Adrienne rigole

Je me demande si tu ne t’ennuies pas trop, écrit la mère de l’Adrienne à la veille de l’an neuf.

Voilà qui l’a beaucoup, beaucoup fait rire!

Se rendrait-elle compte à quel point elle représentait un full time job?

Ou est-ce elle qui s’ennuie?

Bref.

En tout cas, elle devrait savoir que l’Adrienne ne s’ennuie jamais.

Ni quand elle était enfant, ni aujourd’hui.

A comme Appia

Un secreto bien guardado, postal creada por dom - Vendu en vente directe -  21997665

Ma très chère Berthe

Depuis que nous avons emménagé au 13bis rue des Canettes, je n’ai pas encore eu une minute à moi!

Mais tu le sais, j’attends la visite de ma chère sœur et comme tu le dis si bien: « où va le temps qui passe? » Bref, j’espère que tu trouveras bientôt l’occasion de faire le grand voyage jusqu’en Provence pour venir admirer notre architecture de la Renaissance.

La carte postale jointe à ma lettre a été achetée au jardin Botanique à côté du palais: tu vois ce jeu entre la lumière et l’ombre? Avoue que tu veux voir tout ça de tes propres yeux 🙂

Viens vite! Tu verras, le silence ici est d’une qualité rare et je te montrerai l’autoportrait auquel je travaille. Je l’appellerai ‘Un papillon sur l’épaule’, je suppose que tu comprends l’allusion.

Si tu as des desiderata pour ton séjour ici, n’hésite pas à me le faire savoir.

C’est à ce moment-là qu’elle entend du bruit au salon, alors elle pose la plume et crie à sa fille:

– Clémentine! tu es encore en train de jouer au ballon avec ton dinosaure? Tu sais bien qu’avec ses coups de queue il arrache le papier peint et abîme le plafond! Combien de fois faudra-t-il encore te le répéter!

***

Merci à Joe Krapov pour ses consignes:

Saurez-vous vous laisser inspirer par une ou plusieurs des 23 toiles de Dominique Appia, peintre surréaliste suisse (1926-2017) ? Si les images ne vous suffisent pas, vous pouvez insérer dans votre texte des titres de ses œuvres ou des mots constitués avec les lettres de son patronyme complet. Ceci est facultatif. Si cela pouvait être une lettre envoyée par X à Y, ce serait pas mal non plus. Facultatif aussi.

Titres d’œuvres – j’ai utilisé ceux mis en gras:

13 bis rue des CanettesArchitecture de la RenaissanceAu jardin botanique – Au pied du mur – autoportraitBerthe vue à vol d’oiseau – Crystal Palace – DésidérataEn ProvenceEntre la lumière et l’ombre – Entre le secret et le danger – Entre les trous de la mémoire – Extrême jonction – La carte postale – La leçon de perspective qui est au bout du fil – La Place du cirque – La visite – Le génie de la liberté – Le grand voyageLe palaisLe silence – Le songe retrouvé – Le temps des gares – Les pages du dictionnaire – Maturité – On a la chance que l’on mérite – Où va le temps qui passe ? – Oui, montagneuse est ma passion – Un papillon sur l’épaule – Vive l’esprit !

A comme aquarelle

devoir de Lakevio du Goût_55 .jpg

Marcos a soigneusement rincé et essuyé son pinceau et l’a posé à côté de son aquarelle.
Vient le moment où il faut cesser de fignoler, d’ajuster, de retoucher, sous peine de tout gâcher.
Il a pris la photo.
Il était assez content du résultat et il espérait que Gerda aussi serait satisfaite.
Ne se trouverait ni trop pâle ni trop grosse ni trop dieu-sait-quoi-encore.

Juste belle dans la lumière blanche, grise et bleue.

Comme il la voyait, lui.

***

Écrit pour le 55e devoir de Lakevio du Goût, que je remercie:

J’en ai vu, des femmes et des hommes comme ça, sur des marches. Je ne sais pas ce qu’ils faisaient là. Peut-être le savez-vous. Alors à lundi

A comme Ardennes

Ce mardi premier septembre, c’était aussi la rentrée pour le ‘babbelgroep‘, le groupe de conversation pour les personnes désireuses de s’améliorer en néerlandais.

Dans la grande salle de la maison de quartier, les tables et les chaises étaient disposées aux distances réglementaires, portes et fenêtres ouvertes.

Nadine gesticulait sur le seuil, on pouvait voir de loin qu’elle n’était pas contente:

– Ah! si c’est comme ça, moi je m’en vais! Je ne reste pas!

Nadine fait partie de ces gens qui évitent au maximum de porter le masque: à pied en ville elle fait des détours pour éviter les rues où il est obligatoire et elle ne fait plus ses courses qu’en ligne.

Or, pour cette séance de conversation en néerlandais, les responsables exigent le masque, même si on est sagement assis à un mètre et demi les uns des autres.

Ce que chacun trouvait exagéré et surtout peu pratique, vu que la distance + le masque + la mauvaise acoustique de la salle + les problèmes linguistiques entre néerlandophones et francophones… rendaient la compréhension difficile.

Mais on s’y est plié.

Elke a voulu savoir comment s’étaient passées les vacances. A tour de rôle, les participants ont raconté à peu près la même chose: personne n’était allé à l’étranger, personne n’avait profité de l’été pour aller voir la famille au Maroc ou en Tunisie, par contre chacun avait passé un ou deux jours à la mer.

Et chose toute nouvelle: presque tout le monde avait fait un saut « dans les Ardennes ».

– Je ne connaissais pas du tout mais ça en vaut vraiment la peine, s’est exclamée Radha, encore tout enthousiaste.

Lynn a passé trois jours à Stavelot et est revenue enchantée de tout ce qu’elle a pu y faire de beau, d’intéressant et d’amusant pour les enfants. Une découverte, pour elle aussi, qui va normalement toujours à l’étranger.

En entendant tous ces témoignages, l’Adrienne pensait à son grand-père, qui était très strict sur l’appellation ‘Ardennes’.

Pour la plupart des Flamands, dès que tu arrives de l’autre côté de la frontière linguistique, tu es quasiment « dans les Ardennes ».

Le grand-père, lors de la traditionnelle excursion ardennaise d’octobre, ne manquait jamais de préciser quand on était « entre Sambre et Meuse », et à partir de quel patelin on pouvait déclarer être « dans les Ardennes ».

Mais elle s’est tue, bien sûr 😉

A comme atavique Adrienne

cropped-dsci6882-2.jpg

Qui d’autre que l’Adrienne, dans sa ville au passé presque entièrement voué au textile, et dont l’arbre généalogique ne mentionne que des tisserands, ourdisseuses, fabricants de flanelle, bobineuses, ouvriers teinturiers et autres apprêteurs, qui d’autre donc pourrait traverser la ville à pied un dimanche matin avec sous le bras sept kilos de coton à petits carreaux bleus et dans la main un gros paquet de toile de lin beige?

Tout en marchant, elle se demande deux choses: d’abord, ce qu’elle en fera; ensuite, d’où sa mère continue à sortir ces kilos de textile divers…

Mais bien sûr, quand on est la petite-fille d’une couturière, on ne refuse pas un ’bout de tissu’ et on se dit que ça pourra sans doute servir un jour…

D’ailleurs, dès l’après-midi elle taille des rideaux dans la toile beige et des draps dans le coton bleu à rayures, trimbalé de la même façon plus tôt dans la semaine 😉

***

photo déjà mise sur ce blog, avec une des cheminées d’usine de la ville, vestiges de son passé industriel

Atavique: qui se transmet par atavisme, « Transmission continue, de génération en génération, des caractères héréditaires, physiques ou moraux » (source CNRTL)

Adrienne aime Albert

Extraits:

« […] une scène de théâtre est un des lieux du monde où je suis heureux. […] Le bonheur […] est une activité originale aujourd’hui. La preuve est qu’on a tendance à se cacher pour l’exercer […].
Je lis souvent sous des plumes austères que des hommes d’action, ayant quitté la vie publique, se sont réfugiés ou se sont abrités dans leur vie privée.
Il y a un peu de mépris, vous ne trouvez pas, dans ces termes de refuge ou d’abri? Et, l’un ne va pas sans l’autre, de sottise.
Pour ma part, je connais au contraire beaucoup plus d’hommes qui se sont réfugiés dans la vie publique pour échapper à leur vie privée. Les puissants, par exemple, sont souvent des ratés du bonheur. De là vient qu’ils ne soient pas tendres.

[…] pour le bonheur, aujourd’hui, c’est comme pour le crime de droit commun: n’avouez jamais! Ne dites pas comme ça, sans penser à mal, ingénument, « Je suis heureux », car aussitôt, vous verriez autour de vous, sur des lèvres retroussées, votre condamnation. « Ah, vous êtes heureux, mon garçon? Et que faites-vous des orphelins du Cachemire? Ou des lépreux de la Nouvelle-Zélande qui ne sont pas heureux, eux, comme vous dites? » […] Et aussitôt, nous voilà triste comme des cure-dents.
Pourtant, moi, j’ai plutôt l’impression qu’il faut être fort et heureux pour bien aider les gens dans le malheur. Celui qui traîne sa vie et succombe sous son propre poids, ne peut aider personne. Celui au contraire qui se domine et qui domine sa vie, celui-là peut être vraiment généreux et donner efficacement. […] »

et pour ceux qui ont une heure à consacrer à un reportage qui fait du bien:

L’Adrienne aime Camus qui aime la chaleur du soleil, ce qui fait tout de même une différence fondamentale entre eux 🙂

L’image contient peut-être : nourriture, texte qui dit ’Il fait chaud dehors? www.alles-ausm-kopf.de Ta gueule. तते’

A comme Auroy

dicorona

Si vous avez un compte twitter, vous pouvez aller voir ce qu’y fait Olivier Auroy et recevoir chaque jour votre tranche de rigolade sous forme de mots-valises inspirés par des phénomènes actuels, comme le mot ‘fouting’ fabriqué avec ‘je m’en f…’ et ‘footing’. Faire son fouting, c’est ce que fait le joggeur qui se fiche pas mal des interdits.

Extrait d’un article de l’ADN:

La situation est inédite, et les mots nous manquent parfois pour décrire les phénomènes nouveaux que nous vivons. Alors Olivier Auroy les invente, avec humour.

Coronavirer, fouting, calameeting… ces mots ne nous disent rien et pourtant, ils décrivent des situations que nous connaissons bien. Le verbe « coronavirer » désigne le fait d’imposer le chômage partiel – une situation qui concerne désormais 8,7 millions de Français. Le « fouting » est pratiqué par les sportifs qui se moquent des règles. Et le « calameeting » est ce qui arrive à ceux qui tentent une visioconférence avec une mauvaise connexion Internet.

Ces mots ne sont pas encore dans le Larousse mais proviennent du « Dicorona » d’Olivier Auroy. Fondateur de l’agence Onomaturge – littéralement « celui qui fabrique les mots » – et auteur, c’est un spécialiste de la création de mots. Et pendant le confinement, il s’en donne à cœur joie. « Quand ce virus s’est manifesté, je me suis rendu compte qu’il pointait des phénomènes, des situations qu’on n’avait jamais connues. Il fallait donc les nommer », explique Olivier Auroy au Parisien.

Sur Twitter et sur LinkedIn, il publie chaque jour ses créations assorties de leur définition. C’est drôle mais aussi très juste. Ainsi, après un mois de confinement, l’allergîte nous semble être une vraie pathologie. Petite sélection de ces nouveaux mots du confinement.

Pour ceux qui ne plaisantent pas au supermarché

Olivier Auroy@olivierauroy

définition 30.
PÉNURIXE n. f. -2020
Pugilat ayant pour objet la conquête du dernier rouleau de PQ.

Pour ceux qui ont dû annuler leurs vacances

Olivier Auroy@olivierauroy

définition 32.
PÂQUEDUC n. m. – 2020
Vacances de printemps suspendues au confinement.

Pour ceux qui n’ont pas prévu de se mettre au yoga

Olivier Auroy@olivierauroy

Le en mode sport, ou pas.
Définition 48.
IMMOBÉSITÉ n. f. – 2020
Surpoids causé par l’inactivité forcée.

Pour ceux qui sont là tous les soirs à 20h

Olivier Auroy@olivierauroy

Définition 24 du pour préparer le rituel de 20h.
MÉDICÂLINER v. tr. -2020
Applaudir le personnel soignant.

Pour ceux qui rêvent du monde d’après

Olivier Auroy@olivierauroy

Dimanche, c’est Définition 31
MUTOPIE n. f. – 2020
Illusion d’un après Covid.

***

source de l’illustration, autres exemples et interview de l’auteur ici.

A comme Arnacoeur

Photo du film L'Arnacoeur - Photo 19 sur 22 - AlloCiné

– Jetons une pièce dans la fontaine, lui susurra-t-il, ainsi j’aurai la chance de vous revoir…

Il faut dire qu’il avait sorti le grand jeu de la séduction: soudoyé un vague copain pour qu’il vienne jouer un morceau de violon, dépensé plus qu’à l’ordinaire en bouquets de fleurs, gratté la guitare sous son balcon, bref joué son rôle de Latin Lover à fond.

Ah! il s’était cru subtil, persuadé qu’elle n’y avait vu aucune manigance, aucun calcul!

Aussi fut-il profondément ahuri quand le lendemain soir, elle laissa son geste en suspens et lui dit:

– Merci de m’avoir montré votre bella Italia! Demain je rentre à Philadelphie…
Mon mari m’attend.

***

écrit pour les Plumes d’Emilie – merci, Emilie! – avec les mots imposés suivants: RÔLE(S) – VIOLON(S) – SUBTIL(E) – JETON(S) – CHANCE(S) – AHURI(E) – DÉPENSER – MANIGANCE(S) – GRATTER – SÉDUCTION(S) – SUSPENS – SOUDOYER

source de la photo Allociné

Adrienne parle aux objets

Vous l’aurez remarqué, ce qui fleurit le mieux, c’est l’humour au temps du corona et c’est très bien. 

Une des petites phrases rencontrées au tout début du confinement disait que parler aux objets, quand on est seul à être confiné, c’est tout à fait normal.

Que ça ne devient inquiétant que si les objets vous répondent.

L’Adrienne parle aux objets depuis toujours. Ça commence même dès le matin, comme dans ce poème de Paul Van Ostaijen, Marc groet ‘s morgens de dingen (Le matin, Marc dit bonjour aux choses) que tous les petits enfants apprennent par cœur à l’école.

En tout cas les petits enfants du temps où l’Adrienne l’était 😉

Dag ventje met de fiets op de vaas met de bloem

ploem ploem
dag stoel naast de tafel
dag brood op de tafel
dag visserke-vis met de pijp
en
dag visserke-vis met de pet
pet en pijp
van het visserke-vis
goeiendag
Daa-ag vis
dag lieve vis
dag klein visselijn mijn
Par bonheur, jusqu’à présent, aucun objet ne lui a répondu 🙂
***

source de l’image ici et des vidéos d’humour belge au temps du corona à voir ici:

https://www.rtbf.be/embed/m?id=2617291&autoplay=0

merci à Joe Krapov pour sa consigne: Les objets confinés se confient

C’est entendu, vous êtes confiné·e chez vous. Mais vous n’êtes pas seul·e. Tous les objets qui vous entourent le sont eux aussi et depuis plus longtemps que vous. Faites-les parler ! Que peuvent nous raconter votre réfrigérateur, le fétiche arumbaya à l’oreille cassée offert par votre oncle Augustin, le miroir magique, le canapé ou la pendule du salon, l’étagère à rouleaux de papier hygiénique (non, quand même pas !) à propos de votre maison, de leur propre vie et de votre tournage en rond « sous leurs yeux » ? Objets inanimés, avez vous donc une âme ? La réponse, cette semaine, sera définitivement « oui »!