H comme horreur du vide

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Dans le silence très relatif de la nuit chilienne, elle a senti avec terreur la terre gronder et trembler pendant de longues minutes, ne parvenant à se décider s’il valait mieux sortir de la chambre ou attendre tranquillement que ça passe.

Dans le silence très relatif de la nature finlandaise, en fond sonore parmi d’autres bruits et cris divers, le ‘zonzon’ de milliers de moustiques l’a finalement décidée à retourner se coucher à l’abri d’une maison et de sa moustiquaire.

Et là, devant le spectacle grandiose de l’infinité de l’océan, elle se demande quel idiot a été effrayé par « le silence éternel des espaces infinis ».

Le fracas assourdissant des vagues sur les rochers, les grondements de l’orage, voilà ce qui l’effraie et l’attire en même temps.

Bien campée sur ses deux jambes, les mains dans les poches de sa grosse vareuse au col relevé, elle admire le spectacle et se dit qu’il n’y a pas de meilleur endroit que cette bonne vieille terre.

Pour le silence éternel des espaces infinis, elle préfère passer son tour…

***

Tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie. Il fallait utiliser cette citation de Blaise Pascal: « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie »

Pour ceux qui veulent tout savoir sur Pascal et sur la nature qui n’a pas du tout horreur du vide…

Et pour ce qui est du silence sur Mars, voir ici 🙂

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H comme heureux!

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Le débat qui fait un tabac du tonnerre de Brest, chaque fois que Madame l’organise avec ses « seize ans », c’est quand elle leur demande pourquoi ils sont contents d’être un mec ou une fille.

La première chose que disent les garçons – et franchement ça ne rate jamais, c’est leur top 1 d’année en année – c’est qu’ils sont bien contents qu’ils ne devront jamais accoucher.

Et devinez quelle est la première chose que disent les filles? Quel bonheur ce doit être d’avoir un bébé dans le ventre, de donner la vie, d’être mère!

Similitude d’autant plus frappante qu’ils ne peuvent s’influencer mutuellement: la préparation du débat se fait en classe, par écrit et en silence.

Frappantes aussi les conclusions de part et d’autre: en 2018, disent les mecs, il n’y a plus vraiment de différences entre les garçons et les filles dans notre société. Et les filles écrivent: il faut l’égalité – c’est grave qu’il y ait encore de si grandes différences dans notre société.

Avec une logique qui leur est propre, les garçons ont comme deuxième conclusion que la vie d’un homme « est plus facile sur de nombreux points ». Chez les filles on peut lire: c’est grave qu’on doive s’inquiéter pour notre sécurité, surtout le soir, la nuit.

D’ailleurs c’est bien vrai, puisque ce sont les garçons qui le disent: je suis content d’être un mec, je risque beaucoup moins de me faire violer.

photo: le bonheur d’être enceinte, sauf que la future mère n’est pas la dame de la photo, mais le koala de Planckendael – voir le billet de l’époque 🙂

H comme histoire

Je compte sur toi pour les précisions historiques, tu le sais, n’est-ce pas! dit-elle à la dame qui a travaillé toute sa vie à la bibliothèque communale mais est historienne de formation.

Ce soir Wim nous fera un petit exposé sur l’architecture gothique, dit-elle un autre lundi, vu qu’on a la chance d’avoir un architecte parmi nous…

Non mais hé ho! on est venus ici pour avoir un cours sur l’histoire de la musique, s’insurge mentalement l’Adrienne.

C’est à ce moment-là que la prof se tourne vers elle:

Tu voudras bien nous faire un petit cours sur la langue d’oc et la langue d’oïl, lundi prochain? Et tu nous parleras d’Aucassin et Nicolette? Et des troubadours?

Vous croyez que ça intéresse quelqu’un? a répondu l’Adrienne.

Non mais hé ho!

H comme heureusement!

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C’est mon dernier soir ici et personne ne le sait. Seule maman se doute de quelque chose, elle a encore fouillé mon armoire, mes tiroirs, mon lit. Elle n’a rien trouvé, bien sûr. Heureusement que je la connais bien! Loi numéro 1: ce que tu veux cacher, ne le cache jamais dans ta chambre, c’est là qu’on cherchera! Vu que c’est moi qui suis chargée d’épousseter, il n’y a pas de meilleure planque pour mes sous et mes papiers que le gros buste de Beethoven, sur le piano. Une idée géniale que j’ai eue là! De années que c’est ma cachette-secrète-jamais-découverte!

Mais qu’est-ce qui se passe, ce soir? J’ai beau agiter ma main sous leur nez, faire de grands gestes de théâtre, ni Huguette ni Francine ne remarquent ma bague! Huguette a ce sourire béat et ce regard absent déjà toute la journée, et Francine ne cesse de l’observer en douce, qu’est-ce qu’elle mijote encore? Sait-elle quelque chose que je ne sais pas? C’est énervant, à la fin!

Huguette nous cache quelque chose… Maintenant j’en suis sûre! Maman a raison de se méfier, elle est de trop belle humeur, trop douce, trop complaisante. Et en même temps elle a l’esprit ailleurs, ça se voit. Ah! c’est une sacrée sainte nitouche, notre sœur aînée! Je crois qu’il est temps d’aller voir sous sa cachette secrète. Des années qu’elle pense que le buste de Beethoven est un abri sûr, hahaha! 

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Tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

H comme Hubert Haddad

H.Haddad

Madras la nuit – poix et goudron. L’air a une épaisseur d’huile. Une puissante odeur de putréfaction chargée de poussière et de cendres animales s’infiltre sous l’épiderme, dans la gorge et les bronches. A Jérusalem, pendant des années, chaque dimanche, il avait traversé un marché arabe sous un soleil nimbé d’étincelles. Les crieurs d’agrumes le saluaient. La foule s’ouvrait avec des froissements d’étoffe. Les éclats de voix se répondaient, proches et lointains. On s’apostrophait du fond des temps. On plaisantait et riait d’un étage à l’autre de la tour de Babel. C’était avant la multiplication des attentats, avant le mur. Yitzhak Rabin n’avait pas encore été assassiné par un juif orthodoxe. On pouvait espérer un règlement pacifique du conflit. […] Dans l’accalmie, tout laissait augurer un apaisement, une ouverture, quelque chose de miraculeux. Rien n’est advenu que violence, rancune et spoliation.

Hubert Haddad, Premières neiges sur Pondichéry, éd. Zulma, 2017, p.9-10 (incipit)

Voilà comment l’auteur nous happe dès la première page et voilà une très belle lecture qui s’annonce, avec de nombreux fils entre le passé et le présent, un foisonnement d’odeurs, de couleurs, de musiques diverses, et une histoire qui se répète malheureusement d’un continent à l’autre.

On se promet d’y aller doucement pour savourer les 178 pages. On sent que ce sera trop court.

La photo de couverture, toute l’info et les critiques parues sont ici sur le site des éditions Zulma.

H comme hypomnemata

Tu sais qu’aujourd’hui c’est mon anniversaire de mariage, dit la mère de l’Adrienne hier soir au téléphone. Non, répond l’Adrienne, aujourd’hui on est le neuf, vous vous êtes mariés le sept.

S’en suit une réponse véhémente à laquelle l’Adrienne ne réagit plus – à quoi bon? si sa mère est persuadée qu’elle s’est mariée le neuf juillet, il ne sert à rien d’essayer de lui montrer qu’elle a tort, comme samedi dernier, quand en guise de bonjour elle lui a asséné un: « Et le jour de la fête des Mères, tu n’es même pas venue me voir! » alors que ce jour-là (déjà lointain, c’était le 13 mai en Belgique) on lui avait apporté un gros gâteau au chocolat. On le lui a rappelé, ça n’a servi à rien: non, tu n’es pas venue et tu ne m’as même pas téléphoné non plus.

Bref, la mère de l’Adrienne n’aime pas ce silence à l’autre bout du fil: « Tu ne dis plus rien? » fait-elle quand elle est arrivée au bout de sa tirade. – « Qu’est-ce que tu veux que je te dise? Moi j’ai toujours su que c’était un sept juillet mais si tu penses que c’est le neuf… »

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ὑπόμνημα, hypomnema, pluriel hypomnemata, de ὑπό, sous et μνημα, mémoire – les hypnomnemata sont des ‘supports de mémoire’  (une référence aussi dans le Gaffiot)

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Bien sûr il y a des choses pires dans l’actualité du jour…

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photo copiée d’une vidéo sur le site du Figaro

H comme hier soir

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Première fois que je retournais dans la maison où son mari et ses enfants doivent désormais vivre sans elle. Nous avons parlé d’elle, de lui, des enfants. Nous avons regardé des photos. D’elle, de lui, des enfants.

C’était bien.

C’était indispensable.

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photo prise avec elle un beau soir d’automne