I comme indécis

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Chez les parents de Souleyman, il y a une fenêtre de chaque côté de la porte d’entrée.

Sur celle de droite, une grande affiche est collée, vantant une candidate « verte ».

Sur celle de gauche est accrochée la souriante binette d’un candidat « rouge ».

Ils sont donc au diapason de beaucoup de gens que Madame rencontre ces temps-ci et qui lui disent:

– Cette fois, je ne sais vraiment pas pour qui voter!

Or, les élections communales et provinciales sont prévues pour dimanche prochain.

Par contre, ceux qui n’ont pas hésité un seul jour à trouver la réaction qui convenait au coup fumant de Banksy, ce sont nos amis surréalistes belges.

Je sais, c’est un pléonasme 🙂

La photo ci-dessus fleurissait sur les réseaux sociaux dès le lendemain.

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I comme incroyable!

Après trois photos de groupe, une « normale », une avec les mains en forme de cœur et une avec les bras en l’air, l’ambianceur a repris le micro et a déclaré qu’il remettrait à chacun un petit carton sur lequel se trouvait un nom. Il s’agissait de retrouver l’autre moitié d’un duo, dans le but de faire connaissance avec un autre invité au mariage. On ne recevrait un verre d’apéritif qu’à cette condition: se présenter avec son binôme!

Chacun s’est mis à crier « Tintin et Milou! », « Adam et Eve! », « Bonnie and Clyde! »…

Sur le carton de l’Adrienne, elle lit « Coyote » et elle doit se faire expliquer qu’il faut trouver un Beep Beep. Il ne s’agissait pas de Coyote et la police.

Elle trouve son binôme au moment où la table du vin d’honneur est déjà complètement prise d’assaut. Elle se présente, tout sourire:

– Bonsoir! Je suis la Marraine de R***

– Ah? et qui c’est, R***?

Estomaquée, l’Adrienne!

– Quoi? vous êtes invitée au mariage et vous ne connaissez même pas le nom du marié?

I comme ironique

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Pourquoi serait-il étrange de dire que la peau sombre de Muanza a pâli en entendant la traduction de la lettre signée à l’encre bleue par le ministre de la Justice lui-même?

C’est vrai qu’il faut bien le connaître pour discerner ses émotions mais depuis le temps qu’il vit dans leur vert paradis, Marie le lit à livre ouvert.

Une demi-page sous l’en-tête du Ministère, place Poelaert n°3 (1), datée de la mi-février, où dans un français suave il est dit qu’on est « au regret de vous faire savoir » qu’on ne peut « accéder à votre requête » et que si Muanza « désire régulariser son séjour à un autre titre, il doit entreprendre, après avoir quitté la Belgique, les démarches nécessaires à partir de l’étranger. »

– Il me reste le Canada, finit-il par dire. J’ai des amis, là-bas. Tu es d’accord pour m’accompagner à l’ambassade, à ton prochain jour de congé?

Marie se demande comment il est possible, qu’au bout d’une année à se battre contre tous ces moulins administratifs, avec toujours des réponses négatives, jusqu’à cette fin de non-recevoir arrivée le midi même, Muanza n’ait toujours pas compris qu’aucune ambassade, fût-elle canadienne, n’acceptera sa requête.

A la radio, la voix d’Edith Piaf fait rimer ‘accordéoniste’ et ‘triste’… Marie se sent terriblement triste. Et vidée d’énergie.

Elle tient encore la lettre à la main, où en six phrases fort civiles on détruit la vie d’un homme.

***

(1) celle-là même que Marcel Thiry appelle ironiquement ‘place Poularde’, les ‘pneus d’or’ ne sont probablement pas ceux de l’Alfa Romeo de son fils, quoique 😉

Or la ville affaireuse où se font gloutonner
Les homards, les caviars, les pommards, les palourdes,
Où l’asphalte, usé de pneus d’or, est jalonné
De fontaines de bock et de places Poulardes.

in Toi qui pâlis au nom de Vancouver, Paris, Seghers, 1975, p.210

***

Ecrit pour l’Agenda ironique d’août 2018

Thème: Toi qui pâlis au nom de Vancouver”, du poète belge Marcel Thiry (1897-1977) accompagné de sept mots tirés au hasard dans le même recueil : paradis, accordéoniste, suave, Alfa Romeo, février, accord et civil.

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et encore deux photos du vert paradis quitté il y a cinq ans 🙂

I comme internats chic (3)

suisse

« Il y a en Suisse des internats privés de réputation mondiale, où la longueur des listes d’attente est proportionnelle à la facture qui chaque moi attend les parents. Des écoles où l’on capte les langues étrangères comme par magie, où l’on pratique tous les sports, où l’on apprend les bonnes manières et où l’on forge des amitiés avec des condisciples du monde entier. » écrit Metin Arditi dans son Dictionnaire amoureux de la Suisse. (p.291)

Mais il n’en a pas voulu pour ses propres enfants, pour trois raisons qu’il appelle « trois inconvénients, tous cachés et tous pervers. » (p.292)

Le premier concerne ces réseaux utiles de relations haut-placées dans le monde entier: « Elle est bien misérable, la confiance du parent à l’égard de son enfant, lorsqu’il lui dit: ‘Tu feras ton chemin à l’aide de relations.’ Quel message lui envoie-t-il sur l’idée qu’il se fait de lui? De sa personnalité? De sa capacité à se créer des amis, des collègues, à se construire un chemin de vie… Où est l’estime, l’irremplaçable estime du parent, lorsqu’il parle à son enfant de ‘réseautage’? Il l’initie à la combine! Je ne peux imaginer regard plus humiliant. » (p.293)

« Le deuxième inconvénient touche à la facture faramineuse de certaines écoles privées. Combien de fois n’ai-je pas entendu ces mots: ‘Si je peux lui offrir cette chance que je n’ai pas eue, j’en fais volontiers le sacrifice.’ Du coup, la culpabilité change de camp. Ce n’est plus le parent qui se sent coupable d’éloigner son enfant. C’est l’enfant qui doit porter sur ses épaules ce que son écolage coûte à sa famille. » (p.293)

Le troisième concerne cette « ouverture au monde »: « Est-ce qu’elle ne soustrait pas l’élève à une vie de quartier? À un contact quotidien avec des enfants de toutes les origines sociales? Posons la question: de tout ce qu’une éducation doit apporter, s’il fallait choisir une qualité et une seule, laquelle faudrait-il retenir?  À mes yeux, ce serait la capacité de dialoguer avec tout un chacun. À l’écouter. À l’accepter autant qu’à se faire accepter de lui. J’y vois la qualité essentielle d’une réussite professionnelle et sociale, en un mot d’une vie. Bien sûr, on peut penser que, pour un enfant de chez nous, converser avec un Chinois ou un Russe est enrichissant. C’est indéniable. Mais je crois qu’il apprendra moins de son condisciple étranger avec lequel il partagera les mêmes goûts, les mêmes cercles, les mêmes préoccupations de privilégiés que d’une cohabitation avec des enfants de son quartier aux origines socio-économiques différentes des siennes.

Pour ma part, j’ai mis mes enfants à l’école publique. Sans hésitation. » (p.293-294)

Fin de l’article, qui laisse – il me semble – une large part à la réflexion et à l’échange d’arguments ou de contre-arguments.

La première partie de l’entrée ‘Internats chic‘ est ici et la deuxième .

*** 

Merci les amis suisses 🙂

I comme impressionnable

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Elle a lustré la table, remis en place les bougeoirs, arrangé un nouveau bouquet de roses.

Elle a soigneusement placé la chaise à trois centimètres du mur.

Elle a dit au chien ‘Non, pas maintenant’ et elle est allée prendre le courrier qui venait de tomber dans la boite.

Elle n’a pas utilisé le coupe-papier pour ouvrir la lettre tant attendue.

Elle a déplié le feuillet.

Elle a dû s’appuyer au bord de la console.

Le chien l’observe, il voit qu’un léger sourire s’esquisse.

Allons bon, ça a l’air d’aller. On finira par la faire, cette promenade.

*** 

tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

I comme internats chic (2)

suisse

Le vol du DC-6 de Swissair qui nous amenait, ma mère et moi, ce 3 février 1952, d’Istanbul à Genève, avec escales à Athènes et à Rome, était celui de la grande aventure: nouvelle vie, nouvelle école, celle qui apprendrait au yaramaz (en turc: turbulent) de sept ans et un jour à « être un homme » au pays des meilleures écoles du monde. La séparation s’annonçait sans horizon de retour, mais elle était « pour mon bien », et j’eus la bonne idée d’en être de suite convaincu. Le 5 du même mois, j’étais casé. La visite de l’école était balisée: des voisins d’Istanbul y avaient un fils, un rapide état des lieux convainquit ma mère de l’adéquation parfaite entre la prise en main que proposait l’école et celle dont j’avais grand besoin, et elle repartit sans moi.

Metin Arditi, Dictionnaire amoureux de la Suisse, Plon 2017, p. 290, Internats chic.

Ce passage fait la suite à celui-ci où il raconte sa découverte, dans l’avion, de ce que sa mère appelle « un thé suisse », et qui était du thé au lait. On peut lever un sourcil en pensant à cet enfant qui a tout juste sept ans et qui va être entièrement coupé des siens pour se retrouver ‘enfermé’ dans une école, fût-ce un internat suisse chic. Ce qu’il appelle « l’absence d’affect » (p.292).

J’intégrai une sorte d’arche de Noé où soixante internes originaires de vingt pays au moins se trouvaient à cohabiter pour les motifs les plus divers. Une constante helvétique fondait le choix de l’internat: les parents en attendaient une garantie de bonne tenue, avec discipline personnelle, respect de la hiérarchie, et – cerise sur le gâteau – un sens acquis de l’autonomie et une palette de talents sportifs et mondains. A ce fond s’ajoutaient des raisons particulières à chaque élève, dont le mélange faisait de l’internat une fratrie hétéroclite d’enfants de partout, chrétiens de toutes affiliations, juifs, musulmans, hindous, enfants de star de cinéma, rejetons d’industriels européens, futurs rois africains, garçons fruits d’amours secrètes, ou simplement gosses de riches ou de moins riches qui faisaient le sacrifice de la séparation et la vivaient comme le prix à payer du rêve, sincère et naïf, de voir leur fils recevoir une éducation à laquelle eux-mêmes n’avaient pas eu le privilège d’accéder.

Metin Arditi, Dictionnaire amoureux de la Suisse, Plon 2017, p. 290-291, Internats chic.

Comme je l’ai signalé dans mon billet de janvier dernier, il n’a pas choisi ce mode d’enseignement pour ses propres enfants, qu’il a inscrits à l’école publique. Non pour ce manque d’affect « loin des bras », mais à cause de « trois inconvénients, tous cachés et tous pervers » qu’il explique aux pages suivantes. (293-294)

Peut-être intéressant pour un troisième volet?