C comme caravane

source ici

« Les chiens aboient, la caravane passe », dit le proverbe, sauf que celle de monsieur Ferla ne passe ni ne repasse: il l’installe pour deux semaines à une époque où camper est encore réservé aux nomades et aux forains.

C’est en tout cas ce que semble croire la dame de la maison d’à côté, qui le traite de romanichel et l’invective chaque fois qu’elle le voit, c’est-à-dire plusieurs fois par jour.

On est peu après la guerre, et les seuls à dormir en pleine nature, ce sont les scouts.
Monsieur Ferla cependant ne fait pas de musique autour d’un feu de camp: assis sur un petit pliant, il peint.

L’autoroute du soleil n’existe pas encore, les Hollandais n’ont pas encore quitté en masse les « froides brumes du Nord », seuls quelques autochtones et monsieur Ferla profitent en toute liberté de la découverte des paysages ardéchois.

Où les chiens aboient et la dame d’à côté menace d’appeler les gendarmes.

– Vous n’avez rien à craindre de moi, Madame, lui dit-il.

Mais bizarrement, cette petite phrase semble la mettre encore plus hors d’elle 🙂

***

écrit en souvenir de monsieur Ferla avec les mots imposés par les Plumes d’Émilie – merci Émilie! : CHIEN – MUSIQUE – PLIANT – DéCOUVERTE – CAMPER – REPASSER – DORMIR – NATURE – SOLEIL – ROUTE – NOMADE – LIBERTé – FEU – FORAIN – FROID

C comme commodités

Le château de Vêves est celui que dessinent les enfants, avec ses tourelles rondes aux quatre coins et ses fenêtres à petits carreaux.

D’ailleurs, les enfants qui le visitent cet été sont invités à puiser dans les coffres aux déguisements, ce qui fait qu’on y rencontre des princesses en coiffe et robe longue virevoltante et des chevaliers armés du glaive et du bouclier.

C’est un de ces chevaliers qui, en faisant le tour côté extérieur, a fait remarquer à sa famille, en pointant son arme:

– Regardez! Là! Les toilettes!

C’est bien, se dit l’Adrienne, il a été attentif pendant la visite 🙂

C comme contradictions

Fin juin, une ancienne élève publiait le message suivant sur son profil fb, accompagné d’une photo d’un type qui lève les yeux au ciel d’un air excédé: « On le sait que ton gosse a réussi! »

Bien sûr, c’est la pleine saison des nombreux papas et mamans fiers de leur progéniture, fiers du beau carnet de notes et on peut voir défiler des photos d’enfants de trois à dix-huit ans portant tous le même petit chapeau ridicule, qu’on ne voyait autrefois que sur la tête des étudiants des campus américains.

– C’est exactement comme pour les photos de chats, répond un de ses amis fb, « On le sait que ton chat est mignon! »

Bref, la conclusion de tout ça c’est qu’elle trouvait que les « chats mignons », on pouvait continuer à les publier – elle a un « chat mignon » – et qu’en effet, quand son fils en aurait l’âge, elle aussi publierait probablement sa fierté pour ses résultats scolaires.

Voilà bientôt deux ans et demi qu’elle le montre urbi et orbi dans toutes les poses et dans tous les décors 🙂

C comme cadeau

Madame! fait-il en posant sur la table son sac troué d’où sort un coin de son épais classeur, je vous ai fait un dessin!
– Oho! fait Madame, en voilà un beau cadeau!
– Mais il n’est pas encore terminé, je dois encore le colorier.

En effet, il est encore en noir et blanc, et très géométrique: de grandes lettres tracées à la latte, avec le nom de la destinataire, deux cadres pour le texte de remerciement et un rectangle sur pattes qui s’appelle Roland.

Car petit Léon, qui vient depuis un peu plus d’un an, n’a que tout récemment découvert ce machin blanc dans le bureau de Madame:

– Oh! vous avez un piano?

Et depuis ce jour-là, après les triangles obtusangles et les trapèzes isocèles, petit Léon pianote.

– C’est beau? demande-t-il après avoir « improvisé ».

Et Madame, bien sûr, trouve tout magnifique.

C comme cabinet

Quelle bonne surprise! s’écria Mme de B*** en entendant la voix de l’aîné de ses petits-fils à l’interphone.

Le temps qu’il arrive au troisième étage, mille pensées avaient assailli son cerveau. Aussi, dès qu’elle lui ouvrit la porte, elle l’accueillit d’un:

– Que me vaut l’honneur de ta visite?

Ce qui sembla un peu le désarçonner. Jamais Guillaume n’avait été très bon comédien.

– Et bien, je viens te faire un petit coucou…, essaya-t-il.
– Oui, oui, comme tu le fais régulièrement, n’est-ce pas? Tous les trente-deux du mois? Et justement on est le 32 aujourd’hui!

Guillaume essaya de sourire.

– Je sais, tu as raison, je viens trop peu. Le travail…
– Allons, je te taquine, mais je suis tout de même contente de te voir. Raconte-moi ce qui t’amène! Je nous fais un café.

Guillaume se laissa tomber dans un fauteuil en soupirant. Il ne savait pas trop par quel bout commencer. Avec sa grand-mère, la manière directe serait sans doute la meilleure.

Quand elle revint avec deux tasses, il se lança:

– Et bien voilà, je viens de visiter un local qui conviendrait très bien pour y installer mon cabinet dentaire…

Madame de B***, qui avait déjà deviné quelle serait la suite, ne fit rien pour l’aider. Elle regardait sa tasse et prenait une petite gorgée de café. Avec précaution. Il était encore un peu trop chaud.

– Tu comprends, j’ai 27 ans et j’aimerais m’installer à mon compte au lieu de continuer à travailler chez les autres. Et là, vraiment, j’ai trouvé l’endroit parfait!

Elle ne disait toujours rien. Ne posait pas de questions.

– C’est bien situé, près du marché, au rez-de-chaussée des nouveaux appartements qu’on finit de construire. Tu vois ce que je veux dire?

Oui, elle voyait très bien et fit signe de la tête.

– Ce sera terminé cet été. 155 m². Ils en demandent 300 000 €.

Alors il se tut, la regarda, son café refroidi entre les mains. Madame de B*** eut un petit sourire et lui tendit la perche:

– Vous comptez le payer comment, ce beau projet?

Il serait bien temps, cette question-là réglée, de parler de Jeanne

***

écrit en réponse à la question 14 du jeu d’Annick SB, Vous comptez payer comment?

Photo prise dans la salle d’attente de mon dentiste 🙂

C comme contes

-J’en ai assez! C’est fini! Je te quitte! hurla Cendrillon en fracassant un cendrier de cristal aux pieds de son prince de moins en moins charmant.

Mais il ne fit qu’en rire et n’abaissa même pas le journal qu’il était en train de lire:

– Tiens! fit-il, dans ce cas, voici une petite annonce qui va sûrement t’intéresser:

« Famille de sept personnes de petite taille recherche technicienne de surface. »

***

texte inspiré par les consignes de Joe Krapov qui propose d’écrire « La Gazette du pays des contes, légendes, mythes et fables » composée de toutes les rubriques d’un vrai journal. J’ai donc écrit une offre d’emploi 🙂

Photo prise à Paris à l’expo Banksy. 

C comme colline

source ici

Voilà bientôt une semaine que la question turlupine l’Adrienne: faut-il avoir la peau noire pour bien traduire un texte écrit par quelqu’un qui a la peau noire?

Jusqu’ici, elle pensait qu’il fallait surtout bien connaître la langue de départ ainsi que la langue cible.
Et s’il s’agit de poésie, avoir en plus cette sensibilité pour la musicalité d’une langue et d’un auteur.

Mais voilà, il semblerait qu’elle se trompait.

Aux Pays-Bas, une polémique violente a éclaté suite à l’annonce que la jeune femme de la photo ci-dessus traduirait le recueil de poésie – encore à paraître – de la désormais célèbre Amanda Gorman.

Vous aussi, probablement, avez admiré la façon magistrale dont cette jeune femme a lu son texte lors de l’inauguration du président des Etats-Unis.
On pourrait même dire que c’est la lecture qu’elle en a faite qui constitue la force majeure de ce texte.

Bref.

Les maisons d’édition se sont battues pour avoir les droits de traduction.
Pour les néerlandophones, c’est Meulenhoff (Pays-Bas) qui l’a remporté et en accord avec Amanda Gorman, la traductrice choisie est une jeune Hollandaise qui a fait ses preuves (elle est la première et la seule néerlandophone à avoir obtenu, par exemple, l’International Booker Prize).

Maar dan gingen de poppen aan het dansen

Campagne sur les réseaux sociaux, tollé général, génuflexions de la maison d’édition: la traductrice choisie rend son tablier.

Pourtant, se dit l’Adrienne, le message n’était-il pas « We are striving to forge a union with purpose, to compose a country committed to all cultures, colors, characters and conditions of man. And so we lift our gazes not to what stands between us, but what stands before us. We close the divide because we know, to put our future first, we must first put our differences aside. » ?

Et si ce message ne peut être que bien compris et traduit par une traductrice à la peau noire, n’est-ce pas peine perdue de vouloir le traduire?

L’Adrienne est sûrement trop pâle pour le comprendre… et la colline à gravir est bien haute.

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« Nous luttons pour former une union avec un but, pour former un pays qui s’engage pour toutes les cultures, couleurs, individualités et conditions humaines. C’est pourquoi nous portons le regard non vers ce qui nous sépare mais vers ce qui se trouve devant nous. Nous cessons nos divisions parce que nous savons, que pour mettre notre avenir en avant, nous devons d’abord mettre nos différences de côté. » (traduction de l’Adrienne)

C comme Carl

Une autre chose qui aurait dû avoir lieu le 2 février, c’est la rencontre à Bruxelles de deux poètes que l’Adrienne aime beaucoup, le Français Thomas Vinau et le Belge Carl Norac.

Mais comme nous tous, au lieu de se voir « en vrai » ils ont dû avoir recours aux joies d’internet, et comme on peut le voir dans la vidéo ci-dessus, c’est un exercice assez neuf pour eux aussi.

Mais c’est chouette à voir et à entendre, si on a une heure de repassage, de pause ou d’envie, tout simplement 🙂

Merci à eux et aux Midis de la Poésie!

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Poème pour l’enfant au bord d’une page

La poésie fait son nid d’une main à peine ouverte,
elle peut suivre les lignes de la paume
et aussi vivre  dans un poing.
Elle est ce souffle inattendu qui patientait en toi,
ce temps posé sur l’instant, mais qui dure.
Si tu veux la dresser, change de livre,
délaisse les gens qui veulent la définir.
Elle aura toujours le coup d’aile d’avance
de l’oiseau quand tu veux l’attraper.

Un poème ne t’attend pas.
Il est là, même où tu l’ignores.
Il ne se veut pas forcément plus brillant
qu’une bruine qui s’amuse ou un soleil qui tombe.
Un poème ne fait pas pousser les fleurs :
c’est une parole entre deux lèvres
qui ne sauvera peut-être pas la Terre,
mais qui s’entendra,
se fendra d’un aveu, d’un amour, d’un combat.
Elle chantera encore quand d’autres s’agenouillent
ou s’enfuient devant la foule des bras tendus.

Aujourd’hui, tu vas écrire, me confies-tu.
Alors, vas-y, jette-toi dans la beauté.
Au bout d’une page, ou de quelques vers,
il y a parfois le début d’un univers.
Je te regarde : ce matin, tu te sens si poème
que tu crois pouvoir toucher,
pour dire le monde,
l’infini d’une seconde.

Carl Norac, source ici.

C comme chanter sous la pluie

devoir de Lakevio du Goût_62.jpg

Le crépuscule teignait les arbres et le trottoir de violet.

C’était du plus bel effet mais personne n’en profitait: la rue était vide et lui, entre le bord abaissé du capuchon de sa veste de cuir et le bord du masque, ne voyait qu’à peine devant lui.
Même pas assez pour éviter les flaques.

Le cou enfoncé dans les épaules, il marchait d’un bon pas, le pantalon déjà complètement mouillé et les chaussures prenant l’eau.

Quelle importance? Il allait sonner au numéro 65, la porte s’ouvrirait, il monterait trois étages et déballerait le contenu du sac au dos.

Et du sachet rose.

Il serait bien reçu 🙂

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Merci à Monsieur le Goût pour son 62e devoir de Lakevio du Goût:

C’est la rentrée… Eh oui ! Alors, pour commencer « le deuxième trimestre » si important, celui qui décide de la classe que vous rejoindrez l’an prochain je vous propose cette aquarelle de John Salminen. Parlez-moi de ce lieu, de cet homme, de ce que vous pensez. À lundi.

C comme courrier

bpost ouvre bien à temps le secrétariat de saint Nicolas
source ici

Dans la ville de l’Adrienne aussi on peut remarquer les boîtes aux lettres spéciales pour saint Nicolas et même en cette cyber-époque, les enfants continuent à en envoyer.

Environ 300 000 par an, dit la porte-parole de Bpost.

Les petits francophones l’envoient rue du Paradis et les petits néerlandophones Spanjestraat, parce que dans notre tradition (flamande, en tout cas) saint Nicolas arrive chaque année à Anvers par bateau depuis l’Espagne.

Grand-mère Adrienne se souvenait d’ailleurs très bien de son premier cadeau de saint Nicolas, une orange d’Espagne.
CQFD 🙂

Dans la rue il y a aussi un enfant des temps modernes qui s’est contenté de placarder à sa fenêtre un document fourni par une chaîne de magasins de jouets.

Document sur lequel il faut simplement mettre son nom et coller les photos – découpées du catalogue – des jouets désirés.