Question existentielle

La petite école où Madame s’occupe de deux enfants chaque mardi est un bâtiment vétuste: vieux radiateurs individuels, fenêtres à simple vitrage, tout absolument tout y a des odeurs d’autrefois et bien sûr d’où devraient venir les moyens de moderniser, n’est-ce pas, on a déjà besoin de tous les fonds disponibles pour qu’il y ait des ordinateurs, des jeux éducatifs et tant d’autre matériel scolaire, ou pour payer les factures d’énergie.

Dès la première fois, Madame avait évidemment observé les toilettes: elles sont à l’image du reste et il ne faut en jeter la pierre à personne. C’est comme ça: l’école fait ce qu’elle peut.

Quarante ans passés comme prof après toutes les autres années passées comme élève suffisent amplement pour savoir que le problème est complexe et reste un problème.

Même si dans l’école de Madame les toilettes des années 1950 ont été complètement rénovées, combien de fois le personnel d’entretien n’est-il pas venu se plaindre…

On fournit du papier hygiénique en suffisance?
Un rigolo en profite pour boucher les WC.
Il y a de beaux lavabos avec savon et papier?
Un autre rigolo fabrique une pâtée pour boucher les éviers.
Ou exprime sa créativité par des graffitis sur les murs ou les portes.
Etc.

A l’occasion de ce 19 novembre, qui est – Madame vient de l’apprendre – la journée mondiale des toilettes, une nouvelle enquête a été réalisée pour savoir pourquoi tant d’enfants se retiennent d’aller aux toilettes dans leur école.

Il s’agit de 7 enfants sur 10, en Belgique.
Une enquête similaire en France parlait de 8 enfants sur 10 et les causes sont toujours les mêmes: vétusté, manque d’intimité, de propreté, de temps…

Question existentielle

C’était le début des années nonante et l’Adrienne se promenait en ville avec sa grand-mère qui ne cessait de s’exclamer, chaque fois qu’elle voyait apparaître un nouveau chantier ou s’élever des étages de béton:

– Encore des appartements!

Et elle ne manquait jamais d’ajouter la question qui restait sans réponse:

– Mais qui va habiter là-dedans?

Trente ans plus tard, il y a toujours des chantiers pour de nouveaux blocs d’appartements qui se construisent, jusque dans la rue de l’Adrienne où un ensemble de six blocs porte le nom charmant de « parc » et chaque fois qu’elle passe devant, c’est-à-dire tous les jours, l’Adrienne pense à la question de sa grand-mère: est-ce que tout ça trouvera acquéreur?

Alors vendredi soir, assise avec une maman d’élève à la terrasse d’un café – oui ces jours-ci même en Belgique à la mi-octobre on peut passer une soirée en terrasse non chauffée et même sans manteau – quand vendredi soir leur regard à toutes deux s’est porté sur un nouveau bloc d’appartements au coin de la grand-place, elles ont exprimé la même pensée, sauf que chez l’autre dame la question lui vient de son père:

– Mais qui va habiter dans tous ces appartements?

***

photo prise dans ma rue, la démolition d’une villa avec usine et cheminée d’usine, pour construire six blocs d’appartements. Le beau saule pleureur n’a pas survécu non plus.

Question existentielle

– Bon, voyons ce questionnaire.

Il s’est assis sur un des bancs derrière l’église, a croisé les jambes et chaussé ses lunettes.
Il avait pris soin d’imprimer le feuillet qu’on lui avait envoyé les jours précédents.
Tout un questionnaire, qu’il relisait au moins pour la troisième fois, toujours avec un étonnement croissant.

Non, il n’en comprenait pas vraiment le sens.

« Avez-vous une manie? »
« Quel est votre talon d’Achille? »
« Qu’est-ce que vous regrettez le plus? »
« Quel est le gros mot que vous dites quand vous êtes contrarié? »
« Êtes-vous adroit de vos mains? »

Non, franchement, il ne voyait pas le rapport entre ce questionnaire et ce boulot de croque-mort pour lequel il était venu se présenter.

***

Merci à Monsieur le Goût pour son 137e devoir :

Ce monsieur, peint par Jackie Knott semble… Semble quoi ? Il est d’un sérieux papal, soit. Mais encore ? J’espère qu’on en saura plus lundi, grâce à nos efforts communs pour lire sa pensée.

Questions existentielles

Madame est allée voir sa « doctoresse » préférée, celle qui est une charmante ancienne élève à qui elle a délégué la responsabilité de veiller à ce qu’elle ne meure pas du même mal que son père.

– Je compte sur toi, lui a-t-elle dit.

Même si évidemment il faudra bien qu’elle meure de quelque chose.

Puis c’est la secrétaire qui s’est occupée d’elle et comme une des questions était « vous prenez des drogues? » Madame n’a pu s’empêcher d’éclater de rire et – vous la connaissez – de s’étonner:

– Est-ce que vraiment vous pensez que les gens vous répondent la vérité, quand vous leur posez ce genre de questions?

***

Bref, le plus beau de l’histoire, c’est que ces questions sont inutiles: la prise de sang révèle tout.

Question existentielle

Vous aussi probablement recevez de toutes parts des appels aux dons et vous non plus ne savez pas à qui ni à quoi donner en priorité, Amnesty, la Croix-Rouge, les aveugles, les réfugiés, les parturientes congolaises… et ces derniers temps le monde culturel agite lui aussi de plus en plus frénétiquement la cloche d’alarme.

Ainsi l’Adrienne vient de recevoir cet appel de son ancienne université pour l’aider à restaurer et conserver un incunable.

On est d’accord, ce livre est un fort bel objet et mérite certainement sa survie pour la postérité. C’est déjà un miracle qu’il soit arrivé jusqu’à nous, les bibliothèques ayant une fâcheuse tendance à brûler et si la combustion n’est pas spontanée, les armées d’envahisseurs s’en chargent.

(Entre parenthèses, c’est un des plus lointains souvenirs d’Henry Bauchau, il en parle dans L’enfant rieur…)

Bref, cet incunable est le fruit d’un projet ambitieux de Bernhard von Breydenbach et un des tout premiers « guides de voyage illustrés » (1486). L’itinéraire du voyage en terre sainte est donné en détail et pour les illustrations, Bernhard von Breydenbach a emmené un artiste hollandais, Erhard Reeuwijk (son nom est germanisé en Reuwich).

On peut y voir les villes traversées, les populations rencontrées, des animaux encore inconnus du public européen de l’époque, comme la girafe, et y apprendre des tas de choses sur les différents lieux, langues, alphabets, coutumes…

Le voyage a débuté le 25 avril 1483 à Rödelheim et la boucle est bouclée un an plus tard, en février 1484 à Mainz.

A Venise ils ont pris le bateau pour Corfou, Modon (Methoni, dans le Péloponnèse) et Rhodes jusqu’à Jaffa (Haïfa). Ils ont bien sûr visité des lieux bibliques comme Jérusalem ou Bethlehem, sont passés par le désert du Sinaï pour se rendre au monastère Sainte-Catherine puis sont revenus par le Caire et Alexandrie, ont pris un bateau sur le Nil jusqu’à Rosette et sont retournés à Venise pour rentrer en Allemagne.

Ouf 🙂

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La photo d’illustration vient du site de la KULeuven – où on peut en voir d’autres – et montre la prof. dr. Lieve Watteeuw avec la vue de Jérusalem dans l’incunable Peregrinatio in Terram Sanctam.

Question existentielle

Dans sa Lettre au Greco (Αναφορά στον Γκρέκο), Nikos Kazantzakis (1883-1957) raconte sa découverte du site de Bassai avec son merveilleux temple d’Apollon, classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1986.

Il raconte comment « une petite vieille » sort de la cabane de gardien du lieu et lui offre deux figues et quelques raisins, les premiers, se dit-il, qui ont dû mûrir à ces hauteurs. On est à 1130 mètres d’altitude.

Il lui demande comment elle s’appelle.

– Maria, répond-elle.

Puis quand elle voit qu’il prend son carnet et un crayon pour le noter, elle l’arrête d’un geste et dit:

– Mariyitsa.

Elle insiste et le répète: elle préfère qu’on retienne le petit nom gentil de l’enfance et de l’amour.

– C’est quoi, ça, ici? demande l’auteur.
– Vous ne voyez pas? Des pierres!
– Et pourquoi est-ce que les gens viennent de partout dans le monde pour les voir?

Après un moment d’hésitation elle lui demande:

– Vous êtes étranger?
– Non, Grec.

Alors elle est rassurée et hausse les épaules:

– Ils sont fous, ces étrangers!

Et elle rit aux éclats.

***

en photo, les « pierres » de Bassai, le 5 mai dernier.
Pour voir le temple, aujourd’hui protégé sous une tente, le mieux c’est d’aller sur des sites de pro ou sur wikisaitout 🙂

L’anecdote ci-dessus n’est pas une transcription de texte mais la traduction en français d’une traduction en néerlandais d’une traduction anglaise du grec. Ouf 🙂

Question de taille

Le billet du jour sera particulièrement léger, jugez-en par vous-mêmes.

Il était plus de six heures du soir quand l’Adrienne a reçu de cousin Ward le message suivant:

– On est en train de discuter un peu vivement ici à propos de ta mère: combien est-ce qu’elle mesure?

Qu’il y ait chez les cousins des discussions un peu vives au sujet de la mère de l’Adrienne, rien d’étonnant à cela, mais à propos de sa taille?

Bref, cousin Ward a été fort satisfait de sa réponse: il a gagné son pari.

Il faut si peu pour être heureux 🙂

Question existentielle

Il y a de ces choses que l’Adrienne ne comprendra jamais.

Une des principales est celle-ci: comment peut-on continuer à agir en faveur de la vente (très) libre d’armes à feu dans la plupart des États des Etats-Unis quand on voit des chiffres comme ceux-ci: chaque jour plus de 110 Américains sont tués par balle – chaque année il y a environ 350 morts accidentelles avec une arme à feu trouvée par un enfant, qui s’en sert comme d’un jouet – chaque année plus de 18 000 enfants et adolescents sont tués ou blessés par balle.

Les armes à feu sont la première cause de mortalité pour la tranche d’âge de 1 à 19 ans.

***

Et à part ça? Nowruz mubarak!
!نو روز مبارک
A l’arrivée du printemps, la communauté perse fête le Nouvel An, comme l’explique le très américain petit Iranien de la vidéo 🙂
Dans la ville de l’Adrienne aussi, ça se fête avec un repas, de la musique et de la poésie.

Question existentielle

Une blogamie lui ayant récemment offert ce livre, l’Adrienne s’est reposé une question largement débattue autrefois avec différentes personnes – directement ou indirectement concernées – sur la question du mariage mixte.

– Moi, lui avait dit S*** un jour – et ça l’avait beaucoup choquée – moi je ne veux absolument pas qu’une de mes filles épouse « un Belge ».

Elle disait « un Belge » alors qu’elle-même et tous les siens le sont, mais pour elle prime toujours leur origine tunisienne.

Selon S***, un mariage mixte, ça ne marche pas, parce que « c’est déjà bien assez difficile » entre gens de même culture.

Dans son livre, Cécile Oumhani semble lui donner raison: l’étudiante blonde épousée par Ridha, le Tunisien, se retrouve complètement déboussolée et isolée dans le pays de son mari, où elle doit rester entre les murs de sa maison, alors qu’elle a des diplômes universitaires et un grand appétit de se « rendre utile » en travaillant.

Même vécu, même échec, chez Riad Sattouf dans son excellente série autobiographique en bande dessinée, L’Arabe du futur, où on voit peu à peu le père qui se radicalise, comme on dit aujourd’hui.

D’où la question existentielle du jour: y aurait-il en littérature des exemples de mariages mixtes réussis?
Ou sont-ils tellement sans histoires qu’il est inintéressant d’en faire un livre 😉

https://ennalit.wordpress.com/2021/12/01/challenge-petit-bac-2022-qui-veut-jouer/