I comme influence

 

jacqueline Gnott- keys

Ce n’était que fort tardivement que sœur Marie de la Miséricorde avait senti la vocation. Il avait fallu d’abord qu’elle perde l’éclat de sa jeunesse et que l’ergot du seigle ravage sa famille. Mais elle y a vu l’influence divine et c’est tout naturellement qu’elle s’est dirigée vers le couvent où sa tenue correcte et son assiduité aux offices l’ont très vite fait accepter.

La plupart du temps, sœur Marie de la Miséricorde est à l’atelier des brodeuses. Elle coud au petit point de précieuses dentelles aux bordures de velours grenat pour Monseigneur l’évêque pendant que d’autres, plus habiles, brodent des symphonies de couleurs, de fleurs et d’oiseaux sur les ornements liturgiques.

Cette vie lui plaît, la douceur des jours qui s’écoulent a un effet lénifiant et le corps comme le cœur y trouvent leur compte. Sœur Marie de la Miséricorde ne reçoit jamais de visite et elle en est bien contente. Le passé est le passé, qu’il reste enfoui à jamais.

Elle en est là de ses pensées quand une main posée sur son épaule et une voix qui chuchote à son oreille viennent fracasser cette belle sérénité:

– Sœur Marie de la Miséricorde, quelqu’un vous attend au parloir…

***

Aquarelle de Jacqueline Gnott et consignes chez Lakévio, que je remercie: dix mots à caser, histoire de trouver des serrures à ces clés: tardivement – symphonie – éclat – bordure – ergot – influence – grenat – correct – fracasser – parloir

 

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I comme inspiration chez Lali

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Marjorie court aussi vite qu’elle peut, tenant solidement son parapluie à deux mains. Elle aurait dû écouter la météo, elle se sentirait moins ridicule à galoper sur ses bottes à hauts talons, tout juste bonnes pour la parade.

Dans cet ouragan de neige, François n’a pas assez de ses deux mains pour tenir son parapluie (inefficace), sa mallette et son écharpe qui s’envole.

Derrière lui, Jean court à toutes jambes, le cou enfoncé dans les épaules, le manteau au vent. Voilà bien trois ans qu’on n’avait plus eu de bourrasque pareille.

André a attaché son vélo à un poteau, abandonnant la lutte: il préfère encore rentrer à pied, il viendra le reprendre plus tard, quand la route sera déblayée.

En polo rayé à manches courtes, pantalon flottant en toile grise, son petit feutre mou vissé sur le crâne, Romain se balade tranquillement. Une main en poche. Il lit sous le blizzard. Sous ses pas, la neige fond.

Le soir, il a sa mère au téléphone:

– Alors, mon chéri, comment ça s’est passé, cette publicité pour Damart?

consigne et source de l’image chez Lali.

I comme inspiration chez Lali

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Je ne suis pas dupe. Elle fait semblant de lire. Elle ne tourne pas les pages. Elle a ce sourire niais comme chaque fois que cet autre est là. Je l’ai à l’œil, celui-là.

Je ne l’aime pas. Je n’aime pas ce machin qu’il installe au milieu de la pièce, à gauche de la fenêtre. Ma place préférée, quand il y a du soleil.

Je n’aime pas tous ces trucs qu’il sort de son sac, ces tubes, ces pinceaux. Ça pue.

Je n’aime pas qu’il reste là des heures à la regarder faire semblant de lire avec ce sourire bête vissé sur son visage. Ça va mal finir, cette histoire.

Je darde sur lui le feu jaune de mon œil unique. Je sais qu’il a peur de moi.

***

tableau et consignes chez Lali, que je remercie.

I comme idée et inspiration

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Je vous ai déjà parlé de ces commentaires indésirables qui, pour une raison que j’ignore, s’attachent en particulier à un billet sur Hubert Haddad.

Peut-être ici un début d’explication 🙂

What you said made a bunch of sense. But, consider this, what if you were to create a awesome headline? I ain’t saying your information isn’t good., but suppose you added a title that grabbed a person’s attention? I mean H comme Hubert Haddad – Adrienne is a little vanilla.
You might peek at Yahoo’s home page and see how they create news headlines to get people interested.
You might add a related video or a picture or two to grab readers excited about everything’ve got to say.

Ce qui permet d’apprendre une nouvelle expression, it is a little vanilla… expression qui n’est pas dans mon Cambridge en ligne ni dans mon Van Daele.

Et en même temps une belle illustration du spice up your English!

Ah! les joies d’internet 🙂

en photo, des pâtisseries bruxelloises qui montrent bien que je ne suis pas vanilla, mais plutôt dark chocolate ou raspberry 🙂

I comme indécis

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Chez les parents de Souleyman, il y a une fenêtre de chaque côté de la porte d’entrée.

Sur celle de droite, une grande affiche est collée, vantant une candidate « verte ».

Sur celle de gauche est accrochée la souriante binette d’un candidat « rouge ».

Ils sont donc au diapason de beaucoup de gens que Madame rencontre ces temps-ci et qui lui disent:

– Cette fois, je ne sais vraiment pas pour qui voter!

Or, les élections communales et provinciales sont prévues pour dimanche prochain.

Par contre, ceux qui n’ont pas hésité un seul jour à trouver la réaction qui convenait au coup fumant de Banksy, ce sont nos amis surréalistes belges.

Je sais, c’est un pléonasme 🙂

La photo ci-dessus fleurissait sur les réseaux sociaux dès le lendemain.

I comme incroyable!

Après trois photos de groupe, une « normale », une avec les mains en forme de cœur et une avec les bras en l’air, l’ambianceur a repris le micro et a déclaré qu’il remettrait à chacun un petit carton sur lequel se trouvait un nom. Il s’agissait de retrouver l’autre moitié d’un duo, dans le but de faire connaissance avec un autre invité au mariage. On ne recevrait un verre d’apéritif qu’à cette condition: se présenter avec son binôme!

Chacun s’est mis à crier « Tintin et Milou! », « Adam et Eve! », « Bonnie and Clyde! »…

Sur le carton de l’Adrienne, elle lit « Coyote » et elle doit se faire expliquer qu’il faut trouver un Beep Beep. Il ne s’agissait pas de Coyote et la police.

Elle trouve son binôme au moment où la table du vin d’honneur est déjà complètement prise d’assaut. Elle se présente, tout sourire:

– Bonsoir! Je suis la Marraine de R***

– Ah? et qui c’est, R***?

Estomaquée, l’Adrienne!

– Quoi? vous êtes invitée au mariage et vous ne connaissez même pas le nom du marié?

I comme ironique

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Pourquoi serait-il étrange de dire que la peau sombre de Muanza a pâli en entendant la traduction de la lettre signée à l’encre bleue par le ministre de la Justice lui-même?

C’est vrai qu’il faut bien le connaître pour discerner ses émotions mais depuis le temps qu’il vit dans leur vert paradis, Marie le lit à livre ouvert.

Une demi-page sous l’en-tête du Ministère, place Poelaert n°3 (1), datée de la mi-février, où dans un français suave il est dit qu’on est « au regret de vous faire savoir » qu’on ne peut « accéder à votre requête » et que si Muanza « désire régulariser son séjour à un autre titre, il doit entreprendre, après avoir quitté la Belgique, les démarches nécessaires à partir de l’étranger. »

– Il me reste le Canada, finit-il par dire. J’ai des amis, là-bas. Tu es d’accord pour m’accompagner à l’ambassade, à ton prochain jour de congé?

Marie se demande comment il est possible, qu’au bout d’une année à se battre contre tous ces moulins administratifs, avec toujours des réponses négatives, jusqu’à cette fin de non-recevoir arrivée le midi même, Muanza n’ait toujours pas compris qu’aucune ambassade, fût-elle canadienne, n’acceptera sa requête.

A la radio, la voix d’Edith Piaf fait rimer ‘accordéoniste’ et ‘triste’… Marie se sent terriblement triste. Et vidée d’énergie.

Elle tient encore la lettre à la main, où en six phrases fort civiles on détruit la vie d’un homme.

***

(1) celle-là même que Marcel Thiry appelle ironiquement ‘place Poularde’, les ‘pneus d’or’ ne sont probablement pas ceux de l’Alfa Romeo de son fils, quoique 😉

Or la ville affaireuse où se font gloutonner
Les homards, les caviars, les pommards, les palourdes,
Où l’asphalte, usé de pneus d’or, est jalonné
De fontaines de bock et de places Poulardes.

in Toi qui pâlis au nom de Vancouver, Paris, Seghers, 1975, p.210

***

Ecrit pour l’Agenda ironique d’août 2018

Thème: Toi qui pâlis au nom de Vancouver”, du poète belge Marcel Thiry (1897-1977) accompagné de sept mots tirés au hasard dans le même recueil : paradis, accordéoniste, suave, Alfa Romeo, février, accord et civil.

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et encore deux photos du vert paradis quitté il y a cinq ans 🙂