V comme Vinau

Les rideaux d’or et d’ombre 
adoucissent le temps
nous partageons nos corps 
avec des choses étranges
des douleurs des espoirs 
des peurs et des souvenirs
nos nourrissons nourris d’un drôle d’appétit
les mouches aux plafonds 
les questions dans les cendres
nous avons donné des noms aux fleurs 
aux lapins 
aux secondes
nous avons inventé chansons chaussures 
et confitures
nous jouons à tourner 
nos yeux fermés vers le ciel 
en comptant les couleurs 
qui n’existent pas
à sentir l’haleine des fantômes
à tuer les étoiles
sans jamais cessé d’être habités 
par ce qui nous manque

Thomas Vinau, sur son blog, le 23 août.

Cette fois sans traduction en néerlandais 😉

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tous les billets sur Thomas Vinau ici.

Photo de l’été 1932, à peu près.

R comme Rappel

Petit rappel – Thomas Vinau

Je rappelle que Bachar Mar-Khalifé, Odezenne, Katerine ou Zoufris Maracas existent

Je rappelle que les amandiers sont en fleurs que les violettes résistent au givre qu’il reste des asperges sauvages ou des mimosas

Je rappelle qu’une poule pond un œuf chaque jour, que les vignes se taillent à trois nœuds que mon voisin plante des petits pois et que les fraises des bois ne poussent pas que dans les bois 

Je rappelle que le cbd est légal que pas plus de deux verres ça va que des sacs vomitoires sont à votre disposition pendant le vol que la chair n’est pas triste et que personne n’a lu tous les livres

Je rappelle que nos enfants ont des ailes plus grandes que les nôtres que les oiseaux ont faim et que les chiens lèchent gratos

Je rappelle que la vie est une pute et que nous sommes tous des fils de petite maman chérie qui recoud nos boutons qu’on peut faire des tartes avec à peu près tout ce qu’on veut et que les crayons de couleurs ont une durée de vie considérable

Je rappelle qu’on peut faire du papier avec du crottin de cheval un dessert avec du pain rassis que le tonnerre est le bruit de la foudre que j’ai vu un chat blanc dans la nuit et qu’il n’était pas gris

Je rappelle que le bouton rouge sur les télécommandes sert à la fois à allumer et à éteindre que le jour n’appartient à personne et qu’il n’y a pas de date de péremption sur les fesses des autres 

Je rappelle qu’un peu, plus un peu, ça fait un peu plus

Faites-en bien ce que vous voulez 

Thomas Vinau, sur son blog etc-iste, le 7 mars dernier. 
Avec son consentement, merci à lui.

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L’Adrienne ne connaissait pas trois des quatre noms cités – Bachar Mar-Khalifé, Odezenne, Katerine ou Zoufris Maracas – c’est pour ça qu’elle y a mis des liens vers wikisaitout 😉

Mais l’essentiel de ce Petit Rappel est évidemment que tant de choses restent dans le monde de la nature et de la culture pour nous aider à traverser à peu près tout. Avec ou sans passerelle 🙂

Merci à Monsieur le Goût pour le tableau en illustration et la 117e consigne:
Où mène cette passerelle peinte par Toutounov ? Que traverse-t-elle ? Le savez-vous ? Si vous le savez, dites-le ! Si vous ne le savez pas, inventez-le !

Dans cette vidéo on peut voir l’artiste peignant le petit pont choisi par Monsieur Le Goût:

T comme traduire

L’équilibriste

Une enfance entière
à jouer l’équilibriste
Le long des trottoirs
sans se douter
que la vie restant
consisterait à avancer
au beau milieu
des larges allées
qui longent le vide

Thomas Vinau, sur son blog, le 16 février

Vous qui passez régulièrement, vous savez qu’il a déjà été question quelques fois de Thomas Vinau et des envies qui prennent l’Adrienne de traduire ses poèmes.

Cette fois elle s’y est prise bien à temps pour demander et recevoir l’autorisation de le faire.

Et pour être tout à fait honnête, ce n’était pas une question de temps.

C’est une question d’audace 😉

Bref, elle a enfin osé demander et voici ce que ça donne en néerlandais:

De koorddanser

Een volle kindertijd
Koorddanser spelen
Langs de voetpaden
Zonder te vermoeden
Dat de rest van het leven
Eruit zou bestaan
Voort te gaan
Te midden van brede paden
Langs de afgrond.

C comme Carl

Une autre chose qui aurait dû avoir lieu le 2 février, c’est la rencontre à Bruxelles de deux poètes que l’Adrienne aime beaucoup, le Français Thomas Vinau et le Belge Carl Norac.

Mais comme nous tous, au lieu de se voir « en vrai » ils ont dû avoir recours aux joies d’internet, et comme on peut le voir dans la vidéo ci-dessus, c’est un exercice assez neuf pour eux aussi.

Mais c’est chouette à voir et à entendre, si on a une heure de repassage, de pause ou d’envie, tout simplement 🙂

Merci à eux et aux Midis de la Poésie!

***

Poème pour l’enfant au bord d’une page

La poésie fait son nid d’une main à peine ouverte,
elle peut suivre les lignes de la paume
et aussi vivre  dans un poing.
Elle est ce souffle inattendu qui patientait en toi,
ce temps posé sur l’instant, mais qui dure.
Si tu veux la dresser, change de livre,
délaisse les gens qui veulent la définir.
Elle aura toujours le coup d’aile d’avance
de l’oiseau quand tu veux l’attraper.

Un poème ne t’attend pas.
Il est là, même où tu l’ignores.
Il ne se veut pas forcément plus brillant
qu’une bruine qui s’amuse ou un soleil qui tombe.
Un poème ne fait pas pousser les fleurs :
c’est une parole entre deux lèvres
qui ne sauvera peut-être pas la Terre,
mais qui s’entendra,
se fendra d’un aveu, d’un amour, d’un combat.
Elle chantera encore quand d’autres s’agenouillent
ou s’enfuient devant la foule des bras tendus.

Aujourd’hui, tu vas écrire, me confies-tu.
Alors, vas-y, jette-toi dans la beauté.
Au bout d’une page, ou de quelques vers,
il y a parfois le début d’un univers.
Je te regarde : ce matin, tu te sens si poème
que tu crois pouvoir toucher,
pour dire le monde,
l’infini d’une seconde.

Carl Norac, source ici.

E comme Etc-iste

 photo (c) Marc Chatelain

Connaissez-vous Thomas Vinau?

L’Adrienne est fan depuis des années, fan de ses poèmes et visiteuse assidue de son blog, Etc-iste.

Et c’est ce texte publié le 3 novembre qui l’a définitivement incitée à vous parler de lui:

Je tiens la main à nos terreurs 
le temps coule sur nos joues
que devrais-je faire aujourd’hui
la fatigue nous tient debout

La suite à lire ici vu que je n’ai pas eu le temps de demander à l’auteur la permission de copier-coller 🙂

B comme brouet

Prendre une part de nuages (http://remue.net/spip.php?article6987), y ajouter une demi-ventolière en plastique (http://remue.net/spip.php?article6652) et quelques gouttes de lamento de l’excavatrice (http://hyperion21.blog.lemonde.fr/2012/11/30/pasolini-le-lamento-de-lexcavatrice-4/)

***

Il coupe la ventolière, ouvre sa vieille toison, la ferme, allume à nouveau la ventolière. Rien ne va. Rien n’est mieux. Le bois est parfaitement rose et parfumé. Comme son haleine sur ma bouche. Comme les macarons qu’il laisse traîner sur les plages de sable.

Son plaisir réside dans des robes en kiwi, dans le lit imprégné de sa sueur juvénile qu’il a su garder intacte et dans son désir de capter, dès qu’il le peut, une lumière, un flot, un ciel, un oiseau ou une fleur qui bougent, là-haut, au paradis, et qui s’offrent à lui dès qu’il rêve. Le grand ballet des nuages n’arrête jamais. Pour ça qu’il aime les ruines. Il lui arrive même de grimper sur les murets des temples pour que s’incruste encore un peu mieux en lui l’incessant frisson.

C’est plutôt beau quand la colline s’énerve. Que les ondulations se brouillent. Que les jours se dressent, se musclent, s’étendent. Qu’ils dorent un soir silencieux, défiant, en se blessant aux pavés inégaux. On sent qu’ils ne lâcheront pas. Jusqu’à la gestation. Jusqu’au monde parallèle vieux comme le temps.

Marius, malgré les silences, ne lâche rien lui non plus. Juste un peu prise de temps à autre, mais c’est pour mieux conjurer les recoins oubliés de ses folles envies qu’il dévore à sa manière. Il y a chez lui une patience qui est la mesure du véritable amour. Ainsi, quand il déprime, parce qu’il est seul, se succèdent au sommet de la colline, le désert, et un irrépressible vent de désespoir qui le fait se mêler à l’air ambiant, croiser d’autres solitudes et frotter au passage quelques cicatrices à la sienne.

Il y a des moments comme ça, parcimonieux et rares, où on a l’impression de parler la même langue que l’autre.

Walrus sept 2014 019 - kopie.JPG

ciel wallon du 27 septembre

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ci-dessous le texte original de Thomas Vinau (http://remue.net/spip.php?article6987)

Il coupe la radio, ouvre la fenêtre, la ferme, allume à nouveau la radio. Rien ne va. Rien n’est mieux. La cuisine est parfaitement vide et sale. Comme le jour qui se lève. Comme ses yeux qu’il laisse traîner dans la lumière neuve du jardin.

Sa chance réside dans sa propension au rêve, dans les beaux restes de naïveté qu’il a su garder intacts et dans son désir de capter, dès qu’il le peut, les fragments, scènes, dessins, figures ou silhouettes qui bougent, là-haut, en apesanteur, et qui s’offrent à lui dès qu’il lève les yeux au ciel. Le grand ballet des nuages n’arrête jamais. Pour ça qu’il aime le dehors. Il lui arrive même de grimper dans la cabane de son fils pour que s’incruste encore un peu mieux en lui l’incessante danse.

C’est plutôt beau quand l’horizon s’énerve. Que les pistes se brouillent. Que les nuages se dressent, se musclent, s’étendent. Qu’ils lèvent un menton noir, défiant, en fronçant les sourcils. On sent qu’ils ne lâcheront pas. Jusqu’à l’explosion. Jusqu’à la révolution de la lumière. »

Joseph, malgré les apparences, ne lâche rien lui non plus. Juste un peu prise de temps à autre, mais c’est pour mieux conjurer les aléas d’un quotidien terre à terre qu’il transgresse à sa manière. Il y a chez lui un instinct de survie qui lui permet de ne jamais se perdre. Ainsi, quand il déprime, parce qu’il est seul, succède au premier réflexe, celui du repli, un irrépressible besoin de sortir, de se mêler à l’air ambiant, de croiser d’autres solitudes et de frotter au passage quelques unes à la sienne.

Il y a des moments comme ça, parcimonieux et rares, où on a l’impression de parler la même langue que l’autre.