Adrienne aime Albert

Extraits:

« […] une scène de théâtre est un des lieux du monde où je suis heureux. […] Le bonheur […] est une activité originale aujourd’hui. La preuve est qu’on a tendance à se cacher pour l’exercer […].
Je lis souvent sous des plumes austères que des hommes d’action, ayant quitté la vie publique, se sont réfugiés ou se sont abrités dans leur vie privée.
Il y a un peu de mépris, vous ne trouvez pas, dans ces termes de refuge ou d’abri? Et, l’un ne va pas sans l’autre, de sottise.
Pour ma part, je connais au contraire beaucoup plus d’hommes qui se sont réfugiés dans la vie publique pour échapper à leur vie privée. Les puissants, par exemple, sont souvent des ratés du bonheur. De là vient qu’ils ne soient pas tendres.

[…] pour le bonheur, aujourd’hui, c’est comme pour le crime de droit commun: n’avouez jamais! Ne dites pas comme ça, sans penser à mal, ingénument, « Je suis heureux », car aussitôt, vous verriez autour de vous, sur des lèvres retroussées, votre condamnation. « Ah, vous êtes heureux, mon garçon? Et que faites-vous des orphelins du Cachemire? Ou des lépreux de la Nouvelle-Zélande qui ne sont pas heureux, eux, comme vous dites? » […] Et aussitôt, nous voilà triste comme des cure-dents.
Pourtant, moi, j’ai plutôt l’impression qu’il faut être fort et heureux pour bien aider les gens dans le malheur. Celui qui traîne sa vie et succombe sous son propre poids, ne peut aider personne. Celui au contraire qui se domine et qui domine sa vie, celui-là peut être vraiment généreux et donner efficacement. […] »

et pour ceux qui ont une heure à consacrer à un reportage qui fait du bien:

L’Adrienne aime Camus qui aime la chaleur du soleil, ce qui fait tout de même une différence fondamentale entre eux 🙂

L’image contient peut-être : nourriture, texte qui dit ’Il fait chaud dehors? www.alles-ausm-kopf.de Ta gueule. तते’

A comme Auroy

dicorona

Si vous avez un compte twitter, vous pouvez aller voir ce qu’y fait Olivier Auroy et recevoir chaque jour votre tranche de rigolade sous forme de mots-valises inspirés par des phénomènes actuels, comme le mot ‘fouting’ fabriqué avec ‘je m’en f…’ et ‘footing’. Faire son fouting, c’est ce que fait le joggeur qui se fiche pas mal des interdits.

Extrait d’un article de l’ADN:

La situation est inédite, et les mots nous manquent parfois pour décrire les phénomènes nouveaux que nous vivons. Alors Olivier Auroy les invente, avec humour.

Coronavirer, fouting, calameeting… ces mots ne nous disent rien et pourtant, ils décrivent des situations que nous connaissons bien. Le verbe « coronavirer » désigne le fait d’imposer le chômage partiel – une situation qui concerne désormais 8,7 millions de Français. Le « fouting » est pratiqué par les sportifs qui se moquent des règles. Et le « calameeting » est ce qui arrive à ceux qui tentent une visioconférence avec une mauvaise connexion Internet.

Ces mots ne sont pas encore dans le Larousse mais proviennent du « Dicorona » d’Olivier Auroy. Fondateur de l’agence Onomaturge – littéralement « celui qui fabrique les mots » – et auteur, c’est un spécialiste de la création de mots. Et pendant le confinement, il s’en donne à cœur joie. « Quand ce virus s’est manifesté, je me suis rendu compte qu’il pointait des phénomènes, des situations qu’on n’avait jamais connues. Il fallait donc les nommer », explique Olivier Auroy au Parisien.

Sur Twitter et sur LinkedIn, il publie chaque jour ses créations assorties de leur définition. C’est drôle mais aussi très juste. Ainsi, après un mois de confinement, l’allergîte nous semble être une vraie pathologie. Petite sélection de ces nouveaux mots du confinement.

Pour ceux qui ne plaisantent pas au supermarché

Olivier Auroy@olivierauroy

définition 30.
PÉNURIXE n. f. -2020
Pugilat ayant pour objet la conquête du dernier rouleau de PQ.

Pour ceux qui ont dû annuler leurs vacances

Olivier Auroy@olivierauroy

définition 32.
PÂQUEDUC n. m. – 2020
Vacances de printemps suspendues au confinement.

Pour ceux qui n’ont pas prévu de se mettre au yoga

Olivier Auroy@olivierauroy

Le en mode sport, ou pas.
Définition 48.
IMMOBÉSITÉ n. f. – 2020
Surpoids causé par l’inactivité forcée.

Pour ceux qui sont là tous les soirs à 20h

Olivier Auroy@olivierauroy

Définition 24 du pour préparer le rituel de 20h.
MÉDICÂLINER v. tr. -2020
Applaudir le personnel soignant.

Pour ceux qui rêvent du monde d’après

Olivier Auroy@olivierauroy

Dimanche, c’est Définition 31
MUTOPIE n. f. – 2020
Illusion d’un après Covid.

***

source de l’illustration, autres exemples et interview de l’auteur ici.

A comme Arnacoeur

Photo du film L'Arnacoeur - Photo 19 sur 22 - AlloCiné

– Jetons une pièce dans la fontaine, lui susurra-t-il, ainsi j’aurai la chance de vous revoir…

Il faut dire qu’il avait sorti le grand jeu de la séduction: soudoyé un vague copain pour qu’il vienne jouer un morceau de violon, dépensé plus qu’à l’ordinaire en bouquets de fleurs, gratté la guitare sous son balcon, bref joué son rôle de Latin Lover à fond.

Ah! il s’était cru subtil, persuadé qu’elle n’y avait vu aucune manigance, aucun calcul!

Aussi fut-il profondément ahuri quand le lendemain soir, elle laissa son geste en suspens et lui dit:

– Merci de m’avoir montré votre bella Italia! Demain je rentre à Philadelphie…
Mon mari m’attend.

***

écrit pour les Plumes d’Emilie – merci, Emilie! – avec les mots imposés suivants: RÔLE(S) – VIOLON(S) – SUBTIL(E) – JETON(S) – CHANCE(S) – AHURI(E) – DÉPENSER – MANIGANCE(S) – GRATTER – SÉDUCTION(S) – SUSPENS – SOUDOYER

source de la photo Allociné

Adrienne parle aux objets

Vous l’aurez remarqué, ce qui fleurit le mieux, c’est l’humour au temps du corona et c’est très bien. 

Une des petites phrases rencontrées au tout début du confinement disait que parler aux objets, quand on est seul à être confiné, c’est tout à fait normal.

Que ça ne devient inquiétant que si les objets vous répondent.

L’Adrienne parle aux objets depuis toujours. Ça commence même dès le matin, comme dans ce poème de Paul Van Ostaijen, Marc groet ‘s morgens de dingen (Le matin, Marc dit bonjour aux choses) que tous les petits enfants apprennent par cœur à l’école.

En tout cas les petits enfants du temps où l’Adrienne l’était 😉

Dag ventje met de fiets op de vaas met de bloem

ploem ploem
dag stoel naast de tafel
dag brood op de tafel
dag visserke-vis met de pijp
en
dag visserke-vis met de pet
pet en pijp
van het visserke-vis
goeiendag
Daa-ag vis
dag lieve vis
dag klein visselijn mijn
Par bonheur, jusqu’à présent, aucun objet ne lui a répondu 🙂
***

source de l’image ici et des vidéos d’humour belge au temps du corona à voir ici:

https://www.rtbf.be/embed/m?id=2617291&autoplay=0

merci à Joe Krapov pour sa consigne: Les objets confinés se confient

C’est entendu, vous êtes confiné·e chez vous. Mais vous n’êtes pas seul·e. Tous les objets qui vous entourent le sont eux aussi et depuis plus longtemps que vous. Faites-les parler ! Que peuvent nous raconter votre réfrigérateur, le fétiche arumbaya à l’oreille cassée offert par votre oncle Augustin, le miroir magique, le canapé ou la pendule du salon, l’étagère à rouleaux de papier hygiénique (non, quand même pas !) à propos de votre maison, de leur propre vie et de votre tournage en rond « sous leurs yeux » ? Objets inanimés, avez vous donc une âme ? La réponse, cette semaine, sera définitivement « oui »!

 

A comme Albert

marquet.jpg

Joue-t-il au cerceau ou pousse-t-il une charrette à bras? se demande l’Adrienne en découvrant ce dessin proposé par Monsieur le Goût.

C’est une vieille photo de son père en pantalon de golf, poussant son cerceau dans la rue des Jardins, juste avant la guerre de 40, qui lui est revenue en mémoire pour sa ressemblance avec le vif mouvement des jambes et le corps penché derrière ce cercle.

Guerre, emprisonnement, évasion et liberté, le vocabulaire aussi rappelle cette époque de couvre-feu et de disette.

Et puis le prénom de l’artiste, Albert Marquet.

L’Adrienne, qui travaille en dilettante à la généalogie familiale, est justement occupée avec un autre Albert, né le 21 janvier 1706. Ce qui lui avait fait s’exclamer « encore un Albert! » ou « déjà un Albert! » ou même les deux à la fois.

Parce que les mêmes prénoms reviennent à chaque génération sur plus de deux siècles. Surtout des Albert et des Jean-Baptiste.

C’est la petite Ivonne qui a mis fin à la tradition, profitant de son statut de jeune épouse très aimée, pour ne pas appeler son premier né Albert – comme il aurait fallu – mais André.

Vive la liberté 🙂

***

Merci au Goût pour ce 32e devoir de Lakevio du Goût:

Vous ne trouvez pas que ce dessin d’Albert Marquet, est un beau symbole d’évasion ? En ces temps d’emprisonnement généralisé racontez nous une histoire de liberté recouvrée.
Si c’était fait lundi, ce serait bien.

A comme Amour

devoir de Lakevio du Goût_28.jpg

La table est débarrassée, le fond de verre terminé, la note réglée.
Le restaurant quasiment vide.

La table d’à côté n’a même pas été occupée.
Le patron a mis la musique un peu plus fort que d’habitude.

Elle regarde vaguement dehors, ce soleil pâle sur les premiers bourgeons des marronniers, quelques passants.
Elle a l’esprit ailleurs.

Il lui a fait des promesses. Elle a confiance.

Quand il revient des toilettes, il l’observe un moment.
Sa blondeur. Son profil. Son chignon toujours un peu lâche reflété dans le miroir.
Il se voit lui aussi, debout à l’observer.

Il ne sait plus pourquoi ils se séparent.

***

28ème devoir de Lakevio du Goût – que je remercie: 

Cette toile me raconte une histoire… Et à vous, que dit cette toile d’Aldo Balding ? Dites lundi ce que cette image vous inspire…

Adrienne traduit Anne

VI

Pierre à secret
pierre à mémoire

        je dis

Pierre de patience
et de silence

Sans chagrin
sans voix
sans espoir

Que connais-tu des larmes
que sais-tu d’être tendre
que sais-tu de l’amour
que sais-tu de la joie
que je pourrais t’apprendre?

VI

Piedra de secretos
piedra de memoria
digo
Piedra de paciencia
y de silencio
Sin pena
sin voz
sin esperanza
¿Qué sabes de las lágrimas
qué sabes de ser tierno
qué sabes del amor
qué sabes de la alegría
que podría enseñarte? (trad. Colo)

 

VI

Steen met geheim
steen met geheugen

        ik zeg

Steen van geduld
en van stilte

Zonder verdriet
zonder stem
zonder hoop

Wat weet je over tranen
wat weet je over teder zijn
wat weet je over liefde
wat weet je over vreugde
dat ik je zou kunnen leren? (trad. Adrienne)

 

Poème extrait de Journal d’une pierre d’Anne Le Maître.

A comme apostrophe

promenade dans les prés.jpg

Comme d’habitude, le cerf-volant de Jules et Colette se tenait déjà fièrement haut dans le ciel.

Ils préféraient désormais se tenir à bonne distance, pour que les fils ne s’emmêlent pas ainsi que c’était déjà arrivé précédemment.

Eux trois, par contre, n’en étaient encore nulle part.

Tous les trois aussi dépités les uns que les autres, les cadets ne pouvaient que regarder leur aîné qui se dépêtrait avec les fils, tout en maugréant sous sa casquette:

– C’est la dernière fois, tu m’entends? c’est la dernière fois que je te laisserai y mettre des vraies fleurs!

Alors la petite, qui se tenait debout avec le cerf-volant presque aussi grand qu’elle, n’a pu que baisser piteusement la tête.

C’était bien joli pourtant.

Mais elle s’est tue.

***

18ème devoir de Lakevio du Goût que je remercie: En regardant cette toile d’Harold Harvey je m’interroge. À quoi peuvent bien penser ces trois enfants ? J’ai bien une idée, mais vous ? Je vous dirai lundi ce qu’ils ont d’après moi à l’esprit…

Adrienne au cinéma

2019-10-31 (36)

En sortant de la gare de l’Est jeudi en fin d’après-midi, on pouvait voir des soldats britanniques avec un béret à pompon rouge sortir d’un camion bâché, des soldats allemands dûment casqués entrer dans ce même camion, quelques FFI portant nonchalamment le fusil à l’épaule et un G.I. discutant dans son GSM.
Des civils en casquette, des femmes en socquettes. Elles avaient visiblement froid, avec leurs jambes nues et les 10 à 11° C ambiants.
Beaucoup de véhicules divers, quelques conduites intérieures noires, avec la roue de secours sur le capot arrière, plusieurs camions, des jeep
made in the USA.

Tout le monde avait l’air de beaucoup s’ennuyer.

Pourtant au milieu de tout ça, un type manœuvrait une énorme caméra.

Une petite recherche ne m’a pas beaucoup avancée, il pourrait s’agir du film qu’Olivier Dahan est en train de réaliser, un ‘biopic’ sur Simone Veil, ‘Le voyage du siècle‘. 

Les gars de la sécurité du rail étaient à la fête: ils devaient dévier le flot des voyageurs vers une autre porte d’entrée… et personne ne rouspétait.

Ce que ça fait comme effet, tout de même, le cinéma 😉 

Voir ici la liste des tournages en cours à Paris en ce moment.