V comme vieux

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– A l’école ils disent que je parle comme un vieux, fait petit Léon, qui n’avait pas très envie d’apprendre les définitions de la bissectrice et de la médiatrice, vendredi soir.

– Ah bon?

– Mais je ne vais quand même pas dire « Yo! » comme eux.
Moi je vais continuer à dire « Bonjour! »

V comme vie

L’Adrienne paiera-t-elle sa folle témérité en reprenant une vie « normale » 😉

Elle retourne au restaurant avec des amis, les reçoit chez elle sans masque, reçoit des câlins de petit Léon.

En septembre, la chorale reprendra le jeudi soir, le yoga le lundi matin, les cours du soir ‘en présentiel’.

Elle ira au théâtre et au concert.

Par contre, le voyage en Grèce, qui devait avoir lieu en octobre, est annulé.
Remis à 2022, sine die.

***

Alles komt goed, ‘tout va s’arranger’, affichait cette ancienne élève au début de la pandémie.
Et non, elle n’est pas brocanteuse, elle fait de la pâtisserie 😉

V comme vérité

91ème devoir de Lakevio du Gout

Devoir de Lakevio du Goût_91.jpg

J’écrirai des poèmes
pour dire que le feu brûle
et que le chien s’endort

je dirai qu’il fait beau
que la joie est dans le silence autour de nous
le bonheur à portée de la main

il ne faut pas avoir peur des mots
il faut savoir
que la pomme est douce partagée en deux

et dire oui du fond des mains
à la colline aux arbres aux chemins
à ces doigts qui m’apprennent patiemment
à écrire la vérité.

Jean Brianes, Poèmes I, 1964, in Poèmes et poèmes, éd. Flammarion, 2012, p. 45.

***

merci à Monsieur le Goût pour son tableau et ses consignes:

Cette toile de Peter Mǿnk Mǿnsted, parfaitement de saison, me semble montrer une entreprise courante. On dirait bien une invitation au bal, peut-être une demande en mariage. Qu’en pensez-vous ? Qu’en dites-vous ? À lundi, si vous n’êtes pas sur une plage quelconque pleine d’eau, de sable, de monde et de cris. Bref, là où il est impossible de penser à quoi que ce soit d’autre qu’à la chance qu’a eue Siméon le Stylite…

V comme violent

Pour l’Adrienne, rayon UV veut dire ‘ultra-violent’.

Elle est comme monsieur Bordenave: elle n’aime pas le soleil.

Entendons-nous bien: elle aime le soleil qui fait mûrir ses framboises ou qui réchauffe la terre pour y faire germer toutes sortes de graines.
Mais pas sur sa peau.

Sur sa peau, elle a tout essayé: les crèmes solaires facteur 50, les chapeaux de paille, l’ombre des arbres… rien n’y fait.

Chaque année, pendant toute son adolescence, malgré les précautions prises, les vacances familiales ardéchoises avaient très vite le même résultat: la brûlure.
Grave.

Pourtant, elle s’enveloppait dans un drap de bain jusqu’au moment de plonger dans la rivière.

Pourtant, elle restait à l’ombre et même dans la tente (surchauffée) aux heures les plus dangereuses.

Pourtant, elle ne se promenait jamais en maillot de bain, comme le faisaient tous les autres.
Qui bronzaient allègrement.

Conclusion: il y a toutes sortes de violences et toutes sortes d’inégalités 🙂

***

écrit pour le Défi du Samedi où Walrus proposait ultraviolet.

En illustration, le petit frère et le petit cousin, bien bronzés, torse nu, et la blanche Adrienne, les épaules bien couvertes 😉

V comme Voisard

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La parole est partout et elle surabonde.
Plus que jamais méfions-nous des paroles en l’air.
Tout se dit et rien ne se dit.
Rien n’est dit si tout se dit.

Alexandre Voisard, L’ordinaire et l’aubaine des mots, éd. Empreintes, 2020, p.48.

De woorden zijn overal en in overvloed.
Laat ons meer dan ooit loze praatjes wantrouwen.
Alles en niets wordt gezegd.
Zegt men alles dan zegt men niets.

Traduction de l’Adrienne.

Merci pour la poésie suisse, cette inconnue, chère Loulou 🙂

V comme vie parisienne

78ème Devoir de Lakevio du Goût

devoir de Lakevio du Goût_78.jpg

Quand on vient du Louvre, qu’on s’est baladé dans les Tuileries et qu’on se dirige vers le Petit Palais, on passe forcément par Concorde.

Si pour faire un peu plus court – car le touriste à Paris n’a aucun mal à faire ses dix mille pas par jour – on essaie de traverser la place de la Concorde, au lieu d’en faire tout le tour, on risque sa vie à chaque pas.

Pour ce qui est du trafic, on est mieux à Rome qu’à Paris: non pas qu’il y ait moins de voitures, mais les chauffeurs italiens ont le chic de vous laisser slalomer entre eux sans vous rendre sourds à coups de klaxon ni vous insulter en paroles et en gestes obscènes.

If you go to Rome, do as the Romans do, disait la mère de Muanza.

Ce n’est pas seulement vrai au sens figuré 😉

***

Merci à Monsieur le Goût pour sa consigne:

Pivoine m’a suggéré cette image. Elle l’a aimée. Je vous la soumets. Comme nombre d’entre nous, elle aime les aquarelles de John Salminen. J’espère qu’après avoir suggéré celle-ci, elle se donnera la peine de nous soumettre à son tour le fruit de ses pensées. Je vous ai quelquefois parlé de cette fontaine. Elle a retenu l’attention de John Salminen, de Pivoine et de votre serviteur qui a déjà tartiné sur le sujet. Mais à vous, que dit-elle ? Quels souvenirs vous rappelle-t-elle ? Racontez à votre tour vos pérégrinations dans le dédale de votre mémoire.

V comme valse

L’agent 212 était frappé du mal d’amour. Non pas d’une simple amourette : c’est un ange qu’il avait vu descendre de l’autocar, un ange qu’il aurait bien emmené au bal s’il était prince, ou au bar manger des frites chez Eugène.

C’était un sentiment neuf et bizarre qui lui donnait des idées de balades dans les bois à cueillir la bruyère. Des envies de maison en briques roses, avec un vieux buffet patiné et du canard aux navets qui mijote au coin du feu.

Pas un de ces buildings chagrins des chansons de Renaud, comme celui où il vivait… chouette chanson, triste cité.

***

Jamais l’agent 212 n’avait été client dans ce genre de commerce et c’est le cœur battant d’émotion qu’il y pénétra.

La fille derrière le comptoir était de celles à qui on propose un flirt dans un train couchette entre Nice et Paris ou des galipettes sur la douceur du gazon.

L’agent 212, qui ne savait pas faire la distinction entre une fleur de serre et celle des champs, se sentait comme une grenouille sur du gruyère au moment de dire ce qu’il était venu acheter.

Des roses rouges, fit-il au hasard, et la jeune fille leva les yeux au ciel – Ah ! Les hommes ! Quel manque d’imagination !

***

Je crois que l’agent 212 a un grain, avait dit Laverdure. En tout cas, il n’est pas dans ses manières habituelles !

En effet, le même jour et au même lieu du passage de l’autocar que la dernière fois, au coin du Jardin Botanique, parmi les touristes en promenade dans la ville et les mémés jetant des morceaux de pain aux oiseaux, chaque samedi donc on pouvait voir l’agent 212 habillé en costume trois pièces comme monsieur le sous-préfet à une distribution de prix, entre la statue d’un poète avec son luth et le buste du maire précédent.

Et sous les yeux ébahis de Laverdure, au moment où la nuit tombait et une belle pleine lune éclairait la scène, il esquissa une valse parmi les primevères.

***

écrit selon la consigne de Joe Krapov:

Ceci est la liste alphabétique des 58 substantifs utilisés dans un texte assez court et assez célèbre. Il vous est demandé de réécrire l’histoire ou plutôt une histoire en insérant 15 de ces mots ou plus dans votre texte. A vous de réinventer, avec verbes, adverbes et adjectifs, une syntaxe pour aller autour !

agent – amour – amourette – ange – autocars – bal – bars – bizarre – bois – bruyère – buffet – buildings – canards – chagrin – chanson – chouette – cité (mots du paragraphe 1) clients – cœur – commerce – couchette – derrière – distinction – douceur – émotion – fille – flirt – gazon – grain – grenouilles – gruyère – hasard – hommes – imagination (mots du paragraphe 2) jardin – jour – lieu – lune – luth – maire – manières – monsieur – morceaux – nuit – oiseaux – pain – passage – poète – primevères – promenade – samedi – sous-préfet – statues – touriste – valse – verdure – ville – yeux (mots du paragraphe 3)

V comme vin orange

Avoir eu à la fois un père et un mari tous deux très partageurs de leurs connaissances encyclopédiques dans le domaine du vin n’empêche pas que, quand l’Adrienne a vu le titre disant que « les vins oranges sont à la mode« , elle a d’abord lu et compris « vin d’oranges« .

Probablement parce qu’elle avait en tête l’amie Colo, sa recette de gâteau à l’orange de son jardin des délices sur son île merveilleuse, alors en plein dans la tourmente Hortense.

C’était le week-end dernier, et ici la nouvelle ne nous était même pas parvenue.

Ni celle de la mode du vin orange.

V comme vieille dame

Quand le matin de Noël le téléphone sonne chez l’Adrienne, elle décroche de sa voix la plus joyeuse, croyant souhaiter une bonne fête à sa mère.

Mais c’était la vieille dame.

C’est vrai qu’elle rappelle régulièrement depuis le 9 août et qu’elles ont ensemble à chaque fois à peu près la même conversation.

Mais qu’importe.

Ça fait drôlement plaisir.

***

Tous mes vœux de succès à une autre Vieille dame, celle de Bonheur du Jour!

Bravo pour cette centième 🙂