F comme fuyons!

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Quand Suzanne voit sortir de chez elle à toute allure, au risque de se casser une jambe sur une des marches de son escalier, le gamin de la maison d’en face; quand elle voit sa vieille voisine Jeannette en route pour une course chez l’épicier, hâter le pas en se tenant les oreilles des deux mains; quand même le garçon qui apporte les journaux prend cette tête-là, le regard anxieux tourné vers le dernier étage, elle sait ce qui lui reste à faire.

Elle pose tranquillement son tricot, va jusqu’au fauteuil où son mari est plongé dans ses mots croisés et lui tapote l’épaule:

– André, c’est le moment. A voir l’agitation des voisins, je pense bien que le jeune homme d’en face a commencé à accorder son instrument.

Alors tous les deux rangent leur appareil auditif avant que ne déferlent les sons du gaffophone.

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Tableau et consignes chez Lakévio: Revenons à nos maisons! En voici une, en voici deux, en voici trois ! De quoi nourrir une vie de quartier, n’est-ce pas ? Les rideaux se soulèvent… On attend les commères… lundi !

F comme Flaubert

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C’était une de ces choses d’ordre composite, où l’on retrouve les éléments du jupon grand siècle, des falbalas de velours et de soie, de la montgolfière et des vieux rideaux défraîchis, une de ces lampes en pied dont la laideur muette est le meilleur des émétiques. Large, haute et renflée de baleines, elle commençait par un boudin circulaire; puis s’alternaient, séparées par des cordons dorés, des bandes de velours grenat et de soie vieux rose imprimée de motifs beige et bruns; venait ensuite une façon de couronne, le tout reposant sur des pieds en ferronnerie verdâtre tarabiscotée avec à mi-hauteur une table ronde en verre gravé de fleurs et d’arabesques, où pendait le fil avec l’interrupteur et la prise électrique.

La chose trônait bien en vue entre un faux canapé Chesterfield et un fauteuil plus récent, évoquant vaguement un transatlantique.

Le visiteur qui entrait pour la première fois dans le salon en recevait comme un coup de poing entre les deux yeux.

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Ecrit pour l’agenda ironique de mars d’après la consigne suivante:

Le thème : Lampadaire – composer un texte (prose ou poésie – long ou court) sur cet « objet » urbain (ou pas) dans le genre qu’il vous plaira (fantastique, utopique, commun, journalier, romantique, animalier … ou même un lampadaire perdu sur la planète Mars)

Et pour « faire » bonne mesure, quatre mots imposés :
– Chesterfield
– Émétique
– Atlantique
– Évocateur

(vous pouvez les placer dans le désordre ou l’ordre et même en faire des anagrammes ou les triturer selon votre bon vouloir).

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Les lecteurs reconnaîtront sans doute l’incipit de Madame Bovary, avec la description de la casquette du pauvre Charles – source de la photo ici.

F comme Folon

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La valise invite au voyage. Elle est ouverte et des oiseaux la traversent.

Liberté. Evasion. 

Juste l’esquisse d’un paysage: dunes de sable? montagnes couvertes de neige? rochers? 

Qu’importe! Ce qui compte, c’est la liberté, l’évasion.

Et voyager léger 🙂

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photo prise à la Brafa – il y a deux ans je vous montrais un autre Folon.

J’aime Folon 🙂

F comme fière

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Une collègue amie organise aujourd’hui une fête sur le thème « Hats and boots ».

L’Adrienne est bien contente de pouvoir porter fièrement un des chapeaux de son père.

Il a été difficile de décider lequel 🙂 mais le choix s’est finalement arrêté sur un Sylph gris foncé ou un John Howarth & Co noir.

Ha! si papa il savait ça, tralala 🙂

photo prise à Bruxelles, foire des antiquaires, oeuvre de Folon.

F comme Fauvel

Fauvel

Dès qu’il s’agit de littérature française, l’Adrienne se croit en devoir de connaître. La voilà donc bien marrie l’autre soir, quand la prof d’histoire de la musique parle du Roman de Fauvel, oeuvre majeure du début du 14e siècle dont l’Adrienne n’avait à ce jour jamais entendu parler.

Epoque de Philippe le Bel. Une oeuvre satirique dans la veine du Roman de Renart mais qui, en plus, est un monument musical: le manuscrit comporte 132 morceaux de musique dans les genres les plus divers, « œuvres monodiques (empruntées aux répertoires sacré et profane) [qui] montrent toute la multitude des formes musicales de l’époque: conductus, séquence, prose, rondeau, lai, virelai, séquences et répons [et des] pièces polyphoniques (à 2 ou 3 voix) [qui] ont toutes la forme du motet.  » (wikipédia)

Voilà donc une grave lacune qu’il fallait combler.

Lacune qui prouve aussi à quel point l’éducation musicale devrait faire partie de tout cursus, et pas seulement être offert aux enfants dont les parents décident de les envoyer à l’école de musique à l’âge de huit ans.

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On peut voir 40 illustrations du manuscrit ici

Pour ceux qui aiment la musique ancienne, voici l’oeuvre interprétée par le Clemencic Consort:

source de l’image en haut de page: wikipédia