Questions pas existentielles

Schéma actanciel 6eme

– Pourquoi vous parlez comme un prof de français? demande petit Léon.

Madame s’en trouve un peu interdite – n’aurait-elle pas dû employer l’expression « mettre des bâtons dans les roues » alors qu’elle expliquait le rôle des ‘opposants’ dans un schéma actantiel?

– Sans doute parce que j’en suis un? répond-elle.
– Ah oui! c’est vrai!

La réponse semblait le satisfaire.

Ce n’est que le lendemain, en y repensant, qu’elle s’est dit qu’elle aurait mieux fait de lui demander « Pourquoi tu dis que je parle comme un prof de français? » au lieu de tourner et retourner des suppositions dans sa tête 😉

Question existentielle

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Assis côte à côte sur le canapé, l’Adrienne et petit Léon lisent un livre dont le narrateur est un gamin de son âge, qui se demande comment, à l’issue du triste été qu’il est en train de passer, il trouvera quoi dire aux profs qui, à la rentrée toute proche, ne manqueront pas de lui demander de raconter ses vacances.

– C’est vrai, ça! interrompt-il sa lectrice, chaque année les profs ils demandent de raconter les vacances!

L’Adrienne soupire – hélas elle ne le sait que trop bien – et elle connaît l’avis de petit Léon sur la question: ne rien divulguer de sa « vie privée ».

– Mais si c’est pour des points… ajoute-t-il…

Et on sent son hésitation.
Il a tellement envie de bien faire, dès septembre!

– Et bien, dit l’Adrienne, tu pourrais raconter que cet été, tu t’es enfin inscrit à la bibliothèque et que tu as lu quelques livres, et parler de tes lectures? Ce n’est pas ta vie privée et en plus ça devrait plaire à ton prof, ce genre de chose!

Petit Léon réfléchit. Est-ce que ce sera suffisant?

– On trouvera, dit l’Adrienne. L’essentiel, c’est que tu y seras préparé, à cette question.

Préparé, c’est sûr qu’il le sera, dimanche on reprend les devoirs de vacances 😉

Question existentielle

90ème devoir de Lakevio du Goût.

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Vous aviez vingt-cinq ans et vous aviez trouvé la maison de vos rêves: une petite bâtisse juste bonne à abattre – mais ça, vous ne le saviez pas encore – au milieu de nulle part.
Oui, même dans la Flandre bétonnée, ça existe encore.

Un sentier bordé d’hémérocalles menait au bosquet, des noisetiers ombrageaient idéalement la pelouse, un grand pommier offrait ses fruits.
Vous aviez trouvé votre paradis.

L’intérieur aussi, pourtant plus que vétuste, vous enchantait, avec ses boiseries, ses carrelages usés et un grand âtre où vous projetiez de faire de belles grillades.
Souvent vous avez été heureux de l’avoir, par un matin frais ou une froide soirée d’entre-saison.

Dix ans plus tard, cette maison construite de ses propres mains par un ancien combattant de 14-18 pour y loger sa future épouse, ne tenait plus debout que par habitude.
Vous avez dû vous résoudre à passer du charme de l’authentique à la solidité du moderne.
Bien isolé et avec un minimum d’éléments polluants.

Ce n’est pas de gaieté de cœur que vous vous êtes séparés de l’âtre, mais il vous fallait rester logique avec vos convictions.

***

Merci à Monsieur le Goût pour sa consigne:

Vous aimez les cheminées ? Vous aimez l’odeur du bois qui brûle ? Vous aimez les flammes dansantes quand elles sont la seule source de lumière de la pièce ?
Vous aimez tout cela ? Ou pas dut tout… Alors dites ce que vous inspire cette toile de Childe Hassam qui vous rappelle ce que vous aimez ou détestez. Ou ce qu’elle ne vous inspire pas.

Question existentielle

– Non mais c’est quoi, ce délire! Cinq jours à Ibiza? Et puis quoi encore!

Cindy fréquentait depuis quelques mois un site de rencontres et ne manquait pas de faire profiter Mme de B*** de ses discours enflammés.

– Non mais franchement! Sous prétexte que j’ai mis sur mon profil que j’aime danser! Faut bien y mettre quelque chose, hein? Mais j’ai deux gosses, moi. Il est loin le temps où je passais les nuits du samedi à faire monter le thermomètre des petits mecs avec mon regard de braise – ici elle essaie le regard langoureux sous la frange – et mes déhanchements de déesse…

Ce qu’elle illustre en se trémoussant avec le tuyau de l’aspirateur.

– Je ne doute pas que vous ayez suscité des passions, fait Mme de B***, dont le subjonctif dément les paroles.

– Envoûtés qu’ils étaient, oh oui! Et puis j’ai quand même choisi le mauvais mec…

Elle tousse.
Mme de B*** se retient de dire, comme souvent:  » Vous devriez arrêter de fumer, ma petite Cindy ».
Au lieu de quoi, elle se soulève de son siège et déclare:

– Je vais aller m’installer à l’ombre sur la terrasse. Un peu de fraîcheur me fera du bien après vos histoires torrides.

Elle s’évente avec le magazine qu’elle lira au calme, puis ne se retenant plus:

– Mais dites-moi, vous en avez déjà trouvé beaucoup, comme ça, sur internet?

***

écrit en réponse à la question 18, Vous en avez trouvé beaucoup? et avec les mots imposés par Les Plumes d’Émilie : REGARD – DELIRE – PASSION – DANSER – SAMEDI – NUIT – THERMOMETRE – TOUSSER – OMBRE – FRAICHEUR – ENVOUTER – ENFLAMMER – EVENTER.

Le groupe de danseuses est une sculpture photographiée à la BRAFA il y a quelques années.

Question existentielle

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vivre ensemble

Il y a sûrement un monde des objets perdus
où un gant, oublié dans la précipitation,
s’acoquine avec un vieux journal,
une écharpe, un mouchoir ou un peigne.

La main ne manque plus au gant,
le mouchoir n’a pas besoin de tristesse,
et même l’écharpe ne désire pas la chaleur
de nounous ou de mamans.

Tout ce qui est perdu est relié.
Mais que faire de la tendresse devenue superflue,
de la chair de poule qui voulait rester,
du premier rêve érotique, de l’amoureuse nunuche,

du jouet d’un enfant mort?
Et faire comme si on pouvait tout oublier,
alors que, complètement perdu comme être humain,
on se retrouve seul dans l’univers.

(traduction de l’Adrienne)

***

saamhorig

Er moet een wereld van verloren dingen zijn
waarin een handschoen, inderhaast vergeten,
het aanlegt met een oude krant,
een sjaal, een zakdoek of een kam.

De handschoen mist de hand niet meer,
de zakdoek hoeft geen jammernis,
en zelfs de sjaal taalt niet naar warmte
van kindermeiden en van moeders.

Al het verlorene is saamhorig.
Maar wat met tederheid die overbodig werd,
met kippenvel dat blijven wou,
de eerste natte droom, het domste lief,

het speelgoed van een kind dat stierf?
En doen alsof men alles kan vergeten,
hoewel men, plompverloren als een mens,
alleen in het heelal moet zijn.

Luuk Gruwez

Question existentielle

77 ème Devoir de Lakevio du Goût

devoir de Lakevio du Goût_78.jpg

Elle, ce qu’elle aime, ce sont les gens.
Les regarder vivre.
Observer leurs gestes, leurs mimiques.

Mais combien de temps peut-on faire durer un milk-shake à la banane?

Elle craint le moment où toutes les tables seront prises.
Quand le serveur aura cet air pincé pour lui signifier qu’elle abuse. Ou qu’il faut consommer davantage.

Elle, ce qu’elle aime, c’est s’installer à une terrasse pour observer les gens.

Avec du papier et des crayons.

***

Merci à Monsieur le Goût pour le tableau et la consigne:

Elle fait une drôle de tête… Est-elle indécise face au menu ? Est-elle indécise sur la conduite à tenir ? Est-elle triste ou en colère ?
J’espère en savoir plus lundi. À vous de jouer !

Question nature

source de la photo ici

Jeanne et Mme de B*** avaient pris un peu de retard sur le reste du groupe, de sorte qu’elles avaient raté le début de la discussion.

Celle-ci prenait un tour de plus en plus virulent et on pouvait même craindre que les deux messieurs en bottes Aigle n’en viennent aux mains.

– Elle est bientôt terminée cette partie d’échec et mat au bon sens? Vous trouvez peut-être qu’on en a trop, des arbres, en Flandre? Non mais regardez-moi ce désastre!

La cause de leur différend, c’était cette partie du domaine où on pouvait voir sous le soleil couchant une sorte de clairière: tous les hêtres avaient été coupés, abattus, et une végétation basse commençait à apparaître. Principalement des ronces et des chardons.

Verwijderen van boomopslag? hurlait-il de plus belle, c’est comme ça que vous appelez l’abattage d’arbres centenaires? Et tout ça pour quoi? Pour un hypothétique retour à une situation précédente? Espérer qu’après plus d’un siècle la bruyère réapparaisse spontanément? Vous croyez que c’est de ça qu’on a besoin, ici? De bruyère?

Il allait ajouter un godverdomme bien senti quand il vit le regard impérieux de Mme de B*** fixé sur lui.

– J’en ai assez vu! fit-il. Je m’en vais.

***

écrit en réponse à la question 8 de l’atelier d’Annick SB: Elle est bientôt terminée cette partie?

Question existentielle

Vous broyez du noir, vous avez le cœur tout cabossé et une folle envie de câlins et de douceur?
Vous ne voulez pas vous jeter sur le rayon pâtisserie ni vous faire plaisir en dégustant un chocolat chaud bien crémeux?
Tout cela vous semble trop suranné?
Vous préférez vous jeter sur votre tablette ou votre téléphone « intelligent »?

Enfants! Prenez garde aux baobabs!

Prenez garde à ce qui se cache sous ce bel emballage!
Car bientôt ce seront les algorithmes qui prescriront vos comportements.

***

écrit pour les Plumes d’Émilie – merci Émilie! – avec les mots imposés:

broyer – douceur – cabosse – tablette – noir – emballage – suranné – fou/folle – déguster – câlin – chaud – prescrire – pâtisserie – plaisir.

Question existentielle

La citation se trouvait sur un calendrier et voilà des semaines, des mois qu’elle turlupine l’Adrienne.

Elle est prononcée par Orson Welles dans The third man (voir la vidéo ci-dessus) et serait de lui. Graham Greene, auteur du livre, et Carol Reed, réalisateur du film, confirment que Welles pouvait ‘meubler’ ici et là un vide dans le scénario par des phrases de son propre cru.

Soit.

« In Italy, for 30 years under the Borgias, they had warfare, terror, murder and bloodshed, but they produced Michelangelo, Leonardo da Vinci and the Renaissance. In Switzerland they had brotherly love, they had 500 years of democracy and peace – and what did that produce? The cuckoo clock. »

« En Italie, pendant trente ans sous les Borgia, il y a eu la guerre, la terreur, le meurtre et le sang versé, mais le pays a donné Michel-Ange, Léonard de Vinci et la Renaissance. En Suisse, il y a eu cinq cents ans d’amour fraternel, de démocratie et de paix – et qu’est-ce que ça a donné? La pendule à coucou. » (traduction de l’Adrienne)

Ne trouvez-vous pas, vous aussi, qu’il y aurait beaucoup à dire là-dessus?

A commencer par la paternité des pendules à coucou, qui seraient originaires de la Forêt Noire.

Ou jetez un œil à l’histoire de la Suisse, qui est bien loin d’avoir été un long fleuve tranquille…

Et pour terminer, examinez la question existentielle que pose Harry Lime en disant cela: est-ce que vraiment l’art et la culture fleurissent mieux sous le despotisme, la guerre et la violence?