F comme fière

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Une collègue amie organise aujourd’hui une fête sur le thème « Hats and boots ».

L’Adrienne est bien contente de pouvoir porter fièrement un des chapeaux de son père.

Il a été difficile de décider lequel 🙂 mais le choix s’est finalement arrêté sur un Sylph gris foncé ou un John Howarth & Co noir.

Ha! si papa il savait ça, tralala 🙂

photo prise à Bruxelles, foire des antiquaires, oeuvre de Folon.

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F comme Fauvel

Fauvel

Dès qu’il s’agit de littérature française, l’Adrienne se croit en devoir de connaître. La voilà donc bien marrie l’autre soir, quand la prof d’histoire de la musique parle du Roman de Fauvel, oeuvre majeure du début du 14e siècle dont l’Adrienne n’avait à ce jour jamais entendu parler.

Epoque de Philippe le Bel. Une oeuvre satirique dans la veine du Roman de Renart mais qui, en plus, est un monument musical: le manuscrit comporte 132 morceaux de musique dans les genres les plus divers, « œuvres monodiques (empruntées aux répertoires sacré et profane) [qui] montrent toute la multitude des formes musicales de l’époque: conductus, séquence, prose, rondeau, lai, virelai, séquences et répons [et des] pièces polyphoniques (à 2 ou 3 voix) [qui] ont toutes la forme du motet.  » (wikipédia)

Voilà donc une grave lacune qu’il fallait combler.

Lacune qui prouve aussi à quel point l’éducation musicale devrait faire partie de tout cursus, et pas seulement être offert aux enfants dont les parents décident de les envoyer à l’école de musique à l’âge de huit ans.

***

On peut voir 40 illustrations du manuscrit ici

Pour ceux qui aiment la musique ancienne, voici l’oeuvre interprétée par le Clemencic Consort:

source de l’image en haut de page: wikipédia

F comme fantaisie

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Ma petite maîtresse – la bougresse –

m’aimait beaucoup – sans licou – au cou.

elle me soignait – du poignet –

me caressait – avec succès.

Quand il faisait mauvais – sans duvet –

et que nous ne pouvions pas sortir – sans pâtir –

elle venait me voir dans mon écurie – sans tilbury –

elle m’apportait du pain – et son calepin – 

de l’herbe fraîche – pour ma crèche – rêche, rêche.

des feuilles de salade – à m’en rendre malade –

des carottes – par pleines bottes –

elle restait avec moi – et son siamois –

longtemps, bien longtemps – son chat mécontent –

elle me parlait – de notre valet – laid, laid.

croyant que je ne la comprenais pas – ni ses appâts –

elle me contait – qu’il la montait!

ses petits chagrins – je suis un bourrin –

quelquefois elle pleurait – aujourd’hui j’en brairais!

***

photo et consignes chez Lakévio:

/…/ Ma petite maîtresse m’aimait beaucoup ; elle me soignait, me caressait. Quand il faisait mauvais et que nous ne pouvions pas sortir, elle venait me voir dans mon écurie ; elle m’apportait du pain, de l’herbe fraîche, des feuilles de salade, des carottes; elle restait avec moi longtemps, bien longtemps; elle me parlait, croyant que je ne la comprenais pas; elle me contait ses petits chagrins, quelquefois elle pleurait. /…/

Voici un court texte de quelques lignes. (Vous aurez reconnu Les Mémoires d’un Ane de notre chère Comtesse de Ségur). Le jeu sera d’en doubler le volume à l’aide d’adjectifs, d’adverbes et de propositions relatives ou subjonctives (qui, que, quoi, dont, où, lequel, duquel, avec laquelle, parce que, pour que, depuis que, pendant que, etc…) Rappelez-vous vos cours de grammaire ! Ben, quoi ? C’est la classe, ici !)

F comme Frei

18-08-18 (10)

« Ils étaient vingt-quatre, près des arbres morts de la rive, vingt-quatre pardessus noirs, marron ou cognac, vingt-quatre paires d’épaules rembourrées de laine, vingt-quatre costumes trois pièces, et le même nombre de pantalons à pinces avec un large ourlet. Les ombres pénétrèrent le grand vestibule du palais du président de l’Assemblée; mais bientôt, il n’y aura plus d’Assemblée, il n’y aura plus de président, et, dans quelques années, il n’y aura même plus de Parlement, seulement un amas de décombres fumants. »

Eric Vuillard, L’ordre du jour, Actes Sud, 2017, incipit.

Vögler, Krupp, Siemens, Opel, vingt-quatre noms que l’auteur définit comme le « nirvana de l’industrie et de la finance » (p.18) ont répondu à l’invitation de Goering et le lundi 20 février 1933 rencontrent au Reichstag Goering et Hitler à qui ils offriront l’argent nécessaire pour financer sa victoire aux élections du 5 mars.

Ces vingt-quatre représentent « BASF, Bayer, Agfa, Opel, IG Farben, Siemens, Allianz, Telefunken » (p.25). « Ils sont nos voitures, nos machines à laver, nos produits d’entretien, nos radio-réveils, l’assurance de notre maison, la pile de notre montre. » (p.25)

Jusqu’en 1944, ce « nirvana de l’industrie » a utilisé comme main-d’oeuvre des déportés de camps de concentration. Chez Krupp, « leur espérance de vie était de quelques mois. Si le prisonnier échappait aux maladies infectieuses, il mourait littéralement de faim (…) La guerre avait été rentable. » (p.145) Comme Bayer à Mauthausen ou BMW à Dachau, « Tout le monde s’était jeté sur une main-d’oeuvre si bon marché. (…) Sur un arrivage de six cents déportés, en 1943, aux usines Krupp, il n’en restait un an plus tard que vingt. » (p.146)

Et l’auteur conclut: « Ne croyons pas que tout cela appartienne à un lointain passé. Ce ne sont pas des monstres antédiluviens, créatures piteusement disparues dans les années cinquante (…) Ces noms existent encore. Leurs fortunes sont immenses. » (p.147) 

Le hasard d’une autre lecture du moment me le confirme: « Pendant que les balles crépitent, les contrats se signent sous les tentes. »

Alain Mabanckou, Le sanglot de l’homme noir, Fayard 2011, p.173.

En illustration, une photo prise au Mu.Zee d’Ostende, dans l’expo consacrée au génial Raoul Servais. L’inscription en néerlandais est le premier slogan utilisé par le parti d’extrême-droite en Flandre. L’oeuvre date de 2005 et a comme titre Rhapsodie en brun

 

F comme fritte

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Dans la salle du Neues Museum qui lui est réservée, la belle princesse s’ennuie.

Qu’on ait interdit de la photographier, passe encore, on la trouve des milliers de fois sur le WWW et dans tellement de livres qu’elle est le visage de femme le plus connu au monde. Juste un peu concurrencée par une mystérieuse Italienne 😉

Mais qu’on interdise à ses admirateurs de parler? de chuchoter? Plus le moindre petit compliment, plus aucune platitude comique, nul émerveillement, plus rien ne traverse l’épaisse paroi de verre.

Silence total, sauf un « chut » sévère de temps en temps de la part de la gardienne, toujours sur le qui-vive, toujours de mauvaise humeur, toujours à taper sur l’épaule d’un contre-venant qui sort son portable pour une discrète photo.

Ses admirateurs ont juste le droit de se remplir les yeux de sa beauté d’une symétrie parfaite, du bleu (poudre de fritte, coloré avec de l’oxyde cuivrique), du vert (fritte en poudre, coloré avec du cuivre et de l’oxyde de fer), du blanc, du noir, du jaune et du rouge clair de sa peau.

source de la photo wikimedia commons

F comme Fountain Hills

Anna en a assez. Depuis le temps que ça dure, elle n’en peut plus. Toutes ces discussions interminables. Ces éclats de voix qui scandalisent le voisinage. Même qu’un jour les forces de l’ordre ont été appelées.

Anna en a assez. Elle ne les supporte plus. Elle est chez elle, et elle n’est plus chez elle. Son fils veut la maison pour lui seul. Enfin, pour lui et son amie, celle-là il aurait mieux fait de la laisser où elle était. Une propre à rien.

Anna en a assez. Non, elle n’a pas pété les plombs. Elle est calme et déterminée. Elle attend qu’ils soient tous les deux dans leur chambre et qu’ils dorment. Alors, sur ses vieilles pantoufles, elle trottine jusqu’à la porte derrière laquelle elle entend ronfler son fils.

Elle a ses deux pistolets armés dans les poches de sa robe de chambre. Elle ouvre la porte. Elle tire.

Justice est faite.

***

On appelle ça un fait divers – voir ici pour ajouter quelques détails vrais à ma fiction.

F comme Figaro, Figarette

Je vous ai déjà parlé quelques fois du vieux monsieur à longue barbe grise, qui est mon premier sourire du matin, ma première et dernière causette du jour.

Celui qui me tient au courant de la météo, de son état de santé, des bruits qui courent sur les travaux présents et à venir 🙂 

Je sais désormais qu’il a un Figaro dans sa vie, lui aussi, une Figarette qui vient le coiffer à domicile.

– Vous ne remarquez rien? me dit-il un matin d’avril.

Me voilà bien embêtée pour deviner.

Heureusement, l’explication suit: sa coiffeuse est venue lui couper les cheveux.

– Je lui interdis chaque fois de toucher à la barbe, dit-il. Et bien, elle me la coupe quand même!

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Le vieux monsieur toujours rieur, même à barbe raccourcie, posant devant son jardinet juste avant la dévastation. Il avait de magnifiques rosiers d’un rouge sombre et velouté, des crocus, des tulipes et une profusion de campanules et de muscaris.