E comme Épinglé

Martha et Millie étaient venues assez tôt pour occuper le banc.
Pour rien au monde elles n’auraient voulu rater la parade mais ces longues stations debout n’étaient plus de leur âge.

Elles gardaient une place entre elles deux pour Priscilla qui était en retard, comme d’habitude.

Martha avait jeté sa veste bleu marine sur ses épaules: on avait beau être le 4 juillet, le vent pouvait être traître aux coins de rues, et Martha ne craignait rien de plus qu’un mauvais rhume.
Comme elle avait coutume de le dire, « c’est ce qui a eu raison de ma pauvre mère » et certes elle avait l’intention de vivre encore longtemps.
Elle n’avait évidemment pas négligé de mettre ses gants blancs.
Millie pour sa part portait son chapeau assorti à son tailleur bleu d’avant-guerre, qu’elle portait chaque année à cette occasion et dont la jupe ample était d’une longueur bien comme il faut.
Elle avait pris un coussin, son dos fatiguait vite sur un banc aussi dur.

L’avenue était déjà bien remplie de monde – il ne manquait plus que Priscilla, en fait, elle en prenait vraiment à son aise, Priscilla, et profitait de leur bonté! – chacun vêtu comme il se doit des trois couleurs nationales, quand cette dévergondée d’Angie est arrivée sur ses talons de douze centimètres, dans une robe toute noire comme si la parade était un enterrement.

– Elle n’en fera jamais d’autres, celle-là, a émis Millie entre ses dents. Mais où ai-je rangé mes clés?

Et c’est ainsi qu’elle a raté le plus beau dos nu qu’il lui serait donné de voir de toute sa vie et qu’elle n’a pas compris la réponse de Martha:

– Elle a encore manqué de tissu pour se faire une robe convenable…

***

Merci à La Licorne pour la photo et les consignes d’août:

Ce mois-ci, je vous invite à faire courir votre imagination à partir de cette image et de ce livre, Épinglé comme une pin-up dans un placard de G.I. de Tonino Benacquista

:

39 commentaires sur « E comme Épinglé »

  1. Ah oui, bravo, tu te mets vraiment dans la tête, la vie du troisième âge féminin de l’époque, de toutes les époques je crois d’ailleurs je crois, réaliste et amusant tin texte!
    Bonne journée !

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  2. oups si elle se prend un coup de vent dans la descente des reins ba ba ba ba
    Amusant ton texte comme si on vivait l’histoire , ah ces bancs d’en ville ils en écoutent dans une journée
    @ demain Adrienne

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  3. Ah j’adore l’ambiance et la chute aussi vertigineuse que le décolleté du dos-nu 🙂 L’image est sublime. Merci de m’avoir fait sourire 🙂

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