22 rencontres (20 bis)

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– C’est toi, dit Madame à Dieter, que je verrais bien me succéder. 

Dieter, vous en avez sûrement déjà entendu parler ici, c’est un de ces chouettes ‘bad boys‘ que Madame a eus en classe et qu’environ deux ans après, elle a pris en stop  alors qu’il était en chaussettes au bord de la route.

C’est lui aussi qu’elle a retrouvé plus tard encore dans le rôle d’accompagnateur d’un élève sourd. Un job qu’il faisait magnifiquement. Une preuve de plus, si c’était encore nécessaire, de la vérité du dicton « Stropers zijn de beste boswachters » (littéralement: les braconniers sont les meilleurs gardes forestiers).

Pour compléter ce tableau logique dans la carrière du parfait ‘bad boy‘, il suit en ce moment une formation de flic.

– J’aimerais beaucoup reprendre votre boulot un jour! s’exclame-t-il. Mais d’abord je vais faire police d’intervention pendant deux ans.

– Ah mais c’est maintenant que j’arrête et que la place est vacante, dit Madame.

22 rencontres (19 bis)

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Un grand coup de freins, un vélo qui s’arrête pile devant Madame, c’est Justin.

– Comment allez-vous? demande-t-il, toujours poli.

Mais bien sûr, ce qui intéresse Madame, c’est comment il va, lui. Et ça tombe bien, il a envie de raconter 🙂

– Je termine ma formation d’électricien cette année, dit-il.

Madame s’en réjouit:

– Tu trouveras sûrement du travail! Et – se permet-elle d’ajouter – toi, tu sauras gérer tes sous!

Il rit:

– Oui, si ma femme n’est pas trop dépensière, ça ira.
– Ta femme?

Il n’a que vingt ans, ce gamin… Vingt et un le 6 juin, pour être exact.

Quand Madame l’a connu, il allait de situation de crise en situation de crise et devait tout gérer seul depuis ses onze ans, la maladie psychologique de sa mère, les soins du ménage, le manque d’argent à cause des dettes de ses deux parents, des déménagements, des changements de régime linguistique à l’école…

Et voilà que tout risque de recommencer: sa copine vit la même galère familiale, sociale, scolaire et financière que lui. 

22 rencontres (18 bis)

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Deux fois déjà Madame l’avait rencontré. Une fois seul, une fois avec son épouse.
Bien sûr, elle avait remarqué son sourire malicieux.
Bien sûr, elle n’avait pas trouvé anormal qu’il l’invite à l’appeler par son prénom.
Ce que – bien sûr – elle avait refusé.

Et puis tout ça a fait son chemin dans sa tête, laborieusement, sans qu’elle ait à y intervenir. A son insu, en quelque sorte.

Jusqu’au moment où la lumière se fit.

Alors elle envoya à M***, son élève en Première maths-sciences, le petit mot suivant:

Cher M***

Le week-end dernier, samedi après-midi pour être précise, j’ai eu comme une illumination (LOL) et je me suis tout à coup souvenue que ton papa était ancien élève du collège Saint-***, et qu’il a dû bien rigoler quand je l’ai cérémonieusement appelé « monsieur » le jour de l’entretien parents-professeurs 😉

Bref, j’en ris toute seule.

Madame revoit le papa de M*** le 27 mars, ça promet d’être fort gai 🙂

22 rencontres (17 bis)

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Maintenant que les pharmacies vous offrent une carte de fidélité comme un vulgaire magasin à grande surface, que tous vos précédents achats se retrouvent répertoriés dans leur ordi ainsi que vos données personnelles les plus intimes, vous vous demandez si vous avez bien le droit de changer de fournisseur de pilules. 

Parce qu’au départ, il y a bien longtemps, vous aviez choisi le lieu pour sa pharmacienne, qui était une toute jeune ancienne élève venant de s’installer. Vous vous disiez qu’il fallait encourager les jeunes, surtout si c’étaient des anciens élèves, et vous y êtes devenue cliente. Non pas une de ces clientes qui rapportent gros, même si vele kleintjes maken een groot – et c’est évidemment tant mieux pour vous.

Au fil de quelques années, la pharmacie est passée de mains en mains et Madame ne sait plus très bien pourquoi elle y reste fidèle, alors qu’une demi-douzaine d’autres dans sa ville sont désormais tenues par des anciens élèves.

Alors mercredi dernier, Madame a poussé une porte différente et offert sa mince clientèle à A* et S*, les plus charmantes pharmaciennes du pays 🙂

Et croyez-le: ça fait du bien de retrouver leur sourire 🙂

*** 

vele kleintjes maken een groot, littéralement ‘beaucoup de petits font un grand’, l’équivalent des petits ruisseaux qui font les grandes rivières.

22 rencontres (16 bis)

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Appelons-les D&D, comme Dupont et Dupond, leur prénom commence par un D et est si spécifique qu’il est impossible à Madame de les nommer ici. 

Quand Madame les voit tous les deux dans le couloir de son bureau, elle a cette exclamation joyeuse, genre Vous, ici? quel bonheur de vous revoir!

Ils expliquent qu’ils ont pris l’initiative de venir présenter leur parcours scolaire et professionnel aux élèves de Terminale électronique-électricité. Car ils ont un message à leur transmettre. Un message positif. Leur propre expérience les y incite.

Madame trouve ça très beau et applaudit des deux mains. Ils papotent longuement autour d’une tasse de café. Quelle merveille de voir ces deux jeunes adultes soucieux d’apporter leur témoignage à la nouvelle génération, alors qu’ils ont une vie si remplie!

Qu’ils reviennent chaque année, s’ils le veulent 🙂

 

22 rencontres (15 bis)

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A seize ans, elle a fait les 400 coups, lâchée par sa famille, livrée à elle-même. Elle a quitté l’école avec une fureur de ‘vivre sa vie’, avec une ivresse de liberté et la rage au cœur. Elle n’a pas de diplôme, pas même celui de l’école secondaire.

Depuis septembre, elle a enfin un boulot stable. Un copain de la bonne espèce.

Et un ventre qui s’arrondit.

Quand Madame la voit sortir une cigarette, elle se retient de faire une remarque. Mais son regard a été éloquent, probablement, parce que l’explication suivante arrive tout de suite:

– Je n’arrête pas de fumer, mais je diminue peu à peu.

– Ah bon? répond Madame.

– Oui, c’est le médecin lui-même qui me l’a conseillé: comme pendant les deux premiers mois je ne savais pas que j’étais enceinte, j’ai continué à fumer mes deux paquets, alors le bébé, si je m’arrêtais d’un coup, il serait en manque. Je dois diminuer petit à petit.

Elle en était, à ce moment-là, à quelques cigarettes quotidiennes.

– J’espère, dit Madame, que bientôt tu en seras à zéro cigarette!

Elle rit:

– C’est ce que mon copain espère aussi. Lui, il ne fume pas.

Alors Madame se joint à son rire:

– Il est bien, ce garçon, faudra le garder!

C’est aussi ce qu’il faut souhaiter au bébé, qui naîtra en février.

***

la photo n’a rien à voir dans l’histoire, sauf qu’il s’agit d’un test de grossesse, mais c’est à Pairi Daiza et je l’ai utilisée pour un billet précédent

22 rencontres (14 bis)

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Surprise de Madame en voyant Joris planté dans le couloir.

– Tu viens pour un stage? lui demande-t-elle toute joyeuse. Mais alors, tu as le droit d’entrer dans la salle des profs!

Joris, visiblement, n’a rien perdu de sa timidité. Alors Madame l’accompagne, lui dit où s’asseoir, lui propose un café, lui fait un brin de causette.

Joris, c’est celui dont sa maman disait, il y a trois ans, que contrairement à elle il était bon en français. Comme il est aussi très bon musicien, il a choisi de devenir prof de musique et de FLE (niveau collège).

Vendredi dernier, Madame le revoit, assis tout seul dans la salle des profs, devant un tas de copies. Il a dû donner sa toute première interro! sur l’accord de l’adjectif…

– Tu permets que j’y jette un œil? demande Madame.

– Je n’ai pas fait une interro très difficile, dit-il.

Et alors, alors seulement, et après l’y avoir copieusement encouragé, il ose dire ce qu’il a sur le cœur depuis trois ans:

– Chez vous, c’était difficile!