Question musicale

De samedi matin à vendredi soir, ça fait sept jours pleins que l’Adrienne se demande ce qu’elle pourrait bien raconter sur les troubadours sans faire un cours d’histoire littéraire.

Alors il s’est passé exactement la même chose que dans la conversation qu’elle a eue, l’autre jeudi, avec son prof d’accompagnement musical:

– Qu’est-ce que tu aimes, comme chansons? demande-t-il, dans le but de trouver des musiques sur lesquelles s’exercer à faire des arrangements.

– Euh…, fait l’Adrienne, qui se met à réfléchir à toute vitesse sans réussir à rien sortir.

La ci darem la mano, est-ce que ça compte comme chanson?
Ou Voi che sapete che cosa è l’amor?
Non, bien sûr, ce n’était pas la question.

– Brel, peut-être? propose le prof, qui a visiblement fait l’effort de trouver un nom adapté au grand âge de l’Adrienne 😉

– Ah oui! fait-elle, soulagée, Brel, Brassens…

Là, c’est au tour du prof de sécher. On ne peut pas lui en vouloir. D’abord parce qu’il est jeune et ensuite parce que pour connaître Brassens, il faut avoir baigné dans la culture française. Ce n’est pas son cas.

– Vous savez, dit l’Adrienne pour s’excuser, déjà à seize ans je n’étais pas normale, je préférais Mozart aux vedettes du moment. Je ne connaissais aucun des groupes que mes copines aimaient…

Il n’a plus rien trouvé à dire, le pauvre.

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écrit pour le Défi du samedi n° 581 – thème: troubadour – merci Walrus!

W comme Wolfie

Quand trois canes vont au champ, la première va devant! chante le petit frère.

Il a trois ou quatre ans et son institutrice lui a appris cette comptine que mini-Adrienne trouve un peu bête. Jugez-en vous-même 🙂

La seconde suit la première, la troisième vient la dernière, quand trois canes vont au champ, la première va devant.

Et ainsi de suite, ad libitum.

Bien sûr, mini-Adrienne ne se souvient pas de ce qu’elle a appris à chanter elle-même, à trois ans. Et ça vaut sans doute mieux, parce que très certainement les paroles étaient tout aussi bêtes. On a tort de prendre les enfants pour des demeurés.

Elle croyait avoir oublié tout ça quand bien des années plus tard, elle a entendu son cher Wolfgang:

Alors elle a chanté, le cœur en joie et la tête pleine de souvenirs:

Quand trois canes vont au champ, la première va devant. La seconde suit la première, la troisième vient la dernière. Quand trois canes vont au champ, la première va devant.

Après quoi elle a été très étonnée – que dis-je, étonnée? choquée! – d’apprendre que ça ne s’appelait pas du tout comme ça 🙂

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Aquarelle de Trevor Waugh et consignes chez Lakévio: Trois canes dans un pré. Les canes, ça cancane… Elles sont trois, ce sera donc le sujet à trois « personnages ». Festival de Canes… lundi !

Ici le festival est plutôt musical et les trois personnages sont Wolfgang, mini-Adrienne et le petit frère 🙂

 

 

O comme on and on

– N’est-ce pas que c’est joli? demande la prof à l’Adrienne qui vient d’exécuter le morceau ci-dessus. 

L’Adrienne a envie de répondre « bof » mais cherche une expression plus diplomatique.

– Non? dit la prof, tu ne le trouves pas beau?

Alors l’Adrienne se décide à lui montrer ce qu’elle apprend « en cachette », toute seule à son piano (blanc ;-))

– Ça! c’est beau, dit-elle.

Et du coup elle a envie de chanter 🙂

Là ci darem la mano, là mi dirai di sì. Vedi, non è lontano; partiam, ben mio, da qui. Là on se donnera la main, là tu me diras oui. Regarde, ce n’est pas loin; partons d’ici, mon trésor.
Vorrei e non vorrei; mi trema un poco il cor. Felice, è ver, sarei, ma può burlarmi ancor. ma può burlarmi ancor. Je voudrais bien et puis non, je ne veux pas; mon cœur tremble un peu. C’est vrai que je serais heureuse, mais il peut de nouveau me berner.
 

K comme krapoverie mozartienne

Violon_d'enfant_de_Mozart

Quand l’Adrienne était une petite fille, elle croyait que les grandes personnes en général étaient infaillibles et sa mère en particulier. C’est pourquoi, si à l’âge de dix ans vous lui aviez demandé ce qu’elle pensait de la musique de Wolfgang Amadé, elle aurait répondu « mièvre » et « facile ».

Elle en a encore honte, quand elle y pense, d’avoir un jour adhéré à ces jugements sans avoir entendu rien d’autre que le Rondo alla Turca ou la Kleine Nachtmusik. Il a fallu qu’à dix-sept ans elle découvre ses opéras, puis ses concertos pour piano, pour hautbois, pour harpe… et qu’elle se prenne de passion pour sa musique et d’amitié-pour-la-vie envers l’homme.

Tout, elle aime tout de lui, même ses lettres un brin scatologiques à sa cousine 🙂

Comme chacun sait, le pèlerinage mozartien pose problème: il n’y a pas de tombe où se recueillir. C’est même à peine s’il existe un portrait vraiment ressemblant de l’homme tel qu’il était. Sans mièvrerie et sans facilité.

L’Adrienne a tout de même fini par faire le détour pour se rendre à Salzbourg, la ville qui l’a vu naître et qui exploite à fond ce hasard, heureux pour elle et si malheureux pour lui.

Ne reste au pèlerin mozartien qu’à s’émouvoir devant un minuscule violon d’enfant exposé dans sa maison natale.

Et à écouter sa musique. Bien sûr.

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Merci à Joe Krapov pour la consigne: jusqu’où pourrait vous pousser votre propre fanitude ? Sur les traces de qui êtes-vous prêt(e) à partir ? Dans quelle ville inconnue rêvez-vous de vous rendre pour cela ? Qu’y ferez-vous ? Qu’explorerez-vous ? Qui rencontrerez-vous ? Que vous arrivera-t-il là-bas ?

Vous pouvez traiter ce sujet comme une fiction et raconter l’histoire à la troisième personne.

P comme pentimenti

ensor cabine de bain

C’est un tout petit tableau, il ne fait qu’à peine 22 cm sur 17, son support n’est qu’un simple carton et non une toile, c’est une des premières oeuvres de James Ensor.

Nous sommes en juillet 1876, l’artiste est né en avril 1860, il n’a donc que 16 ans quand il peint cette cabine de plage.

Il me semble qu’on ne peut qu’admirer la maîtrise qu’il a déjà de la lumière et des couleurs du ciel, du sable et de la mer. Si j’avais un appartement à Ostende, c’est ce genre de reproduction que j’accrocherais au mur, et ces couleurs-là que je choisirais pour la déco. Ce en quoi je ne serais sûrement pas très originale 🙂

C’est à propos de cette petite oeuvre que j’ai revu un mot que je n’avais plus entendu depuis longtemps, pentimento, pentimenti au pluriel. Il signifie regret, repentir, remords, dans son sens courant et en peinture il s’emploie pour désigner cette sorte de retouche effectuée par le peintre qui change d’idée en cours de réalisation. On repeint par-dessus le vase, le modèle ou un détail du tableau pour le déplacer, le changer ou le faire disparaître.

Mais bien sûr, pour les amis de Mozart, le mot pentimento ne peut que faire penser au « Pentiti, scellerato! Pentiti!« , repens-toi, scélérat, adressé par le Commandeur à don Giovanni (vers 4’28 »)

M comme Mozart et la Monnaie

Voilà plusieurs années que la sagesse budgétaire obligeait l’Adrienne à se priver d’opéra, alors vous imaginez quelles longues et intenses cogitations ont été nécessaires avant de prendre cette grande décision: l’achat d’un billet pour l’irrésistible ami Mozart, dont la Monnaie met en scène, en ce début de saison, l’opéra Die Zauberflöte.

« Nog zes keer slapen« , dit-on par chez nous aux petits enfants qui attendent impatiemment saint Nicolas. « Nog zes keer slapen » et l’Adrienne sera installée dans les ors et les velours de sa Monnaie préférée 🙂

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« Nog zes keer slapen » peut se traduire littéralement par « dormir encore six fois ».

Et pour nous changer des merveilleuses vocalises de la Reine de la Nuit ou des langueurs de Pamino (Dies Bildnis ist bezaubernd schön…), voici Papageno et Papagena qui projettent de faire beaucoup de petits papageno/a 🙂

 

G comme garofani

emile-claus.png

Il faut pourtant achever cette lettre, me dis-je en voyant arriver le jardinier.

Il avait enlevé ses sabots sur la terrasse et tenait un pot de fleurs à la main. En contre-jour, son grand tablier bleu semblait transparent. Avec son air furibond et son pot sous le bras, il me faisait penser au personnage d’Antonio, le jardinier du comte Almaviva, qui vient apporter la preuve de la fuite de Chérubin: I garofani! Sauf qu’ici, il ne s’agissait pas d’œillets, mais de bégonias.

Une mince ligne de lumière filtrait entre les tentures entrouvertes et je rêvassais, jouant avec un long coupe-papier, au lieu de continuer ma lettre qui aurait dû être un chef-d’oeuvre de demi-vérités et de sous-entendus. Allons, considérons l’intrusion de notre jardinier comme une évasion bienvenue.

Il n’avait pas son chapeau et avait frotté la terre de ses mains à son tablier. Ses cheveux avaient besoin d’une coupe, ils lui cachaient les oreilles. Ce n’est que quand il est entré dans la maison que j’ai vu son regard, trouble, comme sauvage, plein d’une colère ou d’une rancœur que je ne lui avais jamais vue auparavant.

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tableau d’Emile Claus, Le vieux jardinier (1886)