Adrienne est impitoyable

C’est tout à fait par hasard que l’Adrienne a vu et entendu Julien Clerc avec cette chanson.

Elle a regardé, a écouté.

Et bien vous savez quoi?

Elle aurait mieux fait de ne pas le faire et de garder le souvenir de la voix et des bouclettes d’il y a quarante ans.

Aujourd’hui, la voix de Juju est aussi plate que ses cheveux 🙂

A comme annonce

Photo de cottonbro sur Pexels.com

Samedi vers midi et demi, on sonne à la porte.
C’est la voisine.

– Vous pourriez me prêter votre mixeur? Ma sœur est là et je lui ai fait de la soupe et maintenant je ne peux même pas la lui mixer!

Pas grave, a envie de dire l’Adrienne. La soupe mixée est encore moins bonne que la non mixée 😉
Mais elle s’est tue, évidemment, et est allée chercher son mixeur, qu’elle a eu en cadeau de mariage et qui a surtout servi à faire de la mayonnaise 😉

– Il se peut, dit la voisine, que vous entendiez parfois de la musique un peu forte…

Derrière le masque qu’elle a mis à la hâte, l’Adrienne se mord la langue.
La voisine a-t-elle oublié qu’on entend tout, les conversations, les jurons, les cris, tout?
On le lui a bien dit, pourtant?

– Mais voilà, poursuit-elle, on va se marier le 4 juin…
– Ah! Félicitations!
– Merci, vous serez invitée, bien sûr. Mais voilà, mon mari chante et on est en train de choisir la musique…

Il chante? cet homme qu’on entend tousser horriblement nuit et jour et qui a une voix de papier émeri?
Et que jamais jamais jamais on n’a entendu chanter, en quatre mois?

Bref.

De wonderen zijn de wereld nog niet uit.

Qui vivra jusqu’au 4 juin verra (et entendra)

Adrienne chante

Il n’y a pas de raison, s’est dit l’Adrienne, d’arrêter de s’exercer, quand on est privé de prof et de chorale.

Le chant est en effet considéré comme étant hautement propagateur de virus, même en plein air.
Alors depuis quelques mois l’Adrienne s’amuse avec Iris et Vahn.

Et comme dit le copain Montaigne, « s’en servira qui voudra » 🙂

Adrienne rigole

Je me demande si tu ne t’ennuies pas trop, écrit la mère de l’Adrienne à la veille de l’an neuf.

Voilà qui l’a beaucoup, beaucoup fait rire!

Se rendrait-elle compte à quel point elle représentait un full time job?

Ou est-ce elle qui s’ennuie?

Bref.

En tout cas, elle devrait savoir que l’Adrienne ne s’ennuie jamais.

Ni quand elle était enfant, ni aujourd’hui.

A comme Appia

Un secreto bien guardado, postal creada por dom - Vendu en vente directe -  21997665

Ma très chère Berthe

Depuis que nous avons emménagé au 13bis rue des Canettes, je n’ai pas encore eu une minute à moi!

Mais tu le sais, j’attends la visite de ma chère sœur et comme tu le dis si bien: « où va le temps qui passe? » Bref, j’espère que tu trouveras bientôt l’occasion de faire le grand voyage jusqu’en Provence pour venir admirer notre architecture de la Renaissance.

La carte postale jointe à ma lettre a été achetée au jardin Botanique à côté du palais: tu vois ce jeu entre la lumière et l’ombre? Avoue que tu veux voir tout ça de tes propres yeux 🙂

Viens vite! Tu verras, le silence ici est d’une qualité rare et je te montrerai l’autoportrait auquel je travaille. Je l’appellerai ‘Un papillon sur l’épaule’, je suppose que tu comprends l’allusion.

Si tu as des desiderata pour ton séjour ici, n’hésite pas à me le faire savoir.

C’est à ce moment-là qu’elle entend du bruit au salon, alors elle pose la plume et crie à sa fille:

– Clémentine! tu es encore en train de jouer au ballon avec ton dinosaure? Tu sais bien qu’avec ses coups de queue il arrache le papier peint et abîme le plafond! Combien de fois faudra-t-il encore te le répéter!

***

Merci à Joe Krapov pour ses consignes:

Saurez-vous vous laisser inspirer par une ou plusieurs des 23 toiles de Dominique Appia, peintre surréaliste suisse (1926-2017) ? Si les images ne vous suffisent pas, vous pouvez insérer dans votre texte des titres de ses œuvres ou des mots constitués avec les lettres de son patronyme complet. Ceci est facultatif. Si cela pouvait être une lettre envoyée par X à Y, ce serait pas mal non plus. Facultatif aussi.

Titres d’œuvres – j’ai utilisé ceux mis en gras:

13 bis rue des CanettesArchitecture de la RenaissanceAu jardin botanique – Au pied du mur – autoportraitBerthe vue à vol d’oiseau – Crystal Palace – DésidérataEn ProvenceEntre la lumière et l’ombre – Entre le secret et le danger – Entre les trous de la mémoire – Extrême jonction – La carte postale – La leçon de perspective qui est au bout du fil – La Place du cirque – La visite – Le génie de la liberté – Le grand voyageLe palaisLe silence – Le songe retrouvé – Le temps des gares – Les pages du dictionnaire – Maturité – On a la chance que l’on mérite – Où va le temps qui passe ? – Oui, montagneuse est ma passion – Un papillon sur l’épaule – Vive l’esprit !

A comme aquarelle

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Marcos a soigneusement rincé et essuyé son pinceau et l’a posé à côté de son aquarelle.
Vient le moment où il faut cesser de fignoler, d’ajuster, de retoucher, sous peine de tout gâcher.
Il a pris la photo.
Il était assez content du résultat et il espérait que Gerda aussi serait satisfaite.
Ne se trouverait ni trop pâle ni trop grosse ni trop dieu-sait-quoi-encore.

Juste belle dans la lumière blanche, grise et bleue.

Comme il la voyait, lui.

***

Écrit pour le 55e devoir de Lakevio du Goût, que je remercie:

J’en ai vu, des femmes et des hommes comme ça, sur des marches. Je ne sais pas ce qu’ils faisaient là. Peut-être le savez-vous. Alors à lundi

A comme Ardennes

Ce mardi premier septembre, c’était aussi la rentrée pour le ‘babbelgroep‘, le groupe de conversation pour les personnes désireuses de s’améliorer en néerlandais.

Dans la grande salle de la maison de quartier, les tables et les chaises étaient disposées aux distances réglementaires, portes et fenêtres ouvertes.

Nadine gesticulait sur le seuil, on pouvait voir de loin qu’elle n’était pas contente:

– Ah! si c’est comme ça, moi je m’en vais! Je ne reste pas!

Nadine fait partie de ces gens qui évitent au maximum de porter le masque: à pied en ville elle fait des détours pour éviter les rues où il est obligatoire et elle ne fait plus ses courses qu’en ligne.

Or, pour cette séance de conversation en néerlandais, les responsables exigent le masque, même si on est sagement assis à un mètre et demi les uns des autres.

Ce que chacun trouvait exagéré et surtout peu pratique, vu que la distance + le masque + la mauvaise acoustique de la salle + les problèmes linguistiques entre néerlandophones et francophones… rendaient la compréhension difficile.

Mais on s’y est plié.

Elke a voulu savoir comment s’étaient passées les vacances. A tour de rôle, les participants ont raconté à peu près la même chose: personne n’était allé à l’étranger, personne n’avait profité de l’été pour aller voir la famille au Maroc ou en Tunisie, par contre chacun avait passé un ou deux jours à la mer.

Et chose toute nouvelle: presque tout le monde avait fait un saut « dans les Ardennes ».

– Je ne connaissais pas du tout mais ça en vaut vraiment la peine, s’est exclamée Radha, encore tout enthousiaste.

Lynn a passé trois jours à Stavelot et est revenue enchantée de tout ce qu’elle a pu y faire de beau, d’intéressant et d’amusant pour les enfants. Une découverte, pour elle aussi, qui va normalement toujours à l’étranger.

En entendant tous ces témoignages, l’Adrienne pensait à son grand-père, qui était très strict sur l’appellation ‘Ardennes’.

Pour la plupart des Flamands, dès que tu arrives de l’autre côté de la frontière linguistique, tu es quasiment « dans les Ardennes ».

Le grand-père, lors de la traditionnelle excursion ardennaise d’octobre, ne manquait jamais de préciser quand on était « entre Sambre et Meuse », et à partir de quel patelin on pouvait déclarer être « dans les Ardennes ».

Mais elle s’est tue, bien sûr 😉

A comme atavique Adrienne

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Qui d’autre que l’Adrienne, dans sa ville au passé presque entièrement voué au textile, et dont l’arbre généalogique ne mentionne que des tisserands, ourdisseuses, fabricants de flanelle, bobineuses, ouvriers teinturiers et autres apprêteurs, qui d’autre donc pourrait traverser la ville à pied un dimanche matin avec sous le bras sept kilos de coton à petits carreaux bleus et dans la main un gros paquet de toile de lin beige?

Tout en marchant, elle se demande deux choses: d’abord, ce qu’elle en fera; ensuite, d’où sa mère continue à sortir ces kilos de textile divers…

Mais bien sûr, quand on est la petite-fille d’une couturière, on ne refuse pas un ’bout de tissu’ et on se dit que ça pourra sans doute servir un jour…

D’ailleurs, dès l’après-midi elle taille des rideaux dans la toile beige et des draps dans le coton bleu à rayures, trimbalé de la même façon plus tôt dans la semaine 😉

***

photo déjà mise sur ce blog, avec une des cheminées d’usine de la ville, vestiges de son passé industriel

Atavique: qui se transmet par atavisme, « Transmission continue, de génération en génération, des caractères héréditaires, physiques ou moraux » (source CNRTL)

Adrienne aime Albert

Extraits:

« […] une scène de théâtre est un des lieux du monde où je suis heureux. […] Le bonheur […] est une activité originale aujourd’hui. La preuve est qu’on a tendance à se cacher pour l’exercer […].
Je lis souvent sous des plumes austères que des hommes d’action, ayant quitté la vie publique, se sont réfugiés ou se sont abrités dans leur vie privée.
Il y a un peu de mépris, vous ne trouvez pas, dans ces termes de refuge ou d’abri? Et, l’un ne va pas sans l’autre, de sottise.
Pour ma part, je connais au contraire beaucoup plus d’hommes qui se sont réfugiés dans la vie publique pour échapper à leur vie privée. Les puissants, par exemple, sont souvent des ratés du bonheur. De là vient qu’ils ne soient pas tendres.

[…] pour le bonheur, aujourd’hui, c’est comme pour le crime de droit commun: n’avouez jamais! Ne dites pas comme ça, sans penser à mal, ingénument, « Je suis heureux », car aussitôt, vous verriez autour de vous, sur des lèvres retroussées, votre condamnation. « Ah, vous êtes heureux, mon garçon? Et que faites-vous des orphelins du Cachemire? Ou des lépreux de la Nouvelle-Zélande qui ne sont pas heureux, eux, comme vous dites? » […] Et aussitôt, nous voilà triste comme des cure-dents.
Pourtant, moi, j’ai plutôt l’impression qu’il faut être fort et heureux pour bien aider les gens dans le malheur. Celui qui traîne sa vie et succombe sous son propre poids, ne peut aider personne. Celui au contraire qui se domine et qui domine sa vie, celui-là peut être vraiment généreux et donner efficacement. […] »

et pour ceux qui ont une heure à consacrer à un reportage qui fait du bien:

L’Adrienne aime Camus qui aime la chaleur du soleil, ce qui fait tout de même une différence fondamentale entre eux 🙂

L’image contient peut-être : nourriture, texte qui dit ’Il fait chaud dehors? www.alles-ausm-kopf.de Ta gueule. तते’