C comme Calouste

Voilà exactement le genre de légende sous photo qui met en branle l’usine à rêve dans la tête de l’Adrienne: Calouste a 27 ans quand il fuit Istanbul à bord de l’Orient-Express en emportant son fils caché enroulé dans un tapis.
Son fils n’était qu’un bébé de quelques semaines, né en juin de cette année-là: 1896.

N’est-ce pas que c’est digne d’un album de Tintin?

Évidemment, l’Adrienne a voulu en savoir plus sur ce monsieur Gulbenkian, alors elle est arrivée , sur France culture, et sur l’inévitable wikisaitout.

Bref, la conclusion de tout ça, c’est qu’elle devrait se rendre au Portugal, à Lisbonne, pour aller admirer le musée qui réunit toutes les œuvres d’art collectionnées par cet intéressant personnage au fil de sa vie.

Vivement qu’il soit possible de le faire en train 🙂

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photo prise à l’expo Orient-Express, au Train World de Schaarbeek.

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« Heel leuk hoe u er in slaagt om mij na al die jaren nog wat Franse lectuur mee te geven » rigole Araz après que Madame lui a envoyé toute l’info concernant son compatriote arménien.

Sa famille à elle aussi a une histoire « intéressante » qui l’a menée dans une diaspora entre le Liban, la Syrie (Alep, où Araz est née) et la Belgique.

« Très amusant comme vous réussissez à me faire lire du français, après toutes ces années »

Vous l’aurez compris: ce n’était pas du tout sa matière préférée 😉

C comme cent vingt-six

Cent vingt-six métiers en pénurie, titrait l’article, dont 28 rien que pour la construction, suivie par l’industrie (20) et ces autres secteurs dont on sait depuis longtemps qu’ils sont peu attractifs: l’enseignement, les soins de santé et l’Horeca.

Ce sont des chiffres pour la Wallonie mais c’est à peu près pareil en Flandre et à Bruxelles.

D’autre part, il y a de nombreuses personnes en recherche d’emploi, ce qui pourrait faire croire que la solution est simple: yaka les réorienter!

Bien sûr.

Mais comme le montre le film « Être et avoir » dans sa (très) lente séquence d’introduction: apprendre ne se fait pas en un coup de baguette magique.

Voyez les tortues qui se promènent dans la classe vers la deuxième minute: elles symbolisent très bien la lenteur de l’acte d’apprendre.
Au bout de cette année scolaire, les enfants auront appris à la fois beaucoup de choses, et très peu.

Comme disait petit Léon l’autre jour:

– J’irai à la fac, comme ça je pourrai venir chez vous encore dix ans!

C comme cimetière

C’était un premier novembre un peu différent, au cimetière, puisqu’on avait deux ou trois raisons de plus de s’y rendre.

D’abord évidemment aller dire bonjour au grand-père paternel, à la petite Ivonne et aux deux petites sœurs du papa.

Visite d’autant plus « nécessaire » que l’Adrienne sait qu’elle est la seule à le faire, désormais.
Sa mère est à 850 km, la tantine trop malade, et aucun autre des sept petits-enfants ne s’y rend jamais.

Mais en ce premier novembre, il y avait plus: des guides de la ville étaient présents pour donner un mot d’explication sur les monuments les plus « intéressants » et des musiciens et chanteurs avaient installé leur sono sous une tente, avec des chaises pour ceux qui voudraient s’asseoir pour les écouter.

Bref, c’était bien.

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Sur la photo ci-dessus, une tombe réalisée par l’architecte art nouveau, Victor Horta. On reconnaît ses courbes et ses motifs floraux, ici les pavots, pour le sommeil (éternel).
Il n’a donc pas seulement été l’architecte de Bruxellois, comme le ferait croire le reportage ci-dessous 🙂

Et pour ceux qui ont le temps, une émission de 58 minutes sur France Culture 😉

C comme consolation

99ème devoir de Lakevio du Goût

devoir de Lakevio du Goût_99.jpg

Comfort food, disent les Anglo-Saxons, emotie-eten, en néerlandais, aliments de consolation, en français.

Vous l’aurez déjà remarqué: dans les teen movies américains, par exemple, on « soigne » sa contrariété par un grand pot de glace à la vanille.

Pour l’Adrienne, ce serait plutôt le pain.
Surtout celui qui sort tout chaud du four.
Même comme ça, sans beurre, sans rien.
Juste le bon goût du pain.
D’un mélange toujours variable de farines diverses et de graines.

Le pain, paraît-il, est de moins en moins un aliment de base.
Décrié pour ses glucides. Le gluten. Remplacé par des céréales.
Des ersatz de toutes sortes.

Combien de boulangers encore dans nos villes, de « vrais », ceux qu’on appelle ici « warme bakker » (littéralement: boulanger chaud) parce qu’ils font encore cuire eux-mêmes leur pain?

Voyez celui du tableau, qui souffle dans son cornet pour prévenir les ménagères que le four est chaud et qu’elles peuvent apporter leurs pâtons.

Puis imaginez ces dames du 17e siècle, celle qui est une fée pâtissière, celle dont le pain est noir, celle dont le pain est raté, celle qui peut s’offrir des raisins de Corinthe et celle qui ne vient pas.

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Merci à Monsieur le Goût pour le tableau et la consigne:

Aujourd’hui c’est pour faire plaisir, du moins je l’espère, à Adrienne que je vous soumets cette toile peinte vers 1680 de Job Berckeyde. Il y est question de pain, celui qu’on doit pétrir pour le vendre ou gagner à la sueur de son front. Si vous me disiez lundi ce que vous avez retiré de cette toile ? Hmmm ?

C comme caravane

source ici

« Les chiens aboient, la caravane passe », dit le proverbe, sauf que celle de monsieur Ferla ne passe ni ne repasse: il l’installe pour deux semaines à une époque où camper est encore réservé aux nomades et aux forains.

C’est en tout cas ce que semble croire la dame de la maison d’à côté, qui le traite de romanichel et l’invective chaque fois qu’elle le voit, c’est-à-dire plusieurs fois par jour.

On est peu après la guerre, et les seuls à dormir en pleine nature, ce sont les scouts.
Monsieur Ferla cependant ne fait pas de musique autour d’un feu de camp: assis sur un petit pliant, il peint.

L’autoroute du soleil n’existe pas encore, les Hollandais n’ont pas encore quitté en masse les « froides brumes du Nord », seuls quelques autochtones et monsieur Ferla profitent en toute liberté de la découverte des paysages ardéchois.

Où les chiens aboient et la dame d’à côté menace d’appeler les gendarmes.

– Vous n’avez rien à craindre de moi, Madame, lui dit-il.

Mais bizarrement, cette petite phrase semble la mettre encore plus hors d’elle 🙂

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écrit en souvenir de monsieur Ferla avec les mots imposés par les Plumes d’Émilie – merci Émilie! : CHIEN – MUSIQUE – PLIANT – DéCOUVERTE – CAMPER – REPASSER – DORMIR – NATURE – SOLEIL – ROUTE – NOMADE – LIBERTé – FEU – FORAIN – FROID

C comme commodités

Le château de Vêves est celui que dessinent les enfants, avec ses tourelles rondes aux quatre coins et ses fenêtres à petits carreaux.

D’ailleurs, les enfants qui le visitent cet été sont invités à puiser dans les coffres aux déguisements, ce qui fait qu’on y rencontre des princesses en coiffe et robe longue virevoltante et des chevaliers armés du glaive et du bouclier.

C’est un de ces chevaliers qui, en faisant le tour côté extérieur, a fait remarquer à sa famille, en pointant son arme:

– Regardez! Là! Les toilettes!

C’est bien, se dit l’Adrienne, il a été attentif pendant la visite 🙂

C comme contradictions

Fin juin, une ancienne élève publiait le message suivant sur son profil fb, accompagné d’une photo d’un type qui lève les yeux au ciel d’un air excédé: « On le sait que ton gosse a réussi! »

Bien sûr, c’est la pleine saison des nombreux papas et mamans fiers de leur progéniture, fiers du beau carnet de notes et on peut voir défiler des photos d’enfants de trois à dix-huit ans portant tous le même petit chapeau ridicule, qu’on ne voyait autrefois que sur la tête des étudiants des campus américains.

– C’est exactement comme pour les photos de chats, répond un de ses amis fb, « On le sait que ton chat est mignon! »

Bref, la conclusion de tout ça c’est qu’elle trouvait que les « chats mignons », on pouvait continuer à les publier – elle a un « chat mignon » – et qu’en effet, quand son fils en aurait l’âge, elle aussi publierait probablement sa fierté pour ses résultats scolaires.

Voilà bientôt deux ans et demi qu’elle le montre urbi et orbi dans toutes les poses et dans tous les décors 🙂

C comme cadeau

Madame! fait-il en posant sur la table son sac troué d’où sort un coin de son épais classeur, je vous ai fait un dessin!
– Oho! fait Madame, en voilà un beau cadeau!
– Mais il n’est pas encore terminé, je dois encore le colorier.

En effet, il est encore en noir et blanc, et très géométrique: de grandes lettres tracées à la latte, avec le nom de la destinataire, deux cadres pour le texte de remerciement et un rectangle sur pattes qui s’appelle Roland.

Car petit Léon, qui vient depuis un peu plus d’un an, n’a que tout récemment découvert ce machin blanc dans le bureau de Madame:

– Oh! vous avez un piano?

Et depuis ce jour-là, après les triangles obtusangles et les trapèzes isocèles, petit Léon pianote.

– C’est beau? demande-t-il après avoir « improvisé ».

Et Madame, bien sûr, trouve tout magnifique.

C comme cabinet

Quelle bonne surprise! s’écria Mme de B*** en entendant la voix de l’aîné de ses petits-fils à l’interphone.

Le temps qu’il arrive au troisième étage, mille pensées avaient assailli son cerveau. Aussi, dès qu’elle lui ouvrit la porte, elle l’accueillit d’un:

– Que me vaut l’honneur de ta visite?

Ce qui sembla un peu le désarçonner. Jamais Guillaume n’avait été très bon comédien.

– Et bien, je viens te faire un petit coucou…, essaya-t-il.
– Oui, oui, comme tu le fais régulièrement, n’est-ce pas? Tous les trente-deux du mois? Et justement on est le 32 aujourd’hui!

Guillaume essaya de sourire.

– Je sais, tu as raison, je viens trop peu. Le travail…
– Allons, je te taquine, mais je suis tout de même contente de te voir. Raconte-moi ce qui t’amène! Je nous fais un café.

Guillaume se laissa tomber dans un fauteuil en soupirant. Il ne savait pas trop par quel bout commencer. Avec sa grand-mère, la manière directe serait sans doute la meilleure.

Quand elle revint avec deux tasses, il se lança:

– Et bien voilà, je viens de visiter un local qui conviendrait très bien pour y installer mon cabinet dentaire…

Madame de B***, qui avait déjà deviné quelle serait la suite, ne fit rien pour l’aider. Elle regardait sa tasse et prenait une petite gorgée de café. Avec précaution. Il était encore un peu trop chaud.

– Tu comprends, j’ai 27 ans et j’aimerais m’installer à mon compte au lieu de continuer à travailler chez les autres. Et là, vraiment, j’ai trouvé l’endroit parfait!

Elle ne disait toujours rien. Ne posait pas de questions.

– C’est bien situé, près du marché, au rez-de-chaussée des nouveaux appartements qu’on finit de construire. Tu vois ce que je veux dire?

Oui, elle voyait très bien et fit signe de la tête.

– Ce sera terminé cet été. 155 m². Ils en demandent 300 000 €.

Alors il se tut, la regarda, son café refroidi entre les mains. Madame de B*** eut un petit sourire et lui tendit la perche:

– Vous comptez le payer comment, ce beau projet?

Il serait bien temps, cette question-là réglée, de parler de Jeanne

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écrit en réponse à la question 14 du jeu d’Annick SB, Vous comptez payer comment?

Photo prise dans la salle d’attente de mon dentiste 🙂

C comme contes

-J’en ai assez! C’est fini! Je te quitte! hurla Cendrillon en fracassant un cendrier de cristal aux pieds de son prince de moins en moins charmant.

Mais il ne fit qu’en rire et n’abaissa même pas le journal qu’il était en train de lire:

– Tiens! fit-il, dans ce cas, voici une petite annonce qui va sûrement t’intéresser:

« Famille de sept personnes de petite taille recherche technicienne de surface. »

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texte inspiré par les consignes de Joe Krapov qui propose d’écrire « La Gazette du pays des contes, légendes, mythes et fables » composée de toutes les rubriques d’un vrai journal. J’ai donc écrit une offre d’emploi 🙂

Photo prise à Paris à l’expo Banksy.