I comme irréductible

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Le petit enfant de Flandre joue aux cartes sur les genoux de son arrière-grand-père, inlassablement, pendant des heures, « broek af ». Aucune difficulté, on dépose ses cartes, une à une, la plus élevée l’emporte jusqu’à ce que l’un des deux joueurs n’ait plus rien en main. Pas besoin de stratégies, seul le hasard détermine qui l’emportera. Le petit enfant n’a que cinq ans et ne se rend pas tout de suite compte que tous ses efforts ne serviront à rien : parfois il gagnera, parfois il perdra.

Le grand-père est le roi de la manille mais jamais l’enfant n’a eu l’idée de lui demander comment ça se joue.

Grand-mère fait des « patiences » et ça semble bien plus amusant, même si parfois elle grommelle que « c’est mal parti » ou que « ça ne sent pas bon ».

Le père refuse de jouer aux cartes : il connaît toutes les règles mais préfère regarder jouer les autres. Il leur donne des points mentalement. Il sait qui est fort, qui a commis des erreurs, « de beste stuurlui staan aan wal », c’est depuis le rivage qu’on voit le mieux les écueils sur la route des bateaux.

L’enfant devenu grand a décidé de faire comme le père : inutile de le prier ou de le supplier de faire le quatrième, non ! les cartes, il n’y touche pas !

***

écrit pour le défi du samedi 680 où Walrus – merci à lui – proposait le mot whist.

I comme inventeur

– Plus tard, dit petit Léon, quand je serai grand, je vais inventer la machine à remonter le temps.

– C’est une très bonne idée, fait Madame.

– Comme ça, vous pourrez voir Mozart!

– Super! dit Madame.

Puis il ajoute:

– Et revoir votre papa.

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Il commence à drôlement bien me connaître, cet enfant.

I comme ils

Parmi les nombreuses choses qui agacent Madame de B***, il y a ces petites phrases qui commencent par « Ils » et se poursuivent souvent au conditionnel.

Le degré d’agacement dépend bien sûr de la personne qui émet l’opinion et du thème choisi.

Ainsi, tout en bas de l’échelle de l’agacement, se trouvent ses deux fils, qui ne manquent jamais de savoir mieux que les entraîneurs quel Diable rouge il aurait fallu sélectionner et à quel endroit du terrain il aurait fallu le mettre.

Ils ne semblent pas se rendre compte qu’ils sont un peu ridicules, surtout qu’ils ne s’avisent des changements nécessaires qu’après que le match a été joué.
Alors elle se contente de hausser les épaules et d’avoir un sourire indulgent.

Depuis un an maintenant, elle s’agace beaucoup de tous ces experts autoproclamés, comme sa voisine Nadine, qui sont plus fûtés que les scientifiques et n’arrêtent pas de dire qu' »ils feraient mieux de… »

Jusqu’à présent, elle a réussi à se retenir de rétorquer « vous feriez mieux de vous taire. »

Ses petits-enfants n’échappent pas à la règle générale, que ce soit dans le domaine de l’écologie, de la discrimination, du féminisme, de la justice…
Sauf que là, elle intervient chaque fois d’un « qui sont ces Ils? »

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Texte écrit en réponse à la question 17: Ils vont vraiment les abattre?

Photo d’une ancienne fabrique de ma rue – avec cheminée d’usine et parc aux grands arbres – le tout abattu pour y construire des appartements. Photo prise à la sauvette un matin d’hiver en allant à l’école.

I comme imagination

Si vous pensiez comme l’Adrienne qu’on avait touché le fond le jour où on a décrété qu’il fallait avoir la peau de la même couleur que celle de l’auteur qu’on se propose de traduire, évidemment vous vous trompiez.

Excès d’optimisme, disons.

Dans les semaines qui ont suivi, d’autres voix se sont mêlées au débat.
Pour l’élargir, oui oui 😉

Par exemple, pour jouer le rôle du homo dans un film, il faut veiller à ce que l’acteur soit homo.
On ne parle pas du cas inverse, vu qu’alors de nombreux acteurs se retrouveraient sans boulot.
Ni bien sûr de toutes les autres questions que ça soulève.

Mais la palme – si on peut dire – vient d’être remportée par la branche américaine du vénérable Pen International.
Vous savez, cette institution qui garantissait le droit à l’imagination en littérature?

« We defend the imagination and believe it to be as free as dreams« , nous prenons la défense de l’imagination et croyons qu’elle est libre comme le rêve, « We believe the imagination accesses all human experience, and reject restrictions of time, place, or origin« , nous croyons que l’imagination peut accéder à toutes les expériences humaines et nous rejetons des restrictions de temps, de lieu ou d’origine.

Et c’est là, Mesdames et Messieurs, que les plus woke de la branche américaine ont trouvé à redire.

Bref, allez voir ici si ça vous intéresse: d’un petit bond allègre on passe d’imagination à mensonge puis de mensonge à racisme-sexisme-fascisme.

C’est absolument fascinant de perversité.

I comme imam

Quelle étrange similitude entre nos fabliaux des 12e-13e siècles et cette historiette du monde arabe de l’an mil…

Mêmes formes d’humour, mêmes sortes de personnages, même satire des défauts humains.

Tromperie, cupidité, hypocrisie…

Par exemple, connaissez-vous Brunain, la vache au prêtre?

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Pour ceux qui préfèrent lire l’histoire de l’imam plutôt que d’écouter la vidéo ci-dessus, c’est .

Si vous préférez les fabliaux misogynes, je peux vous envoyer « Le dit des perdrix » 🙂

I comme il était une fois…

devoir de Lakevio du Goût_63.jpg

Il était une fois les années nonante (1).

Il y avait une station-service à chaque coin de rue et les marques ne se battaient pas à coups de rabais: il fallait attirer le client – ou sa femme, ou ses enfants – en offrant des cadeaux.

Et des publicités télévisées rigolotes.

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(1) en belge dans le texte

Merci à Monsieur le Goût pour son 63e devoir de Lakevio du Goût:

Hopper avait-il quelque prescience de ce qui nous arrive ? Que pouvait-il imaginer en peignant ce carrefour vide ? En avez-vous une idée ? D’ici lundi vous l’aurez écrit j’espère.