M comme mille e tre

– Tu permets? dit l’ami en tendant la main vers une anthologie de poèmes que l’Adrienne avait choisie à la bibliothèque pour montrer à Estevan qu’il existait autre chose que des poètes neurasthéniques et suicidaires, puisque telle était son opinion après dix mois passés en compagnie de Baudelaire e tutti quanti.

– Bien sûr, fait-elle.

Mais il feuillette à peine le livre et lui demande:

– Qui c’est, ton poète préféré?

Alors là! Impossible de répondre!

– Je ne saurais même pas lesquels garder et lesquels laisser tomber si je devais en choisir dix, dit-elle. Il y en a plusieurs par siècle, à commencer par ceux du moyen âge!

Qu’est-ce qu’ils ont, les gens, à vouloir vous demander de choisir, de sélectionner, de faire un top dix ou un podium?

Est-ce qu’on lui demande, à lui, de choisir son physicien préféré?

I comme inventeur

– Plus tard, dit petit Léon, quand je serai grand, je vais inventer la machine à remonter le temps.

– C’est une très bonne idée, fait Madame.

– Comme ça, vous pourrez voir Mozart!

– Super! dit Madame.

Puis il ajoute:

– Et revoir votre papa.

***

Il commence à drôlement bien me connaître, cet enfant.

M comme mystérieux Mozart

C’était un matin d’été, un jour de grande chaleur. Je devais prendre un taxi pour traverser Paris. Le chauffeur, un Asiatique souriant, Mercedes climatisée noire, me dit: « La musique ne vous dérange pas? » – En principe, non. Qu’est-ce que vous avez? » Il me cite deux chanteurs de variété, une chanteuse, et puis, surprise, Bach et Mozart. « Quoi de Mozart? – Le Requiem. – Vraiment? – ça ne vous plaît pas? – Si, si. Quelle interprétation? – L’Orchestre philharmonique de Vienne. Vous connaissez? – Un peu. Allez-y, merci. »

[…] Je descends dans l’air étouffant, je marche vers mon rendez-vous, j’appelle sur mon portable pour prévenir d’un léger retard, je tombe sur un allégro de Mozart en boucle, un concerto pour violon. A New York, je m’en souviens, dans l’ascenseur de l’hôtel, c’était la 40e symphonie en sol mineur. Pour réserver un taxi, la Petite Musique de nuit. Et ainsi de suite. Mozart est partout, c’est une industrie permanente […]

Mozart, le vrai Mozart, quelle serait aujourd’hui sa fortune s’il touchait à chaque instant des droits d’auteur? J’ai fini par poser la question à un spécialiste qui m’a répondu en riant: « De quoi s’acheter l’Autriche tout entière. »

Philippe Sollers, Mystérieux Mozart, éd. Folio 2006, incipit p.13, p.17 et p.20.

Z comme zut!

Zut! se dit l’Adrienne en entendant le flot de muzak envahir la maison.
Il est temps d’intervenir.

On ne peut empêcher ses voisins d’avoir certains goûts musicaux mais on peut essayer de leur faire baisser le son.

Elle prend donc sa plume la plus diplomatique pour écrire sur un ton guilleret « vous aurez sans doute déjà remarqué vous aussi à quel point le mur entre nous est fin ».
Mais non, la voisine ne l’avait pas encore remarqué, et pour cause, l’Adrienne mène une vie de souris – et même moins bruyante encore.

« Moi j’entends tout ce que vous dites, répond l’Adrienne, je comprends juste un peu moins bien quand c’est Monsieur qui parle, à cause de son dialecte gantois. »
Ce dernier détail devant servir à convaincre tout à fait la voisine que oui, zut et flûte, l’Adrienne entend tout!

« Même, ajoute-t-elle, que je me sentais fort mal à cause de ça, comme un voyeur. »

Parce que c’est régulièrement reality TV chez les nouveaux voisins.

Bref, la voisine remercie de l’avoir prévenue et conclut par un « On en tiendra compte à l’avenir! »

Quant à savoir quand c’est, « l’avenir », la question reste ouverte: ils continuent à crier dans leur téléphone et à parler si haut et si fort, alors qu’ils ne sont que deux dans la maison, que l’Adrienne – zut et flûte – continue de tout entendre.

Mais au moins elle n’a plus l’impression de faire du voyeurisme 🙂

***

et douze minutes de Mozart pour se remettre les oreilles à l’endroit 🙂

écrit pour le Défi du samedi n°648 – merci Walrus!

D comme don Giovanni

Vous vous souvenez peut-être de la charmante voisine Casque d’or?

Et de la hâte qu’avaient mise ses héritiers à mettre en vente sa maison?

C’est le week-end dernier que l’Adrienne a fait la connaissance des acquéreurs.

En ouvrant sa boite aux lettres pour en retirer son journal – heureusement que cette distribution-là se fait par des services indépendants de la Poste et que ni la boue ni la nuit ne font peur au valeureux qui vient le déposer un peu avant six heures du matin – bref donc un samedi matin sur le pas de sa porte l’Adrienne s’est retrouvée à serrer la main d’un homme qui venait déposer de gros sacs de plâtre et des outils divers.

– L’acte est signé depuis une quinzaine de jours, dit-il, alors je vais faire quelques travaux avant de la louer.

Un malin, cet homme-là, puisqu’il possède une petite entreprise de rénovation et qu’il va la mettre aux normes, avec l’aide de son fils, d’un week-end à l’autre.

Un malin, mais un bruyant.

Ça fore, ça cogne, ça tape… et ça met la radio à fond la caisse. Malheureusement pas le genre de musique qui plaît à l’Adrienne 😉

Alors elle qui supporte déjà toute la semaine le vacarme des camions, tracteurs, grues et autres engins indispensables aux travaux à la rue, ressort ses quelques CD, à commencer par le Don Giovanni dans la version ci-dessus, un vieux machin remastérisé en 2002 mais qui reste une des interprétations de référence.

Disons que c’est une petite révision avant d’aller le voir à la Monnaie en mars prochain 🙂

Info sur le site de la Monnaie ici.

Question musicale

De samedi matin à vendredi soir, ça fait sept jours pleins que l’Adrienne se demande ce qu’elle pourrait bien raconter sur les troubadours sans faire un cours d’histoire littéraire.

Alors il s’est passé exactement la même chose que dans la conversation qu’elle a eue, l’autre jeudi, avec son prof d’accompagnement musical:

– Qu’est-ce que tu aimes, comme chansons? demande-t-il, dans le but de trouver des musiques sur lesquelles s’exercer à faire des arrangements.

– Euh…, fait l’Adrienne, qui se met à réfléchir à toute vitesse sans réussir à rien sortir.

La ci darem la mano, est-ce que ça compte comme chanson?
Ou Voi che sapete che cosa è l’amor?
Non, bien sûr, ce n’était pas la question.

– Brel, peut-être? propose le prof, qui a visiblement fait l’effort de trouver un nom adapté au grand âge de l’Adrienne 😉

– Ah oui! fait-elle, soulagée, Brel, Brassens…

Là, c’est au tour du prof de sécher. On ne peut pas lui en vouloir. D’abord parce qu’il est jeune et ensuite parce que pour connaître Brassens, il faut avoir baigné dans la culture française. Ce n’est pas son cas.

– Vous savez, dit l’Adrienne pour s’excuser, déjà à seize ans je n’étais pas normale, je préférais Mozart aux vedettes du moment. Je ne connaissais aucun des groupes que mes copines aimaient…

Il n’a plus rien trouvé à dire, le pauvre.

***

écrit pour le Défi du samedi n° 581 – thème: troubadour – merci Walrus!

W comme Wolfie

Quand trois canes vont au champ, la première va devant! chante le petit frère.

Il a trois ou quatre ans et son institutrice lui a appris cette comptine que mini-Adrienne trouve un peu bête. Jugez-en vous-même 🙂

La seconde suit la première, la troisième vient la dernière, quand trois canes vont au champ, la première va devant.

Et ainsi de suite, ad libitum.

Bien sûr, mini-Adrienne ne se souvient pas de ce qu’elle a appris à chanter elle-même, à trois ans. Et ça vaut sans doute mieux, parce que très certainement les paroles étaient tout aussi bêtes. On a tort de prendre les enfants pour des demeurés.

Elle croyait avoir oublié tout ça quand bien des années plus tard, elle a entendu son cher Wolfgang:

Alors elle a chanté, le cœur en joie et la tête pleine de souvenirs:

Quand trois canes vont au champ, la première va devant. La seconde suit la première, la troisième vient la dernière. Quand trois canes vont au champ, la première va devant.

Après quoi elle a été très étonnée – que dis-je, étonnée? choquée! – d’apprendre que ça ne s’appelait pas du tout comme ça 🙂

***

Aquarelle de Trevor Waugh et consignes chez Lakévio: Trois canes dans un pré. Les canes, ça cancane… Elles sont trois, ce sera donc le sujet à trois « personnages ». Festival de Canes… lundi !

Ici le festival est plutôt musical et les trois personnages sont Wolfgang, mini-Adrienne et le petit frère 🙂

 

 

O comme on and on

– N’est-ce pas que c’est joli? demande la prof à l’Adrienne qui vient d’exécuter le morceau ci-dessus. 

L’Adrienne a envie de répondre « bof » mais cherche une expression plus diplomatique.

– Non? dit la prof, tu ne le trouves pas beau?

Alors l’Adrienne se décide à lui montrer ce qu’elle apprend « en cachette », toute seule à son piano (blanc ;-))

– Ça! c’est beau, dit-elle.

Et du coup elle a envie de chanter 🙂

Là ci darem la mano, là mi dirai di sì. Vedi, non è lontano; partiam, ben mio, da qui. Là on se donnera la main, là tu me diras oui. Regarde, ce n’est pas loin; partons d’ici, mon trésor.
Vorrei e non vorrei; mi trema un poco il cor. Felice, è ver, sarei, ma può burlarmi ancor. ma può burlarmi ancor. Je voudrais bien et puis non, je ne veux pas; mon cœur tremble un peu. C’est vrai que je serais heureuse, mais il peut de nouveau me berner.