F comme far breton

C’est même pas vrai! a crié Madeleine en se retournant. Mais moi je l’avais bien vu, qu’elle dépeçait sa quatrième pâquerette dans l’espoir d’arriver à « il m’aime à la folie » au lieu du « pas du tout » qu’elle obtenait chaque fois.

Bien sûr, les autres ça les faisait drôlement rigoler, surtout Charlotte qui avait un jules depuis trois semaines et rêvait déjà des prénoms de ses futurs bébés.

– Tu veux que je te montre comment tenir le cerf-volant? a demandé son jules.

Mais Madeleine ne lui en a pas laissé l’occasion et faisait de grands gestes des bras et des mains pour qu’on comprenne qu’elle était la championne interceltique du cerf-volant. Nous, on ne regardait que le jules, qu’on trouvait beau comme un acteur de cinéma, avec ses lunettes de soleil.

– On va se baigner? j’ai proposé.

Parce que j’aurais aimé savoir s’il était aussi beau en slip de bain qu’en costume croisé.

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merci à Joe Krapov qui nous offre généreusement des photos de famille et des gâteaux pour cette consigne. J’ai choisi charlotte, madeleine et far breton 🙂

F comme formidable!

Biobest

C’est hier seulement que l’Adrienne a pris le temps de lire son journal du 3 décembre pour y trouver cette merveilleuse et rassurante nouvelle: une entreprise originaire de la Campine est leader mondial dans ‘l’élevage’ des insectes utiles.

Des milliards d’insectes par an qui sortent de leurs serres ou chambres climatisées pour être utilisés dans la lutte contre les pucerons, pour polliniser des cultures, ou pour d’autres choses encore comme on peut le lire ici.

Or, en choisissant d’utiliser des insectes, on fait coup double, puisque dans ce cas on s’interdit forcément les traitements chimiques qui les tueraient.

Une entreprise créée en 1987 par un vétérinaire campinois qui au début ‘produisait’ uniquement des bourdons, principalement pour la pollinisation des plants de tomates: grâce aux bourdons, la production augmentait de 40%.

On comprend que c’est exactement ce genre d’argument qui convainc les producteurs 😉

Bref, voilà une lecture qui fait du bien.

F comme Figaro

Jozefien coupe les cheveux de ses voisins âgés, traduit l’Adrienne pour le petit journal de quartier.

Alors évidemment elle revoit son grand-père, peigne et ciseaux à la main, le menton tremblant, en train de couper les cheveux du petit frère, qui n’était pas capable de se tenir tranquille quelques minutes.

– C’est une véritable girouette, cet enfant! disait-il.

Mais ce n’était pas la faute du petit frère: c’était la faute d’un bruit du dehors ou dans le couloir ou d’une porte que quelqu’un ouvrait à l’étage.

– Je vais finir par lui couper dans l’oreille! disait-il à la mère, et son menton tremblait si fort que mini-Adrienne avait peur qu’il refasse un infarctus.

Mais bien sûr la mère donnait raison à son fils:

– C’est que ça dure trop longtemps! répondait-elle.

Elle savait bien pourquoi elle ne l’emmenait pas chez un vrai coiffeur 😉

F comme figues

Photo de Magda Ehlers sur Pexels.com

Mercredi vers dix heures du matin, on sonne à la porte de l’Adrienne.

En allant ouvrir, elle se demande quelle sorte de vendeur de calendrier elle va trouver, mais elle se trompe: il y a là un homme avec un petit garçon – pourquoi n’est-il pas à l’école, celui-là? – qui lui demande si le figuier dans le jardinet contre le mur de la maison est à elle – ben oui, à qui serait-il donc? – et s’il peut cueillir quelques figues pour son gamin – un enfant déjà fort grassouillet, mais soit, mieux vaut une poignée de figues qu’un sachet de chips.

– Elles ne sont pas mûres, elles ne mûrissent plus, dit l’Adrienne, je ne crois pas que vous en trouverez de bonnes à manger.

Mais il a tout de même été voir, a enjambé la petite clôture, piétiné le romarin et pris quelques fruits pour son fils qui les a dévorés sans tarder.

Et voilà, se dit l’Adrienne en refermant sa porte, voilà pourquoi il n’y a plus de figues mûres sur l’arbre, des passants passent et se servent.

Ça fait déjà quelques semaines qu’il n’y a plus de figues mûres, sauf du côté de la porte de la cuisine, où le passant qui passe risquerait d’être pris en flagrant délit 😉

F comme finestrino

In Florence, they reopened one of the historic “Buchette” of the wine

C’est depuis le mois de mai qu’on peut lire dans la presse italienne – surtout toscane – que les bars, cafés, restaurants et autres gelaterie redécouvrent ces petites ouvertures dans le mur qu’il appellent là-bas une « bucchetta del vino« , littéralement un petit trou pour le vin, comme on peut le voir sur la photo.

Un site leur est consacré et on s’y congratule pour chaque bucchetta redécouverte ou rouverte – puisque certaines d’entre elles avaient été murées. Les auteurs sont aussi très fiers que leur article du 30 juillet – un altra bucchetta riaperta a Firenze – a été repris dans la presse étrangère.

Ces petites ouvertures, nous explique-t-on ici, datent principalement d’une autre ‘crise sanitaire’, les épidémies de peste de la première moitié du 17e siècle (1630-1633).

Elles permettaient de se faire livrer le vin sans qu’il y ait contact physique, en le versant directement dans un récipient que l’acheteur apportait. L’ouverture a juste la taille d’une fiasque de l’époque.

Le seul contact qui avait lieu, c’était avec les pièces de monnaie: à l’époque on conseillait de les ‘désinfecter’ avec du vinaigre.

La dernière ‘bucchetta del vino‘ florentine avait été fermée en 1958: celui qui désirait acheter du vino sfuso (vin en vrac) pouvait désormais le faire dans une épicerie située dans la même rue.

F comme fillettes, fillettes…

DSCI8408

L’Adrienne ces jours-ci remet de l’ordre dans ses archives familiales, classe et reclasse, trie et re-trie.

Elle finit toujours par se retrouver avec quelques inconnues, comme ces communiantes des années 1920, sans doute des nièces, cousines ou petites-cousines de grand-mère Adrienne, une Jeanne ou une Madeleine, une Clarisse ou une Elvire.

Il n’y a rien de plus nostalgique que ce récolement d’archives, quand on en vient à rêvasser sur le destin de toutes ces personnes, avec leur lot de petits bonheurs et de grands malheurs.

Et qui ont, un beau jour de mai, posé fièrement dans le studio d’un photographe, avec leur voile, leur couronne, leur missel, leur aumônière, toutes vêtues de blanc des pieds à la tête.

Le plus souvent avec la main qui s’appuie sur le même guéridon où elles ont posé bébé et à côté duquel elles souriront gravement le jour de leur mariage 🙂

 

F comme fallait pas

devoir de Lakvio du Goût_42.jpg

Alice est dans la serre pour tuteurer ses tomates. Pulvériser une décoction d’ail sur ses poivrons. Pas de mildiou, cette année, ni sur les tomates, ni sur les aubergines… c’est peut-être grâce à ces deux ou trois vitres brisées. L’air circule bien et la température reste bonne.

Alice passe beaucoup de temps dans sa serre. Les voisins ne s’en étonnent pas. C’est du travail, tous ces légumes. Parfois Alice en partage quelques-uns autour d’elle. Ça fait toujours plaisir, même si on se récrie « ô! fallait pas! ».

Et ça permet de faire une causette.

Ne croyez pas qu’il ne se passe rien dans ces belles rues aux grandes maisons et aux beaux jardins.

Ainsi par exemple, ce dont tout le monde parle en ce moment, ce sont ces lettres anonymes qui sont arrivées chez quelques personnes. Alice n’en a pas reçu, mais – dit-elle – ça ne saurait tarder, il n’y a pas de raison qu’elle y échappe, n’est-ce pas!

Alice se sent bien dans sa serre. Elle voit et entend beaucoup de choses. A ça aussi ils sont utiles, les deux ou trois trous à cause des vitres brisées.

Les gens parlent, vont, viennent.
Alice a tout vu, tout entendu.
Celui qui va au bout de son jardin pour téléphoner. Celle qui… Ceux qui…
Elle a tout retenu, tout recoupé, c’est comme un puzzle.
Mais en plus excitant.

Alors le soir, pour jouer au corbeau, ce n’est pas la matière qui lui manque…

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Merci à Monsieur le Goût pour ce 42e devoir de Lakevio du Goût: Qui est-elle ?
Existe-t-elle ? Que fait elle là ? À vous de le dire lundi…

F comme filou, filoute

photography of person peeking

C’est en soulevant le couvercle de la photocopieuse que Madame a découvert avec stupéfaction que le papier qui se trouvait dessous lui appartenait: c’était bien sa liste de « vocabulaire utile » à la compréhension des mots argotiques dans Oscar et la Dame rose. Bizarre, se dit-elle.

Deux élèves frappent à la porte de la salle des profs, ils doivent rendre leur dernière interro de français, après l’avoir corrigée. Tiens, se dit Madame, ma collègue fait du recyclage! C’était une interro que Madame avait donnée il y a une dizaine d’années. Bizarre, tout de même, se dit-elle.

Madame aide parfois des élèves qui ont des difficultés avec le français. En ouvrant leur syllabus de cours, elle constate que seule la page de couverture est différente: tout le reste a été puisé chez elle. Jusqu’aux exercices de grammaire où chaque phrase a été inventée par elle. C’est quand même fort, se dit-elle. 

Au moment des oraux de juin, Madame trouve des liasses de notes de cours. En les feuilletant pour voir à qui les rendre, elle voit que toutes les photocopies viennent de son propre syllabus de littérature française. On me prend vraiment pour un pigeon, se dit-elle.

Pas besoin de chercher la taupe, de lever les masques ni de prendre des empreintes digitales pour élucider cette affaire d' »espionnage scolaire »: on sait quel prof enseigne à quelles classes.

Il y a ceux à qui Madame a donné avec plaisir tout ce qu’elle avait à donner. C’était en filières techniques et professionnelles.

Et il y a ceux qui d’un air hautain lui ont dit qu’ils étaient expérimentés et qu’ils n’avaient besoin de rien.

Bien sûr! Ils avaient déjà tout 🙂

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texte écrit pour Olivia Billington – merci Olivia! – avec les mots imposés: couverture – espionnage – taupe – filou – masque – empreinte – pigeon

Photo de Noelle Otto sur Pexels.com

F comme Fin du monde

Chaque mardi, l’université d’Anvers lance sa page d’enquête pour voir comment se sent et se comporte le Belge confiné. On peut y participer en quatre langues, donc amis belges, n’hésitez pas mardi prochain 😉

Voilà trois fois que l’Adrienne remplit consciencieusement le questionnaire. Certaines questions reviennent chaque semaine, d’autres évoluent au rythme de l’actualité.

Parmi les grands classiques, il y a celle-ci: à combien de personnes avez-vous parlé hier en face à face?

Le premier mardi, c’était 1, vu que la veille l’Adrienne était allée faire des courses et avait dit un petit mot à la jeune fille qui surveillait les caisses du self-scanning: il s’agissait d’une ancienne élève, fraîchement diplômée en psychologie, qui fait ce boulot en attendant la fin de la fin du monde. 

Le second mardi c’était 0, l’Adrienne n’était pas sortie de chez elle la veille.

Mais hier c’était la fête: l’Adrienne a pu cocher le chiffre 4!

Il y a eu la même jeune fille du magasin, la mère qui cette fois n’était pas encore sortie pour son entraînement quotidien ;-), un voisin avec qui jusque-là aucun mot n’avait jamais été échangé et la famille d’origine marocaine qui habite dans la même rangée.

Oui, c’est vrai, ça fait plus de 4.

Mais ce n’est pas beau de se vanter 😉

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merci à Joe Krapov pour la vidéo et l’inspiration 🙂