P comme pas ce qu’on croit

64ème devoir de Lakevio du Goût

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Un bel organe, un imperturbable aplomb, plus de tempérament que d’intelligence et plus d’emphase que de lyrisme, achevaient de rehausser cette admirable nature de charlatan, où il y avait du coiffeur et du toréador. 

Il s’est vite avéré que malgré ses airs de Bogart, il ne savait parler que de voitures.

Elle était comme Lauren, elle en retira qu’il n’avait que l’aspect d’un brave, avec l’entrain facile d’un commis voyageur.

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désolée, l’idée ne m’est venue que cette nuit, à cause de l’organe abîmé de Bogart et Bacall, à force de vouloir prendre une voix « sexy »… et sans doute un peu aussi à cause de la cigarette 😉

Je vous propose de dire ce que vous inspire cette toile de Mr Vettriano.
Une histoire qui commencerait par :
« Un bel organe, un imperturbable aplomb, plus de tempérament que d’intelligence et plus d’emphase que de lyrisme, achevaient de rehausser cette admirable nature de charlatan, où il y avait du coiffeur et du toréador. »
Et qui finirait par :
« Elle en retira qu’il n’avait que l’aspect d’un brave, avec l’entrain facile d’un commis voyageur. »

P comme Progrès

grayscale photo of man and woman sitting on car hood
source Immo Wegmann

C’était l’époque où on passait l’auto au polish pour que ses chromes brillent au soleil.

L’époque où on vérifiait le niveau d’huile, parce que c’était la question que le grand-père ne manquait jamais de poser.

Et l’époque où on avait toujours un jerrycan dans le coffre…

– Tu m’attends là? disait l’homme. Je vais voir si on peut avoir de l’essence quelque part.

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la véritable histoire de la Fiat est racontée ici et ici 🙂

P comme Patrice

(c) Agentschap Onroerend Erfgoed

En Belgique, si tu trouves un trésor dans ton champ, il t’appartient.

Cette bonne nouvelle a donné des idées à un de nos voisins du sud, un certain Patrice T., qui s’est acheté une petite prairie à Gingelom, soi-disant pour y installer une caravane, parce que – dit-il – il aime se promener dans cette région.

Fin 2019, il déclare – comme la loi belge l’y oblige – aux autorités belges compétentes qu’à l’aide de son détecteur à métaux il a découvert des monnaies gallo-romaines dans son petit terrain, à Gingelom.

Malheureusement pour lui, les archéologues belges ont rapidement détecté la fraude: deux seaux entiers de monnaies d’argent dans un petit trou d’à peine 40 cm de profondeur (donc dans une couche de terre beaucoup trop récente pour pouvoir abriter 14 154 pièces de monnaie du 3e siècle) et d’une espèce qu’on trouve beaucoup en France mais très rarement chez nous, ce trésor ne pouvait avoir été trouvé à Gingelom, il devait provenir d’ailleurs et très probablement de France.

Les services belges ont donc alerté leurs homologues français, où le Patrice T. est déjà bien mal ‘fiché’ pour avoir pratiqué illégalement des recherches archéologiques.

On a donc fait une perquisition chez lui et trouvé d’autres trésors, 13 246 au total, datant de l’âge de bronze, de fer, de l’époque romaine et mérovingienne, bracelets et colliers, fibules, statuettes, boucles de ceinture et même un dodécaèdre romain dont on ne connaît à ce jour qu’une centaine d’exemplaires.

Selon les experts français, la valeur totale s’élèverait à 772 685 €.

P comme prunier

En lisant L’Histoire d’Espagne vue par Pérez-Reverte, l’Adrienne est assez rapidement tombée sur des expressions du genre ‘tontos del ciruelo‘, qui l’ont laissée assez perplexe.

D’accord, un ‘tonto‘ est un imbécile et un ‘ciruelo‘ est un prunier. Mais les deux mots mis ensemble?

Heureusement, il y a Colo pour éclairer sa lanterne 🙂

– Je comprends, lui écrit l’Adrienne, qu’il traite les gens de cons, mais quel est le rapport avec le prunier?

– Hola, répond Colo. Tu ne peux évidemment pas savoir que dans cette expression le prunier est le membre masculin.

C’est un mot que Pérez-Reverte semble affectionner et qui lui a déjà valu des démêlés avec un autre membre de la Real Academia Española en 2016 (Pérez-Reverte est contre la féminisation forcée des mots, comme elle est aussi devenue obligatoire en français, d’ailleurs) et avec des indépendantistes catalans en 2018.

Tous des ‘tontos del ciruelo‘, donc.

C’est ainsi que vous pourrez ajouter un mot ordurier à votre vocabulaire, sans en avoir l’air et en toute innocence…

Car vous aussi l’aurez sûrement déjà ressenti, dans une langue étrangère le mot ordurier a perdu beaucoup de sa vulgarité.

Non?

🙂

P comme préhistoire

La petite hélicolimace

Vous voulez-voir un animal préhistorique?

En voici un 🙂

Il mesure à peine deux centimètres et traîne une petite coquille tout à fait inutile puisqu’elle ne fait que 4 mm (où es-tu, Darwin?).

On vient de (re)découvrir ce petit gastéropode en Belgique dans la province de Liège, comme on nous l’explique bien sur le site de Natagora. C’est aussi de là que vient la photo ci-dessus.

Son petit nom familier est hélicolimace (joli, n’est-ce pas, ça nous ferait presque aimer ces bestioles ;-)) et son nom savant Daudebardia brevipes.

Alstublieft!

Jusqu’à présent cette petite bête vivait donc heureuse et cachée, espérons que des milliers de promeneurs ne se précipitent pas dans son précieux habitat!

P comme petite pomme

Le testament français

Encore enfant, je devinais que ce sourire très singulier représentait pour chaque femme une étrange petite victoire. Oui, une éphémère revanche sur les espoirs déçus, sur la grossièreté des hommes, sur la rareté des choses belles et vraies dans ce monde. Si j’avais su le dire, à l’époque, j’aurais appelé cette façon de sourire « féminité »… Mais ma langue était alors trop concrète. Je me contentais d’examiner, dans nos albums de photos, les visages féminins et de retrouver ce reflet de beauté sur certains d’entre eux.

Car ces femmes savaient que pour être belles, il fallait, quelques secondes avant que le flash ne les aveugle, prononcer ces mystérieuses syllabes françaises dont peu connaissaient le sens: » pe-tite-pomme… » Comme par enchantement, la bouche, au lieu de s’étirer dans une béatitude enjouée ou de se crisper dans un rictus anxieux, formait ce gracieux arrondi. Le visage tout entier en demeurait transfiguré. Les sourcils s’arquaient légèrement, l’ovale des joues s’allongeait. On disait  » petite pomme », et l’ombre d’une douceur lointaine et rêveuse voilait le regard, affinait les traits, laissait planer sur le cliché la lumière tamisée des jours anciens.

Andreï Makine, Le testament français, Mercure de France, 1995, p.13 (incipit)

Mesdames, vous savez ce qui vous reste à faire pour vos prochaines photos 😉

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source de l’illustration et info sur le site de l’éditeur ici et premières pages à lire ici.

P comme polar

Le Polar pour les Nuls, grand format par Aubert

Le Polar pour les Nuls, voilà un beau cadeau (merci les éditions First) pour découvrir tous les secrets, les ficelles, les grands noms, les personnages célèbres, les romans ‘incontournables’ – ce mot revient assez souvent 😉 … de ce genre de littérature qui est, paraît-il, celui qui connaît le plus gros chiffre de vente au monde.

Les pandores et les malfrats, la nuit et ses oppressants mystères, du plus psychologique et raffiné au franchement ‘gore’, c’est tout un univers plus varié qu’on ne le penserait qui s’ouvre au lecteur sous la couverture en carton souple.

Bref, ne tirez pas sur les pianistes si elles ont ‘oublié’ un nom qui vous serait cher, ce livre, elles le précisent, n’est pas une encyclopédie. C’est un outil assez complet, bien plus qu’une simple béquille pour soutenir vos connaissances trop rudimentaires du sujet.

Comme celles de l’Adrienne, qui a pu constater grâce au questionnaire en début de volume, qu’elle était vraiment nulle 🙂 

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et pour ceux qui aiment cette littérature, voici les dix œuvres recommandées par Les Nuls, dans l’ordre chronologique:

1. Le Chien des Baskerville (The Hound of the Baskervilles, 1901) d’Arthur Conan Doyle

Dans le sud-ouest de l’Angleterre, un chien démoniaque pourchasserait, selon une vieille légende, les membres de la famille Baskerville. Sherlock Holmes et le docteur Watson enquêtent sur la mort étrange de Sir Charles

2. L’Aiguille creuse (1909) de Maurice Leblanc

Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur, a aménagé la cachette où il entrepose le trésor des rois de France dans un gigantesque rocher au pied de la falaise d’Étretat. Il continue de piller les environs de Dieppe pour alimenter sa collection.

3. Moisson rouge (Red Harvest, 1929) de Dashiell Hammett

Un détective employé par l’agence Continental se rend dans une bourgade minière du Montana à la demande d’un journaliste local. Mais à peine arrivé, le détective découvre son client assassiné et la ville entièrement assujettie à des bandes rivales de gangsters, ex-briseurs de grève, qui en ont pris le contrôle.

4. La Nuit du carrefour (1931) de Georges Simenon

Pourquoi ce Maigret-ci plutôt qu’un autre ? Maigret au Picratt’s pour l’ambiance de Pigalle, ou Maigret aux Assises pour la réflexion sur le métier d’enquêteur et ses rapports avec la Justice ? Parce que Maigret nous impressionne à l’issue de 17 heures d’interrogatoire… Tenace, il file aussitôt au Carrefour des Trois Veuves pour surveiller le pavillon des Michonnet : un concentré de sa méthode, patience et osmose.

5. Dix petits nègres (And Then There Were None, 1939) d’Agatha Christie

Dix personnes sont conviées par un mystérieux inconnu à séjourner sur la luxueuse et fascinante île du Nègre. Les dix invités accourent avec enthousiasme. Un après l’autre, ils connaîtront pourtant le même sort funeste…

6. The Long Goodbye, anciennement Sur un air de navaja (The Long Goodbye, 1953) de Raymond Chandler

Sans doute son meilleur livre avec Adieu ma jolie (Farewell, my lovely, 1940). Le chevalier Marlowe n’aurait pas dû faire trop confiance à son ami Terry Lennox, accusé du meurtre de sa femme… Un hommage mélancolique à l’amitié trahie.

7. Le Dahlia noir (The Black Dahlia, 1987) de James Ellroy

À travers l’évocation d’une célèbre affaire criminelle de 1947 jamais élucidée – une starlette atrocement assassinée, surnommée « le Dahlia noir » – Ellroy décrit avec une force hallucinante une enquête de police dans le Los Angeles des années 1950.

8. Le Silence des agneaux (The Silence of the Lambs, 1988) de Thomas Harris

Clarice Starling, une profileuse du FBI, essaie de retrouver un dangereux psychopathe en sollicitant le docteur Hannibal Lecter, psychiatre emprisonné pour meurtres. On ne le dira jamais assez, il faut surtout lire le roman qui précède, Dragon rouge (Red Dragon, 1981), moins connu mais essentiel.

9. Moloch (1998) de Thierry Jonquet

À la fois peinture sociale dérangeante et absolue descente aux enfers au cœur de la psyché humaine, ce roman noir magnifiquement écrit démarre par une enquête sur d’affreux meurtres d’enfants. Éprouvant, mais jamais complaisant.

10. La Griffe du chien (The Power of the Dog, 2005) de Don Winslow suivi de Cartel (The Cartel, 2017)

Le combat homérique, développé en deux romans inoubliables et d’un réalisme troublant, entre Art Keller, incorruptible agent de la DEA américaine, et Adàn Barrera, inspiré du narcotrafiquant le plus célèbre du monde, El Chapo. Barrera vise le contrôle de tous les cartels et Keller ressemble de plus en plus à Don Quichotte.

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écrit pour les Plumes d’Emilie avec les mots imposés suivants: PANDORE – BÉQUILLE – NUIT – CADEAU – SECRET – SUCRE – CARTON – OUVRIR – OPPRESSER – OUTIL

P comme physique

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Elle entrouvre la porte de son cagi-bibi et se tourne vers sa fille qui s’apprête à sortir:

– Mets tomenteux et tes gants fourrés, il fait frisquet ce matin!

– Frisquet? avec ce ciel tout bleu et ce grand soleil?

– Ah! ce n’est pas parce qu’il n’y a aucun nuage qu’il fait tout de suite nyctanthe degrés, ma petite! Allez, fais ce que je te dis! Gypaète toujours raison, peut-être?

– Si, maman, si… Mais arrête de te faire du nourrain pour moi, je suis une grande fille!

Elle fait la moue, la grande fille, et fronce le trait noir qui lui sert de sourcil. Elle avait justement envie de légèreté et de robe à fleurs… Tant pis.

Sa mère la regarde s’éloigner.

Ah! quelle belle plante! soupire-t-elle.

Ah! se dit-elle pour la millième fois, j’ai bien fait! J’ai vraiment bien fait de choisir Auguste pour l’alimentaire et Ernest pour la procréation.

Quelle belle plante!

***

Ecrit à la façon de Jean Tardieu – Un mot pour un autre – pour le 39e devoir de Lakevio du Goût, que je remercie, avec cette consigne: Cette femme attend, mélancolique. À quoi pense-t-elle ? Dans votre histoire il y aura ces dix mots : Bibi – Légèreté – Trait – Tomenteux – Envie – Nourrain – Gypaète – Nyctanthe – Physique – Nuage.