible ?
Successivement enthousiaste et dépressif, décidément le fou est… fou !
La fin de l’humanité vient de débuter.

Adrienne révise l’alphabet

Tiens! se dit l’Adrienne dimanche en fin d’après-midi, on est déjà arrivé à omikron?

Elle en était encore au delta 😉

Une petite recherche lui a permis de comprendre: epsilon, zêta, êta, thêta, iota et kappa ont été signalés mais vite oubliés et dépassés par de petits nouveaux, lambda et mu.

Ce serait donc logiquement le tour de « nu » mais cette lettre n’a pas été choisie, paraît-il à cause d’une confusion possible pour les anglophones avec le mot « new ».

Et la lettre suivante, ksi, n’a pas été retenue non plus parce que Xi est un nom de famille très courant en Chine et qu’on veut éviter à tout prix de donner des références géographiques au virus et à ses variants.

C’est ainsi qu’on en est déjà à omikron et qu’il faudra que ce virus arrête de muter parce qu’on arrive bientôt à la fin de l’alphabet 🙂