Z comme Zakat

Le bus traversait un quartier où on ne voyait absolument aucun major Thompson, aucune miss Marple et le plus comique était la réflexion d’une dame qu’il y avait tout de même moins d’étrangers à Londres que chez elle, réflexion qu’elle faisait au moment même où on traversait des kilomètres de rues où hommes et femmes portaient tous les signes extérieurs de leur appartenance à l’islam 😉

C’est à ce moment-là que l’Adrienne a vu une grande affiche publicitaire qui montrait une petite fille souriante dans un décor de maisons en ruines: « Zakat means we can eat today« 

Zakat! se dit-elle joyeusement, car elle venait d’apprendre le mot la semaine d’avant, avec Nabila.

Zakat, c’est le devoir de donner une aumône proportionnelle à ce qu’on gagne.
Il existe même des sites permettant de faire le calcul du pourcentage dû.

Comme le zakat est principalement lié au mois de Ramadan, alors que les besoins ne se limitent évidemment pas à un mois dans l’année, on essaie d’engager les musulmans à donner l’aumône toute l’année durant, pour que les petites filles dans les ruines puissent manger tous les jours.

Question existentielle

Une blogamie lui ayant récemment offert ce livre, l’Adrienne s’est reposé une question largement débattue autrefois avec différentes personnes – directement ou indirectement concernées – sur la question du mariage mixte.

– Moi, lui avait dit S*** un jour – et ça l’avait beaucoup choquée – moi je ne veux absolument pas qu’une de mes filles épouse « un Belge ».

Elle disait « un Belge » alors qu’elle-même et tous les siens le sont, mais pour elle prime toujours leur origine tunisienne.

Selon S***, un mariage mixte, ça ne marche pas, parce que « c’est déjà bien assez difficile » entre gens de même culture.

Dans son livre, Cécile Oumhani semble lui donner raison: l’étudiante blonde épousée par Ridha, le Tunisien, se retrouve complètement déboussolée et isolée dans le pays de son mari, où elle doit rester entre les murs de sa maison, alors qu’elle a des diplômes universitaires et un grand appétit de se « rendre utile » en travaillant.

Même vécu, même échec, chez Riad Sattouf dans son excellente série autobiographique en bande dessinée, L’Arabe du futur, où on voit peu à peu le père qui se radicalise, comme on dit aujourd’hui.

D’où la question existentielle du jour: y aurait-il en littérature des exemples de mariages mixtes réussis?
Ou sont-ils tellement sans histoires qu’il est inintéressant d’en faire un livre 😉

https://ennalit.wordpress.com/2021/12/01/challenge-petit-bac-2022-qui-veut-jouer/

I comme imam

Quelle étrange similitude entre nos fabliaux des 12e-13e siècles et cette historiette du monde arabe de l’an mil…

Mêmes formes d’humour, mêmes sortes de personnages, même satire des défauts humains.

Tromperie, cupidité, hypocrisie…

Par exemple, connaissez-vous Brunain, la vache au prêtre?

***

Pour ceux qui préfèrent lire l’histoire de l’imam plutôt que d’écouter la vidéo ci-dessus, c’est .

Si vous préférez les fabliaux misogynes, je peux vous envoyer « Le dit des perdrix » 🙂

N comme Nancy

Photo de Expect Best sur Pexels.com

Nancy avait voulu savoir comment on disait ‘un bel homme’ en arabe.

Bien sûr, ça avait mis la puce à l’oreille des autres participants, surtout que juste avant, elle s’était fait répéter deux ou trois fois comment bien prononcer ‘un pain gris’.

– Nancy a clairement un projet! a déclaré Frank.
– Mais non, mais non, a dit Nancy sans grande conviction. Je vais juste tester mon arabe chez mon boulanger!

Au cours suivant, Frank a évidemment voulu savoir si le test avait été concluant.
Le ‘bel homme’ avait-il compris?

– Je n’ai pas de chance, a répondu Nancy. Il ne parle pas l’arabe.

Elle n’avait pas remarqué qu’il était Turc 🙂

D comme disparition

Sur la feuille elle trace une ligne du temps.

Alors voilà, je vous explique, dit-elle.
Le lever du soleil est considéré comme le début de la journée. La première partie du jour va ainsi jusqu’à midi. C’est ce qu’on appelle صباح, sabah, le matin.
Le coucher du soleil est considéré comme la fin de la journée. Donc entre midi et le coucher du soleil, c’est مساء, samah.
Puis, du coucher du soleil jusqu’à minuit, c’est ليل, layl, la nuit.

Et elle s’arrête là.

Vous avez compris? fait-elle.

Et de minuit jusqu’au lever du soleil, demande l’Adrienne, ça porte un autre nom?

Mais pour toute réponse elle a reçu ceci: de ne pas penser en arabe avec ses notions d’occidentale.

Donc, a conclu l’Adrienne – je vous épargne le long dialogue de sourds entre la prof et elle à propos de l’escamotage d’une moitié de la nuit – la nuit s’arrête à minuit et le jour commence au lever du soleil?

Ce qui, vous le pensez bien, lui a donné matière à réflexion pour les deux jours suivants 😉

Z comme zoom

Au printemps, l’Adrienne avait fait de la résistance, préférant annuler ses cours d’histoire de la musique plutôt que de les suivre en ligne avec l’application zoom, qui ne lui semblait pas fiable.

Or nous y revoilà à l’automne – d’accord, on s’y attendait – et cette fois pour le cours d’arabe.

Ce sera zoom ou zut.

I comme inch’Allah!

 
Sur un arbre perchée, Spiderwoman nous montrait une posture de yoga pour maboul. L’avantage de sa tenue, c’est qu’on ne peut pas voir à quel point elle a les joues cramoisies.Je prends mal ma respiration, je crois, ahanait oncle Martial. Et pourquoi ce truc tourne de plus en plus vite? J’aurais mieux fait de choisir le jeu d’échecs… Mais Hourya ne l’entendait pas.
  
Elle comptait et recomptait ses rideaux de coton safran et chaque fois elle arrivait à un chiffre différent. Je suis sûre qu’il m’en manque un, grommelait-elle en recommençant à zéro.Derrière son masque, Anissa avait le fou rire. Vous avez vu sa cape de WonderWoman? hoquetait-elle. Je l’ai faite avec un des rideaux de ma mère. Je parie qu’elle ne s’en apercevra même pas!

Deux consignes de Joe Krapov sont réunies: employer les images avec un début de phrase imposé (en gras) et utiliser des mots d’origine arabe. Merci Joe Krapov!

Z comme zut!

Zut! se dit l’Adrienne en voyant que la prof commence à circuler entre les rangs pour se pencher sur les notes de cours des uns et des autres et vérifier s’ils ont bien formé les lettres.

Zut et zut! se dit-elle et elle retourne prestement sa feuille.

– Et toi, tu n’écris pas? demande la prof, arrivée à son banc.
– Si, si! dit l’Adrienne.

Pas moyen d’y échapper. Il faut retourner la feuille. Faire voir ce qu’on a écrit.

Et là, entre les caractères arabes, alors qu’elle s’ennuyait et en avait assez d’ânonner « alifon, bêon, têon, thêon… » qu’elle connaît par cœur depuis longtemps, elle a écrit ‘Het zal « huiswerk » worden want in de les gebeurt er niet veel…

Ce qui veut dire: ‘Il ne se passe pas grand-chose en cours, l’apprentissage devra se faire à la maison’

– Je vois, a dit la prof.

Et jusqu’à aujourd’hui l’Adrienne ne sait pas si la prof a vu ce qu’elle devait voir ou ce qu’elle ne devait pas voir 😉