K comme krapoveries

– Des fleurs magiques bourdonnaient… bourdonnai-eu-eu-eu-ent… répète-t-il en se penchant au-dessus de l’enfant qui oublie de mettre le verbe au pluriel.

Au mur, la grande horloge décompte les minutes avant le départ vers les féeries du jeudi, chapardages au verger, chasse aux oiseaux, construction de cabanes, palais parmi les ronces.

Et le maître, à quoi rêve-t-il?

Aux palmes académiques. Et aux grands yeux noirs d’Ernestine Muche, la fille du directeur.

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Consignes chez Joe Krapov, mille mercis! En bleu les consignes de Joe Krapov, en noir les mots utilisés pour parler de Topaze, une pièce de Marcel Pagnol.
Voici quelques mots de Rimbaud : Palmes – idole – éclairs – sang – cascade – féerie – cirque – déluge – ronces – les haleines – verger – lune – les pierreries – la route – la mer et le ciel –yeux noirs – sable – les géantes – oiseau – essaim – couchant – ciment – enfant – tombeau – terrasse – piéton – horlogepalais – cathédrale – parade – départ – éternité – tambour – flamme – glace

1) Il vous est demandé d’écrire un ou plusieurs poèmes en prose incluant dix de ces mots.
2) Vous pouvez aussi écrire quelque chose de plus informel mais – toujours en incluant dix mots – en utilisant un des incipits suivants :

L’automne déjà ! Mais pourquoi regretter un éternel soleil…
Des fleurs magiques bourdonnaient…
C’est elle, la petite morte, derrière les rosiers…
Je suis le savant au fauteuil sombre…
Dans un grenier où je fus enfermé à douze ans, j’ai connu le monde.
L’hiver nous irons dans un petit wagon rose.
Quelle sorcière va se dresser sur le couchant blanc

Cette consigne est sortie du Nouveau magasin d’écriture d’Hubert Haddad. Remercions-le à nouveau.

170216 - LE MONDE HS - Arthur RIMBAUD, Le génial réfractaire - 011

N.B. Les illustrations viennent du numéro hors série du « Monde » sur Rimbaud:
on peut le retrouver en ligne ici

L comme lecture imposée

Astrolabe-Persian-18C

Le mot chiffonne l’Adrienne depuis la première fois qu’elle l’a rencontré. Elle avait dix-sept ans et c’était dans une lecture imposée, La Reine morte, de Montherlant.

Son prof de français préféré – enfin quelqu’un qui était à la hauteur, après cinq années à s’ennuyer ferme et à ânonner du FLE avec une ignoble méthode audio-visuelle – son prof préféré, donc, à l’époque ne disposait pas des moyens actuels permettant de montrer tout de suite avec les copains g**gl* et wikisaitout n’importe quel objet, fleur, animal, pays ou personnage qui serait inconnu de ses élèves. A l’époque l’Adrienne a dû se contenter d’une définition genre « instrument pour la navigation » qui ne l’a pas du tout aidée ni à se représenter la chose ni à en comprendre le fonctionnement.

Aux pages 29-30 de son édition Folio de l’époque, l’Adrienne relit ce souvenir que raconte le roi, Ferrante, à son fils Pedro:

Pedro, je vais vous rappeler un petit épisode de votre enfance. Vous aviez onze ou douze ans. Je vous avais fait cadeau, pour la nouvelle année, d’un merveilleux petit astrolabe. Il n’y avait que quelques heures que ce jouet était entre vos mains, quand vous apparaissez, le visage défait, comme prêt aux larmes. « Qu’y a-t-il? » D’abord, vous ne voulez rien dire; je vous presse; enfin vous avouez: vous avez cassé l’astrolabe. Je vous dis tout ce que mérite une telle sottise, car l’objet était un vrai chef-d’oeuvre. Durant un long moment, vous me laissez faire tempête. Et soudain votre visage s’éclaire, vous me regardez avec des yeux pleins de malice, et vous me dites: « Ce n’est pas vrai. L’astrolabe est en parfait état. » Je ne comprends pas: « Mais alors pourquoi? » Et vous, avec un innocent sourire: « Sire, j’aime bien quand vous êtes en colère… »

Et c’est une lecture qui continue de la mettre mal à l’aise…

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texte écrit pour le Défi du samedi, d’où vient l’illustration ci-dessus.

 

T comme théâtre

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Je me souviens de la première fois, c’était dans ma ville, en plein air, avec comme décor une maison du 17e siècle (photo) et on jouait Poil de Carotte. Ce jour-là j’ai failli dire à mon père « Poil de Carotte, c’est moi » mais je me suis tue. Ça me semblait si évident que je pensais qu’il l’aurait compris tout seul…

Je me souviens d’une autre première fois, j’étais sur la scène avec quelques copines de classe, nous avions sept ans, c’était la fête de l’école, j’étais une des fleurs que le papillon devait butiner pendant que d’autres chantaient la venue du printemps et mes parents ont trouvé que j’avais une certaine raideur.

Je me souviens d’une troisième première fois, j’avais dix-neuf ans et j’étais en deuxième année à l’université, j’étais Colombine dans une pièce de Ghelderode qu’on avait pu monter avec un « vrai » metteur en scène, une expérience formidable, mes parents ne se sont pas déplacés pour venir me voir. 

Je me souviens de ma première fois à l’opéra, mais j’y ai déjà consacré un ou deux billets 🙂

Je me souviens de l’enchantement de ma première fois à la Monnaie. Nous avions cassé notre tirelire et nous nous étions offert un verre de champagne ruineux parce que le moment le valait bien et tant qu’à faire une folie, faisons-la jusqu’au bout.

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Consigne de Joe Krapov, que je remercie (comme tu vois, je suis tout de même arrivée à cind ‘je me souviens’ ;-))

En vous inspirant (ou pas) des illustrations d’Hélène Builly, écrivez, à la manière de Georges Perec, des phrases qui commencent par « Je me souviens » et qui sont relatives au théâtre ou à l’opéra.

Vous pouvez si vous le souhaitez séparer vos écrits en deux pages : sur la première vous vous souvenez de pièces, d’opéras, d’acteurs, d’actrices ou de faits que tout le monde connait. Sur la seconde, vous relatez des souvenirs plus personnels.

M comme maison de poupée

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Allez savoir pourquoi, ce titre m’a toujours induite en erreur, m’ôtant l’envie de lire la pièce. Maison de poupée, pourtant, est bien choisi, je dois l’avouer maintenant que je l’ai enfin lue tongue-out 

[Papa] m’appelait sa petite poupée et il jouait avec moi comme je jouais avec mes poupées. Et puis je suis entrée dans ta maison… […] Je veux dire que j’ai quitté les mains de papa pour passer dans les tiennes. – LdP p.136, traduction de Marc Auchet. 

La pièce date de la fin du 19e siècle et bien sûr, ça se remarque à chaque page. La position de Nora comme femme, épouse, mère, n’est plus tout à fait celle d’aujourd’hui. Fort heureusement, les lois ont fini par accorder aux femmes un statut d’être humain responsable à part entière. 

Je viens d’apprendre que les lois ne sont pas ce que je croyais. Mais je n’arrive pas à me persuader que ces lois-là puissent être justes. (id., p.149) 

Pourtant, même si la société a évolué, la pièce garde une certaine actualité: si on considère la place de la femme, son rôle, son statut, aujourd’hui encore elle est placée devant les mêmes choix. Je le vois par exemple à mes grandes élèves, qui choisissent à 17 ou 18 ans une carrière qui leur permettra de s’occuper de leurs enfants… aucun garçon de 18 ans n’a ce souci. 

Pour une belle analyse éthique de la pièce, voyez ici. 

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lu pour le challenge nordique chez Margotte

T comme théâtre

Voilà, c’est fait. 

Des mois de préparations, de mises au point, de répétitions… et puis en un week-end, c’est passé, envolé: trois représentations pour montrer au public ce en quoi on a investi tout son temps libre – ou presque – depuis septembre dernier. 

prof,école,élèves

une partie de la troupe, quelques heures avant la première: « chill! » 

Un gros stress, beaucoup d’adrénaline et d’émotions fortes. 

Et une grande fierté.

K comme ketje

La Galerie de la Reine sent bon les jacinthes.

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Il y a une belle glycine à la rue Marcq (1)

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La flèche de l’hôtel de ville est rutilante sous le soleil d’avril

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Et le Théâtre des Galeries annonce son prochain spectacle

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Avis à Joe Krapov!

Clin d'œil

http://www.trg.be/saison-2013-2014/le-mariage-de-mlle-beulemans/en-quelques-lignes__4681 

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(1) la rue Marcq, c’était le prétexte à cette sortie bruxelloise, Madame est allée écouter comment l’enseignement néerlandophone de Bruxelles gère le bilinguisme / multilinguisme / unilinguisme francophone de ses élèves.
http://brusselleer.vgc.be/

Y comme Yvonne

La photo est datée du dimanche 19 avril 1925: Souvenir du Camp de Beverloo, ont-ils écrit à la craie sur une cantine militaire. Puis la date, 19-4-1925. C’est bien pour la postérité, surtout si elle a l’âme d’une archiviste Clin d'œil.

yvonne,lettre,photo

Mon grand-père est à gauche sur la photo. Les quatre autres jeunes gens sont des amis de sa ville. Mon père les connaissait tous par leur nom. Le Michel dont il est question dans la lettre du 19 avril (que j’ai publiée ici en septembre) est tout à fait à droite. Il y a aussi deux Gaston et au milieu d’eux, un Edmond Clin d'œil

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Pendant ce temps-là naissait Jacques Lippe, qui ne manquerait pas de se faire photographier lui non plus, comme on peut le voir ici dans le rôle de monsieur Beulemans (merci à Jeannine du blog http://jardin-du-bonheur.skynetblogs.be/archive/2009/06/20/jacques-lippe.html)

yvonne,lettre,photo

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Le mois prochain, une lettre pour Yvonne.