V comme Viator

Les fouilles préventives obligatoires avant tout travail de construction en ville ont du bon, elles permettent toujours de belles découvertes, qu’elles soient grandes comme des fondations de bâtiments antiques ou petites comme cet objet trouvé à Tongres, une feuille de plomb de 12 cm sur 14. 

« La nature magique du document ne fait aucun doute et le support – du plomb – indique qu’il s’agit de magie négative : nous sommes donc en présence d’une tablette de malédiction, une “défixion” », indiquent les scientifiques qui l’ont étudié.
Signes particuliers de cet objet datant de la fin du premier siècle après Jésus-Christ : il est très bien conservé et se présente à plat, alors que ce genre de tablette est plutôt retrouvé roulé ou plié. De tels objets, usuellement déposés dans les cimetières ou les puits, étaient utilisés pour jeter un mauvais sort à quelqu’un.

[…]

Quatre « défixions » sur plomb provenant d’Hadrumète et de Carthage (en Tunisie), ainsi que de l’Isthme de Corinthe (en Grèce), présentent des formules et des dispositifs pratiquement identiques à ceux de la tablette de Tongres. Le modèle commun auquel remontent ces cinq documents est à chercher dans un manuel de magie, rédigé peut-être en Égypte comme l’essentiel de la littérature de ce genre. Des copies de ce livre ont circulé jusqu’en Tunisie et en Grèce, et même jusqu’aux confins septentrionaux de l’Empire, comme nous l’apprend la tablette de Tongres.

article complet ici.

Des dessins et des textes en caractères latins et grecs sont incisés dans le métal, comme on peut bien le lire sur l’illustration ci-dessous.

Et tout en bas se trouve le nom du destinataire de ces malédictions, Caius Iulius Viator, fils d’Ingenua.

Conclusion: V comme Verwensing 🙂

***

illustrations: La  tablette de malédiction © ULB/musée gallo-romain de Tongres (source Daily Science)

Verwensing est le mot en néerlandais pour malédiction.

C comme Carrare

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Les bras ballants, elle garde les yeux fixés sur la fontaine. Elle évite le regard de l’homme, ce pli qu’il a déjà entre les sourcils à force de les froncer, cette dureté au coin de la bouche. 

Avec ses mains dans les poches et son attitude raide, il lui semble plus dur et plus froid que le marbre de la fontaine. C’était lui pourtant qui, il y a six mois à peine, profitait de chaque mèche échappée du chignon pour lui faire une caresse dans la nuque. 

Serrée dans la main gauche, la pièce de monnaie qu’elle jettera dans l’eau du petit bassin. Oui, elle reviendra à Rome. 

Mais sans lui. 

*** 

photo, tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

P comme pigeons

A l’extérieur du taxi, des pigeons s’envolent bruyamment dans le bleu clignotant d’une enseigne Sony.

– C’est la première fois que vous venez à Rome ? demande le chauffeur en se tournant légèrement vers eux.

Ils répondent presque en chœur : « Oui ! Non ! » et se mettent à rire en se regardant dans les yeux.

– C’est la première fois pour mon épouse, dit David.

Puis il ajoute :

– Nous sommes en voyage de noces.

– Oh ! j’avais bien compris ! s’exclame le chauffeur. Quand on a ce regard-là, l’un pour l’autre, c’est qu’on est en pleine lune de miel. Ou alors, qu’on a dit à Madame qu’on est en voyage d’affaires et qu’on est venu faire une escapade romaine avec sa maîtresse…

Dans le rétroviseur, il remarque le visage assombri de la jeune mariée. Mais qu’est-ce qui m’a pris ? se dit-il. Pourquoi ce ton cynique ? Était-ce bien le moment de lui rappeler ces tristes réalités ?

Il veut seulement se montrer rigoureux, pas cruel, il se sent lui-même atterré par son attitude.

***

écrit pour Magie des mots n°18
avec cette consigne:

Utiliser une de ces deux phrases du roman Crépuscule, de Michel Cunningham

“ A l’extérieur du taxi, des pigeons s’envolent bruyamment dans le bleu clignotant d’une enseigne Sony.” ou “ Pourquoi ce ton cynique ? Il veut seulement se montrer rigoureux, pas cruel, il se sent lui-même atterré par son attitude.”

http://mandrine6.wordpress.com/2014/05/10/la-magie-des-mots-n-18/

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 Pour ceux que ça intéresse, les deux phrases sont dans un extrait qu’on peut lire ici:

http://www.lexpress.fr/culture/livre/crepuscule-par-michael-cunningham_1075832.html

E comme extrêmement Rome

Extrêmement files et queues

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 le dimanche matin al Quirinale et l’après-midi à San Pietro

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 Extrêmement cinéma, toutes les salles de classe
et depuis l’annonce de l’oscar
toutes les vitrines des libraires
toutes les émissions à la télé
toutes les conversations
« La grande bellezza »

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 Extrêmement a room with a view
que ce soit à droite

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ou à gauche

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Extrêmement cappuccino « fai da te » Cool

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D comme droit, devoir ou désir d’oubli

Ai-je le droit d’oublier le nom de mes anciens élèves? d’oublier quelles études supérieures ils ont entreprises, abandonnées ou réussies? d’oublier s’ils sont encore en couple ou déjà divorcés? parents d’une fille ou d’un garçon? 

Depuis que j’ai beaucoup de rides et quelques cheveux gris, il me plaît d’exagérer ma vieillesse: elle a bon dos.

– Tu m’excuseras si je ne me souviens pas de ce que tu as fait comme études, avec l’âge ma mémoire ne s’arrange pas…

Alors ils me le pardonnent bien volontiers:

– Ah! mais c’est normal, ça vous fait tout de même une centaine d’élèves par an, vous ne pouvez pas tout retenir!

J’ai donc le droit d’oublier.

***

Pour d’autres choses, il me semble que j’ai le devoir d’oublier. Oublier l’offense de celui qui s’en repent. Oublier le mal fait involontairement. Oublier leurs erreurs de jeunesse, leurs maladresses, leurs fautes d’inattention. 

C’est assez facile à faire, contrairement à ce que pensent de nombreuses personnes:

– Vous vous souvenez sûrement de moi, Madame! Avec toutes les bêtises que j’ai faites!

Et bien non. Je peux très bien me souvenir de l’enfant sage et avoir complètement oublié le garnement. Il n’y a pas de règle pour cet oubli-là, pas de loi, ou alors de très mystérieuses relations de cause à effet.

***

Mais surtout, il y a tant de choses pour lesquelles j’ai le désir d’oublier. Oublier les blessures d’enfance. Oublier les mots qui font mal. Oublier.

Il n’y a rien de plus difficile.

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mais quand je suis à Rome
il y a une chose que je n’oublie jamais
c’est d’entrer au Panthéon
et d’y prendre cette photo-là
Bisou

 Le droit d’oublier
est le sujet de la semaine
aux Impromptus littéraires
(mais je n’ai pas envoyé ma participation)

B comme balade romaine

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Dimanche après-midi
monter vers le Gianicolo
par la via Garibaldi

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Arriver en haut
et avoir une vue sur Rome

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Se balader
parmi les joggers
et les promeneurs de chiens

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 La pluie a cessé
le soleil se montre
et les premières fleurs aussi

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Avoir envie
de prendre en photo
tous les arbres

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 toutes les échappées sur la ville 

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 et tous les marbres « recyclés »

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Puis se perdre un peu
dans les méandres de l’énorme parc
et arriver à la villa Pamphili

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ses magnolias

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et ses citronniers sous emballage

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 Revenir par la via Aurelia Antica
et manquer se faire écraser cinq fois
avant de retrouver la Porta San Pancrazio
et un arrêt de bus.

Adrienne est en vacances

En ce dimanche 2 mars, l’Adrienne a prévu d’aller au palazzo Quirinale pour y voir l’expo « La memoria ritrovata, tesori recuperati dall’Arma dei carabinieri » (osez encore dire que vous ne comprenez pas l’italien Clin d'œil) et au palazzo Barberini pour le dernier jour de l’expo sur le peintre Antoniazzo Romano.

Comment ça, vous ne connaissez pas ce monsieur?

Et bien l’Adrienne non plus Langue tirée

***

l’expo au palazzo Quirinale : http://www.quirinale.it/qrnw/statico/artecultura/mostre/2014_tesori/tesorihome.htm

l’expo au palazzo Barberini: http://www.romeguide.it/mostre/antoniazzoromano/antoniazzoromano.html

D comme défi

Silence !

« Silence ! » nous dit-on dans une bonne demi-douzaine de langues, au moins une fois toutes les cinq minutes.

« Chut ! » font les gardiens postés aux quatre coins de la salle.

Mais le murmure de la foule ne s’éteint jamais.

***

Il faut croire qu’à la chapelle Sixtine personne, vraiment personne n’est muet d’admiration.

texte écrit pour le défi 218, désolée pour ceux qui le liront deux fois

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M comme mendiants

Ils sont partout, ils sont nombreux et ils sont très divers, les mendiants de Rome.

On en trouve dans toutes les positions, comme cette grande femme noire que je croisais plusieurs fois par jour rue Gioberti, à côté de la gare Termini, et qui passe ses journées couchée de tout son long sur le trottoir, avec deux ou trois bouteilles d’un litre de bière à côté d’elle.

Plus loin dans la rue, à l’entrée du supermarché, un vieil homme pieds nus assis sur un casier en plastique rouge. Il a deux valises pour ses affaires et un tapis pour la nuit. Quand je passais le matin, il dormait encore. Le reste du temps, il fumait, le regard au loin.

Ils ont toutes les couleurs de l’univers et tous les âges de la vie.

Parfois même, ils assurent un intérim, comme cet homme dans le couloir du métro qui tenait une pancarte rédigée entièrement au féminin… (1)

A San Pietro, ils sont à genoux, les mains croisées entourées d’un chapelet et leur sébile est enveloppée d’images pieuses.

Ce sont probablement les places les plus chères… Derrière moi, une femme se penche vers un jeune mendiant qui semble abîmé dans la prière:

Buona sera, lui dit-elle en laissant tomber une lourde pièce dans son gobelet orné de photos de saintes religieuses et de padre Pio. And God bless you!

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vue sur Rome et sur san Pietro depuis le Monte Mario

Dernièrement, mon journal proposait un petit test pour voir « si on était un enfant de la ville ». Une des cinq questions était: « Vous voyez un mendiant. Lui donnez-vous de l’argent? »

Si la réponse était « oui », c’est qu’on n’était pas un enfant de la ville…

Il y a de quoi réfléchir, il me semble. Et pas seulement sur la valeur de ce genre de test!

***

(1) sono povera, sono malata (etc.)

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