W comme wolken

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Isa a peint le bleu du ciel.

Elle a dessiné des nuages blancs et doux comme du coton.

De sa plus belle écriture, elle a tracé un joli message pour son papa: Papa, ik ben in de wolken voor jou! (1)

Puis elle a signé son œuvre.

Le vendredi avant la fête des pères, la peinture était sèche et le cadeau prêt à être emporté à la maison pour être offert au papa le jour J.

Et puis… et puis il s’est passé quelque chose. Qui a fait que le joli travail a été abandonné sur le seuil d’une maison vide, juste à côté de l’école.

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(1) l’expression en néerlandais ‘in de wolken zijn’ veut dire ‘être aux anges’, être très heureux.

W comme Wolfie

Quand trois canes vont au champ, la première va devant! chante le petit frère.

Il a trois ou quatre ans et son institutrice lui a appris cette comptine que mini-Adrienne trouve un peu bête. Jugez-en vous-même 🙂

La seconde suit la première, la troisième vient la dernière, quand trois canes vont au champ, la première va devant.

Et ainsi de suite, ad libitum.

Bien sûr, mini-Adrienne ne se souvient pas de ce qu’elle a appris à chanter elle-même, à trois ans. Et ça vaut sans doute mieux, parce que très certainement les paroles étaient tout aussi bêtes. On a tort de prendre les enfants pour des demeurés.

Elle croyait avoir oublié tout ça quand bien des années plus tard, elle a entendu son cher Wolfgang:

Alors elle a chanté, le cœur en joie et la tête pleine de souvenirs:

Quand trois canes vont au champ, la première va devant. La seconde suit la première, la troisième vient la dernière. Quand trois canes vont au champ, la première va devant.

Après quoi elle a été très étonnée – que dis-je, étonnée? choquée! – d’apprendre que ça ne s’appelait pas du tout comme ça 🙂

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Aquarelle de Trevor Waugh et consignes chez Lakévio: Trois canes dans un pré. Les canes, ça cancane… Elles sont trois, ce sera donc le sujet à trois « personnages ». Festival de Canes… lundi !

Ici le festival est plutôt musical et les trois personnages sont Wolfgang, mini-Adrienne et le petit frère 🙂

 

 

W comme wegenwerken

 

Jeudi soir, l’Adrienne a eu l’occasion d’élargir son champ d’investigations du comportement humain: toute la rue était invitée à se rendre à la petite école d’en face pour y entendre de la bouche même des responsables politiques et techniques quand et comment les travaux tant attendus auraient lieu.

Première constatation,  le public était majoritairement composé de gens qui ne sont que très indirectement concernés par les travaux. Ceux qui habitent les rues situées plus au nord et dont le seul souci est: combien de mètres en plus devrai-je faire avec ma voiture?

Deuxième constatation, les petits vieux, les quart monde, les troisièmes générations d’immigrés, toutes ces petites gens de la rue de l’Adrienne étaient absents. Il est vrai que les travaux ont été annoncés en 2006 et qu’ils ont eu le temps d’acquérir une forme de fatalisme: on verra bien quand on y sera.

Troisième constatation, alors que Monsieur l’Ingénieur demande en début et en fin d’exposé de ne poser de questions en public que dans la mesure où elles sont intéressantes pour tous, chacun y va de son petit souci personnel. Certains avec hargne et acharnement.

L’Adrienne et ses quelques voisins, les seuls vrais concernés par les travaux, se sont tus. Ou sont allés poser leur question par après, au responsable ad hoc.

Ah oui! le principal: début des travaux, le lundi 20 mai.

Et durée estimée à 150 jours ouvrables.

Un an, quoi 🙂

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Les photos ci-dessus datent de l’époque où les jardinets n’avaient pas encore été remplacés par du sable et de la caillasse. En compensation, il y aura un arbre, ici et là aux coins de rue.

W comme wagon de train

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Ça faisait longtemps que Madame n’était plus montée dans un train au départ de sa ville. C’est pourtant une belle occasion de bavarder avec les plus jeunes anciens élèves, ceux qui sont en route vers leur campus. Ceux qui ne sont pas « en kot ». Comme Meher et Omar.

Toi, dit-elle à Omar, je t’ai déjà souvent cité en exemple. Il sourit avec fierté. C’est vrai qu’il a du mérite, vu qu’il est un des rares à réussir un master après avoir suivi une filière technique.

Moi, dit Meher, j’ai trop de choses qui me distraient. Madame n’a pas bien entendu s’il a utilisé le mot ‘verleiding‘ (tentation) ou ‘afleiding‘ (distraction), elle suppose que ce sera les deux à la fois.

Mais là, on va à notre cours, dit-il de son air le plus convaincu. Bien sûr! What else?

Travaillez bien! leur dit Madame en les quittant.

W comme wagon de train pour nos douze ans

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Dès ses études terminées, Madame a sollicité dans plusieurs écoles secondaires, d’abord dans la région de Louvain, où elle aurait bien aimé rester mais où on la trouvait trop jeune (1), puis à Dendermonde, où on l’a trouvée trop femme (2), de sorte qu’elle s’est retrouvée à jouer au prof dans sa ville natale, où elle n’a pas sollicité mais où lui a proposé le job.

C’est ainsi que de fusion d’écoles en fusion d’écoles, elle a fini par enseigner dans celle où elle a elle-même été élève. Le dernier lieu où elle aurait choisi de travailler, voyez comme il y a de ces ironies de la vie 🙂

Mais c’est grâce à ce concours de circonstances que samedi dernier elle a eu l’opportunité de faire une visite guidée de nostalgie heureuse pour ses anciennes copines de classe, venues des quatre coins du pays pour l’occasion. Ça faisait bien entre quinze et vingt ans qu’elles ne s’étaient plus vues.

C’est donc ainsi qu’elle a pu constater que les souvenirs les plus vivaces sont ceux de leurs douze ans: chacune se souvenait du local de cette première des six années de secondaire, des profs d’alors et de leurs ‘petites phrases’, de la place où chacune était assise…

Et c’était bien 🙂

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(1) et (2) les éternelles frustrations de la candidate débutante: soit on vous préfère quelqu’un d’expérimenté, soit on vous préfère un homme.

W comme wagon de train pour l’enfance

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Pour mini-Adrienne, le souvenir le plus ancien concerne madame B, une gentille vieille dame qui avait un hôtel dans le département de l’Ain. 
C’est là que mini-Adrienne, alors âgée de trois ans, a reçu un jour comme dessert des framboises avec de la crème fouettée.
De la crème fouettée, s’est étonnée mini-Adrienne, qui croyait que ce sort était réservé aux méchants dans les contes.
La mère n’était pas trop d’accord que la petite se fasse une orgie de framboises à la crème: 
– C’est gras! répétait-elle au père d’un air de blâme. Et c’est beaucoup trop! Elle va être malade! 
Mais le père a dû voir que mini-Adrienne était au septième ciel de la béatitude gastronomique et ne lâcherait pas son bol… On le lui a laissé et là, sur la terrasse couverte de l’hôtel de madame B, elle a dégusté ses premières framboises et sa première crème fouettée. Ça ne s’oublie pas, voyez Amélie Nothomb, née à deux ans et demi par la grâce du chocolat belge 🙂
Ah! chère madame B! quelle merveilleuse idée elle avait eue là! Reconnaissance éternelle!
Plus jamais mini-Adrienne n’a mangé de framboises sans avoir une pensée émue pour madame B: elles ont cette saveur mythique du souvenir d’enfance et de l’interdit maternel.
photo: carte postale ancienne en vente sur e-bay
texte écrit pour le marathon d’écriture 2019

W comme wagon de tram

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Cet après-midi, dit l’Adrienne à sa carissima nipotina, je vais prendre le tram pour aller à Knokke.

Knokke? quelle idée! La carissima, peu lui chaut la littérature française, de toute façon elle n’aime ni la marche ni le tram, elle n’aime voyager qu’en avion ou en auto et en bonne Ostendaise elle n’aime pas Knokke. 

Saint-Exupéry ou le petit Prince, ça ne lui dit rien du tout, elle a soigneusement gommé tout ce qu’elle a appris sur le sujet en secondaire pour ne retenir qu’une seule phrase: « Je ne parle pas le français ».

Souvent l’Adrienne se demande ce qui a bien pu lui faire haïr à ce point tout ce qui a rapport à cette langue et jamais elle n’est arrivée à percer ce mystère.

Bref, l’Adrienne a pris un ticket de tram, 3 € à l’aller et autant au retour, est montée en gare d’Ostende – où les lignes de tram sont en pleins travaux. Comme disait une dame, ce sera bien joli quand ce sera fait mais en attendant, c’est fort mal indiqué… en effet, les quelques voyageurs attendaient là où précisément la ligne ne partait pas.

L’Adrienne aurait dû se méfier, si ce monsieur disposait de trois places libres à côté et en face de lui, c’est parce que sous son loden vert bouteille, il y avait un taux élevé d’odeurs corporelles. Elle aussi s’est donc déplacée dès qu’elle l’a pu, ainsi que les quelques autres voyageurs qui se sont succédé à côté de lui entre les nombreuses stations.

C’est qu’il y a plus de kilomètres qu’on ne penserait et il a fallu une grosse heure pour arriver à la gare de Knokke. Terminus, tout le monde descend – sauf le monsieur en loden vert – et le soir tombe déjà. L’Adrienne ne connaît pas l’endroit et n’a pas de plan de ville. Elle ne se doutait pas que la station serait si éloignée du centre, où elle finit par arriver après l’avoir demandé trois ou quatre fois, place du Phare, juste avant la fermeture de l’office de tourisme.

Ouf! elle se saisit d’un plan des illuminations et en route vers le numéro 1 (photo ci-dessus) où elle attend vainement pendant une trentaine de minutes qu’apparaisse ce vol de canards sauvages grâce auquel le petit Prince a pu quitter sa planète. Il n’y a à voir qu’un long rayon vert et quand la voix qui récite les articles de la charte des droits de l’homme en trois langues reprend depuis le début, l’Adrienne comprend qu’il n’y aura jamais rien d’autre que ce rayon vert. 

Après ça, plus rien ne peut la séduire, elle se sent flouée et termine les trois kilomètres du circuit au pas de charge, au milieu d’une foule huppée et heureuse de tenir en main de nombreux sacs et paquets de marques prestigieuses.

Retour à la gare, qu’elle retrouve presque par miracle – elle n’a dû le demander qu’une fois et encore, elle a failli ne pas croire la brave dame qui lui disait d’aller à droite alors qu’elle pensait que c’était vers la gauche – un des derniers trams attendait justement qu’elle y monte et hop! retour à Ostende.

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Ostende, décembre 2018, parc Léopold