V comme vivent les utopistes!

5822

Probablement qu’aujourd’hui, Henri a une opinion plus nuancée, mais entre ses seize et dix-huit ans il croyait que l’éducation était la meilleure réponse à tous les problèmes de société.

Il avait l’optimisme d’un Condorcet au bord de l’échafaud, rédigeant son Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain juste avant d’avoir la tête coupée:

N’est-il pas vraisemblable que l’éducation, en perfectionnant ces qualités, influe sur cette même organisation, la modifie et la perfectionne ?

Comme les Encyclopédistes et leurs amis, Henri était convaincu que par l’éducation on pouvait lutter efficacement contre les préjugés et leur cortège d’excès en –isme

Deux ou trois ans plus tard, il écrivait à Madame:

« Ik ben er heilig van overtuigd, dat kennis een eerste stap is om Utopia te bereiken, dat de wereld beter wordt met meer kennis » (Je suis intimement persuadé que la connaissance est un premier pas nécessaire pour atteindre l’Utopie, qu’elle rend le monde meilleur.)

Madame espère de tout cœur que ces belles dispositions ne seront pas broyées par la réalité.

***

consignes et illustration sur le Défi du samedi n°582: « Un peu de rêve ? Utopie! »

Merci Walrus!

V comme voyageuse

voyage,france

Claude Gaveau – A l’ombre – source Lakévio

Quand elle arrive enfin dans la petite bourgade où elle va passer les huit prochains jours, elle tourne un peu au hasard des ruelles étroites, toutes à sens unique, et n’est que trop contente de trouver une placette où le stationnement n’est pas réglementé. Il n’y a pas d’ombre, tant pis. Elle sort dans la fournaise, prend sa valise, son sac. Trouver la Grand-Rue ne devrait pas être trop difficile et dans une si petite ville, chacun, elle le suppose, connaîtra l’emplacement de son hôtel.

Première difficulté, trouver âme qui vive dans les rues endormies en plein midi. Un garçon passe et en réponse à sa question, fait un large geste vers la droite: la Grand-Rue, c’est là-bas, derrière.

Elle arrive sur une place où il y a quatre platanes et quelques commerces, tous fermés. Passe un vieil homme tout de travers, qui porte son maillot de corps à l’envers, coutures apparentes. Il n’a jamais entendu le nom de cet hôtel. Mais il y a d’autres hôtels, lui dit-il. Sans doute, mais elle a réservé une chambre dans celui-là. 

Elle finit par le trouver, un peu par hasard. Il n’a pas d’enseigne, rien qui fasse ressembler sa façade bourgeoise à une hôtellerie. Elle sonne. Une fois. Deux fois. Rien ne bouge à l’intérieur ni à l’extérieur et elle ne voit que des volets fermés dans une ruelle écrasée de soleil.

Elle a soif. Sa dernière bouteille d’eau est vide. Elle a besoin d’aller aux toilettes. Elle a envie de se rafraîchir. Elle a faim.

Elle décide d’appeler le numéro de l’hôtel, allume son portable, tombe sur une boite vocale, laisse un message.

Elle est fatiguée. Le trajet a été long, mouvementé. Elle a frôlé l’accident mortel. Elle s’assied sur le seuil. Tant pis s’il n’y a pas d’ombre: elle ne bouge plus. Elle attend.

***

un devoir de Lakévio que j’avais raté, début septembre 2016 – on peut voir ici ce que les participants de l’époque avaient concocté pour ce tableau 🙂

V comme vive la famille!

devoir de Lakevio Lilas Manet.jpg

La toute première fois que l’Adrienne a reçu des fleurs, c’était pour ses 18 ans.

Un magnifique bouquet de lilas blancs d’une adorable voisine dont elle a déjà parlé ici et ici.

Une gentille dame. Vraiment. L’Adrienne aurait bien épousé son plus jeune fils, rien que pour entrer dans cette famille et avoir une si adorable belle-maman 🙂

Par hasard, l’Adrienne la rencontre et a avec elle une conversation bizarre, à propos de lilas blancs qu’elle devrait avoir reçus mais qu’elle n’a pas vus.

La voilà triplement touchée, d’abord parce que quelqu’un a pensé à son anniversaire, ensuite pour ce bouquet, le tout premier de sa vie, et justement elle adore le lilas, son parfum, tout ça, la gentille dame le savait…

L’Adrienne a peur de comprendre ce qui s’est passé avec « son » bouquet:

– Oh! dit sa mère, ces lilas blancs? je les ai donnés à Gisèle.

***

Merci au Goût-des-autres pour son devoir du Goût N°5: J’aime le lilas. Et vous ? Qu’avez-vous à raconter sur le lilas ?

V comme vive la philo

philo

Si vous vous demandez pourquoi l’Adrienne passe son temps à se renseigner sur des « héros » inconnus d’elle, comme Wonder Woman ou Buffy Summers, ou pourquoi elle a enregistré et regardé The devil wears Prada, qui passait justement sur une chaîne flamande ces jours-ci… la réponse est dans l’illustration ci-dessus.

En quarante petits chapitres, l’auteur se propose de nous faire découvrir le lien entre quarante héros / héroïnes divers et une pensée philosophique.

Tous ces héros viennent de la littérature populaire – comme Bridget Jones, de la BD – comme Tintin, du cinéma – comme Tony Montana, des séries télévisées – comme Monica Geller (Friends) et des dessins animés – comme Elsa et Anna.

Du côté des philosophes, on ne trouve que les grands classiques, Aristote, Socrate, Camus, Nietzsche… et pour chacun d’eux un seul aspect de leur œuvre ou de leur pensée, une seule phrase, le plus souvent, par exemple pour Leibniz, à propos de Wonder Woman, il s’agit de la petite citation « la justice est la charité du sage. » (p.55)

Sont également classés parmi les philosophes, l’anthropologue et ethnologue Claude Lévi-Strauss, pour la notion d’ethnocentrisme dans Pocahontas, et Machiavel, pour les principes du machiavélisme chez Claire Underwood (House of Cards).

Mais ne vous inquiétez pas: tout ça est si court, si digeste et si succinct que vous resterez sur votre faim.

Ou que comme l’Adrienne vous regretterez qu’y manque un de vos héros favoris, comme Gaston Lagaffe, Prunelle et monsieur de Mesmaeker 🙂 

info et source de l’illustration ici – lire trois extraits ici.

V comme vraie vie

Afficher l’image source

Quelle est votre expérience avec la restauration rapide? demande Madame.

Fadi essaie d’esquiver la consigne: « La première fois que je suis allé au McDo, j’étais très jeune. Si jeune que je ne me le rappelle même plus. »

Brecht a été dévoyé par sa grand-mère. Plus d’une fois! « Les premières fois que je suis allé au McDo, c’était avec mon frère et ma grand-mère. »

Killian aime le McDo. Pourtant, écrit-il, « les tables ne sont jamais  propres et c’est pour ça qu’on va manger dehors. Les serveuses ne sont ni polies ni souriantes et il arrive qu’on t’apporte des frites froides. »

Pour Noa, c’est lié aux souvenirs de vacances: « On partait en voyage et on râlait pendant des heures, ma sœur et moi, pour aller au McDo. Dès que le repas était fini, on allait jouer sur la plaine de jeux. »

« La première fois que je suis allé au McDo », écrit Matthias, « je l’ai aimé, parce que j’étais très petit et naturellement, des frites et des hamburgers, c’était mon truc. »

Yorrick rime avec catégorique: « Je n’aime pas la restauration rapide, elle n’a pas été inventée pour être bonne! Je préfère aller dans un restaurant italien. »

« J’ai de bons souvenirs du McDo », écrit Leo, « même si ça ne concerne pas vraiment la nourriture. J’adorais les jeux qu’il y avait là, c’est dommage que je sois trop grand pour y jouer maintenant. Avec mon frère et ma cousine, on s’amusait comme des fous! »

« La première fois », raconte Lotte, « j’avais 14 ou 15 ans et c’était avec des amies qui connaissaient déjà tous les menus mais moi je ne savais pas quoi prendre, alors j’ai pris un McFlurry et c’était vraiment dégoûtant. Je n’y suis plus jamais retournée. »

Casper est reconnaissant envers sa mère: « Je suis très content que ma mère m’interdise d’aller plus de deux fois par an au McDo. Je déteste cette nourriture. En plus, les serveurs ne sont jamais contents et je trouve que la clientèle est souvent bizarre. »

Tim se souvient que la première fois qu’il est allé au McDo, il était enthousiaste. « Mais j’étais petit, alors, et j’aimais tout. Maintenant quand on y va c’est avec les copains, après les examens. Je n’aime pas l’odeur. Les serveurs n’ont pas d’émotions. Quand je mange trop, je me sens malade. »

Emile préfère aller chez Yves, à la friterie, parce que les serveurs du McDo oublient ce qu’il a demandé et lui apportent des choses qu’il n’a pas commandées. « Mais la première fois, j’avais cinq ans et c’était pour mon anniversaire, j’adorais ça, surtout la plaine de jeux! »

Lennert veut bien concéder que « c’est vrai, ce n’est pas de la gastronomie, la clientèle est souvent un peu marginale, ce n’est pas  très propre » mais il va continuer à y aller parce qu’il aime ça 🙂

Maxim remercie ses parents de lui avoir appris à apprécier « une nourriture saine et équilibrée. Ça fait au moins trois ans que je n’ai plus mis les pieds dans un McDo et je dois dire que ça ne m’a pas manqué! »

***

Madame espère qu’Adeline Dieudonné ne lui en voudra pas de lui avoir emprunté son titre. Elle a beaucoup aimé, comme le lion de la couverture, jeter un œil curieux sur « la vraie vie » de ses élèves. Qu’ils en soient remerciés 🙂

V comme Venise

banksy venise

Banksy est donc à Venise… un petit film qu’on peut voir sur son compte instagram, Venice in oil et repris sur le site de nombreux journaux et médias, devrait le prouver – Voir la source de la photo ci-dessus, ainsi que l’article et une autre possibilité de regarder la vidéo.

Du joli travail, comme toujours, et percutant. 

En même temps, c’est fort comique de le voir chassé comme un malpropre, quand on sait quelle valeur atteignent ses œuvres 🙂

Voilà des années qu’on incrimine – à raison – la présence de ces énormes bateaux de croisière dans les eaux de la lagune. Mais rien ne change.

J’avais déjà fait un billet là-dessus en 2016…

V comme voyager avec Villejean

2019-01-04 (1)

Sapristi! s’écrie-t-elle, pensant jurer comme un charretier.

Elle loge chez l’habitant. Trois barbus la regardent. Elle n’avait jamais vu trois barbus aussi blonds ni aussi baraqués. 

En route! Explorons le coin avant la tombée de la nuit.

Elle oublie qu’en cette saison, le soleil ne se couche quasiment pas. 

En chemin, elle croise un type qui se promène avec un sac à dos en forme de globe terrestre. Chaque continent est une poche. Il est en baskets et en chemisette. Bleue.

La chasse aux guillemots, j’espère que c’est interdit! dit-elle tout haut.

Elle se souvient de Maupassant en voyant trois oiseaux au bec noir souligné de blanc, là-haut sur un rocher, la tête tournée vers la gauche, sans bouger. Des guillemots, peut-être? Impossible de le demander aux autochtones.

Un avion vrombit dans le ciel. Il vole à si basse altitude qu’elle a envie de saluer les passagers d’un grand coup de mouchoir blanc. Par bonheur, elle n’en a pas.

Un crayon, un calepin, une boussole… énumère-t-elle en les remettant en poche. Aurait-elle oublié quelque chose d’essentiel?

« Six slips chic. Six slips chic. Six slips chic. » Elle le répète à chaque pas, de plus en plus vite, jusqu’à ce que sa langue fourche.

Alors elle rit toute seule.

Tant pis pour ce que peuvent penser les trois barbus blonds 🙂

***

Consignes chez Joe Krapov, que je remercie:

On écrit la première phrase du roman qu’on aimerait lire enfin.
Dans un guide de voyage on choisit sept images. Pour chacune d’entre elle on écrit un début de phrase.
On liste sept titres possibles à ce roman.
On repart de la première phrase et on poursuit le texte en intégrant tous les titres et tous les débuts de phrases qu’on a écrits.

finlande

J’ai utilisé mon vieux Routard Finlande-Islande donc faute d’illustrations – à part quelques publicités – j’ai dû me limiter à cinq images et cinq titres 🙂

La photo en tête du billet a été prise début janvier, lors du retour d’Islande.