F comme futur proche

– Tu as passé une bonne semaine? demande Madame à Fleur.

C’est la quatrième fois que, de vendredi en vendredi, Fleur vient combler quelques lacunes dans ses connaissances du français.

Chaque fois Madame lui conseille de faire un planning pour ses révisions et d’y intercaler un peu de FLE.
A commencer par du vocabulaire et des conjugaisons.

Chaque fois Fleur répond qu’elle va le faire mais que d’abord elle doit encore s’occuper d’autres cours.

– Je comprends, dit Madame, mais essaie… Un quart d’heure ici ou là, c’est peut-être possible? Et c’est plus rentable que plusieurs heures d’affilée.
– Je vais essayer, dit Fleur, et Madame voit, entend, comprend qu’au bout de la semaine, elles en seront toujours au même point: dans le futur proche.

F comme Flirt Flamand

Les activités en intérieur sont encore interdites, sécurité sanitaire oblige? Qu’à cela ne tienne, la Foire du Livre de Bruxelles sera virtuelle.

Pas de longue queue donc pour la dame au chapeau (noir) qui lui sert d’armure – et au verre de champagne fétiche, mais rassurez-vous, elle ne partira pas ivre, la flûte pleine se réchauffe doucement sur le coin de la table…

Envol virtuel vers la Suisse, à l’honneur cette année, et une initiative belgo-belge qui, sous des airs légers, veut nous faire prendre conscience de ce qui se passe au niveau culturel chez ceux qui parlent l’autre langue nationale – ou plutôt l’écrivent.

Comment faire éclater cette frontière qui coince lecteurs et écrivains sous leur clocher?

Car comme l’écrit Jeanne Labrune, les rencontres font partie des Choses qui rendent heureuse:

« La mousse sur le café qui sort du percolateur.
Elle ressemble parfois au pelage d’un tigre du Bengale, parfois à l’écume de la mer.
L’amour avec quelqu’un qui ose aimer.
La mousse du savon. L’eau tiède sur la peau.
Le menton d’un homme couché et les lignes droites de son visage.
L’arrivée dans un pays étranger.
Une nuit blanche pendant laquelle on écrit.
La première neige qui tombe à gros flocons et le dernier jour de gel.
Le premier matin froid piquant et le premier matin tiède. »

***

La rencontre entre Amélie et Monsieur Neveu avec photo du chapeau et du champagne, c’est ici.

Écrit pour les Plumes d’Émilie – merci Émilie! – avec les mots imposés suivants: SAVON – CHAMPAGNE – IVRE – éCRIRE – éCLATER – INTéRIEUR – ENVOL – LINGER(E) – LéGER(E) – SéCURITé – COINCER – MOUSSE – AIR – AIGUILLE – ARMURE

F comme file

Photo de cottonbro sur Pexels.com

La presse l’avait annoncé pendant le week-end de Pâques: dès le mardi 6 avril, les Belges de 18 ans et plus pourraient s’inscrire sur une liste d’attente, de sorte que s’il reste quelques doses de vaccin en fin de journée, on puisse les appeler pour leur en donner une.

Que rien ne se perde.

Excellent principe!

D’ailleurs à ce propos l’Adrienne avait eu un échange assez musclé – courtois mais ferme – avec un des responsables politiques de sa ville, un jour qu’il faisait sa pub en vantant l’excellente organisation du centre de vaccination.

Il lui avait alors certifié et juré ses grands dieux qu’aucune dose ne se perdait, qu’en fin de journée elles étaient données aux bénévoles, à la police, aux pompiers…

D’accord, avait dit l’Adrienne, mais quand ceux-là aussi seront tous vaccinés?

Bref, le gouvernement a dû se faire la même réflexion et a fini par installer la fameuse liste d’attente qu’il refusait auparavant.

Vous devinez la suite: mardi, vers dix heures et demie, l’Adrienne se rend sur le site ad hoc pour s’inscrire. Elle y apprend qu’elle est le numéro 261 321 et qu’il y a 183 432 personnes avant elle dans la file d’attente.

Et ça, rien que pour la Flandre!

Le temps d’écrire ce billet, environ une demi-heure, il y avait encore 177 201 personnes dans la queue.

Si ça vous amuse, vous pouvez calculer le nombre d’heures qu’il faudra avant qu’elle reçoive ses dix minutes pour s’inscrire sur la liste 🙂

***

ajout de ce midi, une belle illustration signée Kroll:

F comme femmes

71ème devoir de Lakevio du Goût.

devoir de Lakevio du Goût_71.jpg

C’est bien ma veine!

Juste le week-end de Pentecôte, qu’on est quatre jours à la mer, qu’il fait beau, et tout et tout!

Paf!

Moi qui aime tant me laisser porter par les vagues… jouer avec elles comme quand j’étais une gamine…

Évidemment, j’ai mes règles!

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Le tableau proposé par Monsieur le Goût pour ce lundi m’a rappelé les histoires de ma grand-mère Adrienne et l’énorme progrès réalisé en deux ou trois générations pour rendre les règles un peu moins inconfortables pour les femmes.

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Pourquoi cet accoutrement si différent ? Pourquoi est-elle là. Pour se baigner ? Pour s’amuser ? Pour regarder les autres ? Pour autre chose ?
Pourtant elle se distingue de tous. Pourquoi ? Si vous le savez, dites le lundi…

F comme femmes

Est-ce que les femmes doivent être nues pour entrer au Metropolitan Museum ?

Femme séductrice, déesse ou diablesse, elle ne manque pas dans nos musées et notre histoire de l’art, mais comme sujet – non comme artiste – et de préférence nue.

Telle cette Maja desnuda proposée ce lundi par Monsieur le Goût.

Les clichés sexistes sur la place des femmes dans l’art ne manquent pas, tenons-nous-en à celui-ci, qui est de Gustave Moreau et tout à fait représentatif:

« L’intrusion sérieuse de la femme dans l’art serait un désastre sans remèdeQue deviendra-t-on quand des êtres […] aussi dépourvus du véritable don imaginatif viendront apporter leur horrible jugeote artistique avec prétentions justifiées à l’appui ? » source ici.

En France, l’école des beaux-arts est devenue mixte en 1897 mais les femmes n’avaient pas accès aux ateliers ni aux concours. De plus, leurs cours étaient payants alors qu’ils étaient gratuits pour les hommes. Et seuls le portrait, le paysage ou la nature morte leur étaient autorisés.

« Je ne crois pas qu’il y ait jamais eu un homme traitant une femme d’égale à égal, et c’est tout ce que j’aurais demandé. Car je sais que je les vaux. » Berthe Morisot, 1890.

source ici.

Sophie Calle, Le Mari, 1995 (source ici)

F comme far breton

C’est même pas vrai! a crié Madeleine en se retournant. Mais moi je l’avais bien vu, qu’elle dépeçait sa quatrième pâquerette dans l’espoir d’arriver à « il m’aime à la folie » au lieu du « pas du tout » qu’elle obtenait chaque fois.

Bien sûr, les autres ça les faisait drôlement rigoler, surtout Charlotte qui avait un jules depuis trois semaines et rêvait déjà des prénoms de ses futurs bébés.

– Tu veux que je te montre comment tenir le cerf-volant? a demandé son jules.

Mais Madeleine ne lui en a pas laissé l’occasion et faisait de grands gestes des bras et des mains pour qu’on comprenne qu’elle était la championne interceltique du cerf-volant. Nous, on ne regardait que le jules, qu’on trouvait beau comme un acteur de cinéma, avec ses lunettes de soleil.

– On va se baigner? j’ai proposé.

Parce que j’aurais aimé savoir s’il était aussi beau en slip de bain qu’en costume croisé.

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merci à Joe Krapov qui nous offre généreusement des photos de famille et des gâteaux pour cette consigne. J’ai choisi charlotte, madeleine et far breton 🙂

F comme formidable!

Biobest

C’est hier seulement que l’Adrienne a pris le temps de lire son journal du 3 décembre pour y trouver cette merveilleuse et rassurante nouvelle: une entreprise originaire de la Campine est leader mondial dans ‘l’élevage’ des insectes utiles.

Des milliards d’insectes par an qui sortent de leurs serres ou chambres climatisées pour être utilisés dans la lutte contre les pucerons, pour polliniser des cultures, ou pour d’autres choses encore comme on peut le lire ici.

Or, en choisissant d’utiliser des insectes, on fait coup double, puisque dans ce cas on s’interdit forcément les traitements chimiques qui les tueraient.

Une entreprise créée en 1987 par un vétérinaire campinois qui au début ‘produisait’ uniquement des bourdons, principalement pour la pollinisation des plants de tomates: grâce aux bourdons, la production augmentait de 40%.

On comprend que c’est exactement ce genre d’argument qui convainc les producteurs 😉

Bref, voilà une lecture qui fait du bien.

F comme Figaro

Jozefien coupe les cheveux de ses voisins âgés, traduit l’Adrienne pour le petit journal de quartier.

Alors évidemment elle revoit son grand-père, peigne et ciseaux à la main, le menton tremblant, en train de couper les cheveux du petit frère, qui n’était pas capable de se tenir tranquille quelques minutes.

– C’est une véritable girouette, cet enfant! disait-il.

Mais ce n’était pas la faute du petit frère: c’était la faute d’un bruit du dehors ou dans le couloir ou d’une porte que quelqu’un ouvrait à l’étage.

– Je vais finir par lui couper dans l’oreille! disait-il à la mère, et son menton tremblait si fort que mini-Adrienne avait peur qu’il refasse un infarctus.

Mais bien sûr la mère donnait raison à son fils:

– C’est que ça dure trop longtemps! répondait-elle.

Elle savait bien pourquoi elle ne l’emmenait pas chez un vrai coiffeur 😉

F comme figues

Photo de Magda Ehlers sur Pexels.com

Mercredi vers dix heures du matin, on sonne à la porte de l’Adrienne.

En allant ouvrir, elle se demande quelle sorte de vendeur de calendrier elle va trouver, mais elle se trompe: il y a là un homme avec un petit garçon – pourquoi n’est-il pas à l’école, celui-là? – qui lui demande si le figuier dans le jardinet contre le mur de la maison est à elle – ben oui, à qui serait-il donc? – et s’il peut cueillir quelques figues pour son gamin – un enfant déjà fort grassouillet, mais soit, mieux vaut une poignée de figues qu’un sachet de chips.

– Elles ne sont pas mûres, elles ne mûrissent plus, dit l’Adrienne, je ne crois pas que vous en trouverez de bonnes à manger.

Mais il a tout de même été voir, a enjambé la petite clôture, piétiné le romarin et pris quelques fruits pour son fils qui les a dévorés sans tarder.

Et voilà, se dit l’Adrienne en refermant sa porte, voilà pourquoi il n’y a plus de figues mûres sur l’arbre, des passants passent et se servent.

Ça fait déjà quelques semaines qu’il n’y a plus de figues mûres, sauf du côté de la porte de la cuisine, où le passant qui passe risquerait d’être pris en flagrant délit 😉

F comme finestrino

In Florence, they reopened one of the historic “Buchette” of the wine

C’est depuis le mois de mai qu’on peut lire dans la presse italienne – surtout toscane – que les bars, cafés, restaurants et autres gelaterie redécouvrent ces petites ouvertures dans le mur qu’il appellent là-bas une « bucchetta del vino« , littéralement un petit trou pour le vin, comme on peut le voir sur la photo.

Un site leur est consacré et on s’y congratule pour chaque bucchetta redécouverte ou rouverte – puisque certaines d’entre elles avaient été murées. Les auteurs sont aussi très fiers que leur article du 30 juillet – un altra bucchetta riaperta a Firenze – a été repris dans la presse étrangère.

Ces petites ouvertures, nous explique-t-on ici, datent principalement d’une autre ‘crise sanitaire’, les épidémies de peste de la première moitié du 17e siècle (1630-1633).

Elles permettaient de se faire livrer le vin sans qu’il y ait contact physique, en le versant directement dans un récipient que l’acheteur apportait. L’ouverture a juste la taille d’une fiasque de l’époque.

Le seul contact qui avait lieu, c’était avec les pièces de monnaie: à l’époque on conseillait de les ‘désinfecter’ avec du vinaigre.

La dernière ‘bucchetta del vino‘ florentine avait été fermée en 1958: celui qui désirait acheter du vino sfuso (vin en vrac) pouvait désormais le faire dans une épicerie située dans la même rue.