K comme kakemono

devoir de lakevio du gout_34.jpg

L’air était moins étouffant que la veille et j’ai même cru sentir la caresse d’une brise, en marchant sous les arcades, jusqu’à la place de la Concorde. Je suis resté immobile à contempler la place et les Champs-Elysées déserts.

Aux abords du jardin des Tuileries, il n’y avait personne. Sauf les statues. Pas d’autre bruit que celui du jet d’eau du bassin et le piaillement des oiseaux au-dessus de moi, dans les feuillages des marronniers.

Là-bas, émergeant de la brume de chaleur, le kiosque de bois vert, où j’achetais des sucreries du temps de mon enfance, attendait le client. J’ai décidé d’y acheter un journal.

Le type était particulièrement loquace, sans doute à cause de l’actualité.

– Ici on va tous fermer, m’a-t-il dit. Les uns après les autres. Moi je vais m’installer à Pleyel, dans la nouvelle gare.

La presse écrite va mal. Paradoxalement, malgré son succès ces jours-ci. Les annonceurs se débinent. Ils préfèrent installer quelques kakemonos à des endroits stratégiques et délaissent les journaux.

J’ai dit au type que je lui souhaitais bonne chance.

Malheureusement je ne crois pas qu’il suffise de traverser la Seine.

***

Merci à Monsieur le Goût pour ce 34e devoir de Lakevio du Goût:

Dites quelque chose sur ce printemps magnifique dans une ville déserte. Une histoire qui commencerait par : « L’air était moins étouffant que la veille et j’ai même cru sentir la caresse d’une brise, en marchant sous les arcades, jusqu’à la place de la Concorde. »
Et dont les derniers mots seraient : « Malheureusement je ne crois pas qu’il suffise de traverser la Seine. » Oui, ces mots sont empruntés à « Patriiiick !!! »

L’incipit vient de Quartier Perdu (Patrick Modiano) où le mot « étouffant » se retrouve pas moins de huit fois. Il ne doit pas aimer la chaleur, cet homme-là 😉

39 commentaires sur « K comme kakemono »

  1. Devoir réussi, comme d’habitude.
    Bravo à vous et passez un bon lundi, sans traverser la Seine.
    Moi, je traverserai l’Orneau ou la Mehaigne.

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  2. Très réussi en effet dame Adrienne.
    Et j’apprends, comme souvent ici, un nouveau mot, Kakemono. Non pas que sa sonorité soit des plus agréable à mon oreille, mais autre langue, autres nuances…
    Bon lundi.

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  3. C’est drôle l’aisance avec laquelle kakemùono à remplacé calicot.
    Bravo pour cet exemple de précision et de concisiopn.
    (c’est juste ce sentiment bizarre entre admiration et jalousie parce que je ne sais pas faire. 😉 )

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    1. je n’aime pas qu’un mot existant soit remplacé par une nouveauté à la mode-qui-se-démode
      (or il y en a tant et tant…, dernièrement je me suis énervée en voyant qu’on ne disait plus défi, mais « challenge »)
      merci pour les compliments!

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  4. L’indicible solitude du kiosquier sans clients, sans badauds, mais avec encore, comme nous, ancrée profondément, l’illusion d’un avenir meilleur, ou moins triste, ou …
    Tranche de vie !

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  5. J’ai côtoyé un kiosquier dans ma jeunesse !
    Une vie de bagnard !
    Quant à ces espèces de bâches publicitaires qui encombrent les trottoirs, vivement leur interdiction, j’en ai renversé plusieurs, volontairement, avec mon fauteuil roulant électrique. C’est fou comme c’est puissant cet engin ! Chez moi je déplace les meubles avec lui.

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    1. ça m’a fait penser à Jean Rouault, « kiosquier » (ça se dit?) avant d’être reconnu comme écrivain 🙂
      oui les trottoirs encombrés, ça me heurte aussi, pour un tas de raisons (la poussette du bébé, le mal voyant…) surtout qu’il y a des lois, il me semble, pour garantir que cet espace reste libre à la circulation piétonnière

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  6. Comme Colo, je suis allée voir ce qu’est un kakémono, même si le nom ne m’était pas inconnu ! C’est ça l’échange… en ces temps où nous devons garder nos distances ! Les kiosques à journaux seront bientôt des pièces de musée

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  7. Yessss, j’ai appris un nouveau mot 😉 ! Merci.
    En ce qui concerne les kiosques, en Belgique, je ne me souviens pas en avoir jamais vus, sauf peut-être à Bruxelles. Ils ne sauraient donc pas disparaître. Mais ce qui disparaît, ce sont les petites librairies indépendantes. Pour acheter sa gazette, il n’y a pratiquement plus que trois possibilités : les stations d’essence (mais il est de plus en rare qu’elles aient un magasin), les « Night and Day » et la grande distribution. Triste…

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  8. Les rues désertes dans les villes sont peu à peu colonisées par les animaux sauvages (bon, j’exagère un peu). 🙂
    Tout de même, près de chez moi, des daims sont venus se balader en pleine ville en plein jour.
    Ils cherchaient peut-être des kiosquiers ou des kakemonos?
    Si tu n’es pas lasse de mes compliments je t’en adresse un de plus pour ton texte d’aujourd’hui.

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    1. je vois aussi plus d’oiseaux autour de notre pâté de maison 🙂
      mais la rue sera bientôt terminée alors les camions reviendront, je me demande ce que feront les oiseaux…
      Merci Mo!

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  9. Pour parodier Verlaine et Aragon (« Dis qu’as-tu fait, toi que voilà, de ta jeunesse ? ») on pourrait dire que Modiano-Jeanne d’Arc suit l’injonction de sa muse ou de ses voix intérieures :
    – Dis qu’t’étouffais dans ta jeunesse ! »

    Elle est de bon conseil ou c’est un bon filon !

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    1. de bon conseil, je ne sais pas, j’ai déjà « essayé » plusieurs Modiano, je le trouve lassant, peu intéressant, répétitif même à l’intérieur d’un même roman, et ses phrases sont mollassonnes, pleines de détails sûrement intéressants pour le Parisien… mais sans intérêt pour moi 😉

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      1. « Je me suis engagé dans l’avenue qui coupe le jardin jusqu’au pont Royal. Un car de police était à l’arrêt, feux éteints. On y poussait une ombre en costume de Peter Pan. Des hommes encore jeunes, qui portaient tous les cheveux courts et des moustaches, se croisaient, raides et lunaires, dans les allées et autour des bassins. Oui, ces lieux étaient fréquentés par le même genre de personnes qu’il y a vingt ans et pourtant la vespasienne, à gauche, du côté de l’arc de triomphe du Carrousel, derrière les massifs de buis, n’existait plus. J’étais arrivé sur le quai des Tuileries, mais je n’ai pas osé traverser la Seine et me promener seul sur la rive gauche (etc) »
        juste un exemple pris au hasard au début du roman 🙂
        follllement intéressant tout ça 😉

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  10. J’ai oublié de mettre ce lien

    et de dire que ton texte est super.

    J’ai pesté au début contre cet écrivaillon de polars qui ne se donnait même pas la peine de résoudre les énigmes posées et après je l’ai vu comme le plus grand peintre impressionniste des années cinquante et soixante. Oui, je sais, je devrais arrêter de fumer du gouda ! 😉

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    1. merci Joe Krapov, j’ai passé plus de deux heures à faire du wwilfing grâce à ton lien youtube 😉
      (le gouda c’est vraiment le dernier des fromages, si tu veux fumer, il y a beaucoup mieux que ça ;-))

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