W comme wagon de train

La dame avait visiblement envie de papoter, et après un échange de regards par-dessus les sourires masqués, elle s’est lancée dans l’anecdote dès que l’Adrienne était assise:

– Il y avait là une femme qui voyageait sans billet.
– Ah bon!
– Et elle a sorti toutes sortes d’excuses… mais la conductrice a tenu bon… elle a dit qu’il fallait payer…
– Ah oui, bien sûr!
– Alors elle a dit qu’elle avait oublié son portefeuille.
– Faut oser!

Dix minutes plus tard, l’Adrienne savait tout sur les principes éducatifs de la dame, appliqués à son fils et à sa fille aujourd’hui adultes.

Puis elles ont beaucoup ri en discutant de leurs petites manies, dès qu’elles sortaient de chez elles, à vérifier si elles avaient bien pensé à tout, et à toutes les « choses utiles » qu’elles trimbalaient dans leur sac, comme des stylos et du papier au cas où il faudrait écrire quelque chose et des masques en réserve au cas où…

Au cas où quoi, au fait?

Bref, ça a bien rigolé pour peu de chose 🙂

***

l’image a déjà servi mais elle me plaît toujours autant 🙂

W comme Wilma

Les joies du wilfing ont mené l’Adrienne de plus en plus loin de son exercice d’écoute sur les Jeux olympiques de Rome en 1960, où il était question de l’athlète italien Livio Berruti qu’on voyait amoureusement main dans la main avec la vedette américaine du 100 mètres, 200 mètres et 4 X 100 mètres: Wilma Rudolph.

C’est ainsi que l’Adrienne est tout naturellement arrivée chez les Flintstones, comme vous pouviez vous y attendre, vu que c’était la seule Wilma qu’elle connaissait à ce jour 🙂

Mais entre-temps, elle a beaucoup appris sur Livio, sur Wilma, et ne peut s’empêcher de rêver à ce qu’aurait donné la suite de l’histoire si ces deux-là étaient restés ensemble après les Jeux.

source ici

W comme wagonnets

Les continents, les océans,
l’Europe, la Belgique,
les « périodes conventionnelles », les dates historiques,
les sortes de mots, l’analyse de la phrase,
le circuit électrique, les expériences scientifiques,
l’appareil digestif, l’appareil respiratoire,
le cycle de l’eau, le cycle de vie,
les nombres premiers, les nombres carrés…

Madame n’a plus le temps d’écrire ses petits billets: Léon ne cesse de rajouter des wagonnets à la locomotive 🙂

W comme walkyries

Madame de B*** était mécontente.

Mécontente d’être là, dans le salon-salle à manger de Nadine, la voisine du dessous.
Mécontente d’avoir accepté son invitation à boire un café et de constater que Nadine avait encore invité quatre autres voisines de l’immeuble, alors qu’elle croyait s’être engagée pour une agréable conversation à deux.
Mécontente de la présence d’Evelyne, qui se permettait de la tutoyer sous prétexte qu’elles habitaient sur le même palier.

Autour de la table, ça jacassait dur.
Tout ce que Mme de B*** détestait.
Insinuations. Médisances. Lieux communs.
Le tout sous une légère couche de politesse mondaine, – Vous prendrez bien encore une part de gâteau? – Je vous en prie! Avec plaisir! – Vous désirez encore un petit café?

Elle étouffait dans cet appartement surchauffé.
Et plus elle s’énervait, plus elle manquait d’air.

– Je ne vais tout de même pas leur faire le plaisir de tourner de l’œil, se dit-elle, avec la ferme intention de se lever et de rentrer chez elle en prétextant une fatigue.

Quand elle revint à elle, elle était étendue sur le tapis avec les cinq têtes au-dessus d’elle, Nadine lui tapotant les joues, une autre triturant ses mains et Evelyne qui voulait appeler les urgences.
Toutes parlant en même temps.

– Pourquoi criez-vous de la sorte? Vous croyez que je suis sourde? Aidez-moi plutôt à me relever!

Mécontente, vraiment mécontente.

***

écrit pour le jeu d’Annick SB – merci à elle – en réponse à la question 13: Pourquoi criez-vous de la sorte?

Les autres épisodes de ce feuilleton sont ici.

W comme wallon

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image de la consigne du Défi du samedi – merci à Walrus!

Ce devait être au début des années septante quand le téléphone a été installé: les nouveaux voisins ne s’appelaient plus Albert et Julia et ils n’avaient pas le téléphone.

On avait quitté le numéro 17 et la rue de grand-mère pour une maison où mini-Adrienne ne s’est jamais sentie chez elle.

Mais on avait le téléphone 😉

Ainsi qu’une porte de derrière et une porte de devant.

Sauf que ni l’une ni l’autre n’était située à l’avant ou à l’arrière – vu qu’elles étaient toutes les deux sur les côtés – et que tout le monde utilisait la porte de derrière, même les visiteurs, alors que seule celle de devant avait une sonnette.

Bref, un jour le voisin frappe à la porte de derrière et demande s’il peut utiliser le téléphone.

Bien sûr qu’il peut.

Le brave homme parle si fort dans le combiné que dans la pièce d’à côté, on peut suivre la conversation.

Sauf que mini-Adrienne n’y comprend rien du tout.

– Allô? ici c’est Devlé-Chauvert! répétait-il.

– Pourquoi il dit Devlé-Chauvert? demande-t-elle à sa mère.

– C’est parce qu’il téléphone en Wallonie.

C’est ainsi que mini-Adrienne a appris trois choses: que le voisin, qui ne connaissait pas un mot de français, s’exprimait assez couramment en wallon, qu’il adaptait son nom de famille – Devleesschouwer – à son public, et que s’il était maigre comme un clou et crachait ses poumons, c’est parce qu’il avait travaillé dans le Borinage comme mineur de fond.

W comme wearables

Un des beaux côtés du métier de prof de FLE aux 16-18 ans, c’est qu’on peut (faire) lire en classe absolument tout ce qu’on veut.
Du moment que ça permet d’exercer les cinq compétences.

Or, tout, absolument tout peut s’y prêter.

C’est ainsi que Madame, dans les années 1990, s’était amenée en classe avec un article intitulé « Le textile intelligent« .

On y prédisait que bientôt notre chemise enverrait notre bulletin de santé à notre médecin et que sur la manche de notre veste, nous aurions un clavier intégré.

Cette semaine, un autre article lui a rappelé ces prédictions: on y disait que bientôt le téléphone portable disparaîtrait du paysage et serait remplacé par un ‘wearable‘. Mot pour lequel il faudra donc de toute urgence trouver un bon équivalent français, parce que « technologie mettable » ça ne va pas le faire.

Et la même semaine, c’est une banque qui faisait sa pub pour des ‘wearables‘ avec lesquels on pourrait directement payer nos achats. Bague, montre, bracelet ou porte-clé ‘intelligents’ remplacent la carte bancaire.

Alors qu’il y a des gens qui en sont encore à faire leurs virements avec papier et stylo, parce que le ‘home banking’, ce n’est pas leur truc.

Vers une société à combien de vitesses nous dirigeons-nous, se demande l’Adrienne.

W comme Waterloo

Dans l’appartement, il ne restait que l’escabeau au milieu du salon, là où on avait décroché le lustre en cristal de Venise.

Pour le reste, il était totalement vide: la capricieuse montre rococo en bronze doré, les tableaux aux sombres vernis, les figurines en biscuit, tout était prêt à être acheminé vers les dépôts de la salle de vente.

Leur émissaire, qui avait patrouillé dans la rue malgré le gel et le grésil de janvier, de peur que l’affaire lui passe sous le nez – les vieilles personnes changent parfois si vite d’avis – espérait bien en toucher une jolie part, vu qu’il était payé à la commission.

Il surveilla lui-même jusqu’au dernier chargement de la camionnette. Il remarqua l’outillage épars, le manque de sangles, et le fit remarquer au chauffeur. Qui lui répondit avec lassitude, les traits creusés par la fatigue, « Bah… on ne va pas bien loin… »

Fatigue, grésil, verglas, allez savoir pourquoi la camionnette s’est retrouvée ratatinée entre deux poids lourds. Qu’on en ait sorti le chauffeur quasiment indemne ne lui a été d’aucune consolation.

***

écrit pour 13 à la douzaine avec les mots imposés suivants: appartement – escabeau – gel – montre – acheminer – toucher – grésil – totalement – outillage – creuser – émissaire – patrouiller – consolation.

Photo prise à la BRAFA (Bruxelles) il y a deux ans.

W comme wagon de train

Des millions de Belges ont applaudi quand fin juin le gouvernement a décidé – parmi les mesures supposées relancer l’économie après le confinement – d’offrir à chaque Belge un Railpass gratuit, donc dix voyages entre deux destinations en Belgique.

Ceux qui n’ont pas applaudi, ce sont les responsables de la SNCB, vu que la gratuité se paie, comme chacun sait.

L’idée du gouvernement était de nous donner des envies de découvertes dans notre propre pays, puisque les voyages à l’étranger étaient fortement déconseillés. Ces dix trajets auraient dû être valables du premier juillet au 31 décembre.

Bref, de tout cela est sorti un compromis, la SNCB préférant probablement garder le billet payant pendant les vacances d’été, le Railpass ne serait valable que d’octobre à mars avec comme limite supplémentaire qu’il n’y aurait qu’au maximum un aller-retour par mois. En compensation, il y aurait donc 12 trajets au lieu de 10.

Vous devinez la suite: reconfinement fin octobre, fermeture des musées, des cafés, des restaurants et de la grosse majorité des hôtels…

L’Adrienne a sur sa cheminée un magnifique Railpass presque neuf 😉

W comme WC

Tongres, novembre 2019

Nous avons le droit de nous balader, à pied, à vélo, en auto… sans véritable restriction en temps ni en nombre de kilomètres, mais il y a un hic: comme tout est fermé (cafés, restos, musées…) on n’a nulle part où aller aux toilettes.

A Ostende par exemple, même les toilettes publiques (avec une véritable Madame Pipi comme autrefois) sont fermées et aller « dans la nature » est interdit par la loi.

Alors en lisant cet article, l’Adrienne a beaucoup ri grâce à ce bon conseil du ministre du tourisme néo-zélandais: Faites comme moi, allez au WC avant de partir!

De minister adviseerde toeristen om in de toekomst zijn voorbeeld te volgen voordat ze het natuurschoon in zijn land gaan bewonderen. ‘Ik ga altijd voor ik thuis vertrek.’

W comme Waldek

Dans la rue, là où on construit des appartements et où on travaille tous les jours du matin tôt au soir très tard, même le dimanche, il y a deux ou trois voitures immatriculées en Pologne.

Dans la maison de feu Casque d’Or, l’entrepreneur qui l’a rachetée pour la retaper et la louer, emploie un collègue polonais pour les travaux de peinture.

Une autre camionnette – belge celle-là mais avec inscriptions bilingues, néerlandais-polonais – offre des services de plafonnage.

Tout ça rappelle des souvenirs à l’Adrienne, quand Monsieur Mari prenait l’apéritif devant la série télévisée Thuis, juste avant le JT, et où en 2001 apparaissait pour la première fois un Polonais.

Un plombier 😉

Mais le rôle était tenu par un acteur flamand qui devait parler une sorte de sabir néerlandais aux intonations slaves, comme on peut l’entendre dans l’extrait ci-dessus.