X c’est l’inconnu

Le 28 avril, dit l’affiche, est la journée de la sécurité et de la santé au travail, comme le rappelle sur le mode humoristique cette affiche de la campagne de l’an dernier:

Dix doigts, dix orteils, qui sait combien il t’en restera si tu ne fais pas attention?

Mais comme le dit en conclusion la petite phrase du dessous: la sécurité au travail, il n’y a pas de quoi rire.

Et c’est très vrai, évidemment.
Beau-frère numéro 3 y a perdu tout un bras à l’âge de 18 ans.

X c’est l’inconnu

C’était un 14 juillet mais ce jour-là serait son épiphanie.

Au moment de partir, il ne le savait pas encore.
Il ne savait pas non plus combien de fadaises il sortirait en la charmante, l’ensorcelante compagnie de Cécile.
Lui qui d’habitude valait Shéhérazade et vous servait des histoires à n’en pas finir, avec ou sans sultan et eunuques… ce jour-là, rien.

Ce jour-là, il en était réduit à meubler les premiers silences de la promenade par des « il fait si beau, Louison aura mis le linge à sécher dehors, j’aime ce parfum-là, pas vous? » ou « vous savez que quand il pleut elle sort les plantes vertes ? »

Bref, des choses aussi intéressantes que savoir ce qu’on mangera le midi ou boira le soir, qu’on prend un parapluie quand il pleut ou son chapeau de soleil et l’ombrelle s’il fait un temps comme ce jour-là, où il valait mieux être enfermé dehors que coincé dans un ascenseur.

Car oui, il était même allé jusqu’à lui raconter cette histoire qui lui était arrivée dans son immeuble parisien, doté depuis peu de cette magnifique machinerie qui faisait si peur à Louison qu’elle avait menacé de faire sa valise et d’aller porter ses services de cuisinière-lingère-bonne à tout faire dans l’immeuble voisin qui n’était pas encore doté de cette invention du diable.

Ils auraient pu faire une balade à cheval en forêt – Cécile était bonne cavalière – ou marcher sur le sentier côtier, comme c’était à la mode depuis peu, mais ils avaient préféré faire le tour du jardin, lentement, très lentement, et il était difficile de savoir vraiment lequel des deux était le loup, et lequel l’agneau.

Lequel, le premier, avait réduit la distance polie entre eux deux.
Lequel, le premier, avait été pris de cette fièvre qui donne soudain envie de se rouler dans le foin avec le soleil pour témoin.

***

Merci à Monsieur le Goût pour cette toile de Caillebotte et son 118e devoir de lakévio et à Joe Krapov pour ses consignes.
J’ai utilisé les mots du numéro 3:

Un sultanUn eunuque
Un loupUn agneau
Le 14 juilletL’Épiphanie
Sainte-Barbe ou Sainte-CécileLe diable
Etre coincé·e dans l’ascenseurEtre enfermé·e dehors
Faire une balade à cheval en forêtMarcher sur le sentier côtier
Faire sa valiseDéfaire sa valise
Qu’est-ce qu’on mange ce midi ?Qu’est-ce qu’on boit, ce soir ?
Il fait beau, je mets le linge à sécher dehorsIl pleut, je sors mes plantes vertes
On prend un parapluie quand il pleutOn prend sa casquette quand il fait soleil

X c’est l’inconnu

On entend les sabots et la montée lente, laborieuse, de la vieille Octavie.

Elle ne sait pas si elle tiendra encore longtemps à l’usine et comme souvent, c’est à la fin de l’hiver ou au début du printemps que la situation est la plus tendue.
Les patrons grignotent pour diverses raisons un centime par-ci par-là, précisément au moment où tout est au plus cher, que ce soit le charbon, l’huile ou le pain.

Les bobineuses commencent à parler de grève.
Octavie a haussé les épaules.
Elle a connu la toute première, celle de 1895, quand les gendarmes ont tiré sur la foule. Il y a eu des morts et des blessés.

Trois mille, ils étaient, à avoir arrêté le travail. Les tisserands en tête, bien sûr. Et pourtant, à l’époque, personne n’était syndiqué.

– Tout ça pour quoi? a-t-elle dit aux plus jeunes.
Parmi elles, il y a Maria. Elle a parlé de la grève de 1900.
C’est vrai que cette fois-là, ils ont tous obtenu quelque chose.
– Et les fileuses en 1905! a crié Eugénie.
Sa mère et sa tante en étaient.

Les patrons aussi se sont réunis en syndicat et se tiennent les coudes. Parlent de crise. De concurrence. D’impossibilité de donner plus.

Octavie est fatiguée de se battre.

En atteignant le second palier, elle s’arrête pour souffler.
– Comment tout ça va encore finir, se demande-t-elle.

On est au printemps de 1913.

Dans sa petite ville, plus de quatre mille ouvriers vont faire la grève, soixante-deux fabriques seront en arrêt de travail pendant quinze jours pour qu’on remplace le droit de vote plural par le suffrage universel simple: één man, één stem.

***

écrit pour le 115e devoir de Lakevio du Goût – merci Monsieur le Goût – avec un tableau qui a déjà reçu une autre histoire .

Publié dans X

X c’est l’inconnu

Astrofysicus Vincent Van Eylen: 'We staan aan het begin van een sterrenkundige revolutie'

Il n’y a pas plus inconnu ni plus fascinant que l’étude de l’univers et l’Adrienne – qui n’y connaît rien – lit avidement tout ce qui se publie là-dessus dans la presse.

C’est ainsi qu’elle a fait la connaissance de ce jeune homme, Vincent Van Eylen (31 ans), qui enseigne l’astrophysique au Mullard Space Science Laboratory de l’University College London (UCL).

Le journaliste ajoute avec fierté qu’elle est l’une des dix meilleures au monde, mais ça n’apporte rien au sujet qui nous occupe 😉

Vincent Van Eylen enseigne mais étudie aussi les planètes en dehors de notre système solaire, comme on peut le lire dans cette courte présentation sur le site de son université.

Il a déjà découvert une dizaine d’exoplanètes mais se consacre désormais plutôt à leur étude: leur composition chimique et leur « architecture », comme il l’explique dans la vidéo ci-dessous.

Pour ceux que ça intéresse:

X c’est l’inconnu

Vous savez quoi?

L’Adrienne n’a toujours pas écrit ses cartes de vœux.

Bonne année, bonne santé?

Elle ne sait pas quoi y mettre qui ait un peu plus de sens qu’abracadabra.

***

« Tout n’est pas encore perdu » dit l’inscription de la photo prise à Bruxelles le 7 août 2021 – oui, elle a déjà servi ici précédemment pour une krapoverie – mais il est douteux que la formule convienne à des cartes de nouvel an 😉

X c’est l’inconnu

Quand à l’âge de quatre ou cinq ans mini-Adrienne découvre que des fillettes comme elle peuvent mourir, ainsi que leur maman aussi jeune que la sienne à ce moment-là – trente ans – ça la fait beaucoup, beaucoup réfléchir.

Toutes sortes de réflexions qui reposent sur des « Et si…? »

Et si les petites sœurs de son papa n’étaient pas mortes?
Elle aurait deux tantines de plus!

Et si la petite Ivonne n’était pas morte?
Le grand-père ne se serait pas remarié.
Mais alors sa Tantine ne serait pas née?
Et le grand-père aurait peut-être eu d’autres enfants avec Ivonne?
Les fillettes mortes auraient grandi, se seraient mariées, auraient eu des enfants?
ça lui ferait des tas de cousins?

Aujourd’hui l’Adrienne ne peut s’empêcher de recommencer les supputations avec les « Et si…? »

Et s’il n’y avait pas eu ce covid au même moment que les premiers symptômes graves du cancer?
Et si la Tantine n’avait pas été une vraie dure à cuire, une de ces femmes qui ne courent pas chez le médecin au moindre bobo? Qui se disent « ça passera » et « ce ne sera rien »?

Etc. Vous imaginez sûrement tous les « Et si…? » possibles.

Ne lui dites pas que c’est un petit jeu absurde: elle le sait.
Mais elle y joue quand même 😉

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sur la photo, mini-Adrienne s’entraînant au planking, entourée par sa mère, sa Tantine de 15 ans et la maman de la Tantine.

X c’est l’inconnu

2122-07 Consigne - Carte topo

– Au pays où j’aimerais vivre, soupire Cuyéou de Sanchou Magrou, on parlerait la même langue que moi et je ne serais pas toujours obligé d’épeler mon nom.

– Au pays de ma naissance, répond Coume de Pène Courbe, on parle ma langue mais ce n’est guère mieux: mon nom y était constamment sujet à quolibets!

– A qui le dis-tu! s’exclame Pé d’Era Linde en levant son verre.
Buvons au pays de l’insouciance, de l’amour, des sages et des fous!

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merci à Joe Krapov pour l’image et les consignes!

L’animateur vous distribue une carte d’état major au 1/25000e. En vous servant des noms de lieux et de la géographie des paysages que vous y trouverez, décrivez un ou plusieurs des pays imaginaires suivants et dites ce qu’on peut y découvrir, comment on y vit, ce qui s’y passe, etc.

Pays de mon cœur – de mes souvenirs – de mes parents – de ma naissanceoù j’aimerais vivre – que j’habite – où je vis dans l’imaginaire – de l’amour – de la colère – de la haine – des nuages – du brouillard – des fleurs – des questions – du sucre et des bonbons – du sel – des cadeaux – des gâteaux – des poissons – des oiseaux – des papillons – de la poussière – des contes – de la poésie – des vieux – des enfants – des livres – des farfelus – des illuminés – des sagesdes fous – des chats – des trésors – des idées – des pierres – des rêves – de l’inconscient – de l’immobilité – des matins qui se lèvent à l’envers – des idées noires et des idées roses – des fantômes rouges aux yeux bleus – des trésors de l’esprit – du savoir – des chairs à vif et des idées phosphorescentes – du mensonge – de l’insouciance – des parenthèses et des virgules.

X c’est l’inconnu

Beethoven - Een Biografie - Jan Caeyers - (ISBN ...
source ici

Le problème du biographe, explique Jan Cayers dans son prologue, c’est que le temps qui passe efface de nombreuses traces, de sorte que l’information dont on dispose est un peu le fruit du hasard de ce qui a survécu.

Par exemple le biographe de Beethoven ne dispose que de deux mille lettres sur les dix mille qu’il a reçues de ses divers correspondants. Imaginez l’info manquante!

Mais en plus de cela, dans le cas de Beethoven, il y a le problème de la falsification des sources, chose dont s’est rendu coupable un certain Anton Felix Schindler.

Devenu sourd, Beethoven avait toujours sur lui un de ses petits « carnets de conversation » sur lesquels ceux qui voulaient s’adresser à lui notaient ce qu’ils avaient à lui dire ou à lui demander.

On sait depuis longtemps que Schindler avait détruit des pages de ces carnets mais ce qu’on a découvert seulement dans les années 1970, grâce aux recherches des criminologues de l’université Humboldt, c’est qu’entre 1840 et 1845 – donc vingt ans après la mort de Beethoven – de nombreuses annotations dans ces carnets avaient été ajoutées. Par Schindler.

Ce qui fait que tout un tas d’informations sur lesquelles les biographes s’étaient basés pendant plus de cent cinquante ans pouvaient passer à la trappe.

Et que du coup on s’est mis à douter d’à peu près tout ce que Schindler a raconté sur le musicien.

Il faut donc, conclut Jan Cayers, repartir de zéro, c’est-à-dire des sources fiables et confronter toutes les autres entre elles: les journaux des années 1798 à 1865, la correspondance de Beethoven, les passages authentiques de ses « cahiers de conversation », son Tagebuch, les notes et souvenirs de ses amis, comme Franz Gerhard Wegeler ou Ferdinand Ries.

Bref, l’Adrienne s’est attaquée à la lecture de ce pavé de six cents pages, histoire de savoir ce qui est le mythe et ce qui est la réalité 🙂

X c’est l’inconnu

source ici

Malgré toutes ses lectures et ses trois visites au musée Magritte, l’Adrienne ne savait pas que de nombreuses œuvres avaient été perdues lors de bombardements à Londres en 1940.

C’est un des aspects intéressants de la visite de la Maison musée Magritte à Jette, où quelques-uns de ces tableaux perdus ont été reconstitués.

Ce musée Magritte est une maison, donc à ne pas confondre avec le musée du même nom situé dans le centre de Bruxelles, confusion qui arrive constamment.

Cette maison de Jette est celle où le couple Magritte est resté le plus longtemps: il en a loué le rez-de-chaussée avec jardin pendant vingt-quatre ans, de 1930 à 1954.

C’est là où le week-end se tenaient les réunions et tablées entre amis surréalistes.
Où il a peint environ la moitié de son œuvre.
Et où on a pu recréer le décor de vie: la couleur des murs, le mobilier, l’atelier dans le jardin…

Bref une visite émouvante et instructive 🙂

Merci aux amis qui ont eu l’idée d’y emmener l’Adrienne!

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En bas de cette page, une petite vidéo de 3 minutes qui montre bien les lieux.

X c’est l’inconnu

Elle entre dans le restaurant sans masque et crie de loin à sa collègue:

– J’y suis pas allée! Je devais y aller ce matin mais j’y suis pas allée!

Elle traverse deux fois la salle à grands pas, en gesticulant:

– Un vaccin fait en un an! Et on sait même pas ce qu’il y a dedans!

Comme si elle savait ce qu’il y a dans le coca qu’elle boit par litres.
Bref.

– Et en plus, ça va dans ton ADN!

***

photo prise à Anhée, le long de la Meuse et du chemin de fer, lundi dernier.