L comme liberté

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Mini-Adrienne a quatorze ans et trois mois. Elle passe une quinzaine de jours de vacances à la côte belge avec sa mère, son petit frère et son petit cousin. Comme chaque année au 15 août, pendant que les papas travaillent. La maman du petit cousin travaille aussi. C’est eux qui ont un appartement à la mer.

Le 15 août vient le papa. Il offre un tour en cuistax et prend quelques photos. Il faut longuement poser au soleil 🙂

Quatorze ans et trois mois. C’est un mois d’août particulièrement beau et ensoleillé, on est à la plage tous les jours, on se lie d’amitié avec d’autres. Des « grands » qui acceptent de jouer à toutes sortes de jeux avec le petit frère, le petit cousin.

Puis un jour une dame s’extasie:

– Comment? elle n’a que quatorze ans, votre fille? je croyais qu’elle en avait dix-sept!

Pas très futée, la dame, pas très fine psychologue, elle s’enferre dans ses convictions, elle insiste lourdement.

Quatorze ans et trois mois. C’est la dernière fois que l’Adrienne – qui n’est donc plus une mini – a joui d’une relative liberté.

Pas besoin de tchador ni de foulard: on peut très bien s’en passer et obtenir le même résultat.

***

texte inspiré par le thème des Impromptus littéraires, Quatorze ans et demi.

L comme liberté, j’écris ton nom

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C’est le thème de la semaine de la poésie, la liberté. Tous les profs de néerlandais ont fait participer leurs élèves, qui ont écrit de fort jolies choses, souvent drôles, spirituelles, sensées ou vécues. 

Vrijheid.

Puis un midi une élève arrive complètement bouleversée au bureau des coordinatrices.

En état de choc.

Pendant la pause, son père l’a vue passer dans la rue, alors qu’elle allait s’acheter un pain garni. Or elle n’était pas seule: il y avait des garçons. Hé oui, nous sommes une école mixte, ce monsieur devrait le savoir. Mais il s’est mis à vociférer, à traiter sa fille de ‘sale pute’ et à lui promettre la punition qu’elle mérite quand elle rentrerait, ce soir-là.

C’est ainsi que Madame a appris que cette jeune fille reçoit des coups.
Que sa mère reçoit des coups.
Que sa sœur reçoit des coups.

Alors vous comprenez, avec une urgence comme celle-là, et aussi quelques autres, Madame n’a pas eu le temps de répondre aux commentaires, ces derniers jours.

K comme Klaagzang

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Un intellectuel hollandais a écrit un best-seller et réalisé une série de documentaires dont le message peut se résumer à cette simple question: puisque ce monde va de mal en pis, pourquoi se battre encore pour les idéaux des Lumières?

Ce qui fait réagir le philosophe flamand Maarten  Boudry – et à juste titre. Il est en effet facile de faire un collage de tout ce qui va mal dans le monde. Facile aussi de dire qu’autrefois tout allait tellement mieux. 

C’est oublier, argumente Maarten Boudry, que ces années 1960-1970 auxquelles l’auteur fait allusion comme son âge d’or de l’insouciance, ont connu la guerre au Vietnam, les attentats de l’IRA, de l’ETA, du groupe Baader-Meinhof. C’est oublier que la pauvreté extrême a globalement fort reculé sur notre planète depuis lors. Que les statistiques montrent une forte baisse de la violence. Que le nombre de pays démocratiques a augmenté.

Un de ses confrères hollandais a publié une réaction similaire, dans laquelle il démontre, chiffres à l’appui, à quel point la santé publique a augmenté pour toute la planète, à quel point les diverses inégalités ont baissé. 

Précisément grâce à l’implication d’hommes et de femmes qui croyaient en ces valeurs des Lumières que l’on voudrait aujourd’hui prétendre mortes. 

Ne plus y croire, voilà donc le vrai danger.

***

Klaagzang (le titre du billet) peut se traduire par ‘lamentations’, ‘jérémiades’.

Avec encore une photo de mon vert paradis perdu il y a cinq ans, et bien sûr le monde tournait bien mieux à ce moment-là 🙂

L comme libre

Etre libre, dit-il, c’est être seul.

Cette petite phrase me fait un choc. Pourtant, c’est à peu près ce que je réponds à tous ceux qui suggèrent qu’un nouvel amour pourrait entrer dans ma vie :

– J’ai découvert si tard la liberté que je ne veux plus y renoncer.

Et sûrement pas pour une chose aussi aléatoire que l’amour d’un homme Langue tirée

D’ailleurs, je suis d’une nature si fidèle que même si l’homme-de-ma-vie en est sorti depuis sept ans et demi, je suis encore incapable de me rêver dans les bras d’un autre.

Alors si être libre, c’est être seule, j’assumerai. De toute façon, quel que soit notre choix de vie, il y a toujours un prix à payer, non ?

***

 «L’homme vraiment libre est celui qui sait refuser une invitation à dîner sans donner de prétexte». Jules Renard, Journal, 25 novembre 1895.

J’aime bien cet affreux pessimiste de Jules Renard.
Bisou
Avoir eu une enfance « poil de carotte », ça explique beaucoup de choses.

***

– Quand on pleure, il faut savoir pourquoi, dit-elle.

Elle dit encore:

 – Qu’est-ce que vous voulez que je devienne ? Il ne pleure même plus une goutte quand on le gifle.

Madame Lepic, en parlant de son fils Poil de Carotte.

Dernière trouvaille

Dans notre vie, me dit un de mes élèves friandises, tous les faits s’enchaînent et il n’y a pas de hasard. C’est la destinée, c’est la marche du destin qui nous pousse et nous entraîne. Nous ne pouvons rien y faire. (1)

Illustration:

Mercredi après-midi, l’amie qui m’accompagne généralement à la piscine vers 14.00 h. déclare forfait.

Je peux donc y aller quand je veux si je veux Cool

Voilà pourquoi, vers 14.00 h. je visite mes blogamis en dégustant un thé.

C’est ainsi que je lis cette phrase:

« À ces immarcescibles recettes que l’on pourra rechercher dans les soixante-quinze romans et vingt-huit nouvelles où la répartition traditionnelle des rôles est parfaitement respectée (…) » (2)

Immarcescible? Jamais je n’avais entendu ce mot-là!

***

CQFD: grâce à l’amie qui n’est pas allée nager hier, j’ai appris un nouveau mot Rigolant

Et découvert ceci: http://www.monpetitcoin.com/dico/dicoI.html

Vous voyez comme les faits s’enchaînent? me dirait mon élève friandise.

***

(1) j’aime beaucoup discuter avec lui sur ces questions de déterminisme et de liberté individuelle, surtout que je refuse d’être toujours d’accord avec lui et que je lui fais un tas d’objections… c’est super Cool et comme dit Daniel Pennac, c’est stimulant!
Pour les « élèves friandises », je le cite dans Chagrin d’école:
« Tu étais un élève friandise!
C’est ainsi que, devenu professeur, j’appelais (in petto) mes excellents élèves, ces perles rares, quand j’en trouvais un dans ma classe. Je les ai beaucoup aimés, mes élèves friandises! Ils me reposaient des autres et me stimulaient. Celui qui pige le plus vite, répond le plus juste, et avec humour souvent, cet oeil qui s’allume, et CETTE DISCRETION DANS L’AISANCE, qui est la grâce suprême de l’intelligence »

(2) http://lireestunplaisir.skynetblogs.be/archive/2012/05/29/ou-vous-degustez-messieurs.html

D comme Departure Day

Jeudi soir j’ai regardé les nouvelles d’Egypte avec un mélange d’appréhension et d’admiration.

Pendant la journée, le journaliste de la VRT était allé filmer sur la place Tahrir. Des gens s’étaient massés autour de lui, profitant de la caméra et du micro pour dire au monde leurs aspirations à plus de liberté et de démocratie. D’autres lui protégeaient la tête contre d’éventuels jets de pierres lancées par des contre-manifestants. Des hommes de tout âge et de toute condition faisaient la queue aux postes de contrôle pour apporter de la nourriture et des médicaments aux manifestants. Des médecins, hommes et femmes, s’affairaient autour des blessés.

Le soir, ce même journaliste devait se terrer dans sa chambre d’hôtel. Son balcon donne sur la place Tahrir, il peut encore filmer, mais sans faire de lumière pour ne pas se faire repérer.

Mais hier vendredi, nous dit-on dans le fragment ci-dessous, l’armée avait interdit les caméras. Donc il n’a plus pu se rendre sur la place ni même filmer depuis son balcon. Ce n’est pas bon signe.

http://www.deredactie.be/permalink/1.956313

J’admire et j’appréhende.