F comme fallait pas

devoir de Lakvio du Goût_42.jpg

Alice est dans la serre pour tuteurer ses tomates. Pulvériser une décoction d’ail sur ses poivrons. Pas de mildiou, cette année, ni sur les tomates, ni sur les aubergines… c’est peut-être grâce à ces deux ou trois vitres brisées. L’air circule bien et la température reste bonne.

Alice passe beaucoup de temps dans sa serre. Les voisins ne s’en étonnent pas. C’est du travail, tous ces légumes. Parfois Alice en partage quelques-uns autour d’elle. Ça fait toujours plaisir, même si on se récrie « ô! fallait pas! ».

Et ça permet de faire une causette.

Ne croyez pas qu’il ne se passe rien dans ces belles rues aux grandes maisons et aux beaux jardins.

Ainsi par exemple, ce dont tout le monde parle en ce moment, ce sont ces lettres anonymes qui sont arrivées chez quelques personnes. Alice n’en a pas reçu, mais – dit-elle – ça ne saurait tarder, il n’y a pas de raison qu’elle y échappe, n’est-ce pas!

Alice se sent bien dans sa serre. Elle voit et entend beaucoup de choses. A ça aussi ils sont utiles, les deux ou trois trous à cause des vitres brisées.

Les gens parlent, vont, viennent.
Alice a tout vu, tout entendu.
Celui qui va au bout de son jardin pour téléphoner. Celle qui… Ceux qui…
Elle a tout retenu, tout recoupé, c’est comme un puzzle.
Mais en plus excitant.

Alors le soir, pour jouer au corbeau, ce n’est pas la matière qui lui manque…

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Merci à Monsieur le Goût pour ce 42e devoir de Lakevio du Goût: Qui est-elle ?
Existe-t-elle ? Que fait elle là ? À vous de le dire lundi…

F comme filou, filoute

photography of person peeking

C’est en soulevant le couvercle de la photocopieuse que Madame a découvert avec stupéfaction que le papier qui se trouvait dessous lui appartenait: c’était bien sa liste de « vocabulaire utile » à la compréhension des mots argotiques dans Oscar et la Dame rose. Bizarre, se dit-elle.

Deux élèves frappent à la porte de la salle des profs, ils doivent rendre leur dernière interro de français, après l’avoir corrigée. Tiens, se dit Madame, ma collègue fait du recyclage! C’était une interro que Madame avait donnée il y a une dizaine d’années. Bizarre, tout de même, se dit-elle.

Madame aide parfois des élèves qui ont des difficultés avec le français. En ouvrant leur syllabus de cours, elle constate que seule la page de couverture est différente: tout le reste a été puisé chez elle. Jusqu’aux exercices de grammaire où chaque phrase a été inventée par elle. C’est quand même fort, se dit-elle. 

Au moment des oraux de juin, Madame trouve des liasses de notes de cours. En les feuilletant pour voir à qui les rendre, elle voit que toutes les photocopies viennent de son propre syllabus de littérature française. On me prend vraiment pour un pigeon, se dit-elle.

Pas besoin de chercher la taupe, de lever les masques ni de prendre des empreintes digitales pour élucider cette affaire d' »espionnage scolaire »: on sait quel prof enseigne à quelles classes.

Il y a ceux à qui Madame a donné avec plaisir tout ce qu’elle avait à donner. C’était en filières techniques et professionnelles.

Et il y a ceux qui d’un air hautain lui ont dit qu’ils étaient expérimentés et qu’ils n’avaient besoin de rien.

Bien sûr! Ils avaient déjà tout 🙂

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texte écrit pour Olivia Billington – merci Olivia! – avec les mots imposés: couverture – espionnage – taupe – filou – masque – empreinte – pigeon

Photo de Noelle Otto sur Pexels.com

F comme Fin du monde

Chaque mardi, l’université d’Anvers lance sa page d’enquête pour voir comment se sent et se comporte le Belge confiné. On peut y participer en quatre langues, donc amis belges, n’hésitez pas mardi prochain 😉

Voilà trois fois que l’Adrienne remplit consciencieusement le questionnaire. Certaines questions reviennent chaque semaine, d’autres évoluent au rythme de l’actualité.

Parmi les grands classiques, il y a celle-ci: à combien de personnes avez-vous parlé hier en face à face?

Le premier mardi, c’était 1, vu que la veille l’Adrienne était allée faire des courses et avait dit un petit mot à la jeune fille qui surveillait les caisses du self-scanning: il s’agissait d’une ancienne élève, fraîchement diplômée en psychologie, qui fait ce boulot en attendant la fin de la fin du monde. 

Le second mardi c’était 0, l’Adrienne n’était pas sortie de chez elle la veille.

Mais hier c’était la fête: l’Adrienne a pu cocher le chiffre 4!

Il y a eu la même jeune fille du magasin, la mère qui cette fois n’était pas encore sortie pour son entraînement quotidien ;-), un voisin avec qui jusque-là aucun mot n’avait jamais été échangé et la famille d’origine marocaine qui habite dans la même rangée.

Oui, c’est vrai, ça fait plus de 4.

Mais ce n’est pas beau de se vanter 😉

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merci à Joe Krapov pour la vidéo et l’inspiration 🙂

F comme froid

Antverpia Mercatorum Emporium

Il faisait excessivement froid, les derniers jours de janvier 1841. Les rues d’Anvers étaient en habit hivernal et brillaient d’un blanc intense; la neige ne tombait pas en doux flocons, n’enchantait pas le regard par la danse de ses milliers de petites plumes; au contraire, elle tombait dru et fouettait comme des grêlons les vitres des maisons fermées – le vent aigre venant du nord chassait vers la chaleur du poêle la plupart des gens qui se risquaient sur leur seuil.  

Het was uitermate koud in de laatste dagen der maand Januari 1841. De straten der stad Antwerpen hadden hun winterkleed aangenomen en glinsterden van zuivere witheid; de sneeuw viel echter niet bij zachte vlokken, noch verheugde het oog met hare duizende dooreenspelende pluimkens; integendeel, zij viel kletterend en als hagel tegen de vensterglazen der geslotene huizen, — en de bittere noordewind joeg de meeste burgers, die zich op hunne dorpels vertoonden, terug naar de gloeiende kachel.

Wat Eene Moeder Lijden Kan, in De Volledige werken van Hendrik Conscience. Brussel, A.N. Lebègue & Co., 1884 (la première édition date de 1843)

Incipit – traduction de l’Adrienne – à lire en entier sur de nombreux sites, dont celui du Gutenberg Project. – source de l’illustration ici (vue d’Anvers/Antwerpen – musée Vleeshuis) – idée de billet inspirée par Walrus et son commentaire d’hier 🙂

 

 

 

 

F comme file-moi ton slip

Depuis ce début de février, des amis jardiniers déplorent de ne pas habiter en Wallonie picarde (voir ici) car on y annonce l’organisation du test du slip.

Comme on peut le voir dans la vidéo ci-dessus, la chose ayant déjà eu lieu l’an dernier en un tas d’autres endroits, par des agriculteurs et des viticulteurs désireux de tester (ou de démontrer) la qualité de leurs sols: vous enterrez un slip en coton blanc, bien à plat, à quinze centimètres de profondeur et vous attendez exactement deux mois avant de le faire remonter à la surface.

Plus il est détérioré, plus il atteste de la bonne qualité de votre sol.

Donc si vous êtes en Wallonie picarde, vous pouvez vous inscrire (ici), toutes les données sont et l’enterrement du slip doit avoir lieu le premier avril – on a cherché et trouvé une date un peu ludique parce qu’il faut que ce soit aussi F comme FUN 😉

F comme fruit

Opnieuw briefkaart met kiwisticker bezorgd door Bpost: ‘Goedkoper dan priorzegel en meer vitamientjes’

Je ne sais pas s’il faut être Belge pour avoir de telles idées – ni s’il faut être en Belgique pour que ça marche – mais le fait est là: quelques plaisantins, à l’occasion de Noël et Nouvel An, ont envoyé des cartes de vœux ornées du petit auto-collant d’un kiwi au lieu du timbre poste. Comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessus.

L’expéditeur de celle-ci est heureux d’annoncer que sa carte vitaminée est arrivée avant une autre, qui avait cependant été pourvue d’un timbre officiel au tarif « prioritaire » de 0,97 €.

A la Poste, bien sûr, on déplore cette mode fruitière, mais depuis que le facteur ne passe plus dans ma rue, j’applaudis à tout ce qui peut la faire grincer des dents 🙂

Je précise, pour ceux qui aimeraient tenter l’expérience, que ça ne semble pas marcher avec les auto-collants des poires et des bananes: ça ne fonctionne qu’au kiwi 😉

source de la photo et article ici.

F comme filer une torgnole

– Ça doit être la carte graphique, dit le mari de Tania – un connaisseur – arrivant ainsi à la même conclusion que Walrus – un connaisseur aussi, l’Adrienne est entourée de pro 🙂

– Est-ce que tu lui as donné un coup?

– Un coup? fait l’Adrienne en ouvrant de grands yeux.

Elle sait très bien faire la tête d’ahurie.

– Oui, un bon petit coup, c’est peut-être juste un mauvais contact.

Alors, de retour chez elle, l’Adrienne – qui de sa vie n’a jamais tapé rien ni personne, pas même le carton – a donné quelques petits coups dans le dos de son ordi, sans trop savoir sur quelle zone insister ni quelle poigne y mettre…

Peut-être fallait-il frapper plus fort? Les diagonales flashy et les lettres volantes étaient toujours là…

Mais c’était un prétexte suffisant pour (vous faire) réécouter un Renaud de derrière les fagots 😉

Bonne journée à tous!

F comme foule, files, folie

2019-11-01 (34)

A Paris, si on veut voir une des étoiles du firmament de la peinture, on n’a pas d’autres perspectives que de se lever tôt et de faire la queue.

Même, s’il le faut, sous le parapluie, en bravant des températures de novembre.

Même – j’en ai vu plusieurs! – avec des poupons endormis dans leur maxi-cosy.

C’est dire la passion qui pousse tous ces gens, là sur la photo prise au Grand Palais, à se mettre dans une file qui se poursuit jusque sur les boulevards, alors qu’ils ont tous un billet réservé, avec nom, date et heure.

Avec bien sûr en record absolu la Mona Lisa, pour qui il faut faire la queue deux fois: une fois pour entrer au Louvre et une deuxième fois pour avoir le droit de prendre un selfie devant cette vedette plus flashée quotidiennement que les plus grands rois football pendant toute leur carrière.

Vous avez exactement dix secondes pour le faire avant que deux gardiens vous aboient sans complaisance qu’il faut laisser la place au selfiste suivant.  

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Texte écrit pour Olivia Billington – que je remercie – avec les mots imposés suivants: étoile – complaisance – football – perspectives – novembre – passion – poupon

F comme Folon

Demain, dès l’aube, à l’heure où bleuit la campagne, je partirai. 
Je prendrai le chemin des trois collines.
Je garderai l’œil bien ouvert sur cette terre bleue comme une orange.

Je marcherai vers toi, qui as toutes les joies solaires, tout le soleil sur la terre, sur les chemins de ta beauté.

Et quand j’arriverai, je mettrai dans la cage mon chapeau fatigué, pour que l’oiseau puisse vivre libre et chanter.

***

écrit pour Mil et Une qui propose ce tableau et ces consignes: Jean-Michel Folonclic Sujet 35/2019 – du 05 au 12/10 Le mot à insérer facultativement est : AUBE Les textes, avec titre et signature, sont à envoyer à notre adresse :

 les40voleurs(at)laposte.net