7 extraits

Paula Becker – source ici

Clara et Paula se sont rencontrées au cours de dessin du sévère Fritz Mackensen, à Worpswede. Elles seront meilleures amies sur fond d’études, d’amour et de malentendu. Rien n’est plus solide que le malentendu. Voyez-les qui rentrent de leur cours en luge, à toute allure. Voyez-les plus tard à Paris, elles préparent cinq bouteilles de punch et deux gâteaux, un à l’amande, l’autre à la fraise, pour une fête d’étudiants. Voyez-les canoter sur la Marne, rossignols et peupliers. Voyez-les à Montmartre, résister en riant aux assauts d’une nonne qui veut les convertir. Voyez-les dévaler les sentiers de Meudon pour rendre visite à Rodin. Voyez-les à Worpswede encore, dans le regard des deux hommes qui les veulent, le peintre Modersohn et le poète Rilke.

*

Dans la famille Becker, tout le monde s’écrit beaucoup. C’est ainsi que l’on a des centaines de lettres de Paula, en plus de son journal et de son album de jeune fille. Paula est la troisième de la fratrie Becker. Ils sont six, il y a eu un septième frère mort petit. Le père, la mère, les oncles, les tantes, les frères, les sœurs, tous s’écrivent dès qu’ils s’éloignent, c’est un devoir familial, c’est un rituel, c’est une preuve d’amour.

A seize ans, partie en Angleterre chez sa tante Marie pour apprendre à tenir un ménage, Paula Becker rentre plus tôt que prévu. Elle s’est mise à dessiner, plus intensément que prévu. Sa mère l’y encourage et prend même une locataire pour financer ses cours. Et son père ne voit pas ça d’un trop mauvais œil, mais pour avoir un métier, l’enseignement. En septembre 1895, Paula a obtenu son diplôme d’institutrice.

[En 1899, à Worpswede, elle] lit les pièces d’Ibsen et le Journal de Marie Bashkirtseff. Rêve de vivre comme elle à Paris. Peint sur modèles au village. Est invitée aux soirées des artistes, chez Otto Modersohn ou Heinrich Vogeler.

*

Paula décide de dépenser la dotation de l’oncle Arthur en études à Paris. Son père est inquiet. Journal, 5 juillet 1900: « Père m’a écrit aujourd’hui pour me dire que je devrais chercher un travail de gouvernante. Toute l’après-midi je suis restée étendue dans le sable et la bruyère à lire Pan de Knut Hamsun. »

1900. Le monde est jeune. Knut Hamsun écrit sur les oiseaux et les amours d’été, les brins d’herbe et les grandes forêts. Le génial auteur de La Faim n’est pas encore le nazi qui offrira à Goebbels la médaille de son prix Nobel. Et Nietzsche n’est pas encore récupéré par les affreux. On peut croire au règne du Dieu Pan, à la Nature et au moment présent.

1900. Tout se passe en 1900. Paula écrit à son frère Kurt qu’après des années de sommeil et de rêverie elle a éclos. Et que ce développement les a peut-être choqués, eux, la famille. Mais qu’il en sortira du bon. Qu’ils seront contents. Qu’il faut lui faire confiance.

Marie Darrieussecq, Être ici est une splendeur, vie de Paula M. Becker, P.O.L., 2016, extraits des pages 14 à 19.

26 commentaires sur « 7 extraits »

  1. Décidément je ne suis pas certaine que ce livre me transporte, trop de noms à chercher au fil de la lecture, trop de phrases minimalistes, j’ai l’impression de courir sans reprendre souffle.

    J’aime

      1. Je m’étais promis de ne plus acheter de livres autres que des livres d’étude mais quand je vois la liste des réservations à la médiathèque, il va falloir que je déroge à ce principe !

        J’aime

      2. j’en suis au même point, j’a envie de le garder, j’ai déjà envie de le relire (ce qui ne m’est arrivé jusqu’à présent qu’avec deux ou trois livres au cours de ma vie, si j’exclus les comtesse de Ségur de mon enfance :-))

        J’aime

  2. Je suis à la page septante, juste après sa diatribe contre le machisme dans les milieux « artistiques ». J’irai sans doute jusqu’au bout, même si les biographies c’est pas tout à fait ma tasse de thé.

    J’aime

    1. ah si tu n’aimes pas les biographies, fallait pas commencer ce livre-ci, qui affiche clairement qu’il en est une!
      moi j’aime assez pour m’attaquer aujourd’hui à la biographie de Bruegel par Leen Huet 🙂

      J’aime

  3. j’aime bien le chiffre sept et les… biographies et beaucoup d’autres choses d’ailleurs. Encore un titre tentant, que de merveilles dans les propositions « bloguesques », merci dame Adrienne, douce journée à toi. brigitte

    J’aime

  4. Rien de tel que des extraits pour aiguiser la curiosité. Mais ce qui donne vraiment envie de lire, c’est de sentir à quel point tu t’es régalée à cette lecture…
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s